blog de serge

"Rien n'est plus proche du Vrai … que le Faux"

Mois : mai 2019

Fukushima: Unité 3, le transfert

27 mai 2019

Unité 3 de Fukushima Daiichi : le transfert du combustible de la piscine a commencé

Quand le bâtiment réacteur n°3 de Fukushima Daiichi a explosé le 14 mars 2011, il y avait 566 assemblages dans la piscine de refroidissement : 514 de combustible usé et 52 de combustible neuf. Depuis, ces 100 tonnes de combustible sont restées une menace dans un bâtiment déstructuré, malgré l’habillage récent, sans enceinte de confinement. Avec quelques années de retard par rapport aux prévisions, Tepco vient de commencer à retirer ces assemblages pour les transférer dans la piscine commune du site. 

Or, malgré tous ses efforts de communication, Tepco n’a jamais expliqué la succession d’explosions qui ont eu lieu en 2011 dans ce bâtiment réacteur n°3 en provoquant l’émoi du monde entier. L’opérateur n’a pas plus montré l’état des combustibles de la piscine de refroidissement, sinon par de rares photos prises à quelques endroits de la piscine. C’est pourquoi il est intéressant de suivre l’évolution de ce transfert d’assemblages, opération qui est programmée pour durer deux ans. 

PF

Ecorché du réacteur 3 (capture vidéo + légendes)

Ecorché du réacteur 3 (capture vidéo + légendes)

Comme pour le réacteur 4, Tepco a reconstruit une toiture sur le bâtiment détruit en 2011 et a installé de nouveaux équipements permettant le transfert : une machine de chargement de combustible qui transfère les assemblages et une grue sur pont roulant qui transporte les conteneurs du niveau 5 au niveau du sol.

Un crochet au bout d’un long bras permet de sortir chaque assemblage de son logement dans les paniers. Sept assemblages de combustible neuf ont été gérés du 15 au 23 avril 2019 ; ils ont été placés un à un dans un conteneur de transport à l’aide de la machine de chargement de combustible. Ce conteneur est un grand fût cylindrique blindé de plomb. Une fois chargé, il est fermé, sorti de la piscine et chargé sur un camion qui le mène à la piscine commune. Là, il est plongé dans l’eau, ouvert, et les assemblages sont placés dans un panier.

Ce transfert va prendre beaucoup de temps car le bâtiment réacteur 3 est encore fortement radioactif et tout se fait à distance avec des grues radiocommandées. Or ces manipulations nécessitent une très grande attention car tout se joue au millimètre ; il faut éviter tout choc ou précipitation. Voici une série de captures d’écran tirées d’une vidéo de Tepco montrant les différentes phases.

Vue aérienne du réacteur 3 côté est (capture vidéo)

Vue aérienne du réacteur 3 côté est (capture vidéo)

Le bâtiment réacteur 3 vu du sol (capture vidéo Tepco)

Le bâtiment réacteur 3 vu du sol (capture vidéo Tepco)

Les opérateurs travaillent à 500 m de distance de la piscine (capture vidéo Tepco). Il faut dire qu’il ne fait pas bon rester trop longtemps au bord de cette piscine où l’on enregistre toujours, malgré le nettoyage et la protection de l‘eau, une dose de plus de 700 µSv/h.

Les opérateurs travaillent à 500 m de distance de la piscine (capture vidéo Tepco). Il faut dire qu’il ne fait pas bon rester trop longtemps au bord de cette piscine où l’on enregistre toujours, malgré le nettoyage et la protection de l‘eau, une dose de plus de 700 µSv/h.

Prise de mesure au bord de la piscine du BR3 (capture vidéo Tepco)

Prise de mesure au bord de la piscine du BR3 (capture vidéo Tepco)

Matériel de chargement de combustible et de transfert de conteneur (capture vidéo Tepco)

Matériel de chargement de combustible et de transfert de conteneur (capture vidéo Tepco)

Vue 1 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 1 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 2 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 2 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 3 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 3 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 4 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Vue 4 de la piscine de combustible (capture vidéo Tepco)

Un assemblage de combustible neuf est sorti de son panier (capture vidéo Tepco)

Un assemblage de combustible neuf est sorti de son panier (capture vidéo Tepco)

On remarque qu’il existe des dépôts solides clairs en forme de gouttes collés sur les parois extérieures du panier dont la taille varie entre 2 et 8 cm. Le site Simply Info estime qu’il s’agit de la même substance dont on a constaté visuellement la présence dans l’enceinte de confinement sous la cuve du réacteur en 2015. Simply Info explique qu’il pourrait s’agir d’éclaboussures de matière ressemblant à de la pierre ponce qui aurait pu se former avec la fonte du béton du fond de l’enceinte de confinement lors du melt-through. Cette hypothèse de formation de rhyolithe est intéressante ; toutefois, on imagine mal quel trajet auraient pu prendre ces éclaboussures entre le fond de l’enceinte de confinement et la piscine de combustible, alors que l’on a constaté que les dalles antimissiles surmontant de puits de cuve étaient restées en place.

Assemblage placé dans le conteneur de transfert dans la piscine de combustible du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

Assemblage placé dans le conteneur de transfert dans la piscine de combustible du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

On remarque deux choses sur cette image de l’assemblage : 1. Sa base a une couleur noire puis une couleur grise différente de la couleur générale de l’enveloppe. Ces différences de couleur sont également visibles sur une autre image au moment de la sortie du conteneur d’un autre assemblage. Une hypothèse est que ce niveau noir corresponde à un niveau de vase en fond de piscine qui pourrait provenir de résidus qui sont tombés dans la piscine le jour de l’explosion ; on se souvient que le nuage provoqué par l’explosion principale était très sombre et que beaucoup de choses avaient atterri dans la piscine, dont la machine de chargement de combustible.

