Chants de Noël, Eglise St Martin L’Isle sur Serein
Une bien belle performance qu’a réalisé la chorale des « Chœurs de la Haute Côte d’Or, ce dimanche 15 décembre 2019, à l’église de L’Isle sur Serein
Place aux images
Une bien belle performance qu’a réalisé la chorale des « Chœurs de la Haute Côte d’Or, ce dimanche 15 décembre 2019, à l’église de L’Isle sur Serein
Place aux images
Le site de la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, vu d’hélicoptère le 23 avril 2019. MAXPPP/KyodoIl a fallu douze ans, entre 1967 et 1979, pour construire les six réacteurs de la centrale de Fukushima. Le chantier de décontamination et de déconstruction du site, ravagé par la plus grosse catastrophe nucléaire de ce début de XXIe siècle, sera autrement plus long : près d’un demi-siècle.
Presque neuf ans après le passage du tsunami qui a ravagé les installations et provoqué la fusion des cœurs de trois réacteurs, le 11 mars 2011, les opérations de nettoyage sont devenues un inextricable casse-tête pour les autorités nippones, qui viennent d’annoncer que le calendrier de démantèlement serait décalé, et que l’eau contaminée serait sans doute rejetée… en mer. Tout en confirmant que les forêts alentour ne seront, elles, jamais nettoyées.
Au lendemain de la catastrophe, les autorités nippones ont mené un gigantesque chantier de décontamination des sols des zones touchées par le panache de fumées radioactives. Onze municipalités avaient été évacuées et quarante autres touchées par des niveaux de pollution plus faibles. Une région de 9000 km2 où il a fallu décaper les sols pour éliminer notamment les traces de césium, qui peut subsister trois siècles dans l’environnement !
« C’est la première fois qu’un tel effort d’assainissement est fait à la suite d’un accident nucléaire, relève Olivier Evrard, 16 000 ouvriers y ont participé ». Ce chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement a rassemblé les résultats d’une soixantaine d’études publiées sur le sujet, en collaboration avec deux collègues canadien et japonais. Pour assainir les terres cultivées, les autorités ont décapé la couche superficielle du sol sur une épaisseur de 5 cm. « Ce qui a permis de réduire les concentrations en césium d’environ 80% dans les zones traitées » souligne l’étude.
Mais cette opération a coûté très cher (24 milliards d’euros) et généré des montagnes de déchets : 20 millions de m3 soit… 8000 piscines olympiques ! Ils seront stockés pendant plusieurs décennies à proximité de la centrale avant d’être envoyés dans des sites de stockage définitif en dehors de la préfecture de Fukushima à l’horizon 2050.
Dans les zones plus éloignées de la centrale, Tokyo n’a pas procédé au décapage des terres, mais répandu sur le sol des substances connues pour fixer le radiocésium ou pour s’y substituer. « Concernant les zones boisées, seules celles qui se trouvaient dans un rayon de 20 mètres autour des habitations ont été traitées », explique l’étude française coordonnée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA).
Les branches ont été coupées et les décontaminateurs ont ramassé la litière des feuilles mortes. Les zones résidentielles ont également été passées au tamis : curage des fossés, nettoyage des toitures et des gouttières, assainissement des jardins et potagers. « Les activités de décontamination ont ciblé principalement les paysages agricoles et les zones résidentielles, mais les forêts n’ont pas été assainies à cause de la difficulté et des coûts très importants que représenteraient ces opérations », relèvent les chercheurs.
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Chaque matin, l’actualité vue par Le ParisienOr ces forêts couvrent 75% des surfaces situées au cœur du panache radioactif. « Elles constituent donc un réservoir potentiel à long terme de radiocésium qui peut être redistribué à travers les paysages suite à l’érosion des sols et aux crues, prévient Olivier Evrard. En octobre dernier, deux typhons très violents ont traversé la région provoquant des débordements de cours d’eau et des glissements de terrain ».
Malgré ce colossal chantier de décontamination, certains villages, comme Iitaté, qui comptait 7000 habitants avant la catastrophe, n’ont retrouvé que 10 à 15% de ses habitants. Essentiellement des personnes âgées.
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« La plupart des gens évacués en 2011 ont refait leur vie ailleurs et tout l’enjeu des autorités est de faire repartir la vie dans cette grosse région agricole, en attirant les jeunes, mais il y a désormais une mauvaise réputation accolée au nom de Fukushima, souligne Olivier Evrard. Pour les prochains Jeux olympiques, les épreuves de base-ball auront lieu dans la préfecture, mais la délégation sud-coréenne a peur que l’on nourrisse ses athlètes avec des produits venant de la région alors qu’ils subissent un contrôle radiologique très strict ». Pour l’heure, la pêche est toujours interdite dans les rivières de la région.
La veille de Noël, les autorités japonaises ont affirmé que le rejet en mer ou dans l’air (par évaporation) de l’eau contaminée qui souille le site de la centrale était l’unique option restante, les experts excluant désormais son stockage à long terme sur le site nucléaire.
Une immense quantité d’eau souillée est présente sur place, stockée dans un millier de réservoirs qui seront pleins d’ici deux ans. A l’heure actuelle, ces citernes contiennent 1 100 000 m3 d’eau contaminée, soit l’équivalent de 366 piscines olympiques ! Ces liquides contaminés proviennent des ruissellements de pluie, des nappes souterraines qui remontent dans les sous-sols des bâtiments et des injections d’eau nécessaires au refroidissement des cœurs des réacteurs entrés en fusion. « L’option d’un simple stockage à long terme n’est plus envisagée », reconnaît un fonctionnaire d’Etat.
« L’entreprise a étudié plusieurs solutions, comme d’injecter ces eaux dans le sol entre deux couches imperméables ou de l’emprisonner dans des blocs de béton, mais la rejeter dans l’océan après l’avoir traité au maximum en étalant les rejets sur une dizaine d’années est la solution techniquement la plus raisonnable », explique le directeur général adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) Thierry Charles. Cela reste infaisable pour l’heure, tant l’eau est encore chargée d’éléments radioactifs dangereux pour la chaîne alimentaire. Les pêcheurs et défenseurs de l’environnement y sont catégoriquement opposés. De même que la Corée du Sud.
