Il y a huit ans, un tsunami s’abattait sur les côtes japonaises et la centrale nucléaire de Fukushima, provoquant le plus grave accident depuis la catastrophe de Tchernobyl. Désormais, le gouvernement nippon assure que les habitants peuvent rentrer chez eux.
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Mis à jour le 11/03/2019 | 21:32 publié le 11/03/2019 | 21:3212
Depuis la catastrophe nucléaire, une partie de la ville est toujours interdite d’accès. Namie (Japon) était une ville fantôme où beaucoup pensaient que la vie ne reprendrait jamais, mais depuis un an, l’espoir renaît. Certains quartiers sont décontaminés et des habitants autorisés à revenir s’installer, comme Toyotaka Kanakura. Depuis 2011, beaucoup ont tourné la page, mais lui voulait rentrer coûte que coûte. Il était fleuriste. Dans cette ville de 21 000 habitants, ses affaires marchaient bien, jusqu’à l’ordre d’évacuation.
Attirer des habitants et des entreprises
Namie a subi une triple catastrophe : tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire. La centrale de Fukushima n’est qu’à 6 km. Le nettoyage prend du temps. Aujourd’hui, seulement 1/5 de Namie est décontaminé, et des appareils de mesure de radioactivité sont toujours là pour rassurer. À la mairie, les 200 employés, qui ont eux aussi fait le choix de revenir, travaillent d’arrache-pied pour faire renaître Namie. Il faut attirer des gens et surtout des entreprises. Il y a quand même des signes de reprise qui ne trompent pas. Mitsuhiro Hirosaka, promoteur immobilier né à Namie, court de chantier en chantier. Et dire que le gouvernement avait fait une croix sur cette commune deux fois plus grande que Paris. Aujourd’hui, la vie reprend.
Depuis la catastrophe du 11 mars 2011, l’IRSN suit les évolutions de l’opinion des citoyens directement impactés. Revenir dans son ancienne ville après la décontamination n’est pas une décision simple à prendre.
CONFIANCE. Ce programme qui allie l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’université japonaise Tokyo Tech s’appelle « Shinrai » soit « confiance » en japonais. Depuis 2014, il s’attache à comprendre les rapports qui se nouent entre les autorités en charge des conséquences de l’explosion des réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima et les habitants. Officiellement, tout se déroule au mieux. Selon la Préfecture de Fukushima, la zone d’évacuation totale n’est plus que de 371km² soit 2,7% de la surface de la Préfecture. De 165.000 évacués en 2012, on est tombé en décembre 2018 à près de 43.000 personnes qui ne peuvent toujours pas retrouver leur maison.
Au huitième anniversaire de la catastrophe, Shinrai publie un nouveau rapport qui montre combien le retour des populations dans leur ancien lien de vie est dans la réalité difficile. Les chercheurs suivent pas à pas 120 personnes via des entretiens personnalisés et recueillent leurs réactions aux décisions des autorités. Ils constatent ainsi que les retours vers la ville d’origine sont peu nombreux. En moyenne, 15% seulement des habitants sont revenus après la décontamination de leur quartier et l’autorisation des pouvoirs publics. À l’exception de la ville de Tamura qui a vu 80% de retour, d’autres agglomérations comme Kawauchi (28,5%) ou Naraha (31,8%) ont des taux bien plus faibles et dans des villes partiellement évacuées comme Tomokia et Namie, 4% seulement des habitants se sont réinstallés bien que les autorités assurent qu’il n’y a désormais plus de danger pour la santé.
Les anciens reviennent, pas les jeunes
MEDECINS. Le rapport Shinrai confirme ce que le gouvernement japonais redoutait. Le taux de retour des enfants des 9 municipalités concernées est de 8,6% seulement. La tendance est clairement identifiée par l’Agence publique de reconstruction : plus la personne concernée est jeune, moins elle a envie de revenir. Dans les entretiens, les maires semblent ne plus se faire d’illusions : les familles avec des enfants en bas âge ne se réinstalleront probablement pas. Le portrait du « revenant » est donc celui d’un homme d’environ 50 à 60 ans, en bonne santé, autonome, ayant une voiture, capable d’entretenir des relations de voisinage et dont les enfants sont adultes et vivent ailleurs.
Huit ans après l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, le site regorge toujours d’eau contaminée. Les opérations de décontamination sont en cours et pourraient durer des dizaines d’années pour un coût exorbitant.PUBLICITÉ
11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 frappe au large des côtes de l’île de Honshu. Il provoque un puissant tsunami qui déferle sur près de 600 kilomètres de côtes au Japon. Une vague atteint la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, mettant hors service le système de refroidissement principal et provoquant la plus grande catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl.
Huit ans plus tard, le site reste un énorme chantier. Le gouvernement japonais et la compagnie d’électricité Tokyo Electric Power (Tepco), chargée du démantèlement de la centrale nucléaire, ont déclaré que la décontamination pourrait durer entre 30 et 40 ans et coûter près de 180 milliards d’euros, comme le rapporte le Washington Post.
Mais en 2015, Akira Ono, le chef de la centrale de Fukushima, estimait de son côté auprès du Times que ces opérations pourraient prendre jusqu’à 200 ans. Le Japan Center of Economic Research envisage également que la facture de la décontamination pourrait atteindre de 400 à 570 milliards d’euros, toujours selon le Washington Post.
Le chantier le plus problématique est celui de l’eau contaminée. L’eau, c’est au départ celle du tsunami qui a ravagé les installations, eau qu’il a fallu pomper, assainir et stocker. C’est ensuite celle qui sert à refroidir les réacteurs et enfin celle qui tombe du ciel et descend de la montagne en amont et se contamine au passage.
Cette eau contaminée, qui réprésente au total 1,12 million de m3, est conservée dans des citernes sur le site, mais la capacité maximum (1,37 million de m3) sera atteinte fin 2020. L’eau est traitée par un système de décontamination qui élimine les éléments radioactifs, à l’exception du tritium. Mais Tepco a reconnu en fin d’année dernière que 85 % de l’eau était en fait toujours porteuse d’une teneur trop élevée concernant les 62 radionucléides censés être supprimés. La société a donc décidé de la filtrer une deuxième fois.
Un mur de glace souterrain faisant barrière et des pompes sont censés limiter la quantité d’eau contaminée par les installations. « Elle a diminué à 220 m3 en moyenne par jour en 2017-2018, contre 470 m3 quatre ans plus tôt, et nous pensons la faire descendre à 150 m3/jour en 2020 », a ainsi indiqué Akira Ono. Mais en 2016, Tepco a aussi reconnu que ce mur de glace ne faisait que ralentir la contamination, mais ne l’empêchait pas.
Que faire ensuite de cette eau encore contaminée ? « Cette eau est traitée pour en réduire la radioactivité, mais il n’en reste pas moins qu’elle est encore radioactive, et on ne sait pas quel sera le devenir de ces eaux. Les locaux comme les pêcheurs n’ont pas envie de voir de nouveaux rejets de déchets radioactifs provenir de la centrale », a expliqué à France Inter Thierry Charles, le directeur adjoint chargé de la sûreté à l’IRSN, l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. « La solution la plus logique serait donc d’aboutir à un rejet maîtrisé et contrôlé dans l’environnement. Mais pour cela, il faut que Tepco démontre que cette solution est celle qui serait la plus raisonnable compte tenu des possibilités existantes », précise cet expert.
