Pour la 8ème fois depuis 2011, le Japon a retenu son souffle, en ce début mars 2019, et en souvenir de ce jour funeste. Quand un séisme, puis un tsunami, ont frappé le nord de l’archipel, entraînant une explosion dans la centrale de Fukushima Dai Ichi. Un accident nucléaire dont on sait depuis qu’il est le plus important, après celui de Tchernobyl en 1986. Huit ans après, que reste-t-il de cette catastrophe qui laisse derrière elle près de 19 000 morts ?
Avec : – Christine Fassert, docteur en socio-anthropologie, chercheure au Laboratoire de Sciences humaines et sociales de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et auteure du Rapport Shinrai – Bruno Chareyron, ingénieur en Physique nucléaire et directeur du Laboratoire de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD).
Fukushima : 8 ans après, les travaux de décontamination loin d’être achevés
Selon des experts français, il faudra sans doute plus de deux siècles pour décontaminer le site des déchets radioactifs.
C’est notre Planète Virginie Garin00:0301:45 Fukushima : 8 ans après, les travaux de décontamination loin d’être achevés Crédit Image : JIJI PRESS / AFP | Crédit Média : Virginie Garin | Durée : 01:46 | Date : 12/03/2019
PUBLIÉ LE 12/03/2019 À 05:29
Il y a 8 ans jour pour jour explosait le réacteur numéro 1 de la centrale de Fukushima au Japon, submergée par un violent tsunami. 8 ans après, les travaux de décontamination avancent à pas de fourmi.
Contrairement à Tchernobyl, où il a été décidé de mettre un couvercle un acier sur la centrale pour emprisonner la radioactivité, les Japonais, eux, ontpromis de tout nettoyer et de décontaminer le site en 40 ans, mais c’est mal parti. Aujourd’hui, les 3 réacteurs qui ont explosé sont encore aspergés d’eau, il faut les refroidir. Une eau qui devient radioactive et qui s’accumule… 1 million de m³ sont entreposés dans des citernes et les Japonais ne savent pas quoi en faire. Ils envisagent de la reverser petit à petit dans l’océan pour que la radioactivité se dilue, ce qui met en colère les écologistes.
L’autre gros problème, c’est la récupération du combustible fondu. Pour l’instant, seul des petits robots ont pu aller jusqu’au cœur des réacteurs et aucun n’est revenu entier. Pour récupérer ces déchets, il va falloir beaucoup plus que 40 ans estiment les experts français, sans doute plus de 2 siècles.
Alors que les autorités assurent qu’un retour dans la préfecture de Fukushima est sans danger, plusieurs ONG dénoncent le fait qu’une vie sur place présente des risques.
Huit ans après l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement du Japon assure que les habitants n’encourent aucun risque en revenant vivre dans les zones où l’ordre d’évacuation a été levé. Plusieurs ONG dénoncent cependant une mise en danger des populations en certains endroits.
« Possible de mener une vie normale », selon les autorités. « La préfecture de Fukushima n’est qu’une des 47 préfectures du Japon, et seulement 2,7% de cette région fait encore l’objet d’un ordre d’évacuation », a insisté devant quelques journalistes le ministre de la Reconstruction, Hiromichi Watanabe, en amont des commémorations du tragique tsunami du 11 mars 2011 à l’origine du désastre de Fukushima. Compte tenu des efforts de décontamination et de reconstruction, dans 97,3% de la préfecture, « il est possible de mener une vie normale », ajoute-t-il.
Pour les ONG, des vies bridées. Faux, rétorquent entre autres les organismes Greenpeace et Human Rights Now, emboîtant le pas à plusieurs rapports des Nations unies. Selon Greenpeace, les personnes qui rentrent tendent d’elles-mêmes à brider leur vie pour minimiser les risques, ce qui ne s’appelle pas « vivre une vie normale » : « elles peuvent changer leur comportement, par exemple éviter de rester longtemps à l’extérieur », note l’organisme dans un rapport.
L’exposition aux radiations au cœur du débat. Il estime, mesures à l’appui, qu’en certains endroits de localités où l’ordre d’évacuation a été levé, « l’exposition aux radiations tout au long d’une vie peut largement excéder le niveau acceptable du point de vue de la santé publique ». Divers rapporteurs et instances des Nations unies ont à plusieurs reprises critiqué la décision du gouvernement japonais d’élever à 20 millisieverts/an l’exposition acceptable et d’en faire le niveau de référence pour la levée des ordres d’évacuation, alors qu’en temps normal c’est 1 msV qui est retenu. Pour les ONG, cette largesse avec les chiffres combinée à l’arrêt progressif des subventions pour les évacués prend en étau les ex-habitants qui, pour des raisons financières, se sentent contraints au retour.