Imaginez un jeu de mikado géant mais où les bâtons imbriqués les uns dans les autres seraient des barres de combustible hautement radioactives. Eh bien, c’est à peu près le casse-tête auquel est confronté Tokyo Electric Power (Tepco), qui gère le démantèlement.
L’opération est tellement périlleuse que le gouvernement japonais et l’entreprise ont décidé de différer de quatre à cinq ans le retrait du combustible usé toujours présent dans la piscine de stockage du réacteur numéro 1. Initialement prévue début 2023, cette séquence ne démarrera pas avant 2027 au plus tôt. Même choix pour le réacteur numéro 2. « Le retrait du combustible usé est en cours dans la piscine du réacteur 3 et c’est une succession de problèmes », a reconnu peu avant le passage à 2020 un porte-parole de Tepco, mettant en avant une priorité : la sécurité des travailleurs.
Thierry Charles s’est plusieurs fois rendu sur le site industriel, qu’il compare à une « ruche » où se croisent plusieurs milliers d’ouvriers. Le fameux bâtiment 3 est celui qui a subi l’explosion la plus forte lors de la catastrophe. « Il a fallu nettoyer les abords à distance, avec des grues et des robots, car il y a trop de rayonnements et la superstructure du bâtiment était couverte d’un tas de gravats », explique-t-il. Sur les images de l’intérieur diffusées par l’autorité japonaise de sûreté nucléaire, on aperçoit des portes fracassées, des décombres partout, des tuyauteries déchiquetées et les niveaux de radiation sont si élevés qu’aucune intervention humaine n’y a été possible depuis 2011.
Alors que la pollution environnementale à travers le monde atteint un point vraiment critique, le Japon compte en rajouter une couche. Le pays envisage en effet de libérer les eaux radioactives de Fukushima-Daiichi dans la mer ou dans les airs.
Lundi 23 décembre 2019, le ministère de l’Économie et de l’Industrie a proposé de libérer ou d’évaporer progressivement d’importantes quantités de déchets liquides dans le Pacifique.
Crédit Unsplash
Le ministère a déposé un document détaillé dans lequel il propose une « libération contrôlée » des eaux radioactives. Le document affirme qu’en combinant plusieurs méthodes spécifiques, les eaux vont s’évaporer dans l’air sans présenter de risque pour l’environnement.
Au début, le ministère avait proposé de stocker les eaux radioactives de Fukushima dans des réservoirs industriels géants, mais l’idée avait finalement été abandonnée, car en cas de fuite, de tsunami ou d’autres accidents, ce serait une véritable catastrophe.
Les experts estiment ainsi que le seul moyen de se débarrasser des déchets est de les déverser dans la mer. Ils affirment que les eaux contaminées se « dilueraient et se disperseraient » dans l’océan de manière stable, et que pour ce faire, ils allaient utiliser des méthodes validées par le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations atomiques.
Pour enfoncer le clou sur l’efficacité de la solution, le ministère a rappelé que la méthode d’évaporation a déjà été testée et prouvée en 1979 pour se débarrasser des déchets radioactifs générés par l’accident de Three Mile Island en Pennsylvanie.
Depuis l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, les autorités ont eu beaucoup de mal à faire le ménage. Actuellement, le gouvernement et l’exploitant de l’usine, Tokyo Electric Power Company Holdings Inc. (Tepco), sont parvenus à traiter et stocker plus d’un million de tonnes de liquide radioactif, mais ils ne savent pas comment s’en débarrasser.
La situation est d’autant plus critique, car Tepco a indiqué manquer de place, et que l’espace dont l’usine dispose ne peut stocker que 1,37 million de tonnes de déchets liquides maximum. Il est donc plus qu’urgent de trouver une solution d’ici l’été 2022, d’où cette proposition d’en évacuer une partie dans la mer.
Une idée que les défenseurs de la nature risquent de ne pas voir d’un bon œil.

28 décembre 2019
La Commission de réglementation nucléaire du Japon, appelée aussi NRA (Nuclear Regulation Authority), avait annoncé en septembre vouloir reprendre les investigations pour comprendre le déroulement de l’accident à la centrale du Fukushima Daiichi. Grâce au journal Mainichi, nous avons un premier retour de ces nouvelles recherches.
Le 26 décembre 2019, ce média a rendu publique une vidéo de l’unité 3 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Celle-ci a été tournée le 12 décembre 2019 lors d’une investigation menée par 6 membres de la NRA à l’intérieur du bâtiment réacteur n° 3. C’est la première fois qu’une vidéo du troisième étage de cette unité est diffusée depuis l’accident. Les traces des explosions violentes qui ont eu lieu le 14 mars 2011 sont visibles partout, et particulièrement au 3ème étage (niveau 3F).
La vidéo publiée dure environ 15 minutes. Les enquêteurs de la NRA se sont introduits dans l’unité 3 par des escaliers depuis le côté sud-est du premier étage du bâtiment et ont examiné le troisième étage pendant environ six minutes. Selon l’agence de régulation, la dose d’exposition du personnel a pu atteindre 3,72 mSv. D’après le journal, les débits de doses mesurés au troisième étage étaient en de nombreux endroits de 20 à 50 mSv/h mais d’après le minutage de la vidéo, cela devait être beaucoup plus. En effet, chaque fois que le dosimètre, qui mesure la dose cumulée de personnel, mesurait 0,8 mSv, l’alarme se faisait entendre. Selon l’enregistrement diffusé, on distingue deux alarmes différentes, celle du vidéaste ou de son coéquipier et une autre dont le son est plus lointain. Avec les renseignements du journal et l’observation des sons de la vidéo, on peut en déduire que celui qui portait le dosimètre éloigné de la caméra est passé dans des endroits avec un débit de dose allant jusque 115 mSv/h. C’est pour cette raison qu’à un moment donné, un enquêteur s’exclame en demandant de ne pas traîner.
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Alarme du dosimètre proche de la caméra |
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Minutage |
0:00 |
6:09 |
8:17 |
10:04 |
13:45 |
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Durée entre deux alarmes |
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369 s |
128 s |
107 s |
221 s |
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Dose reçue par les enquêteurs entre deux alarmes selon le Mainichi |
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0,8 mSv |
0,8 mSv |
0,8 mSv |
0,8 mSv |
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Dose cumulée selon le Mainichi |
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0,8 mSv |
1,6 mSv |
2,4 mSv |
3,2 mSv |
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Débit de dose moyen entre deux alarmes |
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7,8 mSv/h |
22,5 mSv/h |
26,9 mSv/h |
13,03 mSv/h |
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Alarme du dosimètre éloigné de la caméra |
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Minutage |
0:00 |
7 :56 |
8 :38 |
9 :03 |
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Durée entre deux alarmes |
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476 s |
42 s |
25 s |
369 s |
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Dose reçue par les enquêteurs entre deux alarmes selon le Mainichi |
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0,8 mSv |
0,8 mSv |
0,8 mSv |
0,8 mSv |
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Dose cumulée selon le Mainichi |
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0,8 mSv |
1,6 mSv |
2,4 mSv |
3,2 mSv |
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Débit de dose moyen entre deux alarmes |
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6,05 mSv/h |
68,57 mSv/h |
115,2 mSv/h |
7,8 mSv/h |
Cette vidéo est exceptionnelle dans le sens où elle est rare. Tepco est avare en effet de ses informations sensibles. Depuis 2011, l’opérateur n’a diffusé que deux fois ce genre de vidéo qui montre des employés dans des endroits très radioactifs. C’était en 2011. La première vidéo était une visite du bâtiment réacteur 4. Je n’ai pas eu le temps de l’enregistrer (Si un lecteur la possède, je suis preneur !). Elle a très rapidement été supprimée de la toile. Tepco a aussi horreur de montrer des ruines. La seconde était une visite de l’unité 1 le 18 octobre 2011. Vidéo très stressante où les employés font leur investigation le plus rapidement possible sous le son permanent des alarmes de radioactivité. Cette vidéo n’est pas plus visible sur internet. Je l’avais mise sur la chaîne youtube du blog de Fukushimamais elle a été bloquée par TV Asahi Corporation.
Concernant la vidéo de ce mois de décembre, il faut observer que ce n’est pas Tepco qui la diffuse mais la NRA, via un journal. C’est un canal inhabituel. Elle montre des informations intéressantes :
– Les enquêteurs ont pris de grands risques en réalisant cette investigation. L’endroit est extrêmement dangereux, parsemé d’embûches : trous béants, objets saillants pouvant couper la combinaison protectrice, radioactivité importante.
– Le débit de dose du troisième étage de l’unité 3 de Fukushima Daiichi est élevé. Plus on s’approche de l’extérieur, plus la radioactivité y est forte. On ne peut y rester qu’entre 10 minutes et une demi-heure selon les endroits sans risquer de dépasser la dose annuelle maximale des travailleurs du nucléaire au Japon, à savoir 20 mSv/an.
– L’état des plafonds de l’étage 3B est critique. L’explosion du 14 mars 2011 au niveau supérieur a poussé les dalles de telle sorte que le béton s’est déformé et a éclaté jusqu’aux armatures métalliques. On voit la lumière du jour par endroits.
– Des tuyaux ont été cassés, pliés, soufflés, et des morceaux de métal et de béton ont été dispersés un peu partout.
Ceci dit, l’essentiel n’est pas là. Tepco évite de communiquer sur les informations les plus importantes concernant l’unité 3 : l’état de la cuve, l’état de l’enceinte de confinement et l’état des assemblages de la piscine de désactivation. Concernant le premier point, c’est le silence depuis 8 ans, excepté le fait que Tepco a fini par avouer qu’elle était percée. Pour le deuxième, nous avons eu quelques images peu exploitables en 2017. Et pour le 3ème, Tepco a communiqué en grandes pompes au sujet du début du retrait du combustible de la piscine en mai de cette année.
Mais depuis juillet, l’opérateur a de gros soucis techniques avec des assemblages rebelles et des débris imprévus. L’été dernier, on savait juste que 28 assemblages neufs avaient été retirés sur 52. On avait commencé par le plus simple. Restait le plus compliqué : les assemblages usés, fortement radioactifs. Et ils sont nombreux : 514 ! En mai, j’avais constaté que l’assemblage montré dans la vidéo présentait, malgré son statut de « combustible neuf », des anomalies : dépôts de gouttes solides, trous dans l’enveloppe de l’assemblage alors qu’ils sont protégés dans des paniers et couleur noire en partie inférieure. Aujourd’hui, les problèmes seraient dus apparemment à des déformations, comme l’a rapporté le site Simply Info. Si les assemblages sont tordus dans les paniers, alors il sera impossible de les sortir un par un. Un panier pouvant contenir 30 assemblages, ce serait une masse de plus de 5 tonnes qu’il faudrait soulever, ainsi qu’un conteneur monstrueux pouvant mouvoir ce panier afin de le déplacer jusqu’à la piscine commune, ce qui n’a pas été vraiment prévu… On comprend mieux pourquoi Tepco vient d’annoncer qu’il repoussait de 4 à 5 ans le transfert du combustible des piscines des réacteurs 1 et 2. Celui du réacteur 1 ne commencera pas avant 2027 ou 2028, et celui du réacteur 2 pas avant 2024 à 2026. Il est ainsi probable que je ne sois plus de ce monde quand le démantèlement promis initialement par Tepco, avec une échéance de 40 ans, sera terminé.
En ce moment, dans les médias français, au lieu de parler des véritables problèmes et défis techniques liés au démantèlement d’une centrale nucléaire accidentée, on préfère passer la saison 8 de « Ils vont relâcher l’eau contaminée dans le Pacifique !», en ignorant le fait que cette pollution majeure annoncée se déroule en permanence dans le monde grâce aux autorisations légales de rejets radioactifs dans l’environnement. Par exemple, qui a remarqué, mis à part l’ACRO, que le site de La Hague, en 3 mois et demi, rejette dans la Manche autant de tritium que celui contenu dans les eaux stockées de Fukushima (3,4 PBq, soit 3,4 milliards de millions de becquerels) ?