2. L’assemblage a subi une corrosion : on remarque deux trous. Etant donné qu’il s’agit d’assemblages de combustible neuf, on peut se demander de quelle manière ils ont pu être détériorés. Tepco nous donnera peut-être un jour une explication.

Le conteneur est visible au fond de la piscine ; le bras porte un assemblage (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est visible au fond de la piscine ; le bras porte un assemblage (capture vidéo Tepco).

La grue sort le conteneur de la piscine du réacteur 3 (capture vidéo Tepco).

La grue sort le conteneur de la piscine du réacteur 3 (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est transféré à l’extérieur (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est transféré à l’extérieur (capture vidéo Tepco).

Le camion portant le conteneur s’approche de la piscine commune (capture vidéo aérienne Kyodo news).

Le camion portant le conteneur s’approche de la piscine commune (capture vidéo aérienne Kyodo news). 

Le conteneur est placé dans la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Le conteneur est placé dans la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Machine de chargement de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Machine de chargement de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Piscine commune  et bras de la machine de chargement (capture vidéo Tepco).

Piscine commune et bras de la machine de chargement (capture vidéo Tepco).

Assemblage retiré du conteneur de transfert dans la piscine commune (capture vidéo Tepco)

Assemblage retiré du conteneur de transfert dans la piscine commune (capture vidéo Tepco)

Le septième assemblage est rangé dans un panier de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Le septième assemblage est rangé dans un panier de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Vue de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Vue de la piscine commune (capture vidéo Tepco).

Sources : 

Kyodo news

Vidéos Tepco

Acro

Election européenne 2019

Mi-panneaux …. mi-palettes

Les élections européennes 2019 pose un réel problème, en matière d’affichage, pour les municipalités et notamment les petites communes dont les budgets sont relativement restreints.

Le nombre particulièrement important des listes de candidatures, au nombre de 33, cette année 2019, ainsi qu’au regard de la législation concernant l’affichage de celles ci, les élus locaux doivent répondre à deux problèmes majeurs, la place et le nombre, tout en respectant la législation en matière d’affichage électoral.

Si la place se résout globalement sans trop de soucis, le nombre quand à lui, invite à trouver des solutions, bien différentes d’une commune à l’autre, comme le montre les images ci dessous.

Le casse tête des afficheurs

l’Isle sur Serein
Provency
Massangis
Santigny

À en juger, tant par la taille que par le support, les équipes d’afficheurs vont devoir faire preuve de créativité, dans certains cas.

Japon : «Le corps vieillit…

Japon : «Le corps vieillit, pas le regard»

Par Rafaële Brillaud, à Kyoto — 13 mai 2019 à 18:29

Au Japon, une personne sur trois a 65 ans ou plus. L’archipel grisonne mais innove par la même occasion. Contraint et forcé, il invente une nouvelle société. Et bouscule notre regard sur le troisième âge. Aujourd’hui, «l’instinct de vie» des personnes âgées dévoilée en photo par un livreur de bentos.

L’actu Libé, tous les matins.

Au début, ce fut le choc. Les odeurs qui agrippent le nez dès que la porte s’ouvre. Celles du renfermé, des ordures, de la pisse. Des souvenirs de vie qui s’effilochent en vrac sur le sol ou les étagères. Parfois même les sacs-poubelles qui s’amassent au rez-de-chaussée, l’habitant qui se réfugie à l’étage. Et, partout, l’immense solitude qui envahit les lieux. Atsushi Fukushima a pris peur. Etudiant en photographie de l’université des arts d’Osaka, il n’avait aucun projet en tête, il recherchait juste un petit boulot pour financer ses cours. Il avait opté pour la livraison de bentos (boîtes repas) aux personnes âgées. «A l’époque, il y a quinze ans, on commençait à parler du vieillissement de la société japonaise. J’avais envie de voir à quoi ça ressemblait»,dit-il sobrement. De toute évidence, il ne s’attendait pas à voir ça.

Ses photos, exposées dans le cadre de KG+, le off du festival Kyotographie à Kyoto, dévoilent des scènes de vie ou de survie que l’archipel ne montre pas. Une porte s’entrouvre. Un homme gît à terre, les cheveux étoilés de flocons de duvet. Une femme reçoit un baiser de son chat sur le front. Des bentos vides. Des pieds sur un lit. L’une fait un joli sourire édenté. L’autre tourne le dos. De vieux clichés noir et blanc. Des papiers classés, entassés. Des existences entières ratatinées dans des logements surannés et des corps flétris…

Atsushi Fukushima aurait bien tourné les talons. «Mais je devais rentrer chez les gens pour donner les bentos, rester un peu pour pouvoir écrire un court rapport sur leur situation.» Alors il a franchi les seuils un à un, jour après jour. Il a commencé à discuter. Ecouter. «Rien ne m’est jamais arrivé», lui a dit un vieil homme. «A quoi bon», lui a rétorqué un autre devant son repas. Pendant six mois, Atsushi Fukushima n’est pas allé plus loin. Puis son patron lui a suggéré de réagir en photographe, de témoigner. Il s’est donc fait livreur de bentos avec un appareil en bandoulière. Mais pendant six autres mois, il n’a pas pris une photo.

