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Fukushima : chiffres clé pour le huitième anniversaire

Catastrophe nucléaire de Fukushima : chiffres clé pour le huitième anniversaire

A l’approche du huitième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias, les sites officiels et les 2 500 articles de ce site. Des mises à jour seront faites régulièrement.

Les chiffres clés publiés à l’occasion du septième anniversaire sont ici.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux.

En juillet 2018, TEPCo a mis en ligne des vidéos montrant les progrès réalisés. On peut aussi faire une visite virtuelle, même si les images datent un peu.

RÉACTEUR N°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés car il n’est plus menaçant.

RÉACTEUR N°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment avec un toit, de forme cylindrique, est terminée. Le retrait des combustibles devait débuter en novembre 2018 pour se terminer en 2019, mais ils ont pris du retard. Les opérations ne devraient commencer qu’à partir de la fin mars 2019. Il y a 566 assemblages usés dans cette piscine.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

TEPCo a fait une reconstitution en 3D des structures qui jonchent l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 et a mis quelques images de synthèse en ligne, ainsi qu’une vidéo où l’on tourne autour du cœur. La compagnie avait aussi envoyé un drone dans le bâtiment réacteur pour prendre des images et faire des mesures de débit de dose. Les débits de dose varient de 8 à 15 mSv/h alors que la limite pour les travailleurs du nucléaire est de 20 mSv par an. Cela signifie que les interventions humaines doivent être très très courtes.

RÉACTEUR N°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine. La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris.

Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. Les dernières sont ici.Elles ont été traitées de façon à pouvoir, grâce à la réalité virtuelle, se déplacer virtuellement dans cette enceinte et analyser son état. On voit clairement le corium et un élément d’assemblage de combustible tombé au fond de l’enceinte de confinement :

TEPCo a envoyé un autre robot entrer en contact avec le corium pour évaluer sa consistance. le robot a pu soulever des petits débris, mais le dépôt sédimentaire au fond de l’enceinte de confinement semble collé à la paroi. Sur la plateforme aussi les dépôts semblent être soit des graviers faciles à prendre à un endroit, soit une masse compacte bien collée. Des images et une vidéo sont disponibles.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

TEPCo a aussi envoyé un robot à proximité de la chambre de suppression, cette pièce toroïdale qui entoure la base du réacteur, ainsi qu’à l’intérieur. Equipé de caméra, de lasers pour mesurer les distance et de dosimètre, il a entièrement filmé et repéré son parcours. La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a ensuite reconstitué l’intérieur afin de permettre de se déplacer virtuellement à l’intérieur. Cela devrait permettre aux intervenants de s’entraîner dans une chambre de réalité virtuelle avant de pénétrer, afin de limiter la dose prise. Mais en juillet 2018, peu de personnes ont utilisé cet outil pour le moment. Surtout des chercheurs ou des étudiants, pas des intervenants, selon la JAEA. Et des visiteurs, comme le rédacteur de ces lignes

RÉACTEUR N°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles. Depuis, la compagnie est peu prolixe sur l’avancement des travaux.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

RÉACTEURS 5 ET 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient partiellement déchargés le 11 mars 2011 et un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, ce qui a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Eau contaminée

L’eau contaminée qui continue à s’accumuler est l’autre grand défi auquel doit faire face TEPCo, même si, en 2013, le premier ministre avait déclaré devant le comité international olympique que la situation est sous contrôle. Les scandales se sont aussi accumulés au cours de ces huit années.

TEPCo a lancé un nouveau portail internet sur ce sujet, qui est même disponible en anglais, mais qui ne contient aucune information pertinente. Greenpeace a aussi publié un rapport qui fait le point sur la situation. L’organisation s’oppose au rejet en mer.

RÉSUMÉ DE LA SITUATION

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte environ 70 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3. Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Au début de la catastrophe, les infiltrations s’élevaient à environ 400 m3 par jour, qui se contaminaient et qu’il fallait entreposer dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyait vers la nappe puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette eau est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution.

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017. Elle a permis de réduire les infiltrations, mais pas de les stopper. La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

FLUX ET STOCKS

Selon un bilan récent, la compagnie pompe dans les sous-sols des réacteurs un surplus de 52 m3/jour par rapport à ce qu’elle injecte, en l’absence de précipitations. Une partie (7 m3) vient de la nappe phréatique proche, qui est aussi fortement contaminée.

L’eau pompée dans les sous-sols est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. La compagnie annonce avoir déjà traité deux millions de mètres cubes d’eau contaminée. Une partie est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 1,1 million de mètres cubes auxquels il faut ajouter 48 370 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

QUE FAIRE DE CETTE EAU ?

Que faire de cette eau traitée ? Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, il ne reste que le rejet en mer. La concentration en tritium serait d’un à cinq millions de becquerels par litre, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal. Le problème est plutôt du côté du stock total, estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente de l’ordre de 150 années de rejet à la limite autorisée.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le seul tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

Officiellement il resterait plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans l’eau traitée, qu’il est difficile de séparer et stocker. Cette situation n’est pas pérenne et la meilleure solution trouvée par la compagnie et le gouvernement est le rejet en mer. Ne restait plus qu’à convaincre les résidents… Les autorités ont donc organisé 3 réunions publiques, à Tomioka et Kôriyama et les quelques personnes qui y ont assisté ont posé des questions sur la contamination résiduelle. C’est ainsi qu’elles ont appris que la contamination résiduelle pour certains éléments dépassait les concentrations maximales autorisées pour le rejet en mer.

TEPCo a fini par admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer. La concentration en strontium, particulièrement radio-toxique, peut atteindre 600 000 Bq/L, ce qui est environ 20 000 fois plus que la limite autorisée. La compagnie parle maintenant d’effectuer un second traitement avant rejet en mer.

Environ 161 000 m3 auraient une concentration de l’ordre de 10 à 100 fois la limite, auxquels il faut ajouter 65 000 autres mètres cubes, avec jusqu’à 20 000 fois la limite, selon TEPCo. Sa station de traitement traite environ 340 m3 jour actuellement. A ce rythme là, il lui faudrait 2 ans pour traiter ce stock… sans parler du coût. Ce total ne fait pas encore les 750 000 m3 annoncés comme faisant 80% du stock. La presse ne donne pas de détails sur le reste.

