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Catégorie : Japon 2026

Le nucléaire bénéficie d’un alignement inédit de facteurs géopolitiques et technologiques en sa faveur

En d’autres temps, la déclaration d’Ursula von der Leyen selon laquelle réduire la part du nucléaire en Europe avait été une « erreur stratégique » aurait suscité de vifs débats. Mais, en ce début d’année 2026 où l’Europe redoute que les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz viennent durablement amplifier les effets de la guerre en Ukraine, l’affirmation s’apparente davantage à un constat.

 
By Thierry QuennehenPublished on 3 avril 2026 5h30
EDF fournit du nucléaire à Data4, le champion français des data centers
Le nucléaire bénéficie d’un alignement inédit de facteurs géopolitiques et technologiques en sa faveur – © Economie Matin
86%En France, le nucléaire représente 86 % de la production électrique d’EDF

 

Partout dans le monde, les grandes puissances se tournent en effet de nouveau vers l’énergie nucléaire. Le Japon a engagé le redémarrage de réacteurs mis à l’arrêt à l’occasion du quinzième anniversaire de l’accident de Fukushima. À l’autre bout du monde, la centrale nucléaire de Palisades, sur les bords du lac Michigan aux États-Unis, devrait être la première du pays à être remise en service après une fermeture définitive, survenue en 2022.

Derrière ces décisions, l’indépendance énergétique, mais aussi le besoin de répondre à la croissance de la consommation d’électricité des data centers.

La tendance est bien sûr antérieure au conflit récent au Moyen-Orient, mais celui-ci pourrait l’accélérer. Comme l’a justement souligné Seth Grae, dirigeant du spécialiste du combustible nucléaire Lightbridge, 2026 pourrait être un moment comparable aux chocs pétroliers des années 1970, qui avaient conduit de nombreux pays à développer les parcs nucléaires sur lesquels ils s’appuient encore aujourd’hui.

En outre, deux facteurs convergent pour rendre ce moment potentiellement décisif.

Un effort de construction de plus en plus reproductible

D’abord, la performance en matière de construction s’améliore, en particulier lorsque les réacteurs sont développés en série plutôt que comme des projets uniques. La France a adopté cette approche avec son programme de trois paires de réacteurs EPR2, qui pose les bases d’une véritable répétabilité industrielle. EDF anticipe une réduction de 30 % des coûts unitaires et de 32 mois des délais entre le premier et le dernier réacteur, grâce à l’intégration systématique des retours d’expérience.

La même logique est à l’œuvre en Chine. La construction de réacteurs standardisés par paires a permis de ramener le délai entre le « premier béton » et la connexion au réseau à 6,3 ans en moyenne, contre environ 9 ans au niveau mondial. Sur une décennie, cette approche a permis la mise en service de 37 réacteurs.

Ensuite, les capacités numériques changent la donne. Les programmes français et chinois s’appuient tous deux sur des jumeaux numériques, qui constituent l’ossature de dizaines d’applications logicielles critiques.

Le potentiel significatif des réacteurs numériques

Contrairement à ce que laisserait penser une recherche sur Google Images, le jumeau numérique d’une centrale nucléaire n’est pas un simple outil de visualisation 3D. À son niveau le plus avancé, il constitue un environnement de simulation en temps réel, capable de refléter le comportement d’une installation physique, d’anticiper les besoins de maintenance avant l’apparition de défaillances et de modéliser des phénomènes complexes sans les risques des essais réels.

Des travaux récents de chercheurs de l’Institut Chinois de l’Energie Nucléaireproposent un modèle de maturité en cinq niveaux, allant de simples représentations virtuelles à des environnements opérationnels autonomes. Ils identifient dix cas d’usage couvrant l’ensemble du cycle de vie d’une centrale. En phase de conception et de construction, les jumeaux numériques permettent d’optimiser les implantations, de détecter les conflits et de planifier les séquences de chantier, ce qui réduit les reprises et raccourcit les délais. Lors de la mise en service, ils autorisent des essais virtuels avant démarrage, ce qui diminue les risques et réduit la durée du chemin critique.