Une situation préoccupante pour les enfants. La situation des enfants est jugée très préoccupante par les ONG et l’ONU. En octobre, dans un communiqué, un expert des droits de l’Homme des Nations unies avait demandé au gouvernement « de cesser de faire revenir les enfants et femmes en âge de procréer dans les zones où les niveaux de radioactivité restent supérieurs à ceux considérés comme sûrs avant le désastre ». Le gouvernement répond notamment que ces propos nuisent à l’image de la région. Publié lundi, un rapport de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) regrette que « la question des conséquences des radiations sur la santé soit rendue taboue parce qu’elle risque de diviser la population » entre ceux qui font confiance aux autorités et les autres.
Il y a huit ans, un tsunami s’abattait sur les côtes japonaises et la centrale nucléaire de Fukushima, provoquant le plus grave accident depuis la catastrophe de Tchernobyl. Désormais, le gouvernement nippon assure que les habitants peuvent rentrer chez eux.
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Mis à jour le 11/03/2019 | 21:32 publié le 11/03/2019 | 21:3212
Depuis la catastrophe nucléaire, une partie de la ville est toujours interdite d’accès. Namie (Japon) était une ville fantôme où beaucoup pensaient que la vie ne reprendrait jamais, mais depuis un an, l’espoir renaît. Certains quartiers sont décontaminés et des habitants autorisés à revenir s’installer, comme Toyotaka Kanakura. Depuis 2011, beaucoup ont tourné la page, mais lui voulait rentrer coûte que coûte. Il était fleuriste. Dans cette ville de 21 000 habitants, ses affaires marchaient bien, jusqu’à l’ordre d’évacuation.
Attirer des habitants et des entreprises
Namie a subi une triple catastrophe : tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire. La centrale de Fukushima n’est qu’à 6 km. Le nettoyage prend du temps. Aujourd’hui, seulement 1/5 de Namie est décontaminé, et des appareils de mesure de radioactivité sont toujours là pour rassurer. À la mairie, les 200 employés, qui ont eux aussi fait le choix de revenir, travaillent d’arrache-pied pour faire renaître Namie. Il faut attirer des gens et surtout des entreprises. Il y a quand même des signes de reprise qui ne trompent pas. Mitsuhiro Hirosaka, promoteur immobilier né à Namie, court de chantier en chantier. Et dire que le gouvernement avait fait une croix sur cette commune deux fois plus grande que Paris. Aujourd’hui, la vie reprend.
Depuis la catastrophe du 11 mars 2011, l’IRSN suit les évolutions de l’opinion des citoyens directement impactés. Revenir dans son ancienne ville après la décontamination n’est pas une décision simple à prendre.
CONFIANCE. Ce programme qui allie l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’université japonaise Tokyo Tech s’appelle « Shinrai » soit « confiance » en japonais. Depuis 2014, il s’attache à comprendre les rapports qui se nouent entre les autorités en charge des conséquences de l’explosion des réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima et les habitants. Officiellement, tout se déroule au mieux. Selon la Préfecture de Fukushima, la zone d’évacuation totale n’est plus que de 371km² soit 2,7% de la surface de la Préfecture. De 165.000 évacués en 2012, on est tombé en décembre 2018 à près de 43.000 personnes qui ne peuvent toujours pas retrouver leur maison.
Au huitième anniversaire de la catastrophe, Shinrai publie un nouveau rapport qui montre combien le retour des populations dans leur ancien lien de vie est dans la réalité difficile. Les chercheurs suivent pas à pas 120 personnes via des entretiens personnalisés et recueillent leurs réactions aux décisions des autorités. Ils constatent ainsi que les retours vers la ville d’origine sont peu nombreux. En moyenne, 15% seulement des habitants sont revenus après la décontamination de leur quartier et l’autorisation des pouvoirs publics. À l’exception de la ville de Tamura qui a vu 80% de retour, d’autres agglomérations comme Kawauchi (28,5%) ou Naraha (31,8%) ont des taux bien plus faibles et dans des villes partiellement évacuées comme Tomokia et Namie, 4% seulement des habitants se sont réinstallés bien que les autorités assurent qu’il n’y a désormais plus de danger pour la santé.
Les anciens reviennent, pas les jeunes
MEDECINS. Le rapport Shinrai confirme ce que le gouvernement japonais redoutait. Le taux de retour des enfants des 9 municipalités concernées est de 8,6% seulement. La tendance est clairement identifiée par l’Agence publique de reconstruction : plus la personne concernée est jeune, moins elle a envie de revenir. Dans les entretiens, les maires semblent ne plus se faire d’illusions : les familles avec des enfants en bas âge ne se réinstalleront probablement pas. Le portrait du « revenant » est donc celui d’un homme d’environ 50 à 60 ans, en bonne santé, autonome, ayant une voiture, capable d’entretenir des relations de voisinage et dont les enfants sont adultes et vivent ailleurs.