Rejeter l’eau dans l’océan ?
D’après Yumiko Hata, directrice de la gestion des déchets de Fukushima au ministère japonais de l’Industrie, cité par l’AFP : « Plusieurs solutions (injection dans les couches profondes de la Terre, rejet en mer, évaporation dans l’air, etc.) sont examinées par un groupe d’études constitué d’experts, mais nous n’avons encore rien décidé ».
Le rejet dans l’océan serait la meilleure solution, a estimé Toyoshi Fuketa de l’Autorité japonaise de régulation du nucléaire (ARN) auprès du Japan Times. Mais cette option suscite bien entendu l’inquiétude de la population locale, notamment des pêcheurs, qui se remettent à peine de la catastrophe nucléaire. Si Tepco rejette cette eau contaminée, « tout le monde va tomber en dépression », a ainsi affirmé un capitaine de pêche au quotidien japonais.
Avant la tragique date du 11 mars 2011, la ville de Fukushima était également connue pour ses plages. Elle était même un endroit prisé par les surfeurs et avait été envisagé pour accueillir les épreuves de surf lors des Jeux olympiques de 2020. Huit ans après la catastrophe, les amateurs de ce sport ont déserté ces plages, comme le décrit au Japan Times, Yuichiro Kobayashi, qui tient un magasin de surf. Si l’on rejette cette eau, « cela finira par éloigner la prochaine génération d’enfants de l’océan », conclut avec tristesse cet habitant de la région.
« Tokyo 2020: JO de la reconstruction », clame le gouvernement japonais, mais huit ans après le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima, les habitants qui ont fui ne sont pas tous disposés à rentrer, même si les autorités les y poussent.
Pour le Premier ministre Shinzo Abe, l’événement sportif international est l’occasion de montrer au monde la santé recouvrée de la région dévastée par le raz de marée meurtrier (plus de 18.500 morts) et le désastre atomique du 11 mars 2011.
Mais pour la citoyenne Kazuko Nihei, qui a fui sa maison de la ville de Fukushima (à environ 70 km de la centrale) avec ses deux filles, pas question de rentrer, JO ou non, même si les subventions gouvernementales qu’elle recevait ont été coupées.
« Je ne vacille pas du tout », dit cette femme à l’AFP, rencontrée à Tokyo où elle a emménagé en 2011 avec ses enfants, aujourd’hui âgés de 11 et 9 ans.
« Volontaires »
A la suite d’explosions dans la centrale Fukushima Daichi qui ont entraîné des rejets massifs de substances radioactives, le gouvernement avait ordonné l’évacuation d’une vaste zone alentour peuplée de plus de 140.000 personnes.
Mais des habitants de localités limitrophes, officiellement non concernés par ces injonctions, ont aussi décidé de partir, dont Mme Nihei. Son mari et ses beaux-parents sont restés à Fukushima, avec tous les préjudices moraux et financiers qu’occasionne une soudaine séparation dans de telles conditions tragiques.
« Aujourd’hui, toute mon énergie passe dans le travail », assure Mme Nihei, qui trime sept jours sur sept pour nourrir sa famille.
Pendant six ans, elle a bénéficié d’un logement payé grâce aux subventions gouvernementales, mais le soutien accordé aux évacués que les autorités appellent « volontaires » a pris fin en mars 2017.
Elle a déménagé dans un autre logement et peine à débourser les 130.000 yens (un peu plus de 1.000 euros) de loyer mensuel.
La vie est dure, les fins de mois difficiles, mais elle préfère cela au retour à Fukushima, même si l’Etat certifie que la zone est sûre.
Cette mère s’inquiète « pour la santé des enfants, qu’il s’agisse d’un risque accru de cancer ou de conséquences génétiques ».
« Si on avait droit à un bilan de santé annuel complet, je pourrais envisager de rentrer, mais ce qui est proposé actuellement ne suffit pas, cela ne concerne que le dépistage du cancer de la thyroïde », précise-t-elle.
Le gouvernement japonais a lancé un ambitieux programme de décontamination des routes, des champs, des aires de jeu, des bâtiments et de leurs alentours (le reste, essentiellement des forêts, est impossible à assainir) et, jugeant la tâche accomplie, les ordres d’évacuation ont été levés dans la majeure partie de la région sinistrée.
Coûteux JO
Mais cette politique est loin d’avoir convaincu l’opinion: un sondage réalisé en février par le quotidien Asahi Shimbun et la TV de Fukushima, KFB, a révélé que 60 % des habitants de la région craignaient toujours les radiations.
Une partie du doute vient de la décision de relever le niveau acceptable d’exposition aux rayonnements. Originellement de 1 millisievert (mSv) par an, il a été porté à 20 mSv/an, équivalent à celui autorisé pour les travailleurs des installations nucléaires.
L’argument: même un tel niveau d’exposition entraîne des risques de cancer beaucoup plus faibles que le tabagisme ou l’obésité. Il est « comparable » au risque dû au stress résultant de l’évacuation, argue encore l’Etat.
La Commission internationale de protection radiologique fixe une dose maximale de 1 mSv/an en situation normale et une fourchette de 1 à 20 mSv/an en situation post-accidentelle (qui ne doit pas s’éterniser). Or, la radioactivité actuelle va durer des décennies selon les experts et, insistent des ONG comme Greenpeace, on ne peut exposer quelqu’un à de telles doses sur une aussi longue période.
Malgré l’incertitude, la préfecture de Fukushima prévoit de stopper toutes les subventions au logement d’ici la fin du mois de mars 2021, ce qui revient à forcer le retour de personnes dans leur maison désertée parce qu’elles n’ont plus les moyens de vivre ailleurs.
« Nous craignons que les réductions de subventions ne provoquent (…) des suicides et ne jettent des individus à la rue, faute de travail disponible et lucratif dans la région », s’insurge Daisaku Seto, secrétaire général du Centre de coopération pour le 11 mars 2011, une ONG qui soutient les personnes évacuées.
Ces dernières veulent souvent au moins attendre que leurs enfants soient adultes avant de rentrer, « mais c’est le gouvernement qui arbitrairement fixe le délai », dénonce-t-il.
Pourquoi investir de l’argent dans les préparatifs olympiques – des épreuves de baseball seront organisées dans la région – au lieu de maintenir les subventions pour tous les réfugiés de Fukushima, s’interroge Noriko Matsumoto, 57 ans, partie en 2011 avec sa fille de Koriyama (préfecture de Fukushima).
« Je pense qu’il y a d’autres choses à faire avant d’accueillir les JO. »
Catastrophe nucléaire de Fukushima : les droits bafoués
Le 8 mars 2019
Huit ans après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, un rapport de Greenpeace Japon dénonce les violations des droits humains de la part du gouvernement japonais. Celui-ci fait appel à des travailleurs sous-payés et non protégés pour décontaminer des zones radioactives et lève des ordres d’évacuation malgré des niveaux de radioactivité très élevés, au mépris des risques sanitaires et des recommandations internationales. La crise sanitaire et humaine qui frappe le Japon est loin d’être terminée.