 

En exploitation, les usages sont directement reliés à la performance, notamment via la surveillance des équipements et la maintenance prédictive. En combinant modèles physiques et données d’exploitation, par exemple via leur intégration avec un système d’EAM, les jumeaux numériques détectent les premiers signes de dégradation de composants critiques tels que les pompes, les vannes ou les générateurs de vapeur. La maintenance passe ainsi d’une logique purement calendaire à une approche où les opérateurs peuvent prioriser les interventions sur la base des risques.

Ces opérateurs humains restent en effet incontournables : dans un environnement fortement régulé, les jumeaux numériques et les modèles d’IA éclairent les décisions sans s’y substituer et l’idée d’une centrale pleinement autonome reste du domaine de la science-fiction. En revanche, au vu du niveau de maturité actuel des jumeaux numériques de centrale, la possibilité de simuler différents scénarios et de bénéficier d’une véritable aide à la décision représente déjà un progrès notable.

Cet apport est d’autant plus déterminant que la durée de vie des installations est longue. Les réacteurs actuels visent des durées d’exploitation de soixante ans, voire davantage. Les jumeaux numériques rendent cet objectif atteignable en intégrant la maintenabilité dès la conception, plutôt que de la corriger a posteriori. À l’échelle du cycle de vie, les économies potentielles se chiffrent en milliards.
Au-delà du moment géopolitique

Même si le contexte est fortement favorable au nucléaire, la filière nucléaire sait devoir rester mesurée. D’une part parce que les réacteurs construits aujourd’hui n’auront pas d’effet sur la crise énergétique actuelle, et d’autre part parce que l’opinion publique à l’égard du nucléaire a connu des cycles et qu’il serait naïf de penser que la faveur actuelle ne fluctuera pas.

Il n’en demeure pas moins que le nucléaire n’a pas bénéficié d’un tel alignement de facteurs depuis des décennies. En Europe en particulier, peu d’alternatives permettent de répondre à la hausse de la demande électrique tout en restant décarbonées, économiquement viables et stratégiquement autonomes et en ayant fait le travail nécessaire pour prendre en compte les aléas climatiques.

Le parallèle avec les années 1970 est tentant. Alors comme maintenant, l’essor du nucléaire était le fruit d’une technologie arrivée à maturité et d’une rupture géopolitique. Dans les années 1970, les réacteurs à eau pressurisée et à eau bouillante s’imposaient comme des solutions industrialisables, tandis que l’approvisionnement en uranium se structurait en filière fiable et sécurisée.Aujourd’hui, une nouvelle étape pourrait s’ouvrir avec le « réacteur numérique », au moment où la construction se structure et que jumeaux numériques, systèmes EAM et intelligence artificielle apportent des gains opérationnels tangibles.

Ce moment est aussi le fruit d’un effort de long terme. À un coût élevé, les exploitants ont tiré les enseignements de Fukushima et renforcé la résilience des installations face à des événements extrêmes. Parallèlement, l’écosystème nucléaire poursuit ses travaux sur la fusion, avec des projets tels qu’ITER ou CEA, qui visent à ouvrir une nouvelle frontière énergétique.

Ainsi, ce regain d’intérêt n’est ainsi pas seulement une affaire de géopolitique. Il s’inscrit dans la continuité de décennies de travail et de rigueur opérationnelle qui font aujourd’hui du nucléaire l’un des meilleurs candidats pour une énergie abondante, indépendante et bas-carbone.

 

Eaux usées contaminées de Fukushima

Le Japon entame le premier rejet en mer de l’année fiscale 2026

Le Japon a entamé jeudi la première phase de rejet en mer des eaux usées contaminées par la radioactivité provenant de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi, dans le cadre de l’année fiscale 2026, entamée le 1er

Selon l’exploitant de la centrale, Tokyo Electric Power Company (TEPCO), il s’agit de la 19e phase de rejet en mer depuis le début de l’opération en août 2023.

Au cours de cette phase, qui s’étendra jusqu’au 20 avril prochain, environ 7.800 tonnes d’eaux usées seront rejetées, a-t-il indiqué

Le fournisseur d’électricité prévoit de rejeter au total 62.400 tonnes d’eau contaminée en huit phases au cours de l’année fiscale 2026

Frappée par un séisme de magnitude 9 et le tsunami qui a suivi le 11 mars 2011, la centrale nucléaire de Fukushima a subi des fusions de cœur qui ont entraîné des rejets radioactifs, provoquant un accident nucléaire de niveau 7, le plus élevé sur l’Echelle internationale des événements nucléaires et radiologiques

Malgré l’opposition de pêcheurs locaux, d’habitants et au sein de la communauté internationale, le rejet en mer des eaux contaminées par la catastrophe nucléaire de Fukushima a commencé en août 2023. A ce jour, environ 141.000 tonnes d’eaux usées ont été déversées en mer

 

 

La faune reprend ses droits à Fukushima

Une décennie de résilience écologique dans les zones d’exclusion

Japon – Agence de presse Ekhbary

La faune reprend ses droits à Fukushima : Une décennie de résilience écologique dans les zones d'exclusion

Les zones évacuées de Fukushima, autrefois synonymes de catastrophe, grouillent désormais d’une faune diversifiée, offrant un témoignage inattendu de la capacité de la nature à s’adapter et à prospérer même sous l’ombre de la contamination radiologique. Une nouvelle recherche révèle un écosystème vibrant qui prospère en l’absence d’activité humaine, près de dix ans après l’incident nucléaire dévastateur

Une étude complète, menée par des scientifiques de l’Université de Géorgie, a révélé des preuves irréfutables de populations robustes de faune sauvage dans toute la zone d’évacuation de Fukushima. En utilisant un vaste réseau de caméras à distance, les chercheurs ont documenté plus de 20 espèces distinctes, y compris des chiens viverrins, des sangliers, des macaques japonais, des faisans, des renards et des lièvres, établissant un rebond écologique remarquable dans des zones autrefois densément peuplées par les humains.

Les événements catastrophiques du 11 mars 2011 ont à jamais modifié le paysage du nord-est du Japon. Un colossal tremblement de terre de magnitude 9,0 a déclenché un tsunami dévastateur, coûtant la vie à plus de 20 000 personnes et déplaçant des centaines de milliers d’autres. Les fusions ultérieures à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont libéré d’importantes quantités de matériaux radioactifs, nécessitant l’évacuation de plus de 100 000 habitants et la création d’une vaste zone d’exclusion. Bien que le coût humain ait été immense, ces zones désormais désertes sont paradoxalement devenues des havres pour une variété d’espèces animales, remettant en question les perceptions conventionnelles de la récupération environnementale dans les paysages post-nucléaires.

James Beasley, professeur associé au Savannah River Ecology Laboratory et à la Warnell School of Forestry and Natural Resources, a souligné l’importance de ces découvertes. « Nos résultats représentent la première preuve que de nombreuses espèces de faune sauvage sont maintenant abondantes dans toute la zone d’évacuation de Fukushima, malgré la présence de contamination radiologique », a déclaré Beasley. Cette déclaration souligne un changement critique dans la compréhension de la façon dont les écosystèmes réagissent aux perturbations anthropiques graves, en particulier lorsque la présence humaine est brusquement supprimée.

La méthodologie de recherche était méticuleuse, impliquant 106 sites de caméras placés stratégiquement dans trois zones distinctes : les zones avec les niveaux de contamination les plus élevés où l’accès humain était strictement interdit, les zones avec des niveaux de contamination intermédiaires où l’activité humaine était restreinte, et les zones où l’habitation humaine était autorisée. Sur une période de 120 jours, ces caméras ont capturé un nombre étonnant de 267 000 photographies, brossant un tableau détaillé de la résurgence du règne animal.

