"Rien n'est plus proche du Vrai ... que le Faux"

Mois : mai 2018

Éviter le pire

Pour éviter le pire à Fukushima, il a fallu bafouer le « culte de la passivité »

Illustration hommes avec masques à gaz

Deux livres, dont le témoignage du directeur de la centrale de Fukushima, reviennent sur la gestion de la catastrophe de 2011. Posant à la fois un regard acéré sur la société japonaise et la question du libre arbitre en situation de crise.

Et s’il fallait, pour « penser » la cata­strophe, commencer par en faire le récit le plus authentique et honnête possible ? Sept ans après le tsunami, consécutif à un tremblement de terre majeur, qui a dévasté la côte nord-est du Japon et détruit la centrale nucléaire de Fukushima, Les Fantômes du tsunami, du journaliste britannique ­Richard Lloyd Parry, et Un récit de Fukushima, témoignage de Masao Yoshida (directeur de la centrale), recueilli par Franck Guarnieri et Sébastien Travadel, apportent deux regards essentiels sur la société japonaise. Et, au-delà, sur l’action de l’homme en situation de survie.

11 mars 2011, 14 h 46 mn 23 s, une secousse se produit à Tokyo. Depuis 1995, date à laquelle il s’est installé au Japon, Richard Lloyd Parry en a vécu 17 257. Cette fois, c’est interminable –six minutes – et d’une violence inédite. L’immeuble de douze étages où il travaille vacille. Dans les heures qui suivent, aucune nouvelle n’arrive plus de la côte de Tohoku, dans le nord-est du Honshu, île principale du Japon. On sait aujourd’hui que ce tremblement de terre a été le plus violent jamais subi par l’archipel. Le tsunami qui le suit tue plus de dix-huit mille personnes. Et submerge la centrale de Fukushima Daiichi.

RETOUR A…

RETOUR A FUKUSHIMA

L’ombre du vent nous donne-t-elle une indication sur la présence de la radioactivité qui empoisonne le Japon depuis la catastrophe de Fukushima ? Comment vivre avec un danger invisible ? Comment survivre au nucléaire ? Ce documentaire interroge le présent comme le passé, revient sur les lieux, interroge les images et les habitants qui vivent encore auprès de l’indicible. Voyage en compagnie de l’écrivain japonais Akira Mizubayashi, qui n’a de cesse d’interroger la catastrophe et ses implications.

Nous nous rendons dans la ville de Fukushima, à l’extrémité Nord de la zone de contamination qui ne s’est bien sûr pas propagée sous la forme d’une onde mais en fonction des vents du 11 mars 2011. Cette zone couvre une zone de 80 km à partir de la centrale nucléaire de Fukushima-Daichi qui elle, se trouve au bord de l’océan, et qui fut très vite submergée par les immenses vagues du Tsunami.

Avec Akira Mizubayashi, écrivain dont les œuvres sont publiées chez Gallimard. Il est l’auteur de « Une Langue venue d’ailleurs », « Mélodie : chronique d’une passion », « Eloge de l’errance », et « Un amour de mille ans ». Vient de paraître en mars 2018 : « Dans les eaux profondes », le bain japonais (Arléa). Rendez-vous le vendredi 1er juin dans VERSUS-LIRE à 11h, pour une émission de David Collin sur ce livre.

Merci à Michiaki, Michiko, Zenkichi mino, Takefumi et toute la famille Sato à Fukushima, au photographe Hisao Muruyama, à Mr Oonuma, directeur de l’auberge Onnuma à Naruko, ainsi qu’à Michèle Mizubayashi (merci pour les traductions) et l’artiste suisse Etienne Krähenbühl. Merci aussi à Gerald Wang pour son aide.

Réalisation & prises de son Didier Rossat.

Un projet documentaire de David Collin & Didier Rossat.

Fukushima :trois nouveaux projets de recherche

Fukushima : l’IRSN s’associe à trois nouveaux projets de recherche internationaux afin de préparer le démantèlement des réacteurs accidentés

 22/05/2018

Les trois projets de recherche lancés par le Japon sont placés sous l’égide de l’Agence de l’OCDE pour l’Énergie Nucléaire (AEN). Dans ce cadre, l’IRSN a décidé de mettre à disposition ses outils et méthodes relatives aux accidents graves de réacteurs.