Des employés sous-payés et mal protégés face aux radiations
L’enquête menée par Greenpeace Japon dans les zones de décontamination autour de Fukushima est édifiante : les travailleurs et travailleuses en charge de décontaminer des zones où le gouvernement veut réinstaller des familles interviennent dans des conditions inacceptables. « Dans des zones où certain-es de ces employé-es opèrent, les niveaux de radiation enregistrées auraient déclenché une procédure d’urgence s’ils avaient été relevés à l’intérieur d’une installation nucléaire, s’alarme Shaun Burnie, expert en nucléaire pour Greenpeace Allemagne. Ces employé-es n’ont reçu quasiment aucune formation en radioprotection, sont sous-payé-es, exposé-es à des niveaux élevés de radiation et risquent de perdre leur emploi s’ils parlent. Les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur les droits humains ont raison de mettre en garde le Japon sur ces risques et violations. »
L’ONU dénonce des « conditions de travail risquées »
En août 2018, un groupe d’experts des Nations unies appelaient déjà le gouvernement japonais à prendre des mesures urgentes pour assurer la protection de ces travailleur-euses du nucléaire, dont beaucoup sont des migrant-es, demandeur-ses d’asile et sans-abris. Ces rapporteurs onusiens se disaient « profondément préoccupés par le fait que [ces employé-es] seraient exploités en n’étant pas informés des risques d’exposition aux rayonnements, qu’ils seraient forcés d’accepter des conditions de travail dangereuses en raison des difficultés économiques et par le caractère inadéquat des mesures de formation et de protection ». Des « préoccupations » confirmées ces derniers mois par l’enquête menée sur place par Greenpeace Japon : recrutement de personnes en difficulté, absence de formation appropriée, falsification d’identité et de certificats médicaux, enregistrements officiels non fiables, interventions dans un environnement fortement radioactif…
Risque nucléaire et traitement inhumain
« Une personne comparait cela à de l’esclavage, raconte un ancien travailleur de décontamination nucléaire, Minoru Ikeda, qui a témoigné pour le rapport de Greenpeace Japon. Je veux faire savoir au monde ce qui est en train de se passer. Je veux appeler le gouvernement japonais à respecter la santé des travailleurs, à arrêter d’envoyer des gens pour occuper ces emplois dangereux, et à apporter un soutien approprié à ces travailleuses et travailleurs. »
L’évacuation levée malgré des taux de radioactivité élevés
Ces opérations de « décontamination » vont de paire avec une levée des ordres d’évacuation et un encouragement au retour des personnes qui avaient été évacuées au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Or, les niveaux de radioactivité relevés dans la zone d’exclusion et dans les zones de Namie et Iitate où l’ordre d’évacuation a été levé montrent que les risques pour le public sont encore importants, et plus particulièrement pour les enfants, davantage sensibles à la radioactivité. Les niveaux enregistrés sont cinq à cent fois supérieurs aux recommandations internationales maximales et ils le resteront pendant plusieurs décennies encore.
Une présentation biaisée des risques à Fukushima
« Dans son rapport remis aux Nations unies, le gouvernement donne délibérément une image fausse de l’échelle, de la complexité et des risques de radiation dans les zones autour de Fukushima », dénonce Kazue Suzuki, chargée de campagne Energie de Greenpeace Japon, qui déplore aussi le mépris des autorités pour les questions de bien-être et de santé des enfants. Les recommandations du Comité des Nations unies sur les droits des enfants, publiées début février 2019, si elles avaient été suivies, auraient dû conduire le gouvernement japonais à cesser de lever les ordres d’évacuation, à proposer des compensations totales aux personnes évacuées et à respecter pleinement les droits humains de ces personnes et des travailleurs-euses. Le 11 mars 2019, huit ans jours pour jour après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, on est très loin du compte…
Quatre des six réacteurs de la centrale ont été endommagés. (photo: AFP)
Huit ans après le tsunami de mars 2011 qui a dévasté la côte nord-est du Japon et mis en péril la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, le site reste un énorme chantier.
Le risque immédiat à la centrale de Fukushima semble écarté mais où les tâches ardues et les imprévus continuent. Voici les trois principaux enjeux:
Le combustible nucléaire
Quatre des six réacteurs de la centrale ont été endommagés. Les cœurs des tranches 1 à 3 ont fondu au moment de l’accident et l’on sait désormais que le combustible est en quasi-totalité tombé au fond de l’enceinte de confinement primaire de chaque unité, enceinte qu’il a même en partie entamée.
Des manipulations récentes avec un robot dans l’enceinte du réacteur 2 ont permis de constater que ce combustible pouvait en partie être soulevé par petits morceaux à plusieurs endroits. Ce n’est qu’un tout début pour étudier des moyens concrets de l’extraire, une opération extrêmement délicate qui ne débutera pas avant 2021 au mieux, ont récemment confirmé la compagnie exploitante Tepco et le ministère de l’Industrie.
Par ailleurs, dans ces mêmes réacteurs 1 à 3, des centaines d’assemblages de combustible usé sont toujours dans les piscines de refroidissement situées en haut des bâtiments. «En raison de différents problèmes, les opérations de retrait ont pris du retard dans le réacteur 3, elles ne débuteront pas ce mois-ci comme prévu. Et s’agissant de la piscine du réacteur 1, elle est couverte de détritus qu’il va falloir enlever, une opération que nous ferons avec une extrême prudence», expliquait à la presse fin février Akira Ono, directeur de la filiale de Tepco chargée du démantèlement.
L’eau contaminée, les déchets
Le site regorge d’eau contaminée, «même si les différentes dispositions prises ont permis d’atténuer» le problème, selon M. Ono. L’eau, c’est au départ celle du tsunami qui a ravagé les installations, eau qu’il a fallu pomper, assainir et stocker. C’est ensuite celle qui sert à refroidir les réacteurs et enfin celle qui tombe du ciel et descend de la montagne en amont et se contamine au passage. Au total, environ 1,12 million de m³ d’eau sont conservés dans des citernes sur le site, mais la capacité maximum (1,37 million) sera atteinte fin 2020.
Problème: Tepco a reconnu en fin d’année dernière que 85% de l’eau était en fait toujours porteuse d’une teneur trop élevée concernant les 62 radionucléides censés être supprimés. La société a donc décidé de la filtrer une deuxième fois. Tepco prévoit de stocker aussi sur le site 750 000 mètres cubes de déchets solides d’ici 2029, dont une partie radioactifs.
La main-d’œuvre
Environ 4/5 000 personnes travaillent chaque jour sur le site, un nombre presque deux fois moins important qu’il y a quatre ans. En moyenne, l’exposition des travailleurs aux radiations est désormais inférieure à 5 mSV par an, mais ce seul chiffre masque les fortes disparités entre individus en fonction de leurs tâches.