Huit ans après l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, le site regorge toujours d’eau contaminée. Les opérations de décontamination sont en cours et pourraient durer des dizaines d’années pour un coût exorbitant.PUBLICITÉ
11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 frappe au large des côtes de l’île de Honshu. Il provoque un puissant tsunami qui déferle sur près de 600 kilomètres de côtes au Japon. Une vague atteint la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, mettant hors service le système de refroidissement principal et provoquant la plus grande catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl.
Huit ans plus tard, le site reste un énorme chantier. Le gouvernement japonais et la compagnie d’électricité Tokyo Electric Power (Tepco), chargée du démantèlement de la centrale nucléaire, ont déclaré que la décontamination pourrait durer entre 30 et 40 ans et coûter près de 180 milliards d’euros, comme le rapporte le Washington Post.
Mais en 2015, Akira Ono, le chef de la centrale de Fukushima, estimait de son côté auprès du Times que ces opérations pourraient prendre jusqu’à 200 ans. Le Japan Center of Economic Research envisage également que la facture de la décontamination pourrait atteindre de 400 à 570 milliards d’euros, toujours selon le Washington Post.
Le chantier le plus problématique est celui de l’eau contaminée. L’eau, c’est au départ celle du tsunami qui a ravagé les installations, eau qu’il a fallu pomper, assainir et stocker. C’est ensuite celle qui sert à refroidir les réacteurs et enfin celle qui tombe du ciel et descend de la montagne en amont et se contamine au passage.
Cette eau contaminée, qui réprésente au total 1,12 million de m3, est conservée dans des citernes sur le site, mais la capacité maximum (1,37 million de m3) sera atteinte fin 2020. L’eau est traitée par un système de décontamination qui élimine les éléments radioactifs, à l’exception du tritium. Mais Tepco a reconnu en fin d’année dernière que 85 % de l’eau était en fait toujours porteuse d’une teneur trop élevée concernant les 62 radionucléides censés être supprimés. La société a donc décidé de la filtrer une deuxième fois.
Un mur de glace souterrain faisant barrière et des pompes sont censés limiter la quantité d’eau contaminée par les installations. « Elle a diminué à 220 m3 en moyenne par jour en 2017-2018, contre 470 m3 quatre ans plus tôt, et nous pensons la faire descendre à 150 m3/jour en 2020 », a ainsi indiqué Akira Ono. Mais en 2016, Tepco a aussi reconnu que ce mur de glace ne faisait que ralentir la contamination, mais ne l’empêchait pas.
Que faire ensuite de cette eau encore contaminée ? « Cette eau est traitée pour en réduire la radioactivité, mais il n’en reste pas moins qu’elle est encore radioactive, et on ne sait pas quel sera le devenir de ces eaux. Les locaux comme les pêcheurs n’ont pas envie de voir de nouveaux rejets de déchets radioactifs provenir de la centrale », a expliqué à France Inter Thierry Charles, le directeur adjoint chargé de la sûreté à l’IRSN, l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. « La solution la plus logique serait donc d’aboutir à un rejet maîtrisé et contrôlé dans l’environnement. Mais pour cela, il faut que Tepco démontre que cette solution est celle qui serait la plus raisonnable compte tenu des possibilités existantes », précise cet expert.
Rejeter l’eau dans l’océan ?
D’après Yumiko Hata, directrice de la gestion des déchets de Fukushima au ministère japonais de l’Industrie, cité par l’AFP : « Plusieurs solutions (injection dans les couches profondes de la Terre, rejet en mer, évaporation dans l’air, etc.) sont examinées par un groupe d’études constitué d’experts, mais nous n’avons encore rien décidé ».
Le rejet dans l’océan serait la meilleure solution, a estimé Toyoshi Fuketa de l’Autorité japonaise de régulation du nucléaire (ARN) auprès du Japan Times. Mais cette option suscite bien entendu l’inquiétude de la population locale, notamment des pêcheurs, qui se remettent à peine de la catastrophe nucléaire. Si Tepco rejette cette eau contaminée, « tout le monde va tomber en dépression », a ainsi affirmé un capitaine de pêche au quotidien japonais.
Avant la tragique date du 11 mars 2011, la ville de Fukushima était également connue pour ses plages. Elle était même un endroit prisé par les surfeurs et avait été envisagé pour accueillir les épreuves de surf lors des Jeux olympiques de 2020. Huit ans après la catastrophe, les amateurs de ce sport ont déserté ces plages, comme le décrit au Japan Times, Yuichiro Kobayashi, qui tient un magasin de surf. Si l’on rejette cette eau, « cela finira par éloigner la prochaine génération d’enfants de l’océan », conclut avec tristesse cet habitant de la région.