Destinés à préparer le démantèlement des réacteurs accidentés de Fukushima Daiichi, au Japon, les trois projets portent respectivement sur la préparation de la récupération et des analyses des débris de combustible (PreADES), l’analyse de l’état des réacteurs accidentés (ARC-F) et enfin la caractérisation thermodynamique des débris de combustible et des produits de fission (TCOFF).

Par son implication dans les trois projets, l’IRSN apporte son savoir-faire dans le domaine des accidents graves de réacteurs. L’Institut va ainsi contribuer aux synthèses des connaissances acquises sur l’accident de Fukushima Daiichi. Il va également apporter son expertise aux programmes d’analyse des échantillons de débris des réacteurs accidentés via ses bases de données thermodynamiques (NUCLEA, MEPHISTA), lesquelles pourront ainsi être améliorées.

La participation à ces trois projets donne également l’occasion à l’Institut de renforcer ses capacités d’expertise en confrontant ses différents outils et méthodes à la réalité d’un accident dont toutes les phases auront été analysées.

 

Trois adolescents de Fukushima

Le 14 juin, trois élèves de la préfecture de Fukushima, frappée par le tsunami dévastateur en mars 2011, viendront en Russie pour soutenir l’équipe nationale du Japon à la Coupe du Monde de football, a annoncé à Sputnik Hirokazu Tsunoda qui accompagnera les enfants dans ce voyage.

 

Les habitants de Fukushima sont toujours très reconnaissants à la Russie qui est venue parmi les premiers en aide aux Japonais frappés par le tsunami dévastateur de 2011, a déclaré Hirokazu Tsunoda à Sputnik.

Trois adolescents de la préfecture de Fukushima se rendront au Mondial en Russie

© Sputnik . A. Fedotova
Дети из префектуры Фукусима приедут на ЧМ по футболу

Trois adolescents ont été choisis pour ce voyage: Anoda Runon, 14 ans, ainsi que Homma Ichinoha et Sugimoto Yuto, tous les deux âgés de 13 ans.

Selon l’interlocuteur de l’agence, en 2011, ces enfants n’avaient pas plus de sept ans, mais ils se rappellent bien la catastrophe.

«Vous serez les ambassadeurs de bonne volonté et transmettrez au monde la reconnaissance des habitants du Tohoku. Nos voisins la Russie et la République de Corée ont beaucoup aidé le Japon quand le désastre s’est abattu sur le Tohoku. Votre mission est très importante», a-t-il expliqué aux enfants.

Et de rappeler qu’en 2020, une partie des épreuves olympiques se dérouleraient à Fukushima.

Selon l’interlocuteur de Sputnik, l’une des tâches de ces enfants en Russie consistera notamment à dissiper les rumeurs pessimistes concernant l’état de la préfecture. Ils devront aussi apprendre l’hospitalité auprès des volontaires russes.
Du 14 au 21 juin, les enfants de la préfecture de Fukushima voyageront à travers la Russie. Ils verront des nuits blanches à Saint-Pétersbourg et pourront admirer les monuments de Moscou. À Saransk, ils supporteront la sélection japonaise dans un match contre la Colombie. Et le principal est qu’ils prouveront à eux-mêmes et au monde que la vie après la catastrophe continue envers et contre tout.

Fukushima : 7 ans de réflexion

Fukushima : 7 ans de réflexion

09/05/2018

Le Japon se détourne du nucléaire…

Le Japon se détourne du nucléaire pour… le charbon !

Coal by Adam Croot(CC BY-NC 2.0)

Depuis Fukushima, le Japon s’est tourné vers le charbon, combustible moins cher. Une orientation prévisible.

Par Jacques Henry.

Depuis le grand tsunami du 11 mars 2011 qui fit près de 20000 morts, détruisit de nombreuses usines et provoqua l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, le Japon, pays qui ne dispose d’aucune ressource énergétique naturelle, a été contraint de s’équiper dans l’urgence d’usines de production d’électricité à partir de gaz naturel liquéfié importé à grand frais. Toutes les installations électro-nucléaires ont été arrêtées afin d’améliorer leur sécurité en cas de nouvel événement tectonique majeur.

De ce fait le Japon s’est alors progressivement tourné vers le charbon pour la production domestique d’électricité car les énergies renouvelables, en particulier les moulins à vent, sont très mal tolérées par la population et pour plusieurs raisons. Les Japonais considèrent que le paysage que la nature leur offre en spectacle ne peut pas être dénaturé par des installations gigantesques de production aléatoire d’électricité. De plus la construction d’importants barrages hydro-électriques est exclue dans la mesure où le moindre kilomètre-carré de plaine est occupé par l’agriculture et les habitations et en raison des risques permanents de tremblements de terre.

