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Mois : octobre 2018

Le barrage de la peur

Fukushima est à nos portes!
Publié lundi 15 octobre 2018 à 08:54

Menacée, Genève repart au combat contre la vétuste centrale nucléaire française du Bugey, située à 70 km de la ville. 
 A 90 km de la centrale, un barrage pourrait provoquer une catastrophe semblable à celle de Fukushima, selon des experts. 
En cas d’accident majeur, une partie de la Suisse romande se trouverait sous le nuage radioactif.

2 mars 2016. L’info fait l’effet d’une bombe.

Unis dans leur combat contre le nucléaire imposé par la Constitution cantonale*, la ville et l’Etat de Genève déposent plainte pénale contre X pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux concernant la centrale nucléaire du Bugey, située à 70 km du bout du lac. Lors d’une conférence de presse restée mémorable, Esther Alder, alors maire de la ville, soutenue par le conseiller d’Etat Antonio Hodgers et le conseiller administratif Rémy Pagani, exige la fermeture du site, construit sans étude d’impact préalable. Mandatée par les autorités genevoises, Me Corinne Lepage, avocate spécialiste en droit de l’environnement et ancienne ministre française de l’Environnement, affirme que la dalle sur laquelle repose l’unité présente des problèmes d’étanchéité, qu’une enceinte de confinement d’un des réacteurs comporte une fissure et que des fuites de tritium sont régulièrement constatées. Sans mauvais jeu de mots, le dossier semble béton.

Juin 2017. Nouveau coup de théâtre.

L’effet d’annonce dissipé, le Ministère public décide finalement de ne pas engager de poursuites. Pour lui, les faits ne sont pas suffisamment caractérisés. «Son enquête a été bâclée», estime aujourd’hui le service juridique de la ville.
Dix-huit mois plus tard. Convaincu que la centrale présente toujours plus de risques pour la sécurité et la santé de ses habitants, Genève s’apprête à repartir au combat. «Une nouvelle plainte avec, cette fois, constitution de partie civile, va être déposée prochainement à Paris entre les mains du doyen des juges d’instruction. Contrairement à la première, elle se fondera sur le rapport d’un célèbre expert reconnu dans le domaine du nucléaire dont le nom sera dévoilé en temps utile. Celui-ci établit de manière très claire les lacunes et les défaillances de la sûreté et les risques d’accidents qui y sont associés. Plusieurs juges d’instruction devraient ainsi être désignés pour instruire les faits. «La ville et le canton auront accès au dossier et la possibilité de formuler des demandes d’auditions et des expertises», détaille un juriste du service qui préfère que son nom ne soit pas cité. «Nous espérons ainsi que la poursuite des investigations permettra de faire enfin toute la lumière sur les conditions de fonctionnement de la centrale, qui souffre d’une dégradation croissante et d’un entretien défectueux de ses équipements», poursuit notre interlocuteur.

KEYSTONE
Six cents millions de mètres cubes de retenue, un lac de 35 km de long, mis en service en 1968, le barrage de Vouglans (Jura) est le troisième ouvrage du genre le plus important de France.

Le barrage de la peur

Ce n’est pas tout. Une récente enquête menée par une équipe d’Envoyé spécial, la célèbre émission de France Télévisions, diffusée il y a quelques semaines, a ajouté un nouvel élément, et pas des moindres, à ce dossier ultrasensible. Selon les investigations de nos confrères, un second ouvrage, situé à 90 km de la centrale, serait lui aussi en piteux état et pourrait déclencher un scénario qualifié d’apocalyptique: le barrage de Vouglans, dans le Jura français. Mis en service il y a cinquante ans, le troisième édifice du genre dans le pays, avec ses 600 millions de mètres cubes d’eau retenus, présente en effet d’angoissants indices de vieillissement. Les enquêteurs de France 2 ont relevé pas moins de 200 failles sur l’ensemble de l’ouvrage. Interrogé sous le couvert de l’anonymat, un ancien responsable de la sécurité hydraulique d’EDF (Electricité de France), qui exploite le barrage et la centrale, assure pour sa part qu’il existe une infiltration d’eau sous le barrage qui pourrait un jour provoquer le soulèvement de la paroi.