« Tokyo 2020: JO de la reconstruction », clame le gouvernement japonais, mais huit ans après le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima, les habitants qui ont fui ne sont pas tous disposés à rentrer, même si les autorités les y poussent.
Pour le Premier ministre Shinzo Abe, l’événement sportif international est l’occasion de montrer au monde la santé recouvrée de la région dévastée par le raz de marée meurtrier (plus de 18.500 morts) et le désastre atomique du 11 mars 2011.
Mais pour la citoyenne Kazuko Nihei, qui a fui sa maison de la ville de Fukushima (à environ 70 km de la centrale) avec ses deux filles, pas question de rentrer, JO ou non, même si les subventions gouvernementales qu’elle recevait ont été coupées.
« Je ne vacille pas du tout », dit cette femme à l’AFP, rencontrée à Tokyo où elle a emménagé en 2011 avec ses enfants, aujourd’hui âgés de 11 et 9 ans.
« Volontaires »
A la suite d’explosions dans la centrale Fukushima Daichi qui ont entraîné des rejets massifs de substances radioactives, le gouvernement avait ordonné l’évacuation d’une vaste zone alentour peuplée de plus de 140.000 personnes.
Mais des habitants de localités limitrophes, officiellement non concernés par ces injonctions, ont aussi décidé de partir, dont Mme Nihei. Son mari et ses beaux-parents sont restés à Fukushima, avec tous les préjudices moraux et financiers qu’occasionne une soudaine séparation dans de telles conditions tragiques.
« Aujourd’hui, toute mon énergie passe dans le travail », assure Mme Nihei, qui trime sept jours sur sept pour nourrir sa famille.
Pendant six ans, elle a bénéficié d’un logement payé grâce aux subventions gouvernementales, mais le soutien accordé aux évacués que les autorités appellent « volontaires » a pris fin en mars 2017.
Elle a déménagé dans un autre logement et peine à débourser les 130.000 yens (un peu plus de 1.000 euros) de loyer mensuel.
La vie est dure, les fins de mois difficiles, mais elle préfère cela au retour à Fukushima, même si l’Etat certifie que la zone est sûre.
Cette mère s’inquiète « pour la santé des enfants, qu’il s’agisse d’un risque accru de cancer ou de conséquences génétiques ».
« Si on avait droit à un bilan de santé annuel complet, je pourrais envisager de rentrer, mais ce qui est proposé actuellement ne suffit pas, cela ne concerne que le dépistage du cancer de la thyroïde », précise-t-elle.
Le gouvernement japonais a lancé un ambitieux programme de décontamination des routes, des champs, des aires de jeu, des bâtiments et de leurs alentours (le reste, essentiellement des forêts, est impossible à assainir) et, jugeant la tâche accomplie, les ordres d’évacuation ont été levés dans la majeure partie de la région sinistrée.
Coûteux JO
Mais cette politique est loin d’avoir convaincu l’opinion: un sondage réalisé en février par le quotidien Asahi Shimbun et la TV de Fukushima, KFB, a révélé que 60 % des habitants de la région craignaient toujours les radiations.
Une partie du doute vient de la décision de relever le niveau acceptable d’exposition aux rayonnements. Originellement de 1 millisievert (mSv) par an, il a été porté à 20 mSv/an, équivalent à celui autorisé pour les travailleurs des installations nucléaires.
L’argument: même un tel niveau d’exposition entraîne des risques de cancer beaucoup plus faibles que le tabagisme ou l’obésité. Il est « comparable » au risque dû au stress résultant de l’évacuation, argue encore l’Etat.
La Commission internationale de protection radiologique fixe une dose maximale de 1 mSv/an en situation normale et une fourchette de 1 à 20 mSv/an en situation post-accidentelle (qui ne doit pas s’éterniser). Or, la radioactivité actuelle va durer des décennies selon les experts et, insistent des ONG comme Greenpeace, on ne peut exposer quelqu’un à de telles doses sur une aussi longue période.
Malgré l’incertitude, la préfecture de Fukushima prévoit de stopper toutes les subventions au logement d’ici la fin du mois de mars 2021, ce qui revient à forcer le retour de personnes dans leur maison désertée parce qu’elles n’ont plus les moyens de vivre ailleurs.
« Nous craignons que les réductions de subventions ne provoquent (…) des suicides et ne jettent des individus à la rue, faute de travail disponible et lucratif dans la région », s’insurge Daisaku Seto, secrétaire général du Centre de coopération pour le 11 mars 2011, une ONG qui soutient les personnes évacuées.
Ces dernières veulent souvent au moins attendre que leurs enfants soient adultes avant de rentrer, « mais c’est le gouvernement qui arbitrairement fixe le délai », dénonce-t-il.