Pour terminer, vous pourrez vous rendre compte du désastre du bâtiment réacteur 3 en visionnant la vidéo de la NRA, soit directement sur le site du Mainichi, tant qu’elle est en ligne, soit sur la chaine youtube du blog de Fukushima :
Et pour conserver la mémoire de la vidéo qui risque de disparaître comme celles de 2011, j’ai sélectionné ci-dessous quelques captures d’écran.
Pierre Fetet
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Dernière mise à jour 29/12/2019 15:18
En savoir plus sur le réacteur n° 3
L’explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi
Le Monde avec ReutersPublié aujourd’hui à 11h58, mis à jour à 12h21Lecture 1 min.
C’est un nouveau délai qui signe les difficultés des autorités japonaises à venir à bout des conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima de mars 2011. Tokyo a décidé vendredi 27 décembre de différer de quatre à cinq ans une partie des tâches délicates prévues à la centrale de Fukushima Daiichi.
Initialement prévu pour débuter en 2023, le retrait du combustible usé de la piscine de stockage du réacteur numéro 1 ne commencera pas avant 2027 ou 2028, et celui du réacteur 2 est aussi différé à une fenêtre allant d’avril 2024 à mars 2026. Chacune de ces tâches doit durer deux ans.
Les autorités et la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), qui gère le démantèlement, se rendent compte au fil des avancées que les travaux sont bien plus compliqués que prévu. « Le retrait du combustible usé est en cours dans la piscine du réacteur 3, et c’est une succession de problèmes », a confié cette semaine à l’Agence France-Presse un porte-parole de Tepco.
« Le procédé industriel mis en œuvre est très complexe et il est difficile de faire des prévisions. Le plus important, c’est la sécurité des travailleurs », a insisté vendredi lors d’une conférence de presse le ministre japonais de l’industrie, Hiroshi Kajiyama. Pour le moment, le gouvernement et Tepco estiment que le démantèlement complet de la centrale prendra une quarantaine d’années. Nombre de spécialistes jugent toutefois que compte tenu de l’état du site, l’échéancier est difficilement tenable.
Le tsunami du 11 mars 2011 a ravagé les installations, provoqué la fusion des cœurs de trois des six réacteurs de la centrale, en mettant hors service les systèmes de refroidissement. Jeudi, l’Autorité japonaise de sûreté nucléaire a diffusé des images de l’intérieur du bâtiment principal du réacteur 3, entrailles où aucune intervention humaine n’a été réalisée depuis plus de huit ans.
À la suite du terrible accident de Fukushima, les autorités japonaises avait décidé de mener d’importants travaux de décontamination dans la région impactée. Or, ce projet est aujourd’hui en majeure partie terminé. Que faut-il savoir à propos de ces travaux d’une ampleur inédite ?
Sommaire
Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9,1 suivi d’un terrible tsunamiavait causé l’arrêt total du système de refroidissement principal de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Japon). S’en était suivi une fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 ainsi que la surchauffe de la piscine de désactivation du réacteur 4. Ce terrible accident, qui a causé plus de 18 000 décès, a également beaucoup impacté l’environnement, et ce bien au-delà du Japon.
Il faut savoir que les autorités japonaises ont ensuite décidé de mener d’importants travaux de décontamination des sols dans la région de Fukushima. Or, cet incroyable chantier concerne une zone de plus de 9 000 km² ! Dans une publication parue dans la revue SOIL le 12 décembre 2019, le chercheur français Olivier Evrard (CNRS/CEA) expose la synthèse d’une soixantaine de publications scientifiques sur le sujet. L’objectif ? Donner un aperçu des stratégies de décontamination utilisées, ainsi que de leur efficacité.
Rappelons que lors de la catastrophe, du césium radioactif avait été émis en grande quantité. Or, l’un des isotopes du césium (137Cs) présente une demi-vie de 30 ans et celui-ci représente la plus grande menace pour la population à moyen et long terme. Effectivement, en l’absence de décontamination, ce césium pourrait rester environ 300 ans dans l’environnement ! Néanmoins après sept années de travaux, les concentrations en césium dans les zones traitées ont été réduites de 80%.
Equiper ses salariés d’ordinateurs d’Apple, les fameux Mac, a longtemps été l’apanage des métiers de la création, de l’édition ou encore de la communication. Mais dans l’écrasante majorité des cas, c’est Windows de Microsoft qui domine le marché professionnel. Pourtant, la marque à la pomme multiplie les efforts pour se faire une plus grande place dans l’entreprise malgré des tarifs bien plus élevés à l’achat que les PC classiques.
Son premier fait d’arme a été de convaincre la direction d’IBM qui a longtemps été son ennemi juré dans le marché des ordinateurs. Mais cela fait bien longtemps que le groupe américain ne fabrique plus de hardware, sa branche PC ayant été vendue au chinois Lenovo.
Reste que « Big Blue » a déployé depuis 2016 plus de 100.000 Mac en interne. Un développement motivé par une raison claire: selon IBM, les Macs se révèlent finalement moins coûteux pour la DSI (direction informatique) que les PC du point de vue des coûts d’entretien et de maintenance.
Et c’est sur ce point qu’Apple entend insister (et le faire savoir). Apple a ainsi commandé une étude au cabinet Forrester Research menée auprès de sept grandes entreprises internationales montrant que, sur trois ans, le coût moyen d’un Mac est inférieur de 628 dollars à celui d’un PC en termes de support et de coûts opérationnels. Il serait également inférieur de 50 dollars en coûts matériel et logiciel, malgré un surcoût à l’achat de 500 dollars.
Un constat validé par la Coopérative informatique des agents d’assurance Aviva qui a entamé une réflexion sur son parc d’ordinateurs en 2012. « Le déploiement des Mac a débuté en 2012 avec à date 2.800 iMac et 1.200 MacBook Air déployés, soit le plus grand parc de Mac déployé en entreprise en France », nous explique Frédéric Monnier, directeur général délégué.
« Nous nous sommes questionnés sur le coût de la licence Windows, sur l’assurance software et sur les coûts de déploiements. La solution Mac est moins chère malgré un prix d’acquisition du device plus élevé. Il faut en effet prendre en compte la pérennité de la qualité des machines ». La conclusion semble nette puisque « finalement, le Mac est moins cher à l’utilisation et on gagne plus à la revente : 40% du prix du neuf ».