«Nous avons tous un carnet de suivi des radiations, mais cela n’est regardé que par notre employeur (dans mon cas, un sous-traitant de sous-traitant de sous-traitant d’une filiale de Tepco), mais nous ne sommes pas suivis spécialement par le gouvernement, ce n’est pas normal», se plaint Minoru Ikeda, un ex-travailleur du site. (L’essentiel/afp)
« Ta jupe te fait un beau cul » : l’enquête #EntenduALaRédac révèle l’ampleur du sexisme et des violences sexuelles dans le milieu du journalisme
Franceinfo dévoile en exclusivité avec « Le Monde » les résultats d’une enquête participative lancée par plusieurs collectifs de journalistes, Prenons la une, #NousToutes et Paye ton journal, après les révélations sur la Ligue du LOL.
Une enquête participative en ligne lancée par plusieurs collectifs de journalistes révèle, le 7 mars 2019, l’ampleur du sexisme et des violences sexuelles dans les médias. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)
Margaux Duguet Juliette CampionFrance Télévisions
Publié le 07/03/2019 | Mis à jour le 07/03/2019 | 11:16
il y a 6 heures
VIDEO. « C’est un système »… « Harcelées », le livre-enquête qui montre que les violences faites aux femmes n’épargnent personne, ni aucun milieu
« Je vais programmer ton papier demain à 7 heures, comme ça je pourrai me pignoler dans mon lit en t’écoutant. » Ce témoignage choc est extrait de l’enquête participative #EntenduALaRédac lancée sur internet par les collectifs de journalistes Prenons la une, #NousToutes et Paye ton Journal. « Au moment des révélations de la Ligue du LOL, quelques journalistes ont expliqué qu’il s’agissait de comportements d’une petite minorité, active dans les médias ‘progressistes’. Nous avons voulu vérifier. La Ligue du LOL est-elle un cas isolé ? », lit-on dans le compte-rendu des résultats que franceinfo publie avec Le Monde, jeudi 7 mars. Cette enquête révèle l’ampleur du sexisme et des violences sexuelles dans les rédactions françaises.
En dix jours, plus de 1 500 journalistes et 270 étudiantes et étudiants en école de journalisme ont répondu à un questionnaire en ligne pour dénoncer les faits dont ils ou elles ont été victimes, ou témoins. Sans surprise, les femmes sont sur-représentées : elles sont 80% à avoir participé à ce questionnaire. Autre chiffre marquant : 76% des personnes ayant répondu ont moins de 40 ans, alors que l’âge moyen dans la profession est de 44,6 ans. « Ce n’est pas une enquête représentative, elle a été diffusée sur les réseaux sociaux », tient à préciser Aude Lorriaux, journaliste et porte-parole de Prenons la une.
270 rédactions citées
Mais les témoignages montrent que le phénomène est massif puisque 270 rédactions sont impliquées. Parmi elles, 208 rédactions sont pointées pour des témoignages de propos à connotation sexuelle ou d’agression sexuelle. Sont cités des médias très variés, qu’il s’agisse de rédactions locales ou nationales, de titres généralistes ou spécialisés, et sur tous les supports (presse écrite, web, radio et télé), dont France Télévisions et Radio France. « Je ne suis pas du tout étonnée que toutes ces rédactions soient touchées par ce phénomène parce que le sexisme est la chose la plus partagée au monde », commente Aude Lorriaux.
« Je ne comprends pas pourquoi on envoie une fille au Salon de l’agriculture », « les faits-divers, ce n’est pas pour les femmes », ou encore « je ne sais pas si elle va y arriver, il faut des épaules… et c’est une femme ». Voilà le genre de propos sexistes qui remontent dans les témoignages. Dans le détail, 67% des femmes qui ont participé à l’enquête déclarent avoir été victimes de propos sexistes*, 49% de propos à connotation sexuelle – tel que « ta jupe te fait un beau cul » – et 13% d’agressions sexuelles.
Un collègue m’a mis des fessées estimant que j’avais un gros cul.
« Propos rapportés par une participante à l’enquête »
Deux cas de viols ont également été rapportés.
Sexisme et racisme
Marilyn Baldeck, présidente de l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) affirme qu’elle collecte régulièrement des témoignages similaires : « Je ne compte plus les fois où, à l’issue d’interviews, les journalistes femmes me racontent ce dont elles ont été victimes dans leur propre rédaction. Ça arrive très souvent depuis quinze ans que je travaille dans l’association. » Pour la sociologue Pauline Delage, spécialiste des violences fondées sur le genre, l’enquête met en lumière « que les violences sexistes existent dans un milieu, le journalisme, qui pourrait paraître protégé, car peuplé d’une forme d’élite culturelle et sociale ».
L’étude relève également que les femmes racisées – terme issu de la sociologie, utilisé pour caractériser les personnes identifiées comme appartenant à une « race » à cause de la couleur de leur peau – sont davantage exposées aux propos sexistes que leurs comparses : elles sont 64% à déclarer avoir subi des propos à connotations sexuelles (contre 49% des femmes ayant répondu). « Le sexisme s’imbrique dans d’autres rapports sociaux : les victimes de la Ligue du LOL faisaient aussi l’objet de mépris de classe et de réflexions racistes », constate Pauline Delage.
Tu as oublié ton pantalon ce matin ? Tu es maquillée comme une voiture volée ? Anissa… Ah non, pardon, Fatima. Je me suis trompé de bougnoule.
« Propos rapportés par une participante à l’enquête »
Pour ces femmes, c’est un peu la « double peine », note Béatrice Damian-Gaillard, chercheuse en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Rennes 1 et spécialiste des médias, du genre et de la sexualité. « Une femme racisée et précaire cumule les formes de fragilité sociale dans un rapport de domination, explique la chercheuse à franceinfo. Ça permet plus de possibilités aux harceleurs. »
Les pigistes et les journalistes télé plus exposés
Dans l’enquête, les discriminations sont plus fortes contre les femmes racisées mais aussi contre les journalistes au statut plus fragile, à savoir les pigistes qui ne sont pas liés à leur rédaction par un contrat de travail. Parmi les participants, 14% des salariés en CDD et CDI assurent être « souvent »confrontés à des propos à connotation sexuelle, tandis que ce chiffre grimpe à 22% chez les pigistes ayant répondu à l’enquête. Là encore, rien d’étonnant pour Aude Lorriaux puisque « les relations de domination économiques sont propices aux agressions et au harcèlement sexuel ». Pour la journaliste, le sexisme est inscrit dans un système beaucoup plus large, dans lequel les pigistes ne sont pas du tout protégés. Face à la concurrence exacerbée et des conditions de travail qui ont tendance à se dégrader,« on n’a pas la force de se battre », reconnaît-elle.
Outre les pigistes, les journalistes télé semblent particulièrement concernés : 49% des participants à l’étude exerçant à la télé disent avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail. « Le facteur de l’image renforce les stéréotypes sexistes déjà forts quant à l’image des femmes », décrypte Aude Lorriaux.
« Elle n’est pas assez belle pour être violée », rapporte, par exemple, avoir entendu une ou un participant à l’enquête.
Le milieu de la télé accentue le processus de mise en avant de soi-même que l’on trouve dans les autres médias. Au nom de l’audience, on survalorise le principe de starification.
« Béatrice Damian-Gaillard, chercheuse en sciences de l’informationà franceinfo »
D’autant que, comme le note la chercheuse, les postes pour apparaître à l’antenne sont peu nombreux, donc très convoités, et particulièrement difficiles d’accès.
« J’ai regardé les nouvelles stagiaires, y’a rien à se mettre sous la dent »
Autre enseignement de cette enquête : les écoles de journalisme ne sont pas non plus épargnées par les violences sexuelles ou sexistes. Plusieurs dizaines d’entre elles sont citées. Parmi les étudiantes ayant répondu à l’enquête, 62% disent avoir été témoins de propos sexistes dans leur école et 28% évoquent des faits de harcèlement sexuel. Quelque 10% des étudiantes assurent avoir été victimes d’une agression sexuelle dans le cadre de leurs études. « Il y a quatre/cinq ans, il y avait une proposition d’avoir des modules de formation dans les écoles de journalisme contre le sexisme. Cela avait été refusé », se souvient Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCE).
« Certaines écoles commencent à se doter de référents sur la question, il y a des choses qui se font mais ce n’est pas suffisant », complète Aude Lorriaux. Car les futurs professionnels et professionnelles des médias effectuent des stages en rédaction et sont là aussi confrontés au sexisme et aux violences sexuelles. « J’ai regardé les nouvelles stagiaires, y’a rien à se mettre sous la dent », rapporte ainsi avoir entendu un ou une participante à cette enquête. « Lors d’un stage dans les bureaux d’une chaîne de TV française à l’étranger, un cameraman a profité de l’obscurité de la salle de montage pour passer sa main sous mon tee-shirt », raconte une autre.
Les écoles de journalisme sont encore trop frileuses à l’idée de perdre une convention de stage ou tel ou tel partenariat avec une entreprise et vont préférer ne rien dire.
« Aude Lorriaux, journaliste et porte-parole de Prenons la uneà franceinfo »
« Dans le DUT journalisme, où j’enseigne à Lannion, certains étudiants hommes nous disent que, dans leurs stages en rédaction, il y a de l’humour très hétérosexuel et des blagues sexistes face auxquels ils se sentent très mal à l’aise », témoigne Béatrice Damian-Gaillard.
Le temps de la « prise de conscience » ?
Autre point relevé par l’enquête : les personnes qui témoignent déplorent les réactions très timorées des directions confrontées à ce genre de fait. « Les rédactions citées dans l’enquête ne disposent d’aucun système efficace de remontée d’information en cas de violences », lit-on dans les conclusions de l’enquête. Dans près de deux cas sur trois rapportés, les rédactions n’auraient pas réagi après le signalement. De plus, l’enquête note que les directions auraient réagi dans 57% des cas impliquant des hommes contre seulement 24% des cas concernant des femmes.
C’est le signe que le sexisme est considéré comme banalisé, ces directions sont incapables de réagir. C’est un message catastrophique qui est envoyé, les harceleurs peuvent agir en toute impunité.
« Danielle Bousquet, présidente du HCEà franceinfo »
Pour Aude Lorriaux, « les rédactions doivent se remettre en cause et se demander pourquoi il y a autant de femmes victimes de sexisme ou de harcèlement sexuel qui ne vont pas voir leur direction ». La porte-parole de Prenons la une souhaite que les rédactions travaillent sur ce sujet et « mettent en place des process ». « Ce qui est encore pire et beaucoup plus condamnable, c’est le nombre incroyable de personnes qui signalent ce qu’ils ont subi et rien n’est fait », ajoute la journaliste qui attribue ce constat à plusieurs facteurs comme « le sexisme de certains dirigeants » ou « l’immobilisme » au sein des rédactions.
Aude Lorriaux ne désespère pas pour autant et salue « cette formidable mobilisation des journalistes qui, en quelques jours, ont été si nombreux et nombreuses à témoigner ». « Il y a un élan collectif, une prise de conscience, on en parle partout et on fait bouger les choses », conclut la journaliste.
* Attention, ces chiffres ne sont pas représentatifs de l’ensemble des rédactions car issus d’un appel à témoignages lancé sur les réseaux sociaux.
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« C’est un système »… « Harcelées », le livre-enquête qui montre que les violences faites aux femmes n’épargnent personne, ni aucun milieu
Dans son livre, « Harcelées » qui sort jeudi 7 mars, la journaliste Astrid de Villaines a recueilli les témoignages de femmes victimes de violences.
Après une première intervention sur une ligne électrique en sortie du village en direction d’Avallon, aux alentours de mi-juillet 2018 (http://serge-angeles.fr/?s=sol+air), on se rend compte qu’un effort a été fait sur cette ligne, au plan esthétique. Cela ne résout par la partie sécuritaire de celle-ci qui reste accessible depuis le niveau du sol.
C’est par le biais d’une fiction que le cinéaste japonais Futoshi Sato raconte cet effroyable gâchis, qui a menacé le pays.
Le film raconte ces journées dramatiques, qui ont fait trembler le Japon, à travers plusieurs personnages.
Le 11 mars 2011 a débuté « la plus grave crise du Japon depuis la guerre » ; d’abord un tremblement de terre, un « grand séisme », un grondement sourd suivi d’une vague géante, un tsunami, qui déclenche des réactions en chaîne dans la centrale nucléaire de Fukushima. C’est ce jour et les jours suivants que raconte le cinéaste japonais Futoshi Sato dans son film, « Fukushima, le couvercle du soleil » (sortie le 6 mars). Si, dans sa fabrication, cette fiction présente quelques maladresses, elle a le mérite de raconter cet effroyable gâchis d’après plusieurs points de vue, et de rappeler quel incroyable raté ce fut pour le gouvernement japonais.
Le récit se fait en effet par l’intermédiaire de plusieurs personnages, dont le directeur adjoint du cabinet du Premier ministre, auteur plus tard d’un livre sur le sujet, matière première de ce film ; un journaliste, accrédité à la résidence du Premier ministre Naoto Kan, le cœur du pouvoir ; l’épouse du journaliste, seule avec leur enfant, et dans l’inconnu de ce qui se passe, comme l’ensemble de la population ; des habitants des villages proches de Fukushima, dont un jeune employé de la centrale, théoriquement en congé mais qui va rejoindre son lieu de travail, par sens du devoir.
Ce que montre ce film, c’est avant tout l’agitation en salle de crise, les erreurs, les lourdeurs administratives, l’incompétence, ces fonctionnaires impuissants réduits à se prendre la tête dans les mains, et le gouvernement complétement désemparé, toujours en retard sur l’information. Le Premier ministre quitte ainsi son QG pour aller au siège de la compagnie d’électricité privée, qui contrôle la centrale nucléaire (!?), bien mieux informée de la situation que le gouvernement lui-même.
Secousses à répétition, vague géante, incendie, explosion, la dégradation progressive entraîne un état d’urgence surs les côtes japonaises, jusqu’à menacer Tokyo, un enchainement diabolique aux conséquences aussi dramatiques qu’inconnues. Bien sûr, « Fukushima, le couvercle du soleil » n’est pas rassurant quant à la sécurité nucléaire, et rempli alors sa fonction d’alerte, attention : danger !
Patrick TARDIT
« Fukushima, le couvercle du soleil », un film de Futoshi Sato (sortie le 6 mars).