Après, quand les populations s’opposent aux rejets, c’est à cause des rumeurs néfastes…Cette gestion de l’eau contaminée et de la concertation avec les populations est lamentable.

Travailleurs à la centrale accidentée

DONNÉES

Les données officielles sont ici en anglais sur le site internet du ministère du travail. Le nettoyage du site ainsi que le bétonnage et l’asphaltage ont permis de réduire l’exposition des travailleurs. Les mesures de protection nécessaires en fonction du zonage sont ici.

• Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose de 100 mSv sur 5 ans peuvent revenir. Depuis cette date, jusqu’au 30 novembre 2018, 20 243 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants, dont 18 168 sous-traitants (90%). Impossible de savoir combien d’entre eux ont déjà été exposés lors des cinq premières années.

Pour le seul mois de novembre 2018, 7 202 travailleurs ont été exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 86% de sous-traitants (6 211). La dose moyenne mensuelle prise par ces sous-traitants est de 0,37 mSv et de 0,11 mSv pour les employés de TEPCo. 35 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 5 mSv, avec un maximum de 8,96 mSv.

Depuis le 1er avril 2016, 59 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 50 mSv. La dose maximale reçue est de 75,5 mSv. Les sous-traitants ont pris 95,2% de la dose collective qui est de 100,4 hommes.sieverts.

Le dernier bilan du ministère du travail sur les violations du droit du travail à la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination est ici en anglais.

MALADIES PROFESSIONNELLES

Deux cas de cancer de la thyroïde ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas et deuxième cas). Il y a aussi trois leucémies (premierdeuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date de novembre 2017 et est disponible en ligne sur le site dédié.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Liens vers la carte en anglais et en japonais.

• Cartes du “Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (Fukushima daiichi)” : Ces cartes ont été traduites en français par l’association Nos Voisins lointains 3.11.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination et déchets radioactifs

DÉCONTAMINATION

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper. Voir le dernier bilan mensuel publié par le ministère de l’environnement. Pour un bilan annuel plus complet, c’est ici.

Dans la zone évacuée, la décontamination est terminée, sauf dans la partie classée en “zone de retour difficile” où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an et les ordres d’évacuer levés depuis le 1er avril 2017.

Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient initialement concernées, à Fukushima, Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba et c’est passé à 93 par la simple décroissance radioactive. Les travaux de décontamination sont terminés partout depuis mars 2018.

Pour les zones dites de retour difficile, le gouvernement va décontaminer un centre à Futaba et Ôkuma afin de pouvoir affirmer qu’il n’a abandonné aucune commune. Les travaux ont débuté partout et ils devraient se terminer en 2022. Qui va revenir après 11 années d’évacuation ? Ces centres sont qualifiés de SZRR (special zones for reconstruction and revitalization) sur la carte ci-dessous (source) :

Le ministère de l’environnement a budgété 2 900 milliards de yens (23,4 milliards d’euros) jusqu’en mars 2019 pour financer les travaux de décontamination. La moitié est pour les zones évacuées, sans prendre en compte la zone dite de retour difficile et l’autre moitié pour les zones non évacuées.

Pour les forêts contaminées à Fukushima, la nouvelle politique est de tout raser pour faire de la biomasse afin de relancer une industrie forestière exsangue. Grâce aux tarifs de rachat de l’électricité d’origine renouvelable, l’investissement dans la biomasse est très rentable. Et comme tout est subventionné, tout le monde y gagne, sauf le contribuable.

Voilà ce que cela donne à Tamura, dans la province de Fukushima :

Le bois est transformé en copeaux et transporté par camions dans tout le Japon. Des associations commencent à se mobiliser sur cette thématique et étudient l’impact radioactif des rejets car les filtres utilisés sont que de simples filtres à manche, comme de gros sacs d’aspirateurs, et non des filtres de haute efficacité.

DÉCHETS ISSUS DE LA DÉCONTAMINATION

Notre reportage de 2016 sur la gestion des déchets issus de la décontamination reste d’actualité.

Dans son bilan, le ministère de l’environnement fait état de 9,1 millions de mètres cubes de sols contaminés accumulés à la fin mars 2018 dans les zones évacuées et de 7,9 millions de mètres cubes dans les autres zones, dont 7,4 à Fukushima. Ces déchets ont vocation à être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 (1 600 ha) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, en zone de retour difficile. Le gouvernement aurait acheté ou loué 85,4% des terrains. L’entreposage a débuté.

Le ministère prévoit qu’1,2 million de mètres cubes de sols auront été transportés sur le centre d’entreposage d’ici la fin de l’année fiscale (31 mars 2019). Cela représente environ 181 000 voyages en camion (6 m3 par camion). Presque tous les sols contaminés devraient avoir été transférés pour les JO de 2020…

Après, au bout de 30 ans, les autorités envisagent un “recyclage” de ces sols pour la construction de routes, digues… Des chantiers pilotes sont en cours à Minami-Sôma ou en projet à Nihonmatsu ou Iitaté, malgré l’opposition des riverains et de nombreux experts.

Dans les autres provinces, le gouvernement veut enterrer les sols radioactifs.

Les déchets organiques, quant à eux sont incinérés dans de nombreux incinérateurs répartis dans toute la province de Fukushima :

Les cendres seront mises en fûts bétonnés et stockées dans ce qui s’appelait le “Fukushima Eco Tech Clean Center” qui a été nationalisé depuis. Les autres déchets spéciaux qui seront aussi stockés.

De nombreux autres déchets, comme des boues de station d’épuration radioactives ou des cendres d’incinérateurs de déchets ménagers sont toujours en attente de solution dans de nombreuses provinces. A l’incinérateur d’Iwaki sud, les cendres sont simplement entreposées dans la cour :

TRAVAILLEURS IMPLIQUÉS DANS LES TRAVAUX DE DÉCONTAMINATION

Le ministère de l’environnement fait état de 13,7 millions de travailleurs engagés dans des travaux de décontamination dans les territoires évacués et 18,4 millions dans les territoires non évacués. Ces chiffres ne sont pas réalistes. Il doit s’agir du nombre de contrats signés.