Quand il a commencé à appuyer sur le déclencheur, ses clients amusés ont pris la pose. Le livreur a aussi volé des clichés. «A quoi bon demander l’autorisation, le lendemain ils avaient tout oublié…» Avec ce travail mené patiemment sur dix ans, le photographe basé à Kanagawa vient de remporter le prix KG+. Ses clichés semblent s’appesantir sur une triste réalité. L’auteur de 38 ans affirme qu’il n’en est rien. «Le corps vieillit, pas le regard. Ces gens me regardaient avec des yeux vifs. Ils m’ont transmis tant de choses ! Je suis arrivé avec un préjugé, celui de prendre en photo des gens seuls, solitaires, abandonnés. Mais les êtres humains sont coriaces. Même à terre, couchées dans des journaux, ces personnes mangeaient leurs bentos, elles voulaient vivre ! Ces images sont positives. J’ai découvert avec elles la beauté de l’instinct de vie.»

Rafaële Brillaud à Kyoto

Fukushima: Des lycéens français…

12 mai 2019

Des lycéens français visitent la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Lors d’un débat après le film « Fukushima, le couvercle du soleil », une personne n’a pas voulu me croire quand j’affirmais que j’avais eu connaissance que des lycéens avaient visité la centrale de Fukushima Daiichi et étaient passés en bus devant les réacteurs. J’ai été surpris par cette réaction de déni à laquelle je ne m’attendais pas ; c’est pourquoi j’écris cet article : pour répondre à cet homme incrédule. Peut-être vous non plus, vous ne m’auriez pas cru ? Heureusement, j’avais été tellement choqué en voyant cette vidéo que je l’avais enregistrée. Je suis donc à même de vous le prouver.

Voici donc une vidéo montrant un voyage d’étude de lycéens de différents pays, dont la France. Ce reportage a été diffusé le 16 août 2018 par la chaîne japonaise TBS News. À 5:15, après que le bus des lycéens soit passé devant le réacteur n°4, un guide parle en japonais. Une traductrice poursuit : « Maintenant, c’est 10 microsieverts » ; « et ça va augmenter très vite » ; cela veut dire : on va passer devant le réacteur n° 3…  Fait et dit : « maintenant, c’est 70 ». 

On voit bien la manipulation : aucun jeune dans le bus ne semble montrer la moindre inquiétude. Pourtant, 70 µSv/h, ce n’est pas anodin. Pourquoi imposer ça à des enfants ? Pourquoi leur faire croire qu’ils ne risquent rien ? Sinon pour aller répandre la bonne parole rassurante aux quatre coins de la planète ? Fukushima, on maîtrise, ce n’est plus dangereux, on peut même y faire du tourisme nucléaire et ne prendre qu’une dose de 0,01 mSv. La propagande pour des JO propres est bien en cours, sur tous les fronts. « La façon la plus simple de partager cette expérience, c’est tout simplement de la raconter, d’expliquer ce que nous, on a vu, que ce soit à nos amis, à nos parents », explique Adèle, du lycée Notre-Dame de Boulogne-Billancourt, à la fin du reportage.

Au Japon, on utilise également les enfants pour faire croire à la population que la pollution radioactive n’est pas un problème sanitaire : il n’est pas rare, toujours dans un intérêt collectif, de faire participer des élèves à la décontamination, comme ces collégiens et lycéens qui avaient participé en 2015 au nettoyage de la route nationale 6 en t-shirt alors que cette route était interdite jusque-là pour cause de forte contamination radioactive.

En 1978, quand l’Amoco Cadiz s’était échoué sur les côtes de Bretagne, on m’avait proposé de participer à un voyage pour démazouter les plages. J’avais tout de suite dit oui. Quand on est adolescent, on ne réfléchit pas beaucoup. Sauf si on est informé. Je n’ai jamais été informé des risques que représentait l’inhalation de gaz toxiques émis par le pétrole brut. J’y suis allé car je voulais aider, et puis l’idée d’un voyage en Bretagne était plaisante également. Les nausées, les maux de tête, c’était normal, on le supportait. Et puis de toute manière, on avait des gants, des bottes et des cirés, on était protégé. Du moins on le croyait. Je pense que pour ces jeunes lycéens que l’on emmène à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, c’est encore pire. Car les adultes qui les encadrent, les proviseurs qui organisent, les parents qui autorisent n’ont aucune excuse. Ils savent tous que la radioactivité est dangereuse et que la poussière est porteuse de microparticulesradioactives. Alors pourquoi emmènent-ils des enfants dans des zones contaminées, au plus près du monstre qui a créé cette catastrophe ? Je ne comprends pas. 

Que des journalistes prennent le risque de visiter la centrale, pourquoi pas ? Ils sont adultes et ont les capacités de connaître les dangers. Pour des enfants, c’est différent. Ils sont embarqués dans un parcours scolaire dont ils ne maîtrisent pas encore le contenu. Ils ne peuvent donc pas consentir à se faire irradier et inhaler des particules radioactives en connaissance de cause car ils sont trop jeunes et leur formation à la radioprotection est limitée au discours officiel franco-japonais. En effet, ces voyages font partie d’une formation à la radioprotection qui comprend ce questionnement : « Quels sont les effets des rayonnements ionisants sur la santé et comment évalue-t-on le risque aux faibles doses ? » Le message est donc clair : les faibles doses, ce n’est pas dangereux ; la preuve, on peut vous faire visiter une centrale nucléaire fraichement accidentée…

Pourtant, plusieurs études scientifiques ont déjà démontré que les faibles doses étaient dangereuses, et spécialement pour les enfants. Alors j’écris cet article également pour ces adolescents, j’espère qu’il parviendra jusqu’à eux. J’espère qu’ils liront les conclusions des études qui ne seront pas diffusées durant leur formation. J’espère que leurs parents les liront aussi et qu’ils prendront connaissance des témoignages d’autres parents.

