21 mars 2026
 
Photo panoramique de l’espace en dessous du trou (créée en assemblant des captures d'écran)

Photo panoramique de l’espace en dessous du trou (créée en assemblant des captures d’écran)

La compagnie Tokyo Electric Power Company (TEPCO) a diffusé le 19 mars 2026 des images montrant un trou dans la cuve du réacteur n° 3 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Ces images ont été prises par une caméra embarquée sur un drone miniature. C’est la première fois que le fond de la cuve du réacteur 3, qui a subi une fusion du cœur, est filmé d’aussi près. La cuve est la partie centrale du réacteur, où le combustible nucléaire réagit pour chauffer l’eau. Les images montrent des structures délabrées recouvertes de corium (combustible et matières fondues). Les investigations se sont déroulées du 5 au 19 mars.

 

Ces images exceptionnelles ont été enregistrées par des micro-drones de seulement 12 x 13 centimètres et pesant 95 g chacun, déployés afin de recueillir des données visuelles, radiologiques et structurelles à l’intérieur du réacteur n° 3. Volant un par un, les drones télécommandés ont été manœuvrés avec précaution autour des équipements endommagés et des débris pour atteindre l’enceinte de confinement primaire et le fond de la cuve sous pression.

 

Plan du 1er niveau de l’enceinte de confinement de l’unité 3. Les numéros renvoient aux prises de vues ci-dessous.

Plan du 1er niveau de l’enceinte de confinement de l’unité 3. Les numéros renvoient aux prises de vues ci-dessous.

Repère 1 : porte d’accès à la cuve de confinement (Entrée X2)

Repère 1 : porte d’accès à la cuve de confinement (Entrée X2)

Repère 2 : entrée X1-B de l’enceinte de confinement

Repère 2 : entrée X1-B de l’enceinte de confinement

Repère 3 : entrée pour accéder à l’intérieur du socle

Repère 3 : entrée pour accéder à l’intérieur du socle

Repère 4 : porte X1-A

Repère 4 : porte X1-A

Repère 5 : intérieur du conduit X-6

Repère 5 : intérieur du conduit X-6

Repère 6 : vue intérieure du socle depuis son entrée : on aperçoit la plateforme effondrée en bas de l'image et le support du mécanisme de contrôle des barres de commandes en haut

Repère 6 : vue intérieure du socle depuis son entrée : on aperçoit la plateforme effondrée en bas de l’image et le support du mécanisme de contrôle des barres de commandes en haut

Le 14 mars 2011, le fond de la cuve en acier du réacteur 3, qui a un diamètre intérieur de 5,5 mètres et une épaisseur de fond de 14 centimètres, avait fondu sous l’effet de la chaleur du combustible incontrôlable. Des dépôts de corium sont visibles partout, de couleur orangée à brunâtre et en forme de stalactites ou de grappes, suspendus à une structure supportant le mécanisme d’entraînement des barres de contrôle au fond de la cuve. Selon le journaliste Takeshi Yamakawa, une inspection à l’aide d’un robot sous-marin avait confirmé en 2017 qu’un tuyau de 28 centimètres de diamètre (le tube guide de la barre de contrôle), qui aurait dû se trouver à l’intérieur de la cuve, était tombé au fond, révélant ainsi la formation d’un trou assez important. Cependant, au vu des images et vidéos de cette dernière inspection, il est plus juste de dire que le fond s’est effondré, plutôt que simplement que le trou était « assez important ».

 

Explications provisoires de Tepco ci-dessous (traductions automatiques) :

 

Précisions :

RPV signifie « reactor pressure vessel » : cuve sous pression de réacteur

CR signifie « control rod » : barre de contrôle (ou « tige de commande » sur le schéma du réacteur)

CRD signifie « Control Rod Drive » : mécanisme de contrôle des barres de commandes. De l’eau peut être injectée dans le réacteur à travers les tubes guides des barres.

Par ailleurs, les traducteurs utilisent le mot « piédestal » pour « pedestal » en anglais. Je traduis habituellement par « socle ». C’est un mur cylindrique en béton armé qui supporte la cuve du réacteur.