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 par la Radiation Effects Association, qui est l’organisme qui suit les travailleurs du nucléaire au Japon, pour les décontamineurs (source en japonais) qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais).

Au 31 mai 2018, 464 283 décontamineurs ont été enregistrés dans la base de données sur les doses. On est loin des millions de décontamineurs rapportés par le ministère de l’environnement. Le nombre de travailleurs par année et les doses sont résumés sur graphique (extrait de ce document) :

Les données pour l’année 2017 sont ici en anglais (pour les données 2016, voir les chiffres clés de l’an dernier). Elles font état de 12 000 à 16 000 travailleurs engagés chaque trimestre sur une centaine de chantiers de décontamination d’octobre 2017 à novembre 2018. La dose maximale reçue est de 3,8 mSv pour un trimestre. Pour l’année 2017, un total de 25 025 décontamineurs ont été enregistrés, avec 2,6% de femmes. La dose annuelle maximale est de 8 mSv. La minimale est de 0,3 mSv. La dose collective est de 7,6 hommes.sieverts.

La distribution des doses par zone est assez frappante. Sans surprise, c’est dans les communes classées en “zone de retour difficile” que les doses sont les plus élevées (Katsurao, Tamura, Futaba et Ôkuma).

Des apprentis vietnamiens ont été envoyés illégalement sur des chantiers de décontamination ou à la centrale de Fukushima daï-ichi, sans être informés des risques encourus et sans recevoir les primes de risque. Le ministère de la justice a diligenté une enquête auprès d’un millier compagnies du bâtiment qui prennent part au programme de formation de apprentis étrangers. Il en ressort que quatre d’entre elles ont envoyé des stagiaires étrangers sur les chantiers de décontamination.

Un ancien employé d’un incinérateur de déchets radioactifs d’Iitaté accuse son employeurde ne pas l’avoir assez protégé. Il craint pour sa santé et a porté plainte.

Le dernier bilan du ministère du travail sur les violations du droit du travail à la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination est ici en anglais.

A noter que trois rapporteurs de l’ONU ont préparé un rapport qui dénonce les conditions de travail sur les chantiers de décontamination de Fukushima et à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Zones évacuées et personnes déplacées

Le gouvernement avait introduit la limite d’évacuation la plus haute des recommandations internationales pour évacuer les populations : 20 mSv/an, même pour les bébés et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations (voir nos explications sur les doses limites et normes). Il maintient cette même limite pour le retour alors que les recommandations internationales demandent une diminution progressive pour revenir à la limite normale qui est de 1 mSv/an.

Le rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses, attaché au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), basé à Genève, regrette “la décision du gouvernement de lever les ordres d’évacuation et la décision des autorités préfectorales de mettre fin à l’octroi d’aides au logement [qui] font peser de fortes pressions en faveur du retour sur un grand nombre d’auto-évacués. La levée progressive des ordres d’évacuation a créé d’énormes tensions sur les personnes dont la vie a déjà été affectée par la pire catastrophe nucléaire de ce siècle. Bon nombre d’entre eux ont l’impression d’être forcés de retourner dans des zones dangereuses, y compris celles où les niveaux de rayonnement sont supérieurs à ce que le gouvernement considérait auparavant comme sûr.” Le titre du communiqué de presse est sans ambiguïté : le Japon doit cesser les retours à Fukushima, où la radioactivité demeure un sujet de préoccupation. Pour cela, il s’appuie sur l’article 24 de la convention relative aux droits de l’enfant dont le Japon est partie, qui stipule que “les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible”.

ZONAGE

Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 et il ne reste que les zones dites de retour difficile où l’accès est interdit.

COMMUNEDATE DE LA LEVÉE DE L’ORDRE D’ÉVACUATION
Tamura1er avril 2014
Kawauchi1er octobre 2014 pour une partie, puis 14 juin 2016
Naraha5 septembre 2015
Katsurao12 juin 2016
Minamisôma12 juillet 2016
Iitate village31 mars 2017
Kawamata village31 mars 2017
Namie town31 mars 2017
Tomioka town1er avril 2017

RETOUR DES POPULATIONS

En juillet 2018, le nombre officiel de personnes déplacées à Fukushima était de 44 878, dont 33 622 en dehors de la province (source). Cependant, les personnes originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “auto-évacuées” ne sont plus prises en compte dans ce décompte, car elles ne bénéficient de plus aucune aide. Cela ne signifie pas que les personnes déplacées sont rentrées.

Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés reste faible et la population totale diminue. La dépopulation des zones rurales a commencé avant la catastrophe nucléaire. Cette dernière a fortement accéléré le processus. Voici quelques chiffres par commune :

  • Namié : 896 personnes résidentes sur 17 582 habitants, soit 5% (source). Elles étaient 21 434 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Iitaté : 1 003 résidents sur 5 685 habitants, soit 17,6% (source et page d’accès) ; Elles étaient 6 509 au 11 mars 2011 (source) ;
  • District d’Odaka à Minami-Sôma : 8 034 résidents sur 12 842 avant la catastrophe, soit 62,5% (source) ; Il n’y a que 617 enfants âgés de moins de 14 ans ;
  • Kawamata, district de Yamakiya : 334 résidents sur 858 personnes enregistrées, soit 39% (source) ;
  • Naraha : 3 641 résidents sur 6 969 personnes enregistrées, soit 52% (source et données). Elles étaient 8 011 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Tomioka : 791 résidents sur 9 714 personnes enregistrées, soit 8,1% (source et données). Elles étaient 15 960 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Katsurao : 280 résidents sur 1 415 personnes enregistrées, soit 20% (source). Elles étaient 1 567 au 11 mars 2011 (source).
  • Kawauchi : 2 165 résidents sur 3 038 personnes enregistrées le 11 mars 2011 (source)
  • Futaba et Ôkuma : respectivement 7 140 (source) et 11 505 (source) habitants le 11 mars 2011 et zéro retours puisque ces communes sont classées en zone dite de retour difficile.

Impact sanitaire

• Décès : Les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (source), qui datent du 13 février 2019 font état de 1 605 décès directs dus à la triple catastrophe et de 2 disparus. Il y a aussi 2 267 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation.