Pierre Fetet

Japon : les défis de l’ère Reiwa

Le 4 mai 2019 à 10h43

Editorial. Expansionnisme chinois, désengagement américain, tensions nord-coréennes, réformes sociétales… autant d’enjeux majeurs auxquels doit faire face le gouvernement japonais mais aussi la nouvelle institution impériale.

Le nouvel empereur du Japon, Naruhito, et son épouse, Masako, lors de son premier discours public, le 4 mai, au palais impérial de Tokyo.

Le nouvel empereur du Japon, Naruhito, et son épouse, Masako, lors de son premier discours public, le 4 mai, au palais impérial de Tokyo. / Fumine Tsutabayashi / AP

Editorial du « Monde ». Vendredi 3 mai, pour les 72 ans de la Constitution pacifiste japonaise, le premier ministre, Shinzo Abe, a renouvelé son engagement de réviser la Loi fondamentale d’ici à 2020, afin d’affranchir le Japon des contraintes de l’article 9 par lequel il renonce à la guerre, à la menace ou à l’usage de la force comme moyens de règlement des conflits internationaux. Il souhaite aussi que son pays puisse participer à la défense d’un allié menacé.

Intervenant deux jours après le sacre d’un nouvel empereur, ce rappel des ambitions du camp conservateur au pouvoir de faire du Japon un pays « normal » interroge sur les surprises que réserve l’ère Reiwa, inaugurée le 1er mai. Les ères constituent, sauf accident, des temps longs, jalonnés d’événements ou de crises marquants, comme le furent pour l’ère Heisei l’éclatement de la bulle économique et la catastrophe de Fukushima, susceptibles de modifier plus ou moins brutalement le cap de cette nation insulaire de 125 millions d’habitants.

 Lire aussi : Au Japon, l’ère Heisei s’est achevée : récit de trente ans de désillusions

Dans l’ère qui s’ouvre, le Japon devra certainement compter avec le formidable expansionnisme chinois, le désengagement américain, et, qui sait, les missiles nord-coréens – autant de menaces qui favorisent les projets nationalistes de l’actuel gouvernement. Face aux « nouvelles routes de la soie » chinoises, ambition planétaire d’un genre nouveau, Tokyo s’active pour promouvoir une région Indo-Pacifique libre et ouverte, respectueuse de l’Etat de droit, de la liberté de navigation et de la transparence.

Popularité renforcée

Dans ce contexte changeant, le nouvel empereur, Naruhito, dépourvu de prérogatives politiques mais nimbé de l’aura du sacré, agit comme un contrepoids : tout indique qu’il restera fidèle aux postures pacifistes et humanistes de ses parents, aussi bien vis-à-vis des victimes du passé militariste du Japon que de celles des désastres naturels et industriels qui l’ont frappé. Akihito et son épouse ont incarné jusqu’à l’abnégation la modestie et le dévouement – dans une ère qui fut, à ses débuts, marquée par l’hubris d’un pays aveuglé par sa réussite économique.

En devenant le premier empereur depuis deux siècles à abdiquer, le nouvel « empereur émérite », selon la formule officielle, a encore renforcé sa popularité – et celle de l’institution impériale. Mais celle-ci est aussi un symbole de conservatisme : une unique femme était présente à la cérémonie d’intronisation de Naruhito – la seule du gouvernement Abe, ce qui en dit beaucoup sur l’état désastreux de la parité. En 2018, l’Archipel figurait à la 110e place mondiale (sur 149 pays) pour l’égalité hommes-femmes, selon le World Economic Forum.

Abdication d’Akihito : un empereur du Japon pas comme les autres 

Malgré Fukushima, le Japon n’a pas vu émerger de mouvement écologique digne de ce nom. La contestation ne s’y exprime qu’à la marge, en dépit des inégalités qui montent. Le pays est à la traîne sur le mariage pour tous, et très réticent à adapter sa politique d’asile aux défis du monde d’aujourd’hui – n’ayant accepté que 42 personnes l’an dernier sur 10 000 demandes, le double il est vrai de 2017. L’immigration y reste très limitée – et tributaire des besoins des entreprises. Enfin, les modalités d’application de la peine de mort, ou encore les rigueurs de son système judiciaire, dont l’ex-patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a pu faire les frais, continuent d’être dénoncés par les ONG de défense des droits de l’homme.

Certes, la classe politique japonaise a été épargnée par le populisme et les extrémismes. Mais ce conservatisme persistant est un corset qui empêche le pays de se réinventer.

Les mensonges du pouvoir

1er Mai à la Pitié-Salpêtrière: les mensonges du pouvoir

2 MAI 2019 PAR DAN ISRAEL

Pendant une soirée et une matinée, plusieurs membres du gouvernement et la direction de l’AP-HP ont assuré que l’hôpital parisien avait été « attaqué » par des manifestants violents. Il n’en a rien été : quelques dizaines de personnes se sont réfugiées au pied des immeubles de l’établissement pour échapper aux lacrymogènes et aux charges policières, avec l’autorisation de sa directrice. Aucun manifestant n’a été menaçant, aucun n’a dégradé les locaux. En revanche, certains ont été frappés par des policiers.