Pour toutes ces raisons, alors qu’en 2010 le METI (ministère de l’Industrie) avait décidé de réduire la consommation de charbon, le Japon s’est tourné à nouveau vers cette source d’énergie primaire beaucoup moins coûteuse que le gaz naturel liquéfié.

Les ingénieurs japonais ont depuis lors créé des centrales électriques au charbon dites ultra-supercritiques comme par exemple à Yokohama qui produisent de la vapeur à très haute température tout en augmentant l’efficacité des turbines de 30% – valeur moyenne d’une installation conventionnelle – à 45%. Un tel rendement n’est qu’à peine égalé par des turbines à gaz.

Cependant une telle installation a un coût et comme les cours internationaux du charbon sont déprimés et le seront durablement selon toute vraisemblance le Japon a mis en fonctionnement depuis 2011 huit nouvelles centrales électriques à charbon et il y en a actuellement 36 autres en construction !

Autant dire que le Japon a tourné définitivement le dos au protocole de Kyoto car il en va de la survie de son économie. Quel enseignement tirer de la situation énergétique japonaise ? C’est tout simplement que pour réduire les émissions de carbone l’énergie nucléaire joue et jouera à l’avenir un rôle incontournable.

Sur les 54 réacteurs nucléaires dont disposait le Japon seulement 7 sont de nouveau en opération. Les mouvements écologistes du pays ont fait à de nombreuses reprises obstruction devant les tribunaux à la remise en marche des réacteurs parfois pratiquement neufs et qui ont été à grands frais mis aux nouvelles normes de sécurité drastiques « post-Fukushima ».

Cette orientation vers le charbon (essentiellement australien) comme source d’énergie était prévisible et ainsi le Japon va devenir le troisième utilisateur de cette source d’énergie bon marché après la Chine et l’Inde. Les tenants des accords de Paris sur le climat ne peuvent que constater la totale ineptie de ces dispositions issues de la COP21 vues depuis l’Asie.

Il y a 32 ans : Tchernobyl

Il y a 32 ans : Tchernobyl

Il y a tout juste 32 ans, se produisait l’accident nucléaire de Tchernobyl. A l’occasion de cet anniversaire, j‘édite une collection d’articles qu’on a pu lire au jour le jour dans la presse régionale de l’Est de la France. J’avais à l’époque conservé tous les articles paraissant sur la catastrophe dans deux journaux régionaux, La Liberté de l’Est, aujourd’hui disparu, et L’Est Républicain.

L’accident s’est produit le 26 avril 1986. Les informations n’ont commencé à émerger qu’à partir du 29 avril. Mais même si peu d’infos arrivaient, paradoxalement, les « experts européens » qui avaient analysé le nuage radioactif qui arrivait sur l’Europe avaient mieux communiqué publiquement la situation qu’en 2011 pour Fukushima car dès le 30 avril 1986, soit quatre jours après l’explosion, La Liberté de l’Est annonçait : « L’accident survenu à la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl près de Kiev (Ukraine), est bien dû à la fonte du cœur du réacteur (…) ». En 2011, il a fallu attendre 74 jours – oui vous avez bien lu –  pour que Tepco avoue que trois cœurs avaient fondu, et c’est seulement après cette date que les « experts européens » ont reconnu la fusion des cœurs. Pourtant ceux-ci avaient accès aux informations via le réseau international d’analyse des composants nucléaires de l’atmosphère et donc connaissaient la gravité de l’accident. Cependant, ils n’ont rien dit.

Je vous laisse apprécier les différents titres qui se succédèrent dans les 3 premières semaines, du 26 avril au 17 mai 1986, en particulier ceux de L’Est Républicain du 3 mai : « France : aucune mesure sanitaire n’est nécessaire » et du 6 mai 1986 : « Tchernobyl, c’est fini ». La Liberté de l’Est, quant à elle, ne publia rien sur la catastrophe le 6 mai !

Aujourd’hui, un accident nucléaire serait-il plus difficile à cacher ? On le voit avec la pollution au ruthénium 106 de l’automne dernier, le village nucléaire mondial a toujours du mal à communiquer et on ne sait toujours pas officiellement, 6 mois plus tard, ce qui s’est passé !

Pierre Fetet

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén