Dans un documentaire contemplatif et audacieux, le cinéaste Thomas Licata nous emmène à Fukushima, à la rencontre des personnes qui y résident malgré la radioactivité. 

Par Adrien Corbeel

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Des rues vides, des logements inhabités, et la radioactivité partout. Il y a au coin de certains plans un film futuriste et quasi-postapocalyptique qui se dessine. Mais c’est bien de nos jours que se déroule le documentaire du Belge Thomas Licata, dans la préfecture de Fukushima pour être exact. Depuis 2011, et la terrible catastrophe nucléaire qui a secoué le Japon, la zone est inhabitée…ou presque. Comme nous le dévoile le film, quelques individus habitent dans cette région où il vaut mieux se balader avec un compteur Geiger.  

C’est à eux que le long-métrage “Retour à Fukushima” consacre son regard, filmant leur quotidien dans ces villes-fantômes. S’ils sont présents en ces lieux, c’est moins pour répondre à l’appel du gouvernement japonais, qui encourage au repeuplement de la ville, que par nécessité. Ou résignation. 

La vie là-bas demande évidemment certaines précautions. Une des meilleures scènes du film voit ses personnages discuter du taux de radioactivité de chaque légume. Qu’est-ce qui est acceptable ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? La radioactivité étant invisible, sa menace apparaît à la fois inexistante et omniprésente. 

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En contraste avec la plupart des films qui traitent du nucléaire, et en adéquation avec la vie tranquille des habitants de Fukushima, le documentaire de Thomas Licata adopte un rythme assez lent, presque contemplatif, qui rend l’ensemble parfois un peu lénifiant. La traversée de Fukushima ne manque évidemment pas d’intérêt, mais la cadence du film le dessert quelque peu. 

Fort heureusement, le film rebondit dans sa dernière partie. En se concentrant sur un personnage d’éleveur rebelle, Yoshizawa-san, qui prend soin de vaches impropres à la consommation, le film gagne en force dramatique et en charge politique. Celui-ci aime à rappeler la catastrophe à ceux et celles qui préfèrent l’oublier : armé d’un mégaphone, il débarque à Tokyo, demandant aux citadins de garder à l’esprit l’origine de l’électricité qu’ils utilisent sans vergogne. 

Pour mettre en scène ces passages, le film convoque “Godzilla” dans sa bande-son comme dans son imagerie. La référence est évidente, mais n’en est pas moins puissante : le célèbre monstre est né au Japon de la peur, bien légitime, du nucléaire. Par ce biais, le film se fait plus ludique, mais aussi plus audacieux et libre dans sa forme. Certains choix de montage tendent vers l’abstraction, nous emportant dans un flux de lumières aussi beau qu’inquiétant. 

“Retour à Fukushima” est à découvrir dans les salles belges à partir du 27 mai.