Que s’est-il passé dans l’enceinte de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, ce mercredi 1er mai ? En fait, rien. Ou fort peu : quelques manifestants sont entrés dans l’enceinte de l’établissement après avoir cassé le cadenas qui maintenait fermé un portail grillagé. Après presque 24 heures d’une agitation alimentée par le gouvernement et les dirigeants des hôpitaux publics franciliens (AP-HP), les accusations visant des manifestants qui auraient « attaqué » l’hôpital en marge de la manifestation se sont écroulées dans l’après-midi de jeudi.

Les nombreux témoignages recueillis par Mediapart et plusieurs autres médias, ainsi que des vidéos, puis une réponse officielle de l’AP-HP, ont permis de dégonfler totalement les faits allégués. Faits qui ont pourtant valu à 32 personnes d’être interpellées pour« intrusion et dégradation à l’intérieur de l’hôpital », selon la préfecture de police, et d’être placées en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences », selon le parquet de Paris. Aucun manifestant n’a été finalement poursuivi.

Et pour cause : les quelques dizaines de personnes présentes dans l’enceinte de l’hôpital ne sont entrées dans aucun bâtiment, elles n’ont rien dégradé ou volé. Elles essayaient d’abord de se soustraire aux très intenses nuages de gaz lacrymogènes qui noyaient la manifestation, quelques mètres plus loin, ou à une charge policière. Elles ont ensuite tenté d’échapper aux policiers, dont une bonne partie se déplaçant à moto, qui les avaient pris en tenaille au pied des bâtiments de l’hôpital. C’est là que certains manifestants ont, vers 16 h 30, tenté d’entrer dans ce qui s’est avéré être le service de réanimation chirurgicale. Mais devant les protestations des soignants, ils ont vite renoncé, sans manifester d’agressivité. Certains d’entre eux ont ensuite été frappés par des policiers.

Mediapart s’est entretenu avec Gaël, un informaticien de 30 ans, interpellé durant cet épisode et libéré 23 heures plus tard, après une nuit en cellule au palais de justice de l’île de la Cité, sans qu’aucune charge ait été retenue contre lui. « Lorsque j’ai fait ma déposition, à 4 heures du matin, les policiers étaient blasés et m’ont dit qu’il n’avaient rien contre moi ou les autres personnes placées en garde à vue, raconte-t-il. J’ai passé pratiquement une journée en garde à vue pour rien. Quand je vois la façon dont cela a été utilisé par des responsables politiques ou des médias, je trouve cela très choquant. »

La très étrange séquence qui vient de s’achever a démarré mercredi en fin d’après-midi, peu après la fin de la manifestation. France Inter relaie pour la première fois le témoignage d’un interne de la Pitié, qui relate la tentative d’intrusion dans le service de réanimation où il était présent. Très rapidement, Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP, manifeste sur Twitter son « plein soutien aux équipes de la Pitié-Salpêtrière qui ont fait face à une bande de manifestants/casseurs dans une tentative d’intrusion violente ». Il annonce qu’une plainte sera déposée.

Dans la nuit, il affirme ensuite sur BFMTV que des images de vidéosurveillance « absolument édifiantes » existent et qu’elles seront transmises aux enquêteurs. Puis, dans un mail envoyé à 23 h 28 à tous les agents de l’APH-HP, il dénonce « des “manifestants” qui […] ont tenté une intrusion par la force dans le service de réanimation chirurgicale », et salue les équipes soignantes et leur « sang-froid qui force le respect ». « On n’ose imaginer ce qui aurait pu se passer sans leur remarquable courage », assure-t-il.

Le lendemain matin sur France Info, il persiste : « Il aurait pu se produire un drame dont je n’ose même pas imaginer les conséquences », s’est-il ému, dénonçant des « débordements gravissimes » et « inédits », et estimant que l’établissement est passé « au bord de la catastrophe ». Dans la matinée et au même micro, Marie-Anne Ruder, directrice de la Pitié-Salpêtrière, déclarait qu’il « est extrêmement choquant qu’un hôpital public [puisse] être une cible pour des casseurs ».

Tweet de Christophe Castaner, le 1er Mai.
Tweet de Christophe Castaner, le 1er Mai.

Ces dénonciations ont tout aussi rapidement trouvé un écho au gouvernement. Dès mercredi à 21 heures, après une visite sur place, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner tweete qu’à la Pitié, « on a attaqué un hôpital » et qu’« on a agressé son personnel soignant ». Il assure même que « nos forces de l’ordre sont intervenues pour sauver le service de réanimation ». Dans la foulée, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher dénonce le fait qu’« une cinquantaine de manifestants s’introduisent avec violence dans un service de réanimation ». François de Rugy, son collègue au ministère de la transition écologique déplore lui aussi une « tentative d’intrusion violente dans un hôpital », qui « n’a plus rien à voir avec le fait de manifester ».

Le lendemain matin, c’est la ministre de la santé Agnès Buzyn qui s’émeut sur Europe 1d’une intrusion « inqualifiable ». Elle salue « le personnel hospitalier [qui] a été très courageux et a eu le bon réflexe de protéger avant tout les patients ». Pour clore la séquence d’indignation gouvernementale, le premier ministre Édouard Philippe martèle que « vouloir s’introduire dans un hôpital de cette façon n’est pas excusable ». D’autres responsables politiques s’indignent également, comme le député européen LR Philippe Juvin, médecin lui-même, qui s’époumone contre des « casseurs qui envahissaient le service de réanimation ».