Enfin, « dépôts » et « adhésions » sont des mots utilisés par Tepco pour nommer pudiquement le corium qui a crépi toutes les structures, sans doute lors du meltdown et des explosions.

Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé
Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé
Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé
Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé

Dans l’image ci-dessus, on observe le dessin en pointillé d’un grand trou de 2 m de diamètre. Tepco a pris soin de ne pas diffuser d’image claire de cette cavité qui témoigne de la faillite de ce process atomique pour faire bouillir de l’eau. Il avait omis aussi de signaler un trou dans le BR1 en 2024 (voir ici).

Un autre trou avait été trouvé en 2017 dans le BR2 (voir ici).

Maintenant, on sait que chaque réacteur à un trou. On avance…

Le trou du réacteur 3 de Fukushima Daiichi dévoilé

Tepco prévoit de commencer le démantèlement complet des débris de l’unité n° 3 à partir de 2037. La méthode proposée consistera à faire tomber les débris de la cuve par le haut au fond de l’enceinte de confinement du réacteur, puis à les récupérer à l’aide d’un équipement inséré latéralement. Une carte 3D sera créée à partir des images vidéo enregistrées et servira de référence pour l’opération de retrait à grande échelle.

Grappes de corium (capture d'écran, vidéo Tepco)

Grappes de corium (capture d’écran, vidéo Tepco)

Barres de contrôle du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

Barres de contrôle du réacteur 3 (capture vidéo Tepco)

Pour comparaison, les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Pour comparaison, les barres de contrôle sous le réacteur 4 de Fukushima Daini (Reuters/Kyodo)

Tout le monde sait très bien qu’il ne sera pas possible de tenir ces délais, tant la radioactivité est grande et le procédé complexe. Pour l’heure, Tepco a juste réussi à récupérer 0,9 g de corium en 15 ans et il en reste 880 tonnes dans les bas-fonds des réacteurs 1, 2 et 3… Mais il est de bon ton de faire semblant et d’annoncer qu’il sera possible de tenir les délais de démantèlement prévus juste après la catastrophe.

Tepco pense franchir une première étape dès cet été. L’entreprise envisage de déployer un bras robotisé de 22 mètres de long pour prélever des échantillons de matières radioactives. Les travaux de démantèlement, de décontamination et d’indemnisation, dont le coût est estimé à plusieurs dizaines de milliers de milliards de yens (En 2024, Tepco avait déjà reçu 11 283 milliards de yens soit l’équivalent de 70 milliards d’euros), constituent un projet de longue haleine qui se poursuivra en théorie jusqu’au milieu du siècle, mais plus probablement durant au moins un siècle. Tout cela aux frais du contribuable japonais puisque Tepco, ne pouvant assumer ses charges, a été nationalisé dès 2012.

Selon une étude publiée en septembre 2024, sur plus de 200 réacteurs arrêtés dans le monde, seuls 11 d’une puissance de 100 mégawatts ou plus ont été entièrement démantelés. Environ 200 autres devraient atteindre la fin de leur durée de vie opérationnelle au cours des 20 prochaines années. Le véritable coût du nucléaire va alors apparaître au grand jour. Toshi Yanagihara, expert travaillant pour l’Institut international d’ingénierie nucléaire de l’université de Fukui, spécialisé dans la gestion des débris de combustible nucléaire et des déchets radioactifs, a souligné dans le site Bloomberg que, malgré les progrès réalisés, l’état final de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi demeurait incertain. Il cite notamment le fait que le site de stockage définitif des déchets radioactifs produits lors du démantèlement n’a pas encore été déterminé. Car, comme partout dans le monde, on ne sait pas quoi faire des déchets radioactifs et personne ne veut de poubelle radioactive.

Pierre Fetet

 

(Sources : tepco.co.jp, iwate-np.co.jp, bloomberg.com/jp, fukushima.eu.org, english.mathrubhumi.com)

MàJ : 22/03/2026 – Ajout du 2e paragraphe et de 3 photos.

 

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Vidéos des investigations réalisées dans le réacteur 3 les 12 et 19 mars 2026