Plus inquiétant encore selon lui, les jonctions latérales béton-rocher, là où les murs prennent appui, ne cessent de se dégrader. «Balivernes», rétorque l’inspecteur de sûreté d’EDF, questionné par les journalistes. Pour lui, le barrage le plus surveillé de France est en parfait état et ne présente aucun signe justifiant un pareil alarmisme.

Rapport secret

Une affirmation assénée avec un aplomb d’autant plus hardi que les dépositaires de l’émission ont mis la main sur un rapport secret d’EDF révélant que la partie avant du barrage se décolle de la fondation et que l’extension d’anciennes fissures provoque des fuites dans la zone centrale, lesquelles fragilisent l’ensemble.

Un autre document confidentiel fait état d’un glissement de terrain autour du site en février 1970 et de deux autres événements similaires en décembre 1981. Pour l’ex-responsable de la sécurité, cette instabilité associée à de fortes précipitations peut provoquer rien de moins que la rupture subite de ce barrage-voûte. C’est ce qui s’est produit dans les environs de Fréjus, en 1959, au barrage de Malpasset. Déferlant dans la vallée, la vague de 40 m de haut fit 423 victimes au cœur d’une nuit d’hiver.

Comme à Fukushima

Avec douze fois le volume de la construction du Var, on a peine à imaginer les conséquences d’une rupture du barrage implanté dans l’Ain en termes de pertes humaines et de dégâts matériels. Mais l’enquête de nos confrères français va plus loin. Elle démontre que la vague submergeant la vallée balaierait encore cinq barrages au fil de l’eau, ce qui la gonflerait de 70 millions de mètres cubes supplémentaires. Six heures après la rupture, l’eau atteindrait ainsi la zone du Bugey.

MANU FORNEY
 

Contrainte par la loi depuis l’accident de Fukushima, en mars 2011, d’imaginer le pire pour ses sites, soit une crue historique de l’Ain et du Rhône ajoutée à la rupture du barrage, EDF affirme pourtant dans son expertise que l’eau s’arrêterait au pied de la centrale. Perspicaces, les enquêteurs de France 2 ont toutefois découvert que ladite expertise a été calculée sur la base d’une hauteur d’eau de 424 m au barrage, alors que la loi oblige à calculer avec un barrage plein (429 m): 5 m de différence, sur un lac long de 35 km, qui ampute le résultat de 85 millions de mètres cubes d’eau. Leader de l’association de riverains Stop Bugey, l’ingénieure Elisabeth Brénière pense que non seulement la centrale serait bel et bien submergée, mais que les débris charriés par le Rhône, dans lequel l’eau de refroidissement des réacteurs est pompée, bloqueraient entièrement le système. «Comme à Fukushima, s’ensuivrait alors la fusion nucléaire. Avec les conséquences que l’on sait…»

* Les autorités doivent tout mettre en œuvre pour s’opposer à toutes velléités nucléaires dans et proches des frontières cantonales.

Où ira l’eau contaminée de Fukushima ?

Économie de la mer. Où ira l’eau contaminée de Fukushima ?

Tokyo Electric Power stocke de l'eau contaminée par la centrale de Fukushima.
Tokyo Electric Power stocke de l’eau contaminée par la centrale de Fukushima. | REUTERS
La société Tokyo Electric Power (Tepco), propriétaire de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon, a reconnu publiquement, hier, que l’eau stockée sur le site contenait toujours certains éléments radioactifs. Ce qu’elle niait jusque-là.

À moins de deux ans des JO de Tokyo, cette nouvelle embarrasse le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie chargé de se débarrasser de cette eau qui s’accumule depuis l’arrêt de la centrale après le tremblement de terre et le tsunami de 2011 : près de 900 000 m3, soit 500 piscines olympiques.

Opposition des pêcheurs

Selon l’exploitant, 84 % de ces volumes auraient une concentration en éléments radioactifs supérieure aux seuils limites et, pour 65 000 m3, la radioactivité dépasserait 100 fois les niveaux définis comme tolérables par l’État japonais.

« Nous allons filtrer une fois de plus l’eau des réservoirs, afin de ramener sous les seuils limites les éléments en question, avant de la déverser dans l’océan, si une décision est prise dans ce sens », a déclaré le porte-parole de Tepco. Une solution à laquelle s’opposent les pêcheurs et les habitants du littoral, qui craignent que cela ne dissuade les consommateurs d’acheter des produits de leur région.

L’eau s’accumule notamment parce que Tepco a besoin d’en injecter dans les trois réacteurs de la centrale pour conserver le combustible d’uranium fondu à une température qui ne pose pas de danger. De plus, des nappes souterraines provenant des collines voisines pénètrent dans le sous-sol du réacteur où elles se mêlent à des débris hautement radioactifs.

Fukushima:l’eau stockée est radioactive

Fukushima: Tepco reconnaît que l’eau stockée est radioactive

FUKUSHIMA: TEPCO RECONNAÎT QUE L'EAU STOCKÉE EST RADIOACTIVE

La société Tepco, propriétaire de la centrale nucléaire de Fukushima, a reconnu que l’eau stockée sur le site contenait toujours certains éléments radioactifs qu’elle disait depuis des années disparus. /Photo d’archives/REUTERS/Tomohiro Ohsumi POOL

TOKYO (Reuters) – La société Tokyo Electric Power (Tepco), propriétaire de la centrale nucléaire de Fukushima gravement endommagée par le séisme et le tsunami de mars 2011, a reconnu que l’eau stockée sur le site contenait toujours certains éléments radioactifs qu’elle disait depuis des années disparus.

Tepco a reconnu le 1er octobre, devant une commission gouvernementale japonaise, la présence d’éléments radioactifs à des niveaux potentiellement nuisibles pour la santé, et a présenté des excuses.

Un porte-parole de Tepco a confirmé jeudi ces déclarations et les excuses de Tepco, faites devant la commission placée sous l’autorité du ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (Miti), qui est chargé de planifier les moyens de se débarrasser de l’eau stockée – près de 900.000 tonnes, soit la contenance de 500 piscines olympiques.

Parmi les moyens envisagés, il est question de déverser cette eau dans le Pacifique, ce à quoi s’opposent les pêcheurs nippons et les habitants du littoral, craignant que cela ne dissuade les consommateurs d’acheter des produits de leur région.

Tokyo a obtenu d’organiser les Jeux olympiques d’été 2020, et dans sa dernière intervention devant le Comité international olympique, voici plus de cinq ans, le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, avait déclaré que la situation était « sous contrôle » à Fukushima.

Sur le site internet de la commission gouvernementale en question, on lit que sur les 890.000 tonnes d’eau stockées sur le site de la centrale accidentée, 750.000 tonnes, soit 84%, ont une concentration d’éléments radioactifs supérieure aux seuils-limites.

MUR DE GLACE INEFFICACE

Pour ce qui concerne 65.000 tonnes d’eau, le niveau d’éléments radioactifs est plus de 100 fois supérieur au seuil jugé tolérable par l’Etat japonais.

L’un des isotopes, le strontium 90, jugé dangereux pour la santé humaine, atteint dans certains réservoirs une concentration de 600.000 becquerels par litre, soit 20.000 fois le seuil-limite.

Depuis des années, Tepco affirmait que le processus de purification de l’eau stockée avait permis d’éliminer le strontium tout comme 61 autres éléments radioactifs, tout en laissant le tritium, un élément moyennement radioactif qu’il est difficile de séparer de l’eau.

« Nous allons filtrer une fois de plus l’eau des réservoirs, afin de ramener sous les seuils-limites les éléments en question, avant de déverser cette eau dans l’océan, si une décision est prise dans ce sens », a déclaré le porte-parole de Tepco.

L’eau s’est accumulée notamment parce que Tepco a besoin d’en injecter dans les trois réacteurs de la centrale pour conserver le combustible d’uranium fondu à une température qui ne pose pas de danger.

Les eaux souterraines provenant des collines des environs pénètrent dans le sous-sol du réacteur, où elles se mêlent à des débris hautement radioactifs.

Le coûteux « mur de glace » ne parvient pas à empêcher ces eaux souterraines de ruisseler jusqu’au sous-sol de la centrale, comme l’ont montré cette année les données de Tepco et une analyse de Reuters.

(Aaron Sheldrick et Osamu Tsukimori; Eric Faye pour le service français)

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