• Cancers de la thyroïde : L’université médicale de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans.

Les derniers résultats sont ici sur notre site : Au total, on arrive à 166 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 206 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Le bilan des campagnes de dépistage donne :

Dépistages avec résultatExamens complémentaires terminésCytoponctionsNombre de cancers suspectésNombre de cancers confirmés
Première campagne300 4722 130547116101
Deuxième campagne270 5401 8742077152
Troisième campagne217 513933541813
Quatrième campagne25 9827000
Plus de 25 ans1 98958320

A noter, que selon un fond de soutien, un cas de cancer de la thyroïde a échappé aux statistiques officielles (source). Selon ce même fond qui a effectué un suivi de 84 enfants ayant déclaré un cancer de la thyroïde, 8 d’entre eux ont dû subir une deuxième intervention chirurgicale après une rechute. Ils avaient entre 6 et 15 ans au moment de l’accident. Il réclame des statistiques officielles sur le nombre de rechutes.

Coût de la catastrophe

COÛT TOTAL ESTIMÉ

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale, selon une étude du Japan Center for Economic Research (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

INDEMNISATIONS

En janvier dernier, les autorités avaient déjà prêté 8 747,2 milliards de yens (70 milliards d’euros) à TEPCo pour que la compagnie puisse indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire et cela ne suffira pas. Les intérêts sont à la charge des contribuables.

L’indemnisation du stress psychologique s’est terminée un an après l’évacuation pour les personnes originaires d’un point chaud situé au-delà des zones d’évacuation. Les habitants originaires des zones dites de retour difficile ont reçu l’équivalent de douze années d’indemnisation et pour les autres, originaires des zones où l’ordre d’évacuer a été levé, l’indemnisation s’est arrêtée au bout de 7 ans. Un adulte a reçu 1,2 million de yens par an (environ 10 000 euros). Il y a eu aussi une compensation pour la perte des biens et des revenus, qui varie d’une famille à l’autre.

De nombreuses personnes ne sont pas satisfaites par les indemnisations reçues et réclament plus. En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait alors annoncé vouloir les respecter. Mais, dans les faits, TEPCo refuse de nombreux arbitrages et la commission a clôt de nombreux dossiers non réglés : 72 entre 2013 et 2017 (tous des employés de TEPCo et leur famille), 18 en 2018 et déjà un en 2019. Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée.

Plus de 10 000 Japonais ont porté plainte contre le gouvernement et parfois aussi contre l’Etat afin de bénéficier d’une meilleurs indemnisation. Il y a une trentaine de plaintes collectives. TEPCo a déjà été condamnée 8 fois à mieux indemniser les victimes et le gouvernement, cinq fois.

Parc nucléaire japonais

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs de production d’électricité plus des réacteurs de recherche. Une carte datant de 2010 est disponible ici.

Actuellement, 6 réacteurs ont été détruits ou endommagés par la catastrophe nucléaire à Fukushima daï-ichi, 15 arrêtés définitivement. Le Japon ne compte donc plus que 33 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité : 15 ont leur dossier de sûreté validé et 9 ont été remis en service.

Pour voir le détail du parc japonais, c’est par ici.

• Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 24 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source). Le démarrage est désormais annoncé pour 2021 et le coût a été multiplié par 4.

Son dossier de sûreté est quasiment validé par l’Autorité de régulation nucléaire. Mais, même si cette usine démarre, elle devra tourner au ralenti car il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le gouvernement japonais s’est engagé récemment à ne pas en extraire plus qu’il ne pouvait en consommer.

• Faute de débouchés sur le marché intérieur, le Japon avait fait de l’exportation de sa technologie nucléaire une priorité pour sauver son industrie. Mais tous les projets de centrale nucléaire dans un pays étranger ont été abandonnés ou suspendus face aux coûts exorbitants.

• Le charbon couvre maintenant 30% de la production d’électricité au Japon et cela augmente encore. Si tous les projets aboutissent, cela devrait atteindre 40%… alors que décembre 2017 marquait les 20 ans du protocole de Kyôto. Les engagements du Japon lors de la COP21, bien que modestes, pourraient ne pas être tenus.Ce contenu a été publié dans ACROnique de Fukushima par ACRO, et marqué avec Contamination de l’eau douceContamination des solsCoût de la catastropheDéchets radioactifsDécontaminationDémantèlementEau contaminéeEnergie nucléaireEvacuationGénéralités sur l’accidentImpact sanitaireRéacteur n°1Réacteur n°2Réacteur n°3Réacteur n°4Réacteurs 5 et 6RejetsRetour des habitantsTravailleursVivre en territoire contaminéVoir Fukushima. Mettez-le en favori avec son permalien.

Le Japon peine…

Le Japon peine à mener sa transition énergétique

Par Rédacteur  le 03.03.2019 à 11h00

Huit ans après la catastrophe de Fukushima, les énergies renouvelables ont du mal à se développer dans l’archipel, faute de volonté politique. Cet article est extrait du magazine n°865 (mars 2019).

La centrale solaire de Setouchi Kirei a été mise en service fin 2018.
La centrale solaire de Setouchi Kirei a été mise en service fin 2018.
THE ASAHI SHIMBUN/GETTY IMAGES

Le Japon, durement frappé par la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, ne parvient toujours pas à redéfinir sa politique énergétique. Seuls neuf réacteurs nucléaires ont été redémarrés sur les 50 mis à l’arrêt en raison de la lenteur des examens de sûreté et d’une opinion publique très hostile à leur remise en fonction. Et ces neuf réacteurs fournissent à peine… 2 % de la production totale d’électricité.

Premier ministre Shinzo Abe veut faire du nucléaire un axe de sa politique énergétique

Or, pour atteindre ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre comme promis lors de la COP21 à Paris en 2015 (-26 % en 2030 par rapport à 2013), Tokyo table sur une part du nucléaire de 20 à 22 % dans son mix énergétique (contre 22-24 % pour les énergies renouvelables). Concrètement, cela impose de relancer une trentaine de réacteurs et le Premier ministre Shinzo Abe n’a jamais caché sa volonté de faire du nucléaire un axe de sa politique énergétique, arguant qu’il permet de réduire la dépendance japonaise vis-à-vis du Moyen Orient. Ce qui l’oppose à sa population, 75 % des Japonais s’étant déclarés en 2018 pour la sortie immédiate ou progressive du nucléaire. Les entreprises, de leur côté, ne sont pas en reste. En juillet 2018, plus de 100 organisations privées et publiques ont lancé la Japan Climate Initiative (JCI) pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C. Ses actions : des conférences et du lobbying auprès du gouvernement.