Pourquoi investir de l’argent dans les préparatifs olympiques – des épreuves de baseball seront organisées dans la région – au lieu de maintenir les subventions pour tous les réfugiés de Fukushima, s’interroge Noriko Matsumoto, 57 ans, partie en 2011 avec sa fille de Koriyama (préfecture de Fukushima).
« Je pense qu’il y a d’autres choses à faire avant d’accueillir les JO. »
Catastrophe nucléaire de Fukushima : les droits bafoués
Le 8 mars 2019
Huit ans après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, un rapport de Greenpeace Japon dénonce les violations des droits humains de la part du gouvernement japonais. Celui-ci fait appel à des travailleurs sous-payés et non protégés pour décontaminer des zones radioactives et lève des ordres d’évacuation malgré des niveaux de radioactivité très élevés, au mépris des risques sanitaires et des recommandations internationales. La crise sanitaire et humaine qui frappe le Japon est loin d’être terminée.
Des employés sous-payés et mal protégés face aux radiations
L’enquête menée par Greenpeace Japon dans les zones de décontamination autour de Fukushima est édifiante : les travailleurs et travailleuses en charge de décontaminer des zones où le gouvernement veut réinstaller des familles interviennent dans des conditions inacceptables. « Dans des zones où certain-es de ces employé-es opèrent, les niveaux de radiation enregistrées auraient déclenché une procédure d’urgence s’ils avaient été relevés à l’intérieur d’une installation nucléaire, s’alarme Shaun Burnie, expert en nucléaire pour Greenpeace Allemagne. Ces employé-es n’ont reçu quasiment aucune formation en radioprotection, sont sous-payé-es, exposé-es à des niveaux élevés de radiation et risquent de perdre leur emploi s’ils parlent. Les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur les droits humains ont raison de mettre en garde le Japon sur ces risques et violations. »
L’ONU dénonce des « conditions de travail risquées »
En août 2018, un groupe d’experts des Nations unies appelaient déjà le gouvernement japonais à prendre des mesures urgentes pour assurer la protection de ces travailleur-euses du nucléaire, dont beaucoup sont des migrant-es, demandeur-ses d’asile et sans-abris. Ces rapporteurs onusiens se disaient « profondément préoccupés par le fait que [ces employé-es] seraient exploités en n’étant pas informés des risques d’exposition aux rayonnements, qu’ils seraient forcés d’accepter des conditions de travail dangereuses en raison des difficultés économiques et par le caractère inadéquat des mesures de formation et de protection ». Des « préoccupations » confirmées ces derniers mois par l’enquête menée sur place par Greenpeace Japon : recrutement de personnes en difficulté, absence de formation appropriée, falsification d’identité et de certificats médicaux, enregistrements officiels non fiables, interventions dans un environnement fortement radioactif…
Risque nucléaire et traitement inhumain
« Une personne comparait cela à de l’esclavage, raconte un ancien travailleur de décontamination nucléaire, Minoru Ikeda, qui a témoigné pour le rapport de Greenpeace Japon. Je veux faire savoir au monde ce qui est en train de se passer. Je veux appeler le gouvernement japonais à respecter la santé des travailleurs, à arrêter d’envoyer des gens pour occuper ces emplois dangereux, et à apporter un soutien approprié à ces travailleuses et travailleurs. »
L’évacuation levée malgré des taux de radioactivité élevés
Ces opérations de « décontamination » vont de paire avec une levée des ordres d’évacuation et un encouragement au retour des personnes qui avaient été évacuées au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Or, les niveaux de radioactivité relevés dans la zone d’exclusion et dans les zones de Namie et Iitate où l’ordre d’évacuation a été levé montrent que les risques pour le public sont encore importants, et plus particulièrement pour les enfants, davantage sensibles à la radioactivité. Les niveaux enregistrés sont cinq à cent fois supérieurs aux recommandations internationales maximales et ils le resteront pendant plusieurs décennies encore.
Une présentation biaisée des risques à Fukushima
« Dans son rapport remis aux Nations unies, le gouvernement donne délibérément une image fausse de l’échelle, de la complexité et des risques de radiation dans les zones autour de Fukushima », dénonce Kazue Suzuki, chargée de campagne Energie de Greenpeace Japon, qui déplore aussi le mépris des autorités pour les questions de bien-être et de santé des enfants. Les recommandations du Comité des Nations unies sur les droits des enfants, publiées début février 2019, si elles avaient été suivies, auraient dû conduire le gouvernement japonais à cesser de lever les ordres d’évacuation, à proposer des compensations totales aux personnes évacuées et à respecter pleinement les droits humains de ces personnes et des travailleurs-euses. Le 11 mars 2019, huit ans jours pour jour après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, on est très loin du compte…
Quatre des six réacteurs de la centrale ont été endommagés. (photo: AFP)
Huit ans après le tsunami de mars 2011 qui a dévasté la côte nord-est du Japon et mis en péril la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, le site reste un énorme chantier.
Le risque immédiat à la centrale de Fukushima semble écarté mais où les tâches ardues et les imprévus continuent. Voici les trois principaux enjeux:
Le combustible nucléaire
Quatre des six réacteurs de la centrale ont été endommagés. Les cœurs des tranches 1 à 3 ont fondu au moment de l’accident et l’on sait désormais que le combustible est en quasi-totalité tombé au fond de l’enceinte de confinement primaire de chaque unité, enceinte qu’il a même en partie entamée.
Des manipulations récentes avec un robot dans l’enceinte du réacteur 2 ont permis de constater que ce combustible pouvait en partie être soulevé par petits morceaux à plusieurs endroits. Ce n’est qu’un tout début pour étudier des moyens concrets de l’extraire, une opération extrêmement délicate qui ne débutera pas avant 2021 au mieux, ont récemment confirmé la compagnie exploitante Tepco et le ministère de l’Industrie.
Par ailleurs, dans ces mêmes réacteurs 1 à 3, des centaines d’assemblages de combustible usé sont toujours dans les piscines de refroidissement situées en haut des bâtiments. «En raison de différents problèmes, les opérations de retrait ont pris du retard dans le réacteur 3, elles ne débuteront pas ce mois-ci comme prévu. Et s’agissant de la piscine du réacteur 1, elle est couverte de détritus qu’il va falloir enlever, une opération que nous ferons avec une extrême prudence», expliquait à la presse fin février Akira Ono, directeur de la filiale de Tepco chargée du démantèlement.
L’eau contaminée, les déchets
Le site regorge d’eau contaminée, «même si les différentes dispositions prises ont permis d’atténuer» le problème, selon M. Ono. L’eau, c’est au départ celle du tsunami qui a ravagé les installations, eau qu’il a fallu pomper, assainir et stocker. C’est ensuite celle qui sert à refroidir les réacteurs et enfin celle qui tombe du ciel et descend de la montagne en amont et se contamine au passage. Au total, environ 1,12 million de m³ d’eau sont conservés dans des citernes sur le site, mais la capacité maximum (1,37 million) sera atteinte fin 2020.
Problème: Tepco a reconnu en fin d’année dernière que 85% de l’eau était en fait toujours porteuse d’une teneur trop élevée concernant les 62 radionucléides censés être supprimés. La société a donc décidé de la filtrer une deuxième fois. Tepco prévoit de stocker aussi sur le site 750 000 mètres cubes de déchets solides d’ici 2029, dont une partie radioactifs.
La main-d’œuvre
Environ 4/5 000 personnes travaillent chaque jour sur le site, un nombre presque deux fois moins important qu’il y a quatre ans. En moyenne, l’exposition des travailleurs aux radiations est désormais inférieure à 5 mSV par an, mais ce seul chiffre masque les fortes disparités entre individus en fonction de leurs tâches.
«Nous avons tous un carnet de suivi des radiations, mais cela n’est regardé que par notre employeur (dans mon cas, un sous-traitant de sous-traitant de sous-traitant d’une filiale de Tepco), mais nous ne sommes pas suivis spécialement par le gouvernement, ce n’est pas normal», se plaint Minoru Ikeda, un ex-travailleur du site. (L’essentiel/afp)
« Ta jupe te fait un beau cul » : l’enquête #EntenduALaRédac révèle l’ampleur du sexisme et des violences sexuelles dans le milieu du journalisme
Franceinfo dévoile en exclusivité avec « Le Monde » les résultats d’une enquête participative lancée par plusieurs collectifs de journalistes, Prenons la une, #NousToutes et Paye ton journal, après les révélations sur la Ligue du LOL.
Une enquête participative en ligne lancée par plusieurs collectifs de journalistes révèle, le 7 mars 2019, l’ampleur du sexisme et des violences sexuelles dans les médias. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)
Margaux Duguet Juliette CampionFrance Télévisions
Publié le 07/03/2019 | Mis à jour le 07/03/2019 | 11:16
il y a 6 heures
VIDEO. « C’est un système »… « Harcelées », le livre-enquête qui montre que les violences faites aux femmes n’épargnent personne, ni aucun milieu
« Je vais programmer ton papier demain à 7 heures, comme ça je pourrai me pignoler dans mon lit en t’écoutant. » Ce témoignage choc est extrait de l’enquête participative #EntenduALaRédac lancée sur internet par les collectifs de journalistes Prenons la une, #NousToutes et Paye ton Journal. « Au moment des révélations de la Ligue du LOL, quelques journalistes ont expliqué qu’il s’agissait de comportements d’une petite minorité, active dans les médias ‘progressistes’. Nous avons voulu vérifier. La Ligue du LOL est-elle un cas isolé ? », lit-on dans le compte-rendu des résultats que franceinfo publie avec Le Monde, jeudi 7 mars. Cette enquête révèle l’ampleur du sexisme et des violences sexuelles dans les rédactions françaises.