Une projection aura lieu le dimanche 17 mars à 16h15 au Caméo Saint-Sébastien à Nancy, séance suivie d’un débat avec la présence exceptionnelle de Tamiyoshi Tachibana, producteur et ancien conseiller régional de la préfecture d’Okayama, Kolin Kobayashi, journaliste indépendant, président de l’Association Echo Echanges, membre du comité d’organisation du Forum social mondial antinucléaire, représentant du film en France, et le CLANCHE, Comité Lunévillois Anti Nucléaire et Contre l’Hérésie de l’Enfouissement.
A Sens , la machine à broyer les agents de la maire (LR)
5 MARS 2019 par LUCIE DELAPORTE
Mais je ne suis pas une garce !
À Sens, sous la houlette de la maire (LR) et ancienne députée Marie-Louise Fort, des agents de la ville sont broyés et humiliés depuis des années. Un rapport externe fait état d’un véritable « harcèlement institutionnel ». Plusieurs agents se sont confiés à Mediapart.
« J’ai la trouille », admet Olivier*, préférant « ne pas parler au téléphone ». Après avoir subi en silence diverses pressions et humiliations visant à le forcer à quitter ses fonctions de directeur au sein de l’agglomération, il a porté plainte contre X ce vendredi 22 février au commissariat de Sens pour « harcèlement moral ».« Depuis début février, c’est devenu l’horreur. Si je n’avais pas été soutenu par mes proches, je me serais tiré une balle dans le caisson », lâche ce cadre administratif.
À Sens, l’omerta dure depuis des années. La situation sociale des agents de la Ville, dirigée par la maire LR Marie-Louise Fort qui effectue son deuxième mandat, est pourtant critique. Au cours de notre enquête, nous avons rencontré une dizaine de personnes, des agents broyés et terrorisés à l’idée d’évoquer leur situation, persuadés de subir les foudres de l’élue ou de son entourage s’ils osent briser la loi du silence.
Le rapport rédigé par le cabinet indépendant Res-Euro Conseil en novembre dernier sur l’évaluation des risques psychosociaux à Sens et dans l’agglomération, que s’est procuré Mediapart, fait pourtant un bilan accablant de la situation.
« Je suis rabaissée, humiliée dans les missions qui me sont confiées et qui n’ont rien à voir avec mon métier. Dialogue impossible sans cris de la part du chef, je suis ignorée, je ne suis pas saluée », confie une agente citée par le rapport, quand un autre dénonce une « forme d’intimidation » ou du « harcèlement moral dissimulé ». « On me dit de ne pas revenir d’arrêt maladie, de toute façon, on n’a rien pour moi », affirme un autre. « On me demande quand est-ce que je compte partir », ajoute un autre agent auprès du cabinet.
« À travers des propos et des comportements de la hiérarchie, les agents ont l’impression d’être rabaissés », note le rapport, qui précise que le « manque de considération passe par exemple par la gestion des horaires de travail (“Ils font venir pour une heure de travail, repartir pour revenir”), par des convocations par SMS, par une mise sous pression psychologique en dépréciant un agent devant ses collègues (création du sentiment de culpabilité) ».
La conclusion du cabinet est sans appel. « Nous soulevons l’hypothèse d’un “harcèlement institutionnel” […] qui découlerait d’une stratégie de gestion, ou plutôt d’une absence de stratégie », indique le document, qui précise que « la violence s’exerce quel que soit le niveau de hiérarchie, allant de l’agent de catégorie C à des cadres A directeurs ».
Malgré sa grande sévérité, le rapport est encore loin des situations individuelles que nous avons pu rencontrer et qui décrivent une méthodique machine à broyer ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas l’heur de plaire à la maire Marie-Louise Fort. Celle qui a été députée de la 3e circonscription de l’Yonne pendant dix ans a entamé en 2014 son second mandat de maire et de présidente de la communauté d’agglomération du Grand Sénonais.
« Je suis élue d’une ville de 26 000 habitants, avec 850 agents. Je ne considère pas qu’il y ait grand monde de très malheureux… Après il y a toujours des cas particuliers », évacue la maire de Sens lorsqu’on l’interroge sur le climat social dans son administration. Lorsqu’on lui évoque quelques-uns des cas que nous avons eu à connaître, Marie-Louise Fort coupe court : « Je n’ai pas à vous répondre. Si j’ai des choses à dire et à régler, je le fais en interne. »
Olivier* est un de ces « cas particuliers ». Il y a un an, ce directeur des grands projets et de l’aménagement du territoire dans l’agglomération, cadre A+, se voit signifier par Thierry Cot, le nouveau directeur général des services, qu’on souhaite qu’il quitte son poste. « Je dis alors que je comprends, mais que je demande du temps et les moyens de partir. À mon niveau, il n’est pas évident de retrouver un poste rapidement. Je demande aussi qu’on respecte mon intégrité », se souvient Olivier*.
En fait, la machine à l’exclure est selon lui déjà lancée. « Progressivement, je constate que mes équipes ne me mettent plus en copie. On ne me m’associe plus aux projets stratégiques. » Comme il se rebiffe, l’équipe de la maire passe à la vitesse supérieure. Rapidement, il dit avoir compris que l’exécutif était en train de monter un dossier contre lui. « Le 4 février, je suis convoqué à la DRH et on me dit que deux personnes ont témoigné contre moi. Ils sont allés voir deux collaboratrices, dont une contractuelle et dont le contrat arrivait à échéance, pour les faire témoigner contre moi », affirme Olivier*, qui ne nie pas avoir eu des relations parfois tendues avec l’une d’elles principalement. « Pour me détruire, tous les moyens sont bons », juge-t-il.
L’entretien qui se tient deux jours plus tard va le lui confirmer. Olivier* voit débarquer dans son bureau Alain Peretti, adjoint au maire chargé de l’urbanisme. Il vient lui expliquer que Charles-Hervé Moreau, le premier adjoint au maire, vice-président de l’agglomération et responsable des RH dans les deux collectivités, lui a demandé de l’aider à monter un dossier contre lui.
Muté à un poste consistant à exhumer des corps au cimetière
Olivier* lui demande des précisions. Selon les éléments matériels en notre possession, le dialogue se poursuit ainsi :
« Ce que je voulais savoir exactement, c’est ce qu’il[Charles-Hervé Moreau, premier adjoint au maire en charge des RH] vous a demandé.
— Il m’a demandé des arguments contre vous. Point, c’est clair. Qu’est-ce que je peux faire pour vous détruire.
— Ça ne vous est pas possible d’écarter cette demande en disant la vérité ? En disant qu’il n’y a pas de problème avec monsieur X.
— Non, ce que je peux faire, c’est une réponse circonstanciée en disant il y a ça qui est négatif, mais il y a ça qui est positif. Pas seulement faire du négatif…
— Oui mais le négatif, c’est quoi M. Peretti ? », s’agace alors Olivier.
L’homme évoque un problème relationnel avec les deux collaboratrices, ce à quoi Olivier répond qu’il ne peut se fonder sur des bruits de couloir et doit parler de ce qu’il sait de son travail. L’adjoint au maire répond que pour lui, il n’y a effectivement « pas de problème ». Le vrai problème, admet Alain Peretti, c’est qu’il subit des pressions pour témoigner contre lui.