Quelques heures plus tard, une vidéo fera apparaître toutes ces déclarations dramatisées à souhait pour ce qu’elles sont : de la communication, très loin de la réalité des événements. En début d’après-midi jeudi, Nejeh Ben Farhat, l’un des membres du service hospitalier, publie sur sa page Facebook six minutes de vidéo retraçant toute la scène, vue de l’intérieur, derrière la fameuse porte que les manifestants ont voulu franchir. L’homme est un gilet jaune revendiqué, et est déjà apparu comme tel sur le plateau de RT, la chaîne financée par le gouvernement russe.

Voici un extrait de sa vidéo :

Vidéo Salpetrière – Nejeh Ben Farhat © Mediapart

Dans la séquence, on voit clairement les manifestants courir pour échapper aux policiers qui arrivent, grimper le petit escalier menant à la plateforme donnant sur la porte du service, qui ne ferme manifestement pas. Les soignants s’accrochent à la porte afin que les manifestants ne puissent pas l’ouvrir, et leur crient de ne pas entrer. Les manifestants n’insistent pas, puis les soignants ouvrent eux-mêmes le passage, pour aller discuter avec eux, au moment où un policier arrive sur la scène. Un homme âgé tente alors de se faufiler, et est repoussé. Fin de la séquence.

Dans la matinée, déjà, deux soignants avaient assuré qu’ils ne s’étaient en fait jamais sentis menacés, face à un groupe de journalistes très pressés de leur faire dire qu’ils avaient mal vécu la scène. Gwenaëlle Bellocq a expliqué qu’ils ne s’étaient « pas sentis plus agressés que ça » et « pas sentis en danger plus que ça ». Et l’un de ses collègues a rappelé que l’épisode n’avait pas duré plus de « deux ou trois minutes », sans « débordement », et qu’il n’y avait « pas de réel traumatisme » pour l’équipe.

Ce membre de l’équipe a aussi signalé que rien n’avait été volé dans l’hôpital, contrairement à une rumeur lancée le matin même sur BFMTV par l’un des médecins présents dans le service. « Dans d’autres services de l’hôpital, il y a eu d’autres exactions, avait indiqué le médecin. Dans le même bâtiment, on a eu à déplorer deux heures plus tard la perte de l’ensemble du matériel vandalisé au service informatique du service de chirurgie digestive. » Sur Europe 1, Agnès Buzyn avait ensuite dit : « On me rapporte un certain nombre d’exactions notamment sur du matériel informatique qui aurait été volé. » Rien de tel en fait, comme l’a reconnu le service de communication de l’AP-HP auprès de Mediapart.

Des manifestants plaqués à terre, ou frappés par les policiers

Deux épisodes distincts ont bien eu lieu : dans la nuit de mardi à mercredi, à la suite d’une effraction à l’institut de cardiologie, l’hôpital a relevé « des dégradations importantes sur les murs et sur les mobiliers ». Par ailleurs, « dans le courant de l’après-midi [de jeudi], un vidéoprojecteur se situant dans la salle de staff du service de chirurgie digestive a été arraché de son socle et dérobé ». Mais, indique l’AP-HP, « à ce stade aucun lien ne peut être fait entre ces deux constatations et l’intrusion des manifestants ». Une infirmière de l’hôpital complète auprès de Mediapart : « Le vidéoprojecteur était dans une salle fermée à clé, et c’est la troisième fois qu’on le dérobe cette année. » Pour cette infirmière, « écouter le récit qui a été fait à distance de ces événements était très étonnant : pour mes collègues et moi, il était clair dès le départ que les choses ne s’étaient pas du tout passées comme ça ! ».

Les événements du 1er mai à la Pitié-Salpêtrière démarrent en fait vers 16 heures sur le boulevard de l’Hôpital, qui longe une partie de l’hôpitla. Comme nous l’avons racontédans notre compte-rendu de manifestation, l’ambiance est très tendue entre les policiers et certains manifestants. Un nuage de lacrymogène couvre le défilé et plusieurs charges policières s’enchaînent. Certains manifestants secouent alors fortement le portail de l’établissement, qui est une entrée annexe desservant le restaurant universitaire, et qui n’est pas signalée comme une entrée vers l’hôpital. Le cadenas cède, les grilles s’ouvrent, et plusieurs dizaines de personnes s’engouffrent sur la longue voie goudronnée qui relie plusieurs immeubles de l’établissement. 

Le syndicaliste toulousain Stéphane Borras a raconté l’épisode dès jeudi matin sur son blog hébergé par Mediapart, et notre journaliste François Bonnet, présent sur place, confirme ce déroulé. Wladimir Garcin-Berson, journaliste au Figaroa fait un récit identique sur Twitter. « C’était le chaos, il s’agissait clairement pour tout le monde de s’abriter des gaz et d’éviter les charges de policiers. Personne n’avait en tête d’aller casser dans l’hôpital, et certains d’entre nous n’étaient même pas sûrs d’être à l’intérieur de la Pitié », explique à Mediapart Julien, un des manifestants qui a pénétré dans l’enceinte de la Pitié. Pour sa part, Louis souligne que, comme lui, « pas mal de personnes présentes, de tous les âges, n’avaient jamais manifesté dans ces conditions » et que beaucoup « ont paniqué, tout simplement, et voulaient fuir »« Nous fuyions les lacrymos, sans réellement voir ou comprendre où nous allions. Ces moments étaient chaotiques, la confusion la plus totale régnait », confirme un troisième parisien qui a confié son témoignage à Mediapart.