En dix jours, plus de 1 500 journalistes et 270 étudiantes et étudiants en école de journalisme ont répondu à un questionnaire en ligne pour dénoncer les faits dont ils ou elles ont été victimes, ou témoins. Sans surprise, les femmes sont sur-représentées : elles sont 80% à avoir participé à ce questionnaire. Autre chiffre marquant : 76% des personnes ayant répondu ont moins de 40 ans, alors que l’âge moyen dans la profession est de 44,6 ans. « Ce n’est pas une enquête représentative, elle a été diffusée sur les réseaux sociaux », tient à préciser Aude Lorriaux, journaliste et porte-parole de Prenons la une.
270 rédactions citées
Mais les témoignages montrent que le phénomène est massif puisque 270 rédactions sont impliquées. Parmi elles, 208 rédactions sont pointées pour des témoignages de propos à connotation sexuelle ou d’agression sexuelle. Sont cités des médias très variés, qu’il s’agisse de rédactions locales ou nationales, de titres généralistes ou spécialisés, et sur tous les supports (presse écrite, web, radio et télé), dont France Télévisions et Radio France. « Je ne suis pas du tout étonnée que toutes ces rédactions soient touchées par ce phénomène parce que le sexisme est la chose la plus partagée au monde », commente Aude Lorriaux.
« Je ne comprends pas pourquoi on envoie une fille au Salon de l’agriculture », « les faits-divers, ce n’est pas pour les femmes », ou encore « je ne sais pas si elle va y arriver, il faut des épaules… et c’est une femme ». Voilà le genre de propos sexistes qui remontent dans les témoignages. Dans le détail, 67% des femmes qui ont participé à l’enquête déclarent avoir été victimes de propos sexistes*, 49% de propos à connotation sexuelle – tel que « ta jupe te fait un beau cul » – et 13% d’agressions sexuelles.
Un collègue m’a mis des fessées estimant que j’avais un gros cul.
« Propos rapportés par une participante à l’enquête »
Deux cas de viols ont également été rapportés.
Sexisme et racisme
Marilyn Baldeck, présidente de l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) affirme qu’elle collecte régulièrement des témoignages similaires : « Je ne compte plus les fois où, à l’issue d’interviews, les journalistes femmes me racontent ce dont elles ont été victimes dans leur propre rédaction. Ça arrive très souvent depuis quinze ans que je travaille dans l’association. » Pour la sociologue Pauline Delage, spécialiste des violences fondées sur le genre, l’enquête met en lumière « que les violences sexistes existent dans un milieu, le journalisme, qui pourrait paraître protégé, car peuplé d’une forme d’élite culturelle et sociale ».
L’étude relève également que les femmes racisées – terme issu de la sociologie, utilisé pour caractériser les personnes identifiées comme appartenant à une « race » à cause de la couleur de leur peau – sont davantage exposées aux propos sexistes que leurs comparses : elles sont 64% à déclarer avoir subi des propos à connotations sexuelles (contre 49% des femmes ayant répondu). « Le sexisme s’imbrique dans d’autres rapports sociaux : les victimes de la Ligue du LOL faisaient aussi l’objet de mépris de classe et de réflexions racistes », constate Pauline Delage.
Tu as oublié ton pantalon ce matin ? Tu es maquillée comme une voiture volée ? Anissa… Ah non, pardon, Fatima. Je me suis trompé de bougnoule.
« Propos rapportés par une participante à l’enquête »
Pour ces femmes, c’est un peu la « double peine », note Béatrice Damian-Gaillard, chercheuse en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Rennes 1 et spécialiste des médias, du genre et de la sexualité. « Une femme racisée et précaire cumule les formes de fragilité sociale dans un rapport de domination, explique la chercheuse à franceinfo. Ça permet plus de possibilités aux harceleurs. »
Les pigistes et les journalistes télé plus exposés
Dans l’enquête, les discriminations sont plus fortes contre les femmes racisées mais aussi contre les journalistes au statut plus fragile, à savoir les pigistes qui ne sont pas liés à leur rédaction par un contrat de travail. Parmi les participants, 14% des salariés en CDD et CDI assurent être « souvent »confrontés à des propos à connotation sexuelle, tandis que ce chiffre grimpe à 22% chez les pigistes ayant répondu à l’enquête. Là encore, rien d’étonnant pour Aude Lorriaux puisque « les relations de domination économiques sont propices aux agressions et au harcèlement sexuel ». Pour la journaliste, le sexisme est inscrit dans un système beaucoup plus large, dans lequel les pigistes ne sont pas du tout protégés. Face à la concurrence exacerbée et des conditions de travail qui ont tendance à se dégrader,« on n’a pas la force de se battre », reconnaît-elle.