A l’usage, les gains sont également importants, le responsable souligne : « on a conservé 60 mois le premier parc de Mac installés, la performance est restée la même dans le temps, même après les mises à jour. En termes de productivité, c’est top, il n’y pas d’écrans bleus sur Mac ! On a évalué que le Mac est plus fiable, d’ailleurs nous constatons cette fiabilité notamment au niveau du démarrage des machines, 10 fois plus rapide dans le temps par rapport à un PC Windows XP ».
De quoi également générer des économies au niveau de la maintenance: « Nous avons ainsi divisé par deux l’équipe de maintenance à travers une baisse de la demande auprès du prestataire externe » ajoute Frédéric Monnier. « Cela n’a pas entraîné de destruction d’emplois mais les ressources ont pu être réaffectées à d’autres missions postes ».
Reste l’épineuse question du logiciel. Si le Mac est longtemps resté aux portes des entreprises c’est parce que la plupart des progiciels (logiciels professionnels) étaient d’abord pensés et optimisés pour Windows. Mais le cloud a tout changé. Les applications sont désormais hébergées à l’extérieur de l’entreprise, ne dépendent plus du système d’exploitation de la machine et les ordinateurs y accèdent via Internet. « Nous avons investi dans l’applicatif en 2015 avec des solutions de comptabilité ou de messagerie (en 2012) dans le cloud. Toutes nos données sont dans le cloud ou en mode Saas (software as a service, NDLR) », explique le responsable.
Quant à la sécurité, si les machines d’Apple ont longtemps été épargnées par les pirates, ce n’est plus le cas aujourd’hui. « PC ou Mac, aujourd’hui, c’est pareil. On utilise les mêmes applicatifs de protection et de même niveau de sécurité, il n’y pas de bénéfice particulier », confirme Frédéric Monnier.
Si le Mac peut se révéler moins cher à l’usage, il constitue également parfois un argument pour attirer les jeunes diplômés. Notamment dans certains métiers dans les technologies (développeurs, codeurs…), où les entreprises ont du mal à recruter. C’est la politique choisie par EngieIT. « 60% des étudiants font toutes leurs études sur Mac. Dans un contexte d’attractivité des talents, il était important pour Engie d’avoir une réponse à cela », souligne Stéphane Hamy, Directeur du workplace chez Engie IT.
« Mais il n’y a pas que les millennials qui sont visés par cette réponse. En effet, il existe de nombreuses personnes en entreprise qui seraient plus à l’aise par l’utilisation d’un Mac au travail. Il faut donc s’adapter à cette diversification des usages », poursuit le responsable. « Nous avons donc voulu laisser le choix au collaborateur. Chaque entité du groupe décide ou pas de laisser le choix aux salariés. Nous avons tous à gagner à laisser le choix au collaborateur de choisir l’environnement de travail dans lequel il se sent le plus à l’aise et avec lequel il sera de fait plus performant. »
Clairement, ici le point n’est pas économique « mais l’image que l’on donne est très différente », ajoute Stéphane Hamy. « Sécurité, performances, coût : ce ne sont pas ces arguments qui ont poussé à ce choix. Mais bien la volonté d’offrir un choix à chacun de nos collaborateurs mais aussi pour séduire les jeunes recrues ».
Pour autant, comme chez Aviva, la question de la durée de vie des Mac et de la revente des machines ont pesé. « On fait des économies sur la partie support et sur la valeur résiduelle du Mac après 4 ans. On atteint un équilibre économique. Nous voulions arrêter d’investir dans l’obsolescence et c’est clair que la durée de vie des Mac est plus longue ».
Dernier argument qui a convaincu la direction d’EngieIT, l’écologie. Car Apple s’attache à faire des efforts en la matière: « Nous avons été également sensibles à la politique zéro carbone des Mac, l’utilisation d’aluminium recyclé pour fabriquer entièrement les châssis des Mac, l’absence de matériaux toxiques…, c’est un argument de choix ».
Apple entend donc bien faire passer le message et mettre en avant, chose très rare, ces témoignages. Reste que la firme à la pomme reste encore très discrète sur sa part de marché réelle dans les entreprises face au mastodonte Microsoft.
Un article de Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, publié sur le site Japosphère le 25 novembre 2019.
Typhons, inondations, séismes : le nucléaire, un mode de production énergétique mal adapté aux catastrophes naturelles
Les conséquences du typhon 19 qui a longé la moitié nord-est de la principale île japonaise sont toujours présentes un mois après l’événement climatique. Les rivières en crue ont été à l’origine de nombreuses inondations mortelles. Les fortes précipitations ont lavé les sols des montagnes de Fukushima pour ramasser les nucléides encore présents, dans les vallées pour partie habitées.
Seule sous le ciel limpide d’automne, ma voiture se laisse guider par la voirie en direction du village d’Iitate. Tardivement évacué après le tremblement de terre de magnitude 9 à l’origine d’un tsunami de 15 à 30 m de hauteur générant l’arrêt du système de refroidissement et la fonte des cœurs de 3 des 6 réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima dai ichi, le village a été rouvert à l’habitat en avril 2017. De hameaux en hameaux, je traverse un paysage de nouveau parsemé de bâches bleues sensées retenir les glissements de terrain suite au passage du typhon n°19.
Typhon et anthropocène
Car c’est ainsi que nous décomptons les typhons ici. Pas de tensions inutiles sur des prénoms, trop souvent féminins, donnés par des sociétés à tel point anthropocentrées qu’elles avalent l’ensemble des phénomènes atmosphériques en y projetant les relans d’une nouvelle chasse aux sorcières. Non, les typhons ne sont pas nés avec ce que certains nomment « anthropocène » et d’autres « capitalocène », rejetant l’assimilation de tous les humains au même rang dans la responsabilité que nous avons face à la destruction de notre monde. Celui qui a su comprendre que la vie humaine n’était qu’une parmi d’autres vies animales, végétales, minérales voir d’autres encore si l’on en croit de récentes recherches sur l’ADN des plantes ou la mémoire de l’eau[1], celui (aujourd’hui majoritairement composé des «minorités indigènes»: aborigènes, papous, indiens des deux Amériques, pygmées, etc. – sans tomber dans la caricature du «bon sauvage») qui sait que la vie des uns dépend de celle des autres des composants de cet écosystème, ne peut, à moins d’une volonté autodestructrice originelle, fonder le système qui maintient son économie sur la continuité de la destruction des éléments composant l’univers nécessaire à sa vie. Dans cet écosystème, les entités autres qu’humaines, parce qu’elles existent pleinement, avec des fonctionnements qui leur sont propres, n’ont guère besoin que l’homo sapiens capitalis les prénomme, même s’il est nécessaire de les appréhender comme un des composants de cet univers dont nous sommes.