Des soignants sont présents au pied des bâtiments, et distribuent du sérum physiologique pour apaiser les yeux gênés par les gaz lacrymogènes. « Plusieurs de mes collègues sont même allés chercher des gens à terre sur le boulevardtrès lourdement touchés par les lacrymos, raconte l’infirmière déjà citée. Ils ont dû les amener aux urgences, dont une issue est toute proche. » Environ une trentaine de manifestants et plusieurs policiers ont été admis à ce moment-là.

Julien, entré lorsque les grilles étaient déjà ouvertes, pointe un fait passé inaperçu jusqu’alors : « La directrice de l’hôpital Marie-Anne Ruder est venue à notre rencontre et nous a autorisés à rester dans l’enceinte de son établissement, assure-t-il, formel. Elle a indiqué qu’elle laisserait les grilles ouvertes le temps que les choses se calment sur le boulevard. Moi et deux autres gilets jaunes l’avons remerciée. Nous sommes restés sur place environ une demi-heure. » La version de la directrice est différente. À France Info, elle a expliqué avoir « essayé de discuter avec eux, pour leur faire part du fait que c’était un hôpital et qu’on ne pouvait pas y rentrer de cette façon-là », et avoir jugé que « la discussion n’était pas possible, avec une certaine agressivité et violence verbale de la part de certaines des personnes qui étaient là ».

Des policiers à moto dans l'enceinte de la Pitié-Salpêtrière.

Des policiers à moto dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière.

La tentative d’entrer à l’intérieur du bâtiment de l’hôpital intervient peu avant 16 h 30, lorsque de nombreux policiers font irruption dans l’enceinte, pour évacuer les manifestants. Certains sont à pied, d’autres directement en moto, et leur comportement est agressif, comme le montrent plusieurs vidéos. Celle-cimontre deux policiers coiffés d’un casque de moto frapper une personne à terre. D’autres, relayées par le journaliste David Dufresne, donnent à voir l’ambiance extrêmement lourde qui régnait alors.

« Dans notre dos, nous étions chargés par les policiers à pied, et nous avons essayé de traverser le terrain de l’hôpital pour sortir dans une rue parallèle, mais des motards nous ont alors foncé dessus », explique à Mediapart Mehdi. Il raconte à nouveau la « panique »qui saisit les manifestants, qui s’égayent partout et essayent de se cacher. Lui suit le mouvement et se retrouve au pied de l’escalier donnant sur la fameuse porte. Voyant que l’issue est fermée, il se résigne à faire face aux policiers. Et il raconte avoir été alors insulté et frappé à de très nombreuses reprises. Selon son récit, un policier, après lui avoir donné trois coups de matraque, l’a envoyé vers ses collègues pour qu’ils le frappent, en leur disant : « Punissez-le. » Un « On va te crever » lui aurait été adressé au milieu des coups, parmi d’autres insultes. Il indique avoir de nombreuses contusions sur le corps, qu’il a prises en photo. (L’intégralité de son récit glaçant, rédigé dans la foulée de l’incident, est disponible sous notre onglet « Prolonger ».)

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Gaël, le jeune homme mis en garde à vue, était aux côtés de son ami Mehdi. Lui aussi a fait face aux policiers, mais n’a pas été frappé. « C’est un policier à pied qui m’a pris en charge au pied de l’escalier. Il m’a dit qu’il allait m’évacuer et me ramener sur le boulevard, très calmement, décrit-il. Mais un groupe de policiers à moto a surgi, en criant et en disant à tout le monde de se mettre à terre, en plaquant certaines personnes au sol. Celui qui m’accompagnait n’avait pas trop l’air d’accord, mais j’ai finalement été interpellé et conduit en bus en cellule. J’ai appris en discutant avec les policiers avant mon audition que j’étais accusé de “détérioration en bande organisée”, mais je suis finalement sorti sans aucune poursuite. »

Interrogée jeudi dans l’après-midi sur ce sujet au Sénat, Agnès Buzyn a donné la nouvelle ligne officielle du gouvernement, tout en prudence : « L’enquête clarifiera les responsabilités, la volonté d’agression ou pas. Je n’irai pas plus loin puisque l’enquête est en cours. » Difficile en tout cas de ne pas trouver dans cet épisode un fort écho de ce qu’il s’était passé en juin 2016 autour de l’hôpital Necker, en plein mouvement de contestation contre la loi sur le travail. Il y a trois ans, une série de vitres de l’hôpital avaient été brisées lors d’une manifestation. Le premier ministre Manuel Valls avait décrit un hôpital « dévasté », alors que la plupart des dégâts avaient été causés par des projectiles lancés par des manifestants en direction des policiers, postés juste devant l’hôpital. 

Hormis un homme ayant cassé des vitres avec un marteau, et un autre en attaquant une à coups de pied, aucune volonté délibérée de casse n’avait été relevée. Ce qui n’a en rien empêché Martin Hirsch, dans son mail du 1er mai 2019 à ses équipes, de considérer que la tentative d’intrusion dans les locaux de la Pitié, finalement bien anodine, correspond, « après le caillassage de l’hôpital Necker », à « la deuxième fois qu’une agression violente prend pour cible un hôpital ». En revanche, ni le directeur de l’AP-HP, ni les membres du gouvernement ne semblent s’émouvoir que des forces de l’ordre puissent charger des manifestants jusque dans un hôpital.