« Non mais il faut que je fasse une réponse. Si j’en fais pas, ça va être pire que si j’en fais une.
— Pourquoi ce serait pire ?
— Parce qu’on va me faire dire des choses tout ça, etc., je suis à peu près sûr. Donc je préfère faire ma réponse. […] Donc je préfère faire une réponse plus nuancée.
— Moi je ne comprends pas cette obligation.
— Moi je la ressens très fort. […] On va me pousser très fort. On va me pousser très fort.
— C’est compliqué pour moi […] c’est pas des méthodes…
— Ben non », répond l’adjoint au maire, visiblement très embarrassé.
Contacté par téléphone, M. Peretti a refusé de commenter ces propos (voire Boîte noire). Il nous a finalement répondu par SMS que sur « le cas du seul agent sur les 850 collaborateurs dont j’ai récemment eu a connaître : une plainte pénale a été déposée. L’instruction est en cours et ne me permet pas de m’exprimer ». Le 1er adjoint en charge des RH, Charles-Hervé Moreau, n’a pas non plus donné suite à nos demandes d’explication sur la signification de cet échange.
Très impliqué dans son travail, et apprécié des élus – nous avons pu en avoir confirmation auprès de certains –, Olivier* continue de s’interroger sur les motifs de son éviction. Il comprend qu’il a déplu à la maire Marie-Louise Fort en impliquant un peu trop les élus de l’agglomération dans ses projets, lesquels commencent à poser un peu trop de questions à l’élue. « J’ai beaucoup travaillé avec Olivier*, qui a fait un énorme travail et était très proche et très respectueux des élus », témoigne Johan Bloem, maire de Saligny, une petite commune de l’agglomération, qui a interrogé – sans succès – la mairie sur les raisons de la mise à l’index du directeur en charge du rayonnement de l’agglomération.
« Quand on s’intéresse et qu’on veut poser des questions, on est rapidement perçus comme des opposants », témoigne Dominique Chapuis, présidente de l’association des maires ruraux de l’Yonne et vice-présidente de l’agglomération.
« Marie-Louise Fort fait partie d’un vieux monde avec de vieilles méthodes. Ce qu’elle a fait à certaines personnes est terrifiant », ajoute un élu qui préfère rester anonyme mais qui décrit, lui aussi, une machine à broyer en place depuis des années. Avec un sentiment de parfaite impunité…
Le « cas » de Gilles* est à cet égard édifiant. Il ressemble à une fulgurante descente aux enfer. Il y a encore quatre ans, celui qui a précédemment exercé la profession de journaliste pendant trente ans et a notamment créé la radio locale de Sens, exerce la fonction de responsable du service relations publiques à la mairie.
Peu après l’arrivée de la maire pour son second mandat, Gilles se voit proposer une évolution de carrière bien particulière. Il se retrouve affecté à creuser des trous pour le service des fontaines de la ville. « Statutairement, je suis agent de catégorie C. Ils m’ont donc affecté à ce poste de manœuvre », explique l’ancien journaliste. Il est arrêté pour « état dépressif » pendant quatre mois, jusqu’en avril 2015.
« Marie-Louise Fort m’avait demandé d’être sur sa liste, puis à la com’ de la mairie et j’ai refusé parce que je ne partage pas ses idées », avance-t-il, laissant penser que de là viendrait la volonté de le détruire.
« Le jour où je suis viré, je ne comprends pas ce qui m’arrive. L’entourage de la maire me dit qu’il y a un rapport contre moi, qu’il y a eu des lettres anonymes mais qu’ils les ont détruites… », raconte-t-il. Finalement, en l’absence de tout élément à charge, aucune sanction n’est prise contre lui, mais il reste bien affecté à creuser des fontaines.
Gilles engage une procédure au tribunal administratif qui, dans un jugement rendu en mars 2016, annule la décision de mutation de la Ville et ordonne sa réintégration à son poste précédent. Mais la Ville fait la sourde oreille. En janvier, Gilles dépose un recours pour « non-exécution du délibéré ».
Peu après, il postule « pour [se] sortir du trou » à un poste d’adjoint au cimetière, « en pensant qu’il y avait une partie administrative. En fait, je me suis retrouvé à exhumer des corps sans gants, sans aucune formation ». En juin dernier, le tribunal administratif confirme une nouvelle fois son délibéré et reconnaît l’existence d’agissements de harcèlement à son encontre.
Nouvelle « promotion », Gilles est désormais muté « coordonnateur de la propreté » et s’occupe de superviser le travail des femmes de ménages. « J’ai de très bonnes relations avec elles, mais ce n’est pas mon métier », soupire-t-il, manifestement épuisé. « Ça fait quatre ans. Ma femme n’en peut plus. Ça me mine la vie et celle de mes proches », insiste-t-il.
Pour Sylvain*, aucun « dossier » n’a été établi. « Je suis placardisé depuis trois ans », raconte cet homme de quarante ans qui, avant d’être méthodiquement « cassé », était directeur des finances de la Ville. Poste sur lequel il avait d’ailleurs été recruté par Marie-Louise Fort lors de son premier mandat. « À l’époque, je dirigeais une association. Elle m’a dit qu’elle savait qu’on n’était pas du même bord politique, mais qu’elle pensait qu’on pouvait travailler ensemble », rapporte-t-il.
Pour son second mandat, la maire a manifestement changé d’avis. Pour avoir ouvertement contesté sa décision de brutalement fermer la MJC de la Ville (la maire fera changer les serrures dans la nuit pour récupérer le local, provoquant la stupéfaction des agents), Sylvain est perçu comme un ennemi de l’intérieur.
« Mais je ne suis pas une garce ! »
Avec la mutualisation – la fusion des services entre la Ville et l’agglomération –, il passe d’abord de directeur à directeur adjoint. Sauf que le directeur, en dépression, ne prendra jamais ses fonctions et que Sylvain assume tout seul la charge de travail. « J’ai fait un gros burn out en mars 2016, car j’avais évidemment beaucoup trop de travail à assumer tout seul », explique-t-il.
Fragilisé, il commence à douter de lui-même. « Je suis allé voir le DGS pour lui dire que ma charge de travail était trop importante. Il m’a répondu que c’était moi qui n’étais pas à la hauteur », se souvient-il. Au bout d’un moment, la Ville lui propose de le rétrograder comme chargé de mission, soit dans son propre service, soit d’être dans un autre domaine. « J’ai quand même un peu d’amour-propre, j’ai donc préféré prendre un autre poste de chargé de mission, ailleurs, même si j’avais compris que c’était un placard », assure-t-il.
Nouvelle humiliation : après avoir mis en doute ses capacités professionnelles, la Ville lui demande de former son successeur pendant six mois, ce qui est « psychologiquement difficile », admet-il.
Pourquoi n’a-t-il pas protesté ? « Je suis un bon petit soldat », assure celui qui décrit par ailleurs un « fonctionnement par la terreur » à la mairie et dans l’agglomération.