Au Japon, deux saisons de typhons balaient le territoire depuis tous temps, en raison d’un climat subtropical sur les trois-quarts du pays. La première saison connaît son pic en juin et la seconde en septembre. Les données sont minutieusement recensées sur le site japonais de la Meteorological Agency[2]. On y apprend qu’en 1958, 31 typhons sont passés sur l’archipel, record battu en 1967 avec 39 typhons en un an, 36 en 1971, 30 en 1978,… Rien, dans ces données, ne nous permet de conclure à l’accroissement du nombre des intempéries (24 typhons en novembre de cette année). Ce qui est en cause, est donc moins le nombre de typhons que leur intensité, en raison du réchauffement des eaux marines. Ainsi, les typhons se chargent énergétiquement lors de leur passage au dessus des océans. Sur-dynamisés, leur violence s’intensifie générant des dégâts matériels et humains conséquents, ici comme ailleurs.
Les dégâts des typhons 15 et 19
Le typhon n°15 avait principalement touché la région de Chiba en raison de vents extrêmement forts, avec une vitesse atteignant 207 km/h le 9 octobre à 4h30 du matin. Les précipitations qui accompagnent les bourrasques finissent d’achever le travail destructeur entamé par le cyclone. Les conséquences furent essentiellement matérielles, soit de nombreux toits envolés, mais les habitants de la presqu’île au sud de Chiba eurent à subir des coupures de courant électrique durant plus d’un mois. Un mois… Ce fut le temps nécessaire pour qu’un nouveau typhon, tout aussi destructeur, s’approche des côtes du Honshu (principale île de l’archipel japonais).
Le passage du typhon n°19 en octobre dernier, s’est, quant à lui, essentiellement traduit par de très fortes précipitations générant des inondations sans précédent dans les zones construites à proximité de rivières sorties de leur lit. Le rez de chaussée de 87400 habitations[3]a été enseveli sous des masses d’eau boueuse des rivières en crue. Le bilan de 93 morts a été particulièrement rude dans les départements de Kanagawa (16 morts), Miyagi (19 morts) et Fukushima (31 morts). Le nombre total de réfugiés, au 14 octobre était de 2367 personnes selon les données du Cabinet office.
Les répercussions du typhon 19 dans la région de Fukushima
Les regards se sont rapidement tournés vers Fukushima, soit la préfecture la plus gravement touchée par cet aléa, certes naturel, mais qui n’aura pas été sans effet sur les pollutions humaines déjà présentes. Ainsi, selon le ministère de l’environnement, pas moins de 91 sacs de terre contaminée ont été emportés par les flots.
Alors que les barrages sont encore en état d’alerte plus d’un mois après, les craintes concernant une nouvelle contamination des vallées en raison du lavage des sols par le ruissellement des eaux en provenance des forêts non décontaminées des montagnes se confirment. Le Dr Shinzô KIMURA, professeur à l’université médicale de Dokkyo et spécialiste des radiations, appelle à la prise de mesures particulières contre la contamination de la population suite à la nouvelle répartition des nucléïdes engendrée par les eaux de pluies. Ainsi, la mesure de sable charrié par les précipitations dans les vallées habitées de la ville de Minami Sôma (arrondissement de Kodaka) révèle des taux de 3000 à 5000 Bq[4]de césium/kg[5]. Dans le même arrondissement, un habitant, M. Shirahige (69 ans) a mesuré du sable en provenance de l’éboulement de la falaise qui jouxte son domicile. Les résultats dépassent les 11 000Bq/kg, taux nettement supérieur à la norme des déchets radioactifs fixée à 8000 Bq/kg après l’accident de Fukushima.
Par ailleurs, les travaux de remblayage et de digues construites après le passage du tsunami pour parer la population d’autres inondations éventuelles, ayant engendré de nouvelles zones d’érosion sont mis en cause. Bien qu’ils aient permis aux entrepreneurs de reconstruire sur des zones qui avaient été submergées par le tsunami, les points fragilisés par le détournement des rivières ont cédé sous la pression des eaux. Ainsi, les habitants du département d’Iwate (ville de Yamada) ont vu leurs habitations « neuves », reconstruites après le séisme de 2011, de nouveau ensevelies sous les flots.
Huit ans et demi après la catastrophe de mars 2011, les conséquences environnementales sont toujours bien présentes.
Et si la France était exposée ?
Les deux tremblements de terre de la semaine passée, au moment où le gouvernement français venait de commander à EDF un rapport sur la production énergétique, ont rappelé que la France n’était pas étrangère à la possibilité de séismes sur son territoire. Si le séisme de Strasbourg, plus réduit, semble avoir été déclenché par des forages géothermiques en profondeur (qui peuvent être arrêtés ?), la réplique qui a suivi le séisme de la Drôme, nettement plus conséquent (magnitude 5.4), tend à prouver qu’il s’agit bien là des conséquences des forces de la nature. L’arrêt de la centrale de Cruas, durant une quinzaine de jours a été nécessaire afin d’en vérifier sa sécurité. Si certains semblent effrontément assurés de la robustesse des centrales nucléaires face aux séismes, l’augmentation des inondations de plus en plus nombreuses et importantes, notamment dans le sud de la France, conséquentes du réchauffement climatique et des aménagements urbains inappropriés (augmentation des surfaces bitumées, enterrement des cours d’eau, barrages, etc.), nécessitent néanmoins que l’on s’interroge de façon responsable sur ce mode de production énergétique obsolète tant du point de vue de son niveau de sécurité que de sa balance économique, douloureusement déficitaire.
Les faits
À la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi en 2011, les autorités japonaises ont commencé en 2013 à décontaminer, plus exactement à scalper, la couche superficielle du sol (5 cm) de la région touchée par le panache radioactif. Cette surface, grande comme la Corse, mesure 9 000 km2, et comprend les onze municipalités évacuées de la « zone spéciale de décontamination » et les 40 communes non évacuées, la « zone de suivi intensif de décontamination ».
Dans ce contexte, qu’est devenu le césium 137, l’un des isotopes du césium, principal radionucléide émis lors de l’accident ? C’est ce qu’ont cherché à savoir Oliver Evrard, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA/CNRS/UVSQ), et ses collègues Patrick Laceby (Alberta Environment and Parks) et Atsushi Nakao (Université de Kyoto) en faisant la synthèse de pas moins de 60 études internationales réalisées sur ce sujet.
Résultat : « L’accident de Fukushima nous donne de précieuses indications sur l’efficacité des techniques de décontamination, indique Olivier Evrard. En effet le décapage sur les terres cultivées des 5 premiers centimètres de sol permet de réduire les concentrations en césium d’environ 80 %. Ce qui est plutôt efficace», observe le géochimiste.
Ce sol est remplacé par du granite broyé qu’on mélange avec la sous-couche de façon à pouvoir y planter du riz dans les rizières ou semer du sarrasin, des légumes ou des fleurs sur les parcelles de pleine terre. Simple, cette technique engendre néanmoins une grande quantité de déchets, difficiles à traiter, à transporter et à stocker pendant plusieurs décennies à proximité de la centrale, avant de les envoyer vers des sites de stockage définitif qui devraient être trouvés en dehors de la préfecture de Fukushima à l’horizon 2050.
Ces travaux ont généré environ 20 millions de mètres cubes de déchets, soit environ 200 000 gros camions semi-remorque, et coûté 24 milliards d’euros.
Ces activités de nettoyage ont concerné principalement les plaines agricoles côtières et les zones habitées. En revanche, pour l’heure, les forêts n’ont pas été prises en compte. Or elles couvrent 75 % du territoire touché par le nuage radioactif, une zone montagneuse située entre la plaine côtière et les sommets culminant à 900-1 000 m. Leur nettoyage coûtera très cher : 128 milliards d’euros.
« Ces forêts constituent donc un réservoir potentiel, à long terme, de radiocésium, qui peut être redistribué à travers les paysages suite à l’érosion des sols, aux glissements de terrain et aux crues, comme lors des typhons comme en octobre dernier », précise Olivier Evrard. « D’où l’importance de suivre le transfert de la contamination radioactive à l’échelle des bassins-versants côtiers et, éventuellement, de détecter une recontamination des zones assainies en cas de débordement des cours d’eau », explique Atsushi Nakao.
Chercheurs et décontaminateurs n’en sont donc encore qu’à mi-chemin. Bonne nouvelle cependant : cette recherche est prolongée pour 5 ans, au travers du projet franco-japonais Mitate porté par le CNRS et le CEA. Déjà, ce dernier a mis au point un procédé à petite échelle dit de « flottation » pour séparer les particules de terre chargées en césium (projet Demeterres).
Survenue à dix mille kilomètres de Paris, la catastrophe nucléaire de Fukushima, en mars 2011, ne semblait pas présenter de conséquences directes pour les consommateurs européens à l’époque. Cette lointaine appréhension est désormais devenue une réalité tangible: les produits de Fukushima sont aujourd’hui dans nos assiettes à notre insu et cela n’est pas près de cesser avec l’entrée en vigueur en février dernier de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Japon, le JEFTA.
Aurait-on pu imaginer, il y a huit ans, qu’au nom du dogme du libre-échange, les certificats de contrôle de radioactivité sur les produits agricoles et alimentaires en provenance de cette zone durablement contaminée ne seraient plus obligatoires pour entrer sur le marché européen? Depuis 2017, c’est chose faite pour le riz. En novembre 2019, les restrictions ont été levées pour le soja et les produits de la pêche notamment. En cette fin d’année 2019, la Commission européenne s’apprête à lever quasiment tous les contrôles sur le niveau de radioactivité des denrées alimentaires de Fukushima. Il n’y aura bientôt plus de traçabilité pour ces produits boudés en premier lieu par les Japonais eux-mêmes mais aussi par leurs voisins asiatiques, notamment par la Corée du Sud(1), ainsi que par les Etats-Unis. Des tests ont en effet montré une contamination au césium 134 et 137. Un comble au vu des exigences tatillonnes habituelles de l’UE en matière de fromages crus et autres spécialités locales européennes !
Comment en est-on arrivé là ? Échaudée par l’opposition soulevée en Europe par les autres traités de libre-échange, la Commission européenne a décidé de contourner les parlements nationaux des États membres de l’UE en ce qui concerne le JEFTA. C’est ainsi que seuls le Parlement européen et la Diète japonaise ont été appelés à se prononcer en décembre 2018 sur le JEFTA. Cet accord a été signé en juillet 2018 après avoir été négocié en catimini entre les deux parties à compter de 2013. La Commission européenne a décidé d’éliminer progressivement les tarifs douaniers et d’assouplir les restrictions sur les importations afin de créer une zone de libre-échange de 635 millions de personnes. Ces échanges représentent environ un tiers du PIB mondial.
La levée des contrôles de radioactivité signifie que les supermarchés français, qui commercialisent déjà de nombreux produits japonais, pourront désormais vendre en toute légalité, dès 2020, beaucoup plus de produits contaminés de Fukushima, y compris des aliments pour bébé, des céréales pour le petit-déjeuner, de la viande, en plus du riz, du poisson et des crustacés de cette zone. Tout cela en échange de l’abaissement des tarifs douaniers sur des produits européens notamment agricoles, tels que nos fromages, foie gras, champagne, cognac et vins.