S’il ne parvient pas à imposer sa politique, le gouvernement risque de faire davantage appel aux énergies fossiles plutôt qu’à une part plus importante d’énergies renouvelables. Car le développement de ces dernières, qui n’assurent aujourd’hui que 14 % de l’électricité du pays, est freiné par de multiples obstacles. En particulier la forte opposition des lobbys de la pêche à l’éolien offshore et des opérateurs d’électricité qui refusent de laisser utiliser leurs infrastructures aux nouveaux acteurs du renouvelable.

L’éolien offshore comme alternative la plus crédible

Quelles sont les alternatives ? Avec des montagnes couvrant près des deux tiers du territoire, et des plaines très peuplées, le Japon manque de place pour le solaire. Une solution : déployer les panneaux photovoltaïques sur les toits. Selon le ministère de l’Environnement, la puissance cumulée pourrait atteindre 185 gigawatts (GW) (l’équivalent de 185 réacteurs nucléaires). Côté géothermie, avec 23 GW, le Japon, dispose de la troisième capacité géothermique théorique du monde. Mais la construction de centrales entre en concurrence avec l’exploitation des sources thermales.

Le point de vue de Yasuko Kameyama, chercheuse à l’institut National des Études environnementales à Tsukuba. 

« L’énergie renouvelable qui a le plus de potentiel au Japon est l’éolien. Notamment l’éolien offshore, qui est la clé pour augmenter la part du renouvelable dans le mix énergétique. Mais son développement ne pourra se faire sans une mobilisation des politiques afin de répondre à l’opposition des pêcheurs locaux. L’autre levier sur lequel il est indispensable de jouer est le prix du carbone, qui doit augmenter au Japon pour rendre le renouvelable compétitif face aux énergies fossiles. Il faudrait aussi développer un système de stockage d’électricité pour lisser la production. Tout cela est techniquement possible, il manque juste la volonté politique. Par ailleurs, pour le nucléaire, le chiffre fixé par le gouvernement (20-22 % du bouquet énergétique d’ici à 2030) ne tient pas compte du déclin démographique du pays. En réalité, il n’est probablement pas nécessaire de relancer autant de centrales pour répondre à la demande. La dépendance énergétique du Japon est un problème qui devrait être résolu par le développement des renouvelables. »

Yuta Yagishit

Fukushima: nucléaire civil

2 mars 2019

Fukushima et le nucléaire civil au Japon 

Voici des informations sur le Japon nucléaire transmises par Kolin Kobayashi, président de l’association Echo Echanges et correspondant du « Days Japan » à Paris. Selon lui, la préparation des JO de Tokyo est en train de faire oublier Fukushima alors que la centrale de Daiichi est toujours en état d’urgence. Vous pourrez le rencontrer dans toute la France lors de débats organisés autour du film de Futoshi Sato « Fukushima, le couvercle du soleil » (voir les dates et lieux dans l’agenda).

Carte des 54 réacteurs du Japon en activité en mars 2011. Les réacteurs entourés en rouge sont ceux qui sont en activité actuellement (d'après une carte de l'OCDE de 2010, actualisée par le blog de Fukushima)

Carte des 54 réacteurs du Japon en activité en mars 2011. Les réacteurs entourés en rouge sont ceux qui sont en activité actuellement (d’après une carte de l’OCDE de 2010, actualisée par le blog de Fukushima)

Le nucléaire civil au Japon, Fukushima

Chiffres 

Nombre total de centrales : 19 centrales

Nombre total de réacteurs : 54 réacteurs actifs avant Fukushima.

Nombre de fermetures décidées : 21 réacteurs

Nombre de  réacteurs redémarrés : 9 au 1er déc 2018 (Ikata, Sendaï, Takahama, Ooi, Genkaï)

Nombre de réacteurs passés au contrôle de la nouvelle norme : 9

Nombre de réacteurs en construction : 3 (Oma, Totsu, Shimané)

L’Arrêt total de toutes les centrales :

Zéro réacteur pendant presque deux ans entre mai 2012 et août 2015. Pendant cette période, le Japon a utilisé des centrales de charbon et de fuel, mais l’augmentation de consommation de charbon n’a pas dépassé 10 %. Le gaz naturel +9 %

La part du l’électronucléaire avant Fukushima : 30 %

L’augmentation de production solaire : 45 milliards KWh qui dépasserait celle de l’électronucléaire (17 milliards).

Les préoccupations avant la 8ème année (le 11 mars 2019) de la catastrophe de Fukushima

L’accident continue et on est toujours sous l’état d’urgence. On ne réussit pas encore à confiner la radioactivité.

Retour des habitants

Depuis le printemps de 2017, les zones de préparation de l’ouverture sont ouvertes et le gouvernement et le département de Fukushima préconisent de faire retourner les habitants dans leurs zones contaminées. M. Shunichi Tanaka, ancien président de la commission de régulation nucléaire, originaire de Fukushima, s’installe à Iitaté pour montrer qu’il n’y a pas de risque radioactif. La commune de Iitaté (40-50 km Nord-Ouest de Fukushima-Daiichi) est un lieu stratégique à la fois pour les pronucléaires qui voudraient effacer ce mauvais souvenir de Mars 2011 et les antinucléaires qui voudraient démontrer qu’il peut y avoir une contamination importante même si on est éloigné de 40 km. Les villageois n’ont pas été informés que leur village a été massivement contaminé. Un mois plus tard, tous les résidents ont été évacués.

Les lobbys japonais et français travaillent de conserve pour accréditer le mythe de la sécurité face à la radioactivité, dans la continuité du projet Ethos en Belarus, pour faire revenir les habitants.