Outre les pigistes, les journalistes télé semblent particulièrement concernés : 49% des participants à l’étude exerçant à la télé disent avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail. « Le facteur de l’image renforce les stéréotypes sexistes déjà forts quant à l’image des femmes », décrypte Aude Lorriaux.
« Elle n’est pas assez belle pour être violée », rapporte, par exemple, avoir entendu une ou un participant à l’enquête.
Le milieu de la télé accentue le processus de mise en avant de soi-même que l’on trouve dans les autres médias. Au nom de l’audience, on survalorise le principe de starification.
« Béatrice Damian-Gaillard, chercheuse en sciences de l’informationà franceinfo »
D’autant que, comme le note la chercheuse, les postes pour apparaître à l’antenne sont peu nombreux, donc très convoités, et particulièrement difficiles d’accès.
« J’ai regardé les nouvelles stagiaires, y’a rien à se mettre sous la dent »
Autre enseignement de cette enquête : les écoles de journalisme ne sont pas non plus épargnées par les violences sexuelles ou sexistes. Plusieurs dizaines d’entre elles sont citées. Parmi les étudiantes ayant répondu à l’enquête, 62% disent avoir été témoins de propos sexistes dans leur école et 28% évoquent des faits de harcèlement sexuel. Quelque 10% des étudiantes assurent avoir été victimes d’une agression sexuelle dans le cadre de leurs études. « Il y a quatre/cinq ans, il y avait une proposition d’avoir des modules de formation dans les écoles de journalisme contre le sexisme. Cela avait été refusé », se souvient Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCE).
« Certaines écoles commencent à se doter de référents sur la question, il y a des choses qui se font mais ce n’est pas suffisant », complète Aude Lorriaux. Car les futurs professionnels et professionnelles des médias effectuent des stages en rédaction et sont là aussi confrontés au sexisme et aux violences sexuelles. « J’ai regardé les nouvelles stagiaires, y’a rien à se mettre sous la dent », rapporte ainsi avoir entendu un ou une participante à cette enquête. « Lors d’un stage dans les bureaux d’une chaîne de TV française à l’étranger, un cameraman a profité de l’obscurité de la salle de montage pour passer sa main sous mon tee-shirt », raconte une autre.
Les écoles de journalisme sont encore trop frileuses à l’idée de perdre une convention de stage ou tel ou tel partenariat avec une entreprise et vont préférer ne rien dire.
« Aude Lorriaux, journaliste et porte-parole de Prenons la uneà franceinfo »
« Dans le DUT journalisme, où j’enseigne à Lannion, certains étudiants hommes nous disent que, dans leurs stages en rédaction, il y a de l’humour très hétérosexuel et des blagues sexistes face auxquels ils se sentent très mal à l’aise », témoigne Béatrice Damian-Gaillard.
Le temps de la « prise de conscience » ?
Autre point relevé par l’enquête : les personnes qui témoignent déplorent les réactions très timorées des directions confrontées à ce genre de fait. « Les rédactions citées dans l’enquête ne disposent d’aucun système efficace de remontée d’information en cas de violences », lit-on dans les conclusions de l’enquête. Dans près de deux cas sur trois rapportés, les rédactions n’auraient pas réagi après le signalement. De plus, l’enquête note que les directions auraient réagi dans 57% des cas impliquant des hommes contre seulement 24% des cas concernant des femmes.
C’est le signe que le sexisme est considéré comme banalisé, ces directions sont incapables de réagir. C’est un message catastrophique qui est envoyé, les harceleurs peuvent agir en toute impunité.
« Danielle Bousquet, présidente du HCEà franceinfo »
Pour Aude Lorriaux, « les rédactions doivent se remettre en cause et se demander pourquoi il y a autant de femmes victimes de sexisme ou de harcèlement sexuel qui ne vont pas voir leur direction ». La porte-parole de Prenons la une souhaite que les rédactions travaillent sur ce sujet et « mettent en place des process ». « Ce qui est encore pire et beaucoup plus condamnable, c’est le nombre incroyable de personnes qui signalent ce qu’ils ont subi et rien n’est fait », ajoute la journaliste qui attribue ce constat à plusieurs facteurs comme « le sexisme de certains dirigeants » ou « l’immobilisme » au sein des rédactions.
Aude Lorriaux ne désespère pas pour autant et salue « cette formidable mobilisation des journalistes qui, en quelques jours, ont été si nombreux et nombreuses à témoigner ». « Il y a un élan collectif, une prise de conscience, on en parle partout et on fait bouger les choses », conclut la journaliste.
* Attention, ces chiffres ne sont pas représentatifs de l’ensemble des rédactions car issus d’un appel à témoignages lancé sur les réseaux sociaux.
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