Pour la députée européenne Michèle Rivasi(2), «si les contrôles sont levés, vous n’aurez plus moyen de connaître la quantité de césium dans votre riz ou dans votre poisson. À l’heure actuelle, 100 Becquerels par kilo de radioactivité sont admissibles, même dans les céréales pour enfants, et 50 Becquerels pour les aliments pour bébés. Ce chiffre devrait être zéro. Je demande que les autorités japonaises testent également le strontium et le tritium, qui sont hautement cancérigènes et qui ne sont même pas recherchés actuellement ». A titre d’exemple, le strontium 90 remplace le calcium et se fixe sur les os et les dents des individus qui en ont ingéré.
Autre cauchemar : le Japon a annoncé – au grand dam de la Corée du sud et de la Chine – son intention de rejeter, peut-être dès 2020, 1 million de tonnes d’eaux radioactives ayant servi à refroidir les réacteurs endommagés, en arguant que le pays allait atteindre ses limites de capacité de stockage en 2022.
Pour rappel, les autorités japonaises n’autorisent pas les inspecteurs européens indépendants à effectuer des tests sur les eaux contaminées des réservoirs de Fukushima. TEPCO, la Tokyo Electric Power Company, opérateur de la centrale nucléaire, affirme que ces dernières ne présentent aucun danger pour la santé. Des documents internes à TEPCO révélés par Greenpeace ont toutefois montré que des quantités variables de 62 radionucléides n’en ont pas été retirées, notamment du strontium 90, de l’iode, du césium et du cobalt. « On sait également que ces eaux contiennent de l’uranium, du plutonium et de l’américium 241», indique Michèle Rivasi. Cela est d’autant plus alarmant que le nettoyage de la centrale de Fukushima est un processus sans fin et que, par conséquent, toutes les espèces marines à proximité des zones sinistrées vont inexorablement être contaminées pour les siècles à venir et cela sans limite dans le temps car la centrale nucléaire de Fukushima est irréparable. Le plutonium 239 a, par exemple, une durée de vie de 24 000 ans ! Pour Bertrand Pouvreau, spécialiste de biologie marine, la radioactivité affecte principalement les algues et les mollusques bivalves tels que les huîtres et les moules. «Les poissons plats tels que la sole, la limande ou la plie, de même que ceux situés au bout de la chaîne alimentaire, comme le thon, sont également touchés. La consommation d’aliments contaminés par la radioactivité est particulièrement dangereuse pour les bébés et les enfants car leurs cellules se reproduisent beaucoup plus rapidement que chez les adultes. Les cancers frappent dans la moelle osseuse et le système lymphatique »(3).
Les poissons et autres produits de la pêche récoltés près des côtes de Fukushima apparaîtront bientôt sur les étals de nos poissonneries, mais ils seront également présents dans les petits pots pour bébés, dans les plats cuisinés et les conserves, dans les farines animales destinées à la pisciculture, ainsi que dans les croquettes et conserves pour animaux domestiques. Le soja exempt de droits de douane sera destiné à nourrir les bovins européens. De la même manière, les produits à base de riz de Fukushima, désormais dispensés de tests sanitaires, seront largement utilisés dans la production d’aliments pour bébés.
Dans un environnement régional où les consommateurs locaux, tout comme le reste du monde, continuent de se méfier des produits alimentaires en provenance de Fukushima, les autorités japonaises ont trouvé un sauveur improbable grâce au JEFTA qui met à leur disposition un nouveau marché fort de 500 millions de consommateurs européens. Dans le cadre de ce traité de libre-échange, les Japonais vont pouvoir se débarrasser en toute légalité de leurs produits contaminés par la radioactivité dont ils ne veulent pas sur leur marché intérieur et se procurer sans tarifs douaniers des denrées alimentaires saines en provenance de nos régions. Comme il paraît curieux d’échanger de succulentes huîtres de Marennes-Oléron contre des produits de la mer radioactifs venant de l’autre bout du monde. Et qu’en est-il de la fameuse empreinte carbone? A noter également qu’en vertu de l’accord commercial JEFTA, les Japonais ont désormais accès au marché européen pour vendre leurs automobiles et leurs motos sur lesquels les tarifs douaniers seront progressivement éliminés pour atteindre 0 dans 7 ans !
Devant tant d’aberrations, en décembre, la députée Michèle Rivasi a essayé de faire voter in extremis une objection au parlement européen afin que la Commission européenne daigne prendre le problème en considération, mais les Japonais font le forcing afin que les contrôles de radioactivité soient levés au plus vite. Le gouvernement de Shinzo Abe est tellement déterminé à commercialiser la production alimentaire de la préfecture de Fukushima et des régions environnantes qu’il souhaite que les athlètes du village olympique de Tokyo soient nourris avec de la nourriture produite à Fukushima. L’objection de Mme Rivasi a été rejetée le 3 décembre par la commission environnement et santé publique du parlement européen. Elle a déclaré à ce sujet : « Pour certains de mes collègues, l’accord de libre-échange avec le Japon est bien plus pertinent que des mesures additionnelles de précaution ».
Malgré la gravité de la situation, en France force est de constater qu’il n’y a eu aucun débat. Même pas sur la nécessité d’un étiquetage obligatoire. Au Royaume-Uni, le candidat conservateur Neil Parish, ancien président du Comité de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales, a déclaré au Daily Telegraph: «Nous n’avons pas besoin de ces échanges commerciaux. Si les Japonais ne mangent pas ces denrées, pourquoi le ferions-nous? Les scientifiques peuvent bien déclarer qu’il n’y a pas de risques, les gens ont le droit de savoir ce qu’ils mangent ». Il se prononce dès à présent en faveur d’un étiquetage obligatoire sur les produits de Fukushima. Quoi qu’il en soit, les consommateurs européens n’ont, pour l’heure, d’autre choix que de s’en remettre au bon vouloir de la Commission européenne. Mais au vu des immenses enjeux financiers, n’est-il pas illusoire de croire que celle-ci consentira à exiger du Japon des contrôles de radioactivité sur les produits contaminés ? Si l’exécutif européen se refuse même à imposer un étiquetage obligatoire, il ne restera plus au consommateur que la solution de se procurer un compteur Geiger à ses frais pour tester lui-même le contenu de son assiette…ou bien de faire entendre sa voix pour demander au plus vite la tenue d’un référendum sur cette question !
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