Isolé dans un local situé dans la ZUP, Sylvain n’a que très peu de travail à faire et sur un secteur qu’il connaît mal. Il demande à garder un bureau dans l’agglomération pour pouvoir continuer à échanger avec ses collègues. « Ils m’ont changé cinq fois de bureau en deux ans. J’ai même eu un poste – pendant quinze jours – dans un couloir, sans Internet », raconte-t-il.
Sylvain a récemment candidaté à un nouveau poste, plus en adéquation avec son profil. La hiérarchie lui dit que « la marche est trop haute » pour lui et que sa mobilité n’est pas pour demain. « J’ai fait une crise d’angoisse après cette entrevue avec une forte douleur au thorax. J’ai été admis aux urgences dans la nuit du 29 au 30 janvier », nous détaille-t-il. Il est depuis en arrêt maladie.
Dès le premier mandat de Marie-Louise Fort, Églantine* se souvient des méthodes peu orthodoxes de la maire pour lui faire quitter son poste de directrice à l’office du tourisme. « Ils m’ont virée parce que la maire voulait installer son gendre à ma place, assure-t-elle. Ils ont fait pression sur les agents de l’office pour qu’ils témoignent contre moi. Aucun n’a accepté », poursuit-elle.
Elle quitte finalement la mairie pour aller travailler au conseil général, et y revient en 2009 en tant que « responsable des affaires foncières », alors que la mairie est dirigée par le maire DVG Daniel Paris. Dès le retour à l’hôtel de ville de Marie-Louise Fort, en 2014, on lui fait à nouveau comprendre qu’on souhaite qu’elle quitte ses fonctions. « Ils ont voulu me mettre “secrétaire à la voirie”. J’ai pris un avocat et les choses se sont un peu calmées », rapporte Églantine.
Fin janvier, elle a pourtant « subi » un entretien des plus dérangeants avec un « consultant » censé faire un audit dans son pôle. De professionnelle, la conversation avec ce « consultant » mandaté par la mairie et rémunéré, selon nos informations, 27 000 euros, dérape gravement.
Selon les éléments matériels à notre disposition, après avoir évoqué avec elle ses goûts cinématographiques, Églantine est en effet sommée de s’expliquer sur son rapport aux hommes. « Je le soupçonne chez vous, je pense que vous avez plaisir à amener les gens avec qui vous avez décidé de jouer à la pavane, qui constitue tout ce qu’un homme fait autour d’une femme. C’est de la malice, de l’espièglerie. Le regard, la posture », s’égare celui qui rencontre cette fonctionnaire d’une soixantaine d’années pour la première fois.
« Les femmes influencent la décision des hommes. Vous savez nous approcher. Vous connaissez tous nos défauts. On est prévisibles », disserte-t-il en évoquant des exemples dans l’Histoire de « garces absolues comme il y a des salauds absolus ». « Mais je ne suis pas une garce ! », se trouve contrainte de répondre Églantine. « C’était très gênant. Je me suis sentie salie. L’entretien s’est fait sur un ton mielleux, frisant la drague par moment », raconte cette cadre que nous avons rencontrée à Sens, comme les autres agents.
Ces cas, pour extrêmes qu’ils soient, sont loin d’être isolés, comme le montre le rapport sur les risques psychosociaux. Marie-Louise Fort, dont plusieurs agents et élus nous ont raconté les coups de sang homériques et les « humiliations publiques », le sait pertinemment.
Quand on lui parle du harcèlement moral dont nous ont fait état plusieurs agents, elle rétorque que le « harcèlement, c’est un mot très fort que je n’emploie jamais ». Pour elle, le rapport sur les risques psychosociaux relevait que 77 % des agents étaient satisfaits de travailler pour la collectivité. Un chiffre abondamment relayé par la mairie, mais qui ne dit rien du climat délétère dans son administration. « Quand ça va vraiment très mal, il y a des grèves », avance l’élue LR, qui souligne que la Ville a augmenté « les plus bas salaires » et a revalorisé les Ticket-Restaurant. « Qu’il y ait des cas particuliers… On serait les seuls à ne pas en avoir ! », s’agace-t-elle.
Quand on presse la maire de nous répondre sur certaines situations évoquées dans cet article, Marie-Louise Fort finit par invoquer, devant notre insistance, son « droit de retrait » (sic). Un droit qui autorise en théorie un salarié à quitter son poste face à un danger grave et imminent…
Pourquoi ces affaires, d’une rare gravité, ne sont-elles jamais sorties dans la presse locale ? Le rédacteur en chef de L’Indépendant de l’Yonne, Alain Chaboteau, qui a publié ce vendredi une enquête sur le cas d’Olivier* a sa petite idée. Pour s’être montré un peu trop impertinent avec l’édile, son journal s’est vu en 2015 brutalement retirer tous les budgets publicitaires de la Ville et de l’agglomération.
Le journal n’est alors non seulement plus convié aux points presse de la mairie, mais le journaliste se fait même exclure manu militari lorsqu’il tente de s’y rendre. « Ils ont voulu tuer le journal », raconte Alain Chaboteau, qui constate que les responsables de la mairie refusent de lui parler en public. À l’époque, Marie-Louise Fort avait assumé la coupe du budget publicitaire à L’Indépendant par une formule sans ambiguïté : « Nous avons un budget contraint, justifiait la députée-maire à France TV. Et je ne vais pas m’autoflageller. La presse locale, ce qu’on lui demande, c’est aussi d’être un peu partenaire. »
Car Marie-Louise Fort n’aime pas trop la contradiction, ni les lourdeurs du dialogue social. Le 5 novembre dernier, lors d’un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail dont Mediapart s’est procuré le procès-verbal, l’élue s’irrite de l’inutilité de ce rendez-vous légal, arguant qu’il n’y a pas grand-chose à discuter. « Le dialogue social n’est pas une obligation à ma connaissance, nous pourrions le supprimer », lance-t-elle. Une preuve de plus de sa conception bien particulière des ressources « humaines ».
Tous les agents cités ont été rencontrés à Sens. La maire Marie-Louise Fort a été interrogée par téléphone. Tous les agents rencontrés ont requis l’anonymat (signalé par un astérisque) pour ne pas subir de préjudice notamment dans leurs recherches d’emplois. Alain Peretti nous a indiqué par SMS que concernant l’entretien avec Olivier* que nous citons, « une plainte pénale a été déposée ». « L’instruction est en cours et ne me permet pas de m’exprimer. » Quand nous lui avons détaillé le contenu de cet entretien en l’interrogeant sur la signification de certaines de ses affirmations, il n’a plus donné suite. Charles-Hervé Moreau, premier adjoint chargé des relations humaines, nous a répondu par SMS que « des mesures conservatoires » avaient été prises « suite à des signalements de harcèlement présumé de jeunes filles » et que « la collectivité a diligenté une enquête administrative. Dans l’attente de ses résultats, je me refuse à tout commentaire ». Lorsque nous lui avons indiqué qu’il était désigné comme ayant commandé une enquête à charge pour « détruire » Olivier*, il ne nous a plus répondu. Pas plus qu’il n’a répondu à nos questions sur les suites qu’il comptait donner au rapport sur les risques psychosociaux dans la Ville et l’agglomération. Le directeur général des services Thierry Cot, contacté à plusieurs reprises sur son téléphone portable, ne nous a jamais répondu.
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