La propagande des lobbys japonais et français prévoit d’organiser un voyage d’études au Japon avec les lycéens internationaux, y compris les lycéens français, à  Fukushima et aussi au site de Fukushima-Daiichi, pour persuader que la radioactivité n’est pas très grave. Une propagande organisée par les scientifiques japonais et français liés à la sphère Ethos du lobby international.

Rejet de l’eau contaminée dans l’océan Pacifique :

La quantité des eaux contaminées dépasse aujourd’hui 1 120 000 tonnes avec plus de 1000 réservoirs. La limite de la marge du stockage dans le site de Fukushima sera atteinte dans deux ans.

On constate que ces eaux contiennent non seulement plus de 1000 billions de Bq en total de tritium mais aussi du césium 137 et 134 et du strontium. TEPCO et les autorités japonaises préconisent d’en rejeter dans l’Océan Pacifique. Ils ont organisé trois auditions publiques au cours desquelles les habitants et surtout les pêcheurs se sont montrés farouchement opposés à cette solution. La commission citoyenne du nucléaire (organisation associative des scientifiques indépendants) préconise d’en stocker dans les grands réservoirs pour 100 ans. Pour le moment la décision est suspendue. 

Réutilisation des terres contaminées : 

Le recyclage des déchets de moins de 8000 Bq/kg est autorisé.

Après les travaux de décontamination, les déchets contaminés sont stockés dans les sacs plastiques  et il y a aujourd’hui 16 millions 50 000 sacs : 1100 dépôts temporaires, 137 000 dépôts sur les lieux. Dans les communes d’Okuma et Futaba, on construit les deux sites de stockage intermédiaire qui doivent recevoir finalement 22 millions de sacs jusqu’en 2020. Pour éviter que le nombre de stockage augmente, les autorités japonaises autorisent de recycler/réutiliser les terres contaminées de moins de 8000 Bq/kg.

Le PDG de Veolia a déclaré qu’il a l’intention de faire un commerce de déchets en exportant vers le Japon ceux de France de moins de 8000 Bq/kg.

Suppression des indicateurs publics de dosimétrie :

Le département de Fukushima voudrait supprimer les indicateurs de dosimétrie publics. Il y a des auditions publiques et là aussi, les habitants s’opposent à cette décision.

JO de Tokyo :

La situation créée par la préparation des JO de Tokyo est terrifiante. Elle est en train de faire oublier Fukushima. La banalisation de la radioactivité et la propagande éthosienne. Il faudrait informer le public et le comité des JO français de la réalité de la contamination.

Les conséquences sanitaires :

A Minami-Soma, dans le département de Fukushima, d’après les statistiques* locales de l’hôpital municipal, le nombre des cas de cancers de la thyroïde est 29 fois supérieur au niveau d’avant l’accident, les cas de leucémie 10,8 fois, de cancers du poumon 4,2 fois, de cancers d’enfants 4 fois, de pneumonie 3,98 fois.

*Cela ne représente pas la situation globale du département de Fukushima, mais c’est significatif.

Kolin Kobayashi

The Sea Cleaners…

Le « continent de plastique » n’existe pas, selon plusieurs scientifiques

Le navigateur Yvan Bourgnon a présenté un projet de voilier pour nettoyer les océans des tonnes de déchets plastiques qu’ils contiennent. Or, le « continent de plastique » n’existe pas sous la forme que l’imaginaire collectif se le représente.

Tout le monde est persuadé d’avoir vu les images de ces gigantesques étendues de plastiques, des déchets compacts en dérive au milieu des océans: les fameux « continents de plastique ». Pourtant, selon plusieurs spécialistes interrogés par l’émission Tout un monde de la RTS, ils n’existent pas, ou en tout cas pas comme nous nous les représentons.

« Il existe des zones de convergence où les plastiques, pour des raisons de circulation des grands courants marins, vont se concentrer. Mais les quantités de plastiques dans ces zones sont très minimes. Ce sont quelques milliers de tonnes. Ce n’est rien par rapport à la production mondiale de plastique (voir encadré)« , explique François Galgani, scientifique à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), à Bastia, et responsable d’un groupe d’experts sur les déchets marins pour l’Union européenne. « En aucun cas, il y a des continents de plastique, ni des quantités suffisantes pour justifier un ramassage ».

Quantité et qualité des déchets suffisantes?

Le voilier géant Manta du projet « Sea Cleaners », présenté en avril par le navigateur neuchâtelois Yvan Bourgnon, est ambitieux, mais les scientifiques partagent un doute sur le fait d’aller rechercher les déchets en mer. « Le principe de nettoyer est uniquement valable quand il y a une valeur à ce qu’on récupère. Si vous allez rechercher des filets au fond de la mer, on pourra les recycler. Si on récupère des déchets sur les plages, cela a une valeur patrimoniale », estime François Galgani.

Le principe de nettoyer est uniquement valable quand il y a une valeur à ce qu’on récupère François Galgani, scientifique à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer

Il relève un autre problème: « Les quantités sont-elles suffisamment importantes pour pouvoir alimenter les entreprises de recyclage? Et la qualité des déchets permet-elle le recyclage? Car, en principe, ils sont dégradés et cela peut poser des problèmes sur le plan chimique ». Sans compter le risque de capter aussi des animaux marins, comme des tortues de mer ou des poissons lunes en surface.

99% des déchets volatilisés

Pascal Hagmann, initiateur de l’ONG OceanEye, qui surveille la pollution des océans, voit « un concept très à la mode » dans le nettoyage des océans. Selon lui, cela a un sens sur le littoral ou à proximité des foyers de pollution, mais pas en pleine mer. « C’est une utopie! », dit-il. « Les concentrations de déchets y sont largement inférieures à ce que l’on imaginait. Ce sont quelques dizaines ou centaines de kilos par kilomètre carré. C’est à peu près 1% de ce qu’on s’attendait à trouver. » En clair, concevoir des bateaux à 30 millions de francs pour tenter de repêcher l’insaisissable semble démesuré.