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Fukushima: …épreuves des JO 2020

Lors des JO 2020 de Tokyo, des épreuves pourraient avoir lieu à Fukushima

S.TA. Publié le jeudi 02 mai 2019 à 09h18 – Mis à jour le jeudi 02 mai 2019 à 09h26

C’est avec surprise que le professeur Bruno Bernard, expert en commerce international et docteur honoris causa de la Caucasus University (Géorgie) a découvert que le Japon comptait organiser certaines épreuves des prochains JO à Fukushima.

Pour rappel, la zone a été victime d’un accident nucléaire consécutif à un tsunami en 2011. C’est par le biais d’une interview de la télévision coréenne sur la pêche que Bruno Bernard a entendu parlé de cette histoire. « Nous devions parler de la pèche en mer de Fukushima et des 1 200 000 000 m3 d´eaux radioactives rejetées lentement dans l´océan et son impact sur les poissons destinés à la Corée ou ailleurs? L´OMC a donné raison en seconde instance à la Corée qui refuse les produits de la mer venant du Japon. », explique le professeur Bernard.

C’est à la fin de l’interview que la question est arrivée. « Ils m’ont expliqué qu’afin de montrer à son peuple et au monde que la région Fukushima est sûr le Premier ministre du Japon, Abe souhaitait que lors des Jeux Olympiques qui se dérouleront à Tokyo en 2020, certains matchs du sport comme le baseball et le softball aient lieu à Fukushima. Avec on le suppose au menu des cantines olympiques du poisson frais? », explique encore Bruno Bernard. La télévision coréenne voulait savoir ce que l’on pense en Europe de cette idée alors que « le problème de l’exposition aux rayonnements n’a pas encore été complètement résolu » ajoute le professeur. 

Curieux d’en savoir plus, Bruno Bernard a contacté plusieurs fédérations sportives en Belgique « Ces instances ont découvert via ma question que certaines épreuves se dérouleraient sur place et sont tombés des nues. », conclut-il.

S.Ta.

Fukushima: retour forcé

A Fukushima, le drame du retour forcé

MIS EN AVANT

A Fukushima, la vie doit impérativement reprendre ses droits. Ainsi, en a décidé le gouvernement Nippon. C’est pour cela, qu’il a déjà obligé 23 % de la population réfugiée après la catastrophe du 11 mars 2011, à rentrer dans les communes de l’ancienne zone d’évacuation. Pour parfaire l’image et la communication, de nombreux événements sportifs se dérouleront dans cette zone.

En effet, en septembre 2019, l’un des matchs de la Coupe du monde de rugby, se tiendra au nord de Fukushima. En 2020, Fukushima accueillera le relais d’ouverture des Jeux olympiques qui se dérouleront au Japon.

La vie peut et doit reprendre ses droits, c’est le message que les autorités internationales de gestion du nucléaire japonais veulent faire passer pour plusieurs raisons.

La première raison est hélas classique. La prise en charge de l’évacuation des habitants cela coûte très cher, trop cher pour les organismes qui s’en occupent. C’est la raison pour laquelle le seuil de radioactivité jugé “raisonnable” pour le citoyen moyen, est passé de 1 à 20 msv/an depuis la catastrophe. Cette réouverture d’une partie de la zone d’évacuation reste un sujet extrêmement polémiques. Cependant, il ne faut pas oublier qu’en toile de fond, le gouvernement continu dans la trajectoire des directives annoncées qui accompagnent sa politique de relance d’une partie du parc nucléaire soit 9 des 54 réacteurs actifs avant l’accident.

Face à cela, le relogement des habitants pèse de moins en moins lourd. Cela se traduit en premier lieu, par la fermeture des cités de logements provisoires dans l’ensemble des trois départements touchés par la catastrophe. Dans le même temps, il est procédé au relogement d’une partie des habitants dans des cités de logements collectifs.

A cela, il faut ajouter des mesures “incitatives”, comme la coupure des aides financières aux réfugiés. L’évacuation contrainte et mal accompagnée se traduit par des situations souvent dramatiques. Les associations chargées du suivi sanitaire des habitants sont de moins en moins nombreuses. Elles ne peuvent que constater, la fermeture des cités de logements provisoires et le retour des évacués de l’accident nucléaire dans des territoires encore pollués.

Cependant, malgré cela, la réticence est grande. Ainsi, dans la ville de Namie, la dernière à avoir été rouverte, et l’une des plus controversées en raison du taux de contamination encore extrêmement élevé, seule 6,1 % de la population initiale est rentrée. En moyenne, sur l’ensemble des territoires rouverts à l’habitat, seulement 23 % de la population est rentrée.

Ils ne sont pas nombreux, à avoir pu investir dans la construction d’un nouveau logement ailleurs. La grande majorité de la population, est relogée dans des logements collectifs publics construits à cet effet. Or, les habitants de cette région étaient pour la plupart d’entre eux, issus de la campagne et vivaient dans des fermes avant la catastrophe, d’où des difficultés d’adaptations importantes, y compris économique. Par exemple, ils doivent maintenant assurer l’achat d’une alimentation qu’ils produisaient avant.

Les personnes, souvent âgées, qui ne peuvent pas rentrer, ont dû accepter d’être relogées en logement collectif. Une situation, qui vire parfois au cauchemar, car même s’ils ne veulent pas, ils sont contraints de payer le loyer de ce nouveau logement et les charges qui leur incombent.

Parmi les 2 267 décès classés comme induits par le désastre nucléaire, 200 personnes seraient décédées du fait de la mauvaise gestion du refuge.

Crédit photo : ofrtp japon fukushima

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