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Jour : 22 mars 2018

Fukushima : un procédé français de …

Fukushima : un procédé français de dépollution décontamination des terres expérimenté au Japon


Le CEA, Orano et Veolia ont expérimenté au Japon entre le 13 et le 17 novembre 2017 un procédé de décontamination de terres radioactives. Ces essais ont été réalisés au Japon sur plusieurs centaines de kilogrammes de terre de la région de Fukushima.

Publié le 22 mars 2018

​Dans la région de Fukushima, environ 22 millions de mètres cube de terre contaminés par la radioactivité ont été retirés de la surface des sols après l’accident de la centrale nucléaire dans le but de restaurer au plus vite l’accessibilité de la zone à ses habitants. Cette terre est entreposée dans de grands sacs appelés ‘big bags’ sur plusieurs sites dédiés. Les autorités japonaises cherchent les meilleures technologies pour supprimer ou réduire la présence d’éléments radioactifs dans les terres. Il s’agit de réduire le volume de ces déchets en concentrant la radioactivité essentiellement due au césium dans un faible volume et récupérer la partie décontaminée. La particularité du procédé proposé par le CEA, Orano et Veolia est de séparer directement les particules de terres contaminées par le césium radioactif des particules très peu ou pas contaminées.

Des technologies pour remédier à une pollution accidentelle

En France, les acteurs de ce projet, baptisé Demeterres (1), développent, depuis 2013, plusieurs technologies inédites de remédiation des sols et des effluents contaminés. Ces technologies, fondées sur des procédés biologiques ou physico-chimiques ont pour but de décontaminer les sols en utilisant des méthodes « éco-compatibles » en vue de les réhabiliter pour restaurer leur usage.

Une campagne d’essais réels au Japon

L’un des procédés physico-chimiques développés dans le cadre de ce projet par le CEA, Orano et Veolia, désigné « mousse de flottation », a été testé au Japon dans la semaine du 13 au 17 novembre 2017. Il consiste à faire mousser une suspension de terre dans une colonne de flottation. La terre contaminée est préalablement mise en suspension dans l’eau avec un produit moussant. Le mélange est injecté dans une colonne verticale dans laquelle on injecte ensuite des bulles d’air. Les particules d’argile chargées en césium sont entrainées à la surface par les bulles et forment une mousse qui s’accumule et est aspirée en tête de colonne. On récupère donc :

  • d’une part, dans la partie « mousse » en haut de la colonne, les fines particules contenant une forte proportion de la radioactivité,
  • d’autre part, en pied de colonne, la terre débarrassée des fines particules, donc d’une grande partie de la radioactivité.

Les essais de flottation, menés par les équipes CEA/Orano/Veolia françaises au Japon en novembre 2017 ont permis d’atteindre les objectifs fixés sur deux big bags. Il a été possible de récupérer 70 à 85 % de la masse initiale de terre dans laquelle il ne reste que 33 % à 50 % de la quantité de radioactivité initiale.
Cette terre a un niveau de radioactivité conforme au seuil de 8 kBq/kg fixé par la réglementation japonaise en vue d’une possible revalorisation.
Pour améliorer encore le rendement d’extraction du césium, des optimisations de la préparation de la terre (séchage, émiettage, prétamisage et dispersion dans l’eau) ont été proposées.

Perspectives

Si la technologie présentée est sélectionnée par les autorités japonaises, l’étape suivante consistera à la développer à plus grande échelle afin qu’elle puisse être mise en œuvre dans les communes japonaises hébergeant des centres de stockage.
Ce procédé a fait l’objet d’un brevet CEA exploité au niveau « pilote pré-industriel» par Orano et Veolia.

Du pilote à la démonstration in situ

  • 2016 : premier pilote en colonne (de 2 m de hauteur, 20 cm de diamètre) est testé en France, au CEA Marcoule, sur différentes terres non contaminées. Les paramètres : débit d’air, agent moussant, temps de résidence… ont été optimisés pour extraire un maximum de particules d’argile. Ces essais ont permis de recueillir des données utiles sur le fonctionnement du procédé.
  • Avril 2017 : la technologie est proposée, via une filiale japonaise d’Orano (Anadec), dans le cadre de l’appel à projets « Démonstration de nouvelles techniques de décontamination » du Ministry of Environment (MoE) japonais.
  • Juillet 2017 : la technologie est sélectionnée pour démonstration in situ, par les autorités japonaises, tout comme neuf autres technologies (sur 19 projets présentés). Ces démonstrations de technologies innovantes sont fondées sur des essais de fonctionnement de courte durée en environnement réel. Ils permettent, pour les acteurs locaux, d’enrichir l’éventail de possibilités pour décontaminer les sols.
  • Novembre 2017 : les essais de démonstration en présence de représentants du MoE ont été réalisés avec succès, du 13 au 17 novembre 2017, sur la commune d’Okuma qui héberge des centres de stockage de big-bags contenant des sols contaminés. Sur la plupart des terres testées, 70 à 80 % des fines particules préalablement libérées par l’agitation dans l’eau ont bien été séparées par flottation permettant la concentration volumique de la radioactivité d’un facteur 3 à 7.
(1) Développement de méthodes bio- et éco-technologiques pour la remédiation raisonnée des effluents et des sols en appui à une stratégie de réhabilitation agricole post-accidentelle

demeterrees-2.jpgPilote intégré de flottation par mousse particulaire, en phase de test au CEA Marcoule (France) © Sylvain Faure/CEA

demeterrees-1.jpgLa récolte de la mousse contenant le césium fixé sur les particules d’argile, lors de l’expérimentation au Japon © J-L Sida/CEA