Les concentrations de déchets y sont largement inférieures à ce que l’on imaginait. (…) C’est à peu près 1% de ce qu’on s’attendait à trouverPascal Hagmann, initiateur de l’ONG OceanEye

Pour Pascal Hagmann, la plus grande inquiétude est donc de ne pas savoir ce qu’il advient des 99% de déchets qu’on ne retrouve pas. « On ne sait pas s’ils sont fragmentés en toutes petites particules (…) s’ils sont ingérés par le plancton ou par d’autres organismes, ou s’ils sédimentent au fond des mers. On ne connaît pas tout le processus de transport de ces déchets plastiques et donc on n’est pas capable de quantifier les impacts de cette pollution. »

300 millions de tonnes de plastique par an

Le constat des scientifiques qui brise le « mythe » du « continent de plastique » n’enlève rien à l’urgence de la situation, sachant que le monde produit plus de 300 millions de tonnes de plastique chaque année et la tendance est à un doublement tous les 10 ans. Si cela continue ainsi, en 2050, on en sera à un milliard de tonnes. Et, sur cette quantité, 8 à 10 millions de tonnes sont répandues, tous les ans, dans les mers.

Fukushima: 3,4 millions d’euros

Fukushima: 3,4 millions d’euros de dédommagement pour les évacués après la catastrophe nucléaire

TSUNAMI  La décision a été rendue publique par la justice nipponne ce mercredi

20 Minutes avec AFP

Le site de la centrale nucléaire Fukishima en mars 2011.
Le site de la centrale nucléaire Fukishima en mars 2011. — Ho/Tepco/AFP

Près de huit ans après les faits, elles pourront être dédommagées. Elles, ce sont les populations qui habitaient dans le nord-est du Japon et qui ont dû fuir leur maison après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima en mars 2011. La justice nippone a ordonné mercredi le paiement de 3,4 millions d’euros de dommages-intérêts pour l’ensemble des habitants concernés.

Le tribunal de district de Yokohama (banlieue de Tokyo) a condamné le gouvernement et la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) à verser 419,6 millions de yens à 152 résidents évacués, a déclaré une porte-parole du tribunal.

Un accident évitable

C’est la cinquième fois qu’une décision judiciaire impute en partie au gouvernement la responsabilité de cette catastrophe atomique, la plus grave depuis celle de Tchernobyl en Ukraine en 1986. Selon les détails donnés par la chaîne publique NHK, le juge Ken Nakadaira a estimé que l’accident aurait pu être évité si le gouvernement et Tepco« avaient pris des mesures » face à la menace de tsunami.

C’est un raz-de-marée de 14 mètres de haut qui a provoqué le désastre en déferlant sur la centrale. Parmi les nombreux recours en justice déposés par des milliers de personnes évacuées, plusieurs autres décisions antérieures ont également abouti à établir la responsabilité conjointe du gouvernement et de Tepco, ou de Tepco seule.

Fukushima : le gouvernement japonais et Tepco condamnés à indemniser…

20 févr. 07:52 – La rédaction de LCI

Fukushima : le gouvernement japonais et Tepco condamnés à indemniser les habitants forcés d’évacuer la zone en 2011

Fukushima : le gouvernement japonais et Tepco condamnés à indemniser les habitants forcés d'évacuer la zone en 2011

Une décision de justice qui pointe une fois encore, la responsabilité du Gouvernement et de Tepco dans la catastrophe. La justice nippone a ordonné ce mercredi 20 février, le paiement de 3,4 millions d’euros de dommages-intérêts à des habitants forcés de fuir leur maison du nord-est du Japon après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima en mars 2011.

Le tribunal de district de Yokohama dans la banlieue de Tokyo a condamné le gouvernement et la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) à verser 419,6 millions de yens (soit plus de trois millions d’euros) à 152 résidents évacués, a déclaré une porte-parole du tribunal à l’AFP. C’est la cinquième fois que la justice japonaise impute en partie au gouvernement la responsabilité de cette catastrophe atomique, la plus grave depuis celle de Tchernobyl (Ukraine) en 1986. 

L’accident aurait pu être évité si le gouvernement et Tepco « avaient pris des mesures » face à la menace de tsunami Le juge Ken Nakadaira du tribunal de Yokohama 

Selon les détails donnés par la chaîne publique NHK, le juge Ken Nakadaira a estimé que l’accident aurait pu être évité si le gouvernement et Tepco « avaient pris des mesures » face à la menace de tsunami. C’est un raz-de-marée de 14 mètres de haut qui a provoqué le désastre en déferlant sur la centrale. Parmi les nombreux recours en justice déposés par des milliers de personnes évacuées, plusieurs autres décisions antérieures ont également abouti à établir la responsabilité conjointe du gouvernement et de Tepco, ou de Tepco seule.

Par ailleurs, dans une procédure distincte, une peine de cinq ans de prison a été requise en décembre contre trois anciens dirigeants de Tepco. Ils sont jugés pour « négligence ayant entraîné la mort ». Ces prévenus, les seuls à être jugés en personne dans le cadre de cette catastrophe, ont plaidé non coupable. Ils attendent désormais le verdict qui ne sera pas prononcé avant plusieurs mois. 

La destruction totale ou partielle des six réacteurs de la centrale Fukushima Daiichi, à 210 km de Tokyo, a forcé des dizaines de milliers d’habitants à abandonner leur maison. Un grand nombre d’entre eux sont encore installés dans d’autres régions du pays, ne pouvant pas ou préférant ne pas rentrer chez eux par peur des radiations.

Fukushima: Toshiba au contact…

Ce robot développé par Toshiba est allé au contact du combustible radioactif de Fukushima

Par Sarah Sermondadaz le 13.02.2019 à 17h53

Au Japon, Tepco a pu téléguider un robot tactile qui a manipulé le combustible radioactif de la centrale de Fukushima. Une étape importante pour démanteler la centrale.

Robot Toshiba pour Fukushima

Ce robot est allé au contact du combustible radioactif de la centrale de Fukushima.YOUTUBE/TOSHIBA

Ce n’est pas la première fois qu’un engin est envoyé à la recherche du combustible radioactif dans l’un des 3 réacteurs ravagés de la centrale nucléaire de Fukushima, siège d’une catastrophe nucléaire le 11 mars 2011. En 2017, un robot muni d’une caméra avait, par exemple, permis d’identifier une partie du cœur fondu du réacteur n°3. Mais le 13 février 2019 marque une étape inédite.