Parmi les observations les plus frappantes, on note la prolifération des sangliers. Un nombre impressionnant de 46 000 images de sangliers ont été enregistrées, dont plus de 26 000 ont été capturées dans les zones complètement inhabitées. En contraste frappant, seulement environ 13 000 images ont été prises dans les zones restreintes et à peine 7 000 dans les zones actuellement habitées. Ces données suggèrent fortement que l’absence de perturbation humaine, plutôt que la présence de radiations, est le principal moteur de l’augmentation de l’activité de la faune dans la zone d’exclusion. Des tendances similaires ont été observées pour d’autres espèces comme les chiens viverrins, la martre japonaise (un animal ressemblant à une belette) et les macaques japonais, qui ont également montré des nombres plus élevés dans les territoires inhabités ou restreints.

Beasley a approfondi la dynamique écologique en jeu, soulignant comment les espèces généralement « en conflit » avec les populations humaines – comme les sangliers, connus pour la destruction des cultures et l’agression potentielle – ont prospéré le plus remarquablement dans les régions évacuées. Ce phénomène indique une désescalade du conflit homme-faune, permettant à ces animaux d’étendre leurs aires de répartition et leurs populations sans les pressions de la chasse, de la destruction de l’habitat ou de la compétition directe pour les ressources.

L’étude de Fukushima établit des parallèles avec les observations à long terme de la zone d’exclusion de Tchernobyl, un autre site d’un grave accident nucléaire où la faune, y compris les loups, les élans et les ours, a également prospéré au cours des décennies suivant la catastrophe. Les deux cas suggèrent une interaction complexe entre l’exposition aux radiations et les puissants avantages écologiques découlant de la suppression des pressions humaines. Bien que la recherche de Fukushima surveille de manière exhaustive l’impact radiologique sur les populations de faune sauvage dans leur ensemble, les scientifiques notent prudemment qu’elle ne fournit pas d’évaluation de la santé des animaux individuels. Des investigations supplémentaires sur les impacts cellulaires et génétiques seraient nécessaires pour comprendre pleinement les conséquences biologiques à long terme pour ces espèces résilientes.

Publiée dans la prestigieuse revue Journal of Frontiers in Ecology and the Environment, cette étude révolutionnaire contribue de manière significative à notre compréhension de la récupération des écosystèmes, des interactions homme-faune et du pouvoir durable de la nature. Elle sert de puissant rappel que si l’humanité est aux prises avec les conséquences de ses erreurs technologiques, le monde naturel trouve souvent sa propre voie remarquable vers la résurgence, transformant les sites de tragédie en sanctuaires inattendus.

(Multimédia) Fukushima : plus de 55.000 tonnes d’eaux contaminées ont été rejetées dans l’océan en 2025

   

French.news.cn

2026-03-25 à 11:52

Photo prise le 22 août 2023 montrant la plage de Tsurishihama couverte de mauvaises herbes dans la ville de Shinchi, dans la préfecture japonaise de Fukushima. (Xinhua/Zhang Xiaoyu)

La centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi du Japon a rejeté dans l’océan 55.011 tonnes d’eaux usées contaminées par des substances radioactives au cours de l’exercice 2025, a indiqué mardi la Tokyo Electric Power Company Holdings (TEPCO) dans un communiqué de presse.

TOKYO, 25 mars (Xinhua) — La centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi du Japon a rejeté dans l’océan 55.011 tonnes d’eaux usées contaminées par des substances radioactives au cours de l’exercice 2025, a indiqué mardi la Tokyo Electric Power Company Holdings (TEPCO) dans un communiqué de presse.

Selon TEPCO, la centrale a procédé à sept cycles de rejet au cours de l’exercice 2025, qui s’est déroulé d’avril 2025 à mars 2026. Les eaux usées déversées dans l’océan contenaient environ 16.000 milliards de becquerels de tritium radioactif.

La société prévoit de procéder à huit cycles de rejet au cours de l’exercice 2026, pour un volume total estimé à environ 62.400 tonnes.