Protéger les générations futures

Visite de la centrale nucléaire de Daiichi par les inspecteurs de l’AIEA. Fukushima, mai 2011. © TEPCO HANDOUT/EPA

NUCLEAIRE

Protéger les générations futures des menaces nucléaires et climatiques

OPINION. A l’âge de l’anthropocène, une nouvelle justice doit voir le jour, estiment trois spécialistes ayant participé à l’élaboration d’une déclaration sur les crimes transgénérationnels

L’accroissement des tensions nucléaires pose de graves problèmes juridiques. Les Etats-Unis peuvent-ils violer le traité nucléaire avec l’Iran? Quelle est la base légale des projets américains de développer l’arsenal nucléaire, alors que le traité de non-prolifération oblige à réduire et finalement à éliminer ces armes?

Un dilemme plus important se profile au sujet de la production et des essais des armes atomiques, ainsi que des menaces de les utiliser. Quelles seront les répercussions sur les droits humains des générations futures? Les mêmes questions se posent à propos du nucléaire civil, avec ses déchets hautement radioactifs, et de la déstabilisation du climat.

De tels crimes contre le futur peuvent-ils être considérés comme légaux? Comment respecter les droits des générations futures dans de telles circonstances? Trois symposiums internationaux, à Bâle, à Caen et à Prague, ont récemment abordé ces questions. La conférence de Bâle a produit une Déclaration sur les droits de l’homme et les crimes transgénérationnels résultant de l’usage militaire et civil de l’atome.

Tchernobyl et Fukushima

Protéger les générations futures était déjà une considération importante lorsque en 1996 la Cour internationale de justice déclara que la menace et l’usage d’armes atomiques étaient illégaux, vu l’impact durable et sans discrimination. Malgré la décision de la cour, la plupart des Etats nucléaires maintiennent une politique (illégale) de dissuasion nucléaire, avec l’option d’une première frappe préventive.

Quelque 2000 bombes atomiques ont explosé depuis 1945, libérant des millions de curies de radiation

Les lois en vigueur ne permettent pas d’assurer la protection des générations futures. Ces insuffisances ne sont pas acceptables. Quelque 2000 bombes atomiques ont explosé depuis 1945, libérant des millions de curies de radiation: les effets sur la santé humaine persisteront pendant des générations. La plupart des victimes vivent dans des régions reculées du Pacifique, les steppes du Kazakhstan, le Sahara. Elles sont oubliées.

Quelques efforts ont été faits. Ainsi le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires de 2017 exige que les victimes des essais atomiques soient assistées et que l’environnement soit rétabli. Mais ces dispositions ne sont pas applicables vu qu’aucun Etat en possession de l’arme nucléaire n’a signé le traité. Les centrales nucléaires menacent aussi la santé humaine. L’explosion de Tchernobyl a sévèrement contaminé la région et le continent européen. A Fukushima, de grandes quantités d’eau radioactive continuent de s’écouler dans le Pacifique. Certains isotopes ont des demi-vies de milliers d’années.

Ethique de l’anthropocène

Tout comme le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PDESC) affirme un droit à la santé, applicable en cas de contamination nucléaire. En pratique, ce droit n’est pas respecté. Ainsi le Japon, qui a ratifié le pacte et inscrit dans sa Constitution le principe du droit transgénérationnel, empêche les médias d’informer sur ce qui se passe à Fukushima et freine la recherche médicale. Le gouvernement japonais soutient que les faibles doses de radiation sont inoffensives, ce qui est indéfendable. L’exposition aux radiations peut provoquer des mutations qui se manifesteront après des générations. Dans sa gestion de Fukushima, le Japon ne respecte pas sa propre Constitution ni le PDESC.

Ne pas combattre effacement les changements climatiques est aussi un crime contre le futur. Les chances d’atteindre le but fixé à Paris, limiter le réchauffement à 2°C, s’éloignent depuis le retrait des Etats-Unis. Deux ans après l’Accord de Paris, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter.

Peut-on considérer tout cela comme étant légal? Plus pour longtemps. Avec l’âge nucléaire, l’homme a acquis un pouvoir sans précédent sur la nature et toute forme de vie. De nombreux experts estiment qu’à l’ère de l’anthropocène de nouveaux codes éthiques sont nécessaires, en médecine comme en droit. Les effets transgénérationnels des catastrophes nucléaires et climatiques requièrent un changement de paradigme pour penser le futur. Il reste un long chemin à parcourir afin d’adapter le cadre légal actuel aux réalités des menaces nucléaires et climatiques.

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