Malgré les inquiétudes et l’opposition généralisées de la communauté internationale, le Japon a unilatéralement lancé le rejet en mer des eaux contaminées de la centrale en août 2023. A ce jour, 18 cycles de rejet ont été effectués, avec un volume cumulé d’environ 141.000 tonnes rejetées en mer.■

Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé

21 mars 2026
 
Photo panoramique de l’espace en dessous du trou (créée en assemblant des captures d'écran)

Photo panoramique de l’espace en dessous du trou (créée en assemblant des captures d’écran)

La compagnie Tokyo Electric Power Company (TEPCO) a diffusé le 19 mars 2026 des images montrant un trou dans la cuve du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Ces images ont été prises par une caméra embarquée sur un drone miniature. C’est la première fois que le fond de la cuve du réacteur 3, qui a subi une fusion du cœur, est filmé d’aussi près. La cuve est la partie centrale du réacteur, où le combustible nucléaire réagit pour chauffer l’eau. Les images montrent des structures délabrées recouvertes de corium (combustible et matières fondues). Les investigations se sont déroulées du 5 au 19 mars.

 

Ces images exceptionnelles ont été enregistrées par des micro-drones de seulement 12 x 13 centimètres et pesant 95 g chacun, déployés afin de recueillir des données visuelles, radiologiques et structurelles à l’intérieur du réacteur n° 3. Volant un par un, les drones télécommandés ont été manœuvrés avec précaution autour des équipements endommagés et des débris pour atteindre l’enceinte de confinement primaire et le fond de la cuve sous pression.

 

Plan du 1er niveau de l’enceinte de confinement de l’unité 3. Les numéros renvoient aux prises de vues ci-dessous.

Plan du 1er niveau de l’enceinte de confinement de l’unité 3. Les numéros renvoient aux prises de vues ci-dessous.

Repère 1 : porte d’accès à la cuve de confinement (Entrée X2)

Repère 1 : porte d’accès à la cuve de confinement (Entrée X2)

Repère 2 : entrée X1-B de l’enceinte de confinement

Repère 2 : entrée X1-B de l’enceinte de confinement

Repère 3 : entrée pour accéder à l’intérieur du socle

Repère 3 : entrée pour accéder à l’intérieur du socle

Repère 4 : porte X1-A

Repère 4 : porte X1-A

Repère 5 : intérieur du conduit X-6

Repère 5 : intérieur du conduit X-6

Repère 6 : vue intérieure du socle depuis son entrée : on aperçoit la plateforme effondrée en bas de l'image et le support du mécanisme de contrôle des barres de commandes en haut

Repère 6 : vue intérieure du socle depuis son entrée : on aperçoit la plateforme effondrée en bas de l’image et le support du mécanisme de contrôle des barres de commandes en haut

Le 14 mars 2011, le fond de la cuve en acier du réacteur 3, qui a un diamètre intérieur de 5,5 mètres et une épaisseur de fond de 14 centimètres, avait fondu sous l’effet de la chaleur du combustible incontrôlable. Des dépôts de corium sont visibles partout, de couleur orangée à brunâtre et en forme de stalactites ou de grappes, suspendus à une structure supportant le mécanisme d’entraînement des barres de contrôle au fond de la cuve. Selon le journaliste Takeshi Yamakawa, une inspection à l’aide d’un robot sous-marin avait confirmé en 2017 qu’un tuyau de 28 centimètres de diamètre (le tube guide de la barre de contrôle), qui aurait dû se trouver à l’intérieur de la cuve, était tombé au fond, révélant ainsi la formation d’un trou assez important. Cependant, au vu des images et vidéos de cette dernière inspection, il est plus juste de dire que le fond s’est effondré, plutôt que simplement que le trou était « assez important ».

 

Explications provisoires de Tepco ci-dessous (traductions automatiques) :

 

Précisions :

RPV signifie « reactor pressure vessel » : cuve sous pression de réacteur

CR signifie « control rod » : barre de contrôle (ou « tige de commande » sur le schéma du réacteur)

CRD signifie « Control Rod Drive » : mécanisme de contrôle des barres de commandes. De l’eau peut être injectée dans le réacteur à travers les tubes guides des barres.

Par ailleurs, les traducteurs utilisent le mot « piédestal » pour « pedestal » en anglais. Je traduis habituellement par « socle ». C’est un mur cylindrique en béton armé qui supporte la cuve du réacteur.

Enfin, « dépôts » et « adhésions » sont des mots utilisés par Tepco pour nommer pudiquement le corium qui a crépi toutes les structures, sans doute lors du meltdown et des explosions.

Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé
Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé
Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé
Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé

Dans l’image ci-dessus, on observe le dessin en pointillé d’un grand trou de 2 m de diamètre. Tepco a pris soin de ne pas diffuser d’image claire de cette cavité qui témoigne de la faillite de ce process atomique pour faire bouillir de l’eau. Il avait omis aussi de signaler un trou dans le BR1 en 2024 (voir ici).

Un autre trou avait été trouvé en 2017 dans le BR2 (voir ici).

Maintenant, on sait que chaque réacteur à un trou. On avance…

Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé

Tepco prévoit de commencer le démantèlement complet des débris de l’unité n° 3 à partir de 2037. La méthode proposée consistera à faire tomber les débris de la cuve par le haut au fond de l’enceinte de confinement du réacteur, puis à les récupérer à l’aide d’un équipement inséré latéralement. Une carte 3D sera créée à partir des images vidéo enregistrées et servira de référence pour l’opération de retrait à grande échelle.

Grappes de corium (capture d'écran, vidéo Tepco)

Grappes de corium (capture d’écran, vidéo Tepco)

Barres de contrôle du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

Barres de contrôle du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

Pour comparaison, les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Pour comparaison, les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Tout le monde sait très bien qu’il ne sera pas possible de tenir ces délais, tant la radioactivité est grande et le procédé complexe. Pour l’heure, Tepco a juste réussi à récupérer 0,9 g de corium en 15 ans et il en reste 880 tonnes dans les bas-fonds des réacteurs 1, 2 et 3… Mais il est de bon ton de faire semblant et d’annoncer qu’il sera possible de tenir les délais de démantèlement prévus juste après la catastrophe.

Tepco pense franchir une première étape dès cet été. L’entreprise envisage de déployer un bras robotisé de 22 mètres de long pour prélever des échantillons de matières radioactives. Les travaux de démantèlement, de décontamination et d’indemnisation, dont le coût est estimé à plusieurs dizaines de milliers de milliards de yens (En 2024, Tepco avait déjà reçu 11 283 milliards de yens soit l’équivalent de 70 milliards d’euros), constituent un projet de longue haleine qui se poursuivra en théorie jusqu’au milieu du siècle, mais plus probablement durant au moins un siècle. Tout cela aux frais du contribuable japonais puisque Tepco, ne pouvant assumer ses charges, a été nationalisé dès 2012.

Selon une étude publiée en septembre 2024, sur plus de 200 réacteurs arrêtés dans le monde, seuls 11 d’une puissance de 100 mégawatts ou plus ont été entièrement démantelés. Environ 200 autres devraient atteindre la fin de leur durée de vie opérationnelle au cours des 20 prochaines années. Le véritable coût du nucléaire va alors apparaître au grand jour. Toshi Yanagihara, expert travaillant pour l’Institut international d’ingénierie nucléaire de l’université de Fukui, spécialisé dans la gestion des débris de combustible nucléaire et des déchets radioactifs, a souligné dans le site Bloomberg que, malgré les progrès réalisés, l’état final de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi demeurait incertain. Il cite notamment le fait que le site de stockage définitif des déchets radioactifs produits lors du démantèlement n’a pas encore été déterminé. Car, comme partout dans le monde, on ne sait pas quoi faire des déchets radioactifs et personne ne veut de poubelle radioactive.

Pierre Fetet

 

(Sources : tepco.co.jp, iwate-np.co.jp, bloomberg.com/jp, fukushima.eu.org, english.mathrubhumi.com)

MàJ : 22/03/2026 – Ajout du 2e paragraphe et de 3 photos.

 

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Vidéos des investigations réalisées dans le réacteur 3 les 12 et 19 mars 2026

 

FUKUSHIMA 2026

 

 

Retour du nucléaire au Japon

15 ans, après, la catastrophe de Fukushima, le nucléaire est de retour au Japon.

D’après un sondage auprès de la population, 51% seraient favorables à son retour comme cela est expliqué dans une émission diffusée le 14 mars 2026 sur ARTE …(à lire en plein écran)

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