Un robot spécialement développé pour l’occasion par Toshiba, l’IRID (International research institute for nuclear decommisioning) et l’électricien japonais Tepco (opérateur de la centrale accidentée) est allé au contact du combustible du réacteur n°2. L’opération qui a débuté à 7h du matin heure locale, s’est déroulée « comme prévu », a annoncé Tepco sur Twitter. « Aucune fluctuation significative de la radio-activité n’a été détectée pendant l’opération, qui n’a eu aucun impact sur les niveaux extérieurs à l’enceinte de confinement »

Un robot muni d’une pince, d’une caméra et d’un dosimètre

Crédits : Toshiba

La particularité de ce robot ? Il n’est pas seulement muni d’une caméra, mais surtout d’une pince articulée, qui lui sert à saisir les dépôts de combustibles à analyser. De quoi lui permettre d’évaluer ensuite leur température et leur niveau de radioactivité, grâce au dosimètre et au thermomètre embarqués. Il s’agit en réalité d’une évolution d’un robot déjà utilisé en 2017 pour explorer le réacteur n°2. 

PINCE. « En utilisant le fruit de nos précédentes investigations, nous avons ajouté un mécanisme de pince pour toucher les dépôts radioactifs et évaluer leur état », a indiqué Toshiba, cité par le site World Nuclear News. La nouvelle version du robot mesure ainsi environ 30 cm de long, pour 10 cm de diamètre. Un câble de quatre mètres permet d’assurer la transmission des images, et le contrôle à distance. De quoi lui permettre d’aller au contact : selon la fiche d’information de Toshiba, le dispositif peut résister à des doses de rayonnement allant jusqu’à 1000 Gy (Gray), qui entraîneraient la mort quasi-instantanée pour l’homme.

Vidéo de démonstration (hors de la centrale) du robot

L’espoir de démanteler les réacteurs avec des robots tactiles

« Jusqu’à présent, nous avions simplement visualisé à la caméra les dépôts de combustible. Il nous fallait savoir s’ils pouvaient être saisis et retirés sans se briser en plus petits morceaux », a expliqué Jun Suzuki, qui intervient sur le projet pour Toshiba, à Japan Today« lI était important de toucher le combustible afin de voir si nous pouvions envisager dans le futur d’en retirer des échantillons. »

Au total, plus d’une vingtaine de robots téléguidés ont déjà été utilisés à des fins d’exploration pour parcourir les différents circuits des trois réacteurs de Fukushima-Daiichi, là où les niveaux de radioactivité empêchent toute inspection humaine. Une autre dizaine de robots sont également exploités pour le démantèlement de la centrale à proprement parler. Mais le circuit primaire, directement au contact du combustible nucléaire, demeure évidemment l’élément le plus difficile à décontaminer. 

Fukushima: Un robot touche…

Fukushima: Un robot touche pour la première fois du combustible fondu

NUCLEAIRE  Des opérations avaient déjà été réalisées sur le site de la catastrophe nucléaire japonaise, mais aucun contact physique n’avait été établi avec le combustible contaminé

L.Br. avec AFP

Publié le 13/02/19 à 11h17 — Mis à jour le 13/02/19 à 11h23

En 2018, Tepco organise une visite des journalistes de la centrale nucléaire détruite sept ans plus tôt.
En 2018, Tepco organise une visite des journalistes de la centrale nucléaire détruite sept ans plus tôt. — TORU HANAI / POOL / AFP

L’opération est inédite. La compagnie d’électricité japonaise Tepco a envoyé ce mercredi un robot dans un des réacteurs de la centrale ravagée de Fukushima pour y « toucher » le combustible fondu. Une première depuis la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011.

« Aucune fluctuation significative de la concentration de substances radioactives dans la poussière n’a été observée au cours de l’enquête et il n’y a pas eu d’impact sur l’extérieur », a indiqué l’entreprise Tepco (Tokyo Electric Power). En somme, tout s’est passé comme prévu selon Tepco après une opération spéciale qui a débuté vers 7 heures locales a duré environ cinq heures. Ce travail a été réalisé dans le réacteur 2, l’un des trois dans lesquels le combustible a fondu. De précédentes investigations avaient été faites dans l’enceinte de confinement dans laquelle s’est échoué le combustible, mais uniquement des observations distantes avec caméras et robots. Cela avait permis de repérer une partie de la matière fondue.

Un contrôle « tactile »

C’est le retrait de ces « débris », d’un niveau de radioactivité exceptionnelle, qui constituera la tâche la plus ardue du démantèlement de ces installations mises en péril il y a bientôt huit ans, le 11 mars 2011, par un gigantesque tsunami sur la côte nord-est du Japon. « Cette fois, c’est un contrôle tactile », a expliqué Tepco dans une présentation mise en ligne. Un robot amélioré, conçu par Toshiba, va aller toucher ce combustible.

La partie au contact des débris ressemble à un gros flotteur au bout d’un câble qui est descendu au-dessus du combustible en étant télécommandé depuis une salle de contrôle. Cet engin est équipé d’un système de mesure de radiations, d’un thermomètre, d’une caméra et d’un éclairage. « Nous ne ferons cette fois pas de prélèvement », a précisé un responsable de Tepco dans une vidéo sur le site internet de la compagnie.

« Si nous parvenons par exemple à évaluer la dureté et d’autres caractéristiques de ces débris, ce seront des informations très utiles pour préparer les opérations d’extraction », avait-il ajouté en amont. Les cœurs des réacteurs 1 à 3 ont fondu au moment de l’accident et doivent être refroidis en permanence. L’exploitant Tepco est toujours en train d’étudier les moyens nécessaires pour en extirper le combustible. Cette opération ne débutera pas au mieux avant 2021 dans une première tranche, et Tepco a en outre bien d’autres casse-tête à résoudre, dont celui des quantités massives d’eau en partie contaminée stockées dans des citernes installées sur le site.

Prochain accident nucléaire : les radionucléides

2 février 2019

Prochain accident nucléaire : les radionucléides que nous mangerons et respirerons

Prochain accident nucléaire : les radionucléides que nous mangerons et respirerons

En 2011, je m’interrogeais sur les radionucléides de Fukushima et le fait que Tepco ne communiquait que sur l’iode 131 : la réponse était qu’il fallait laisser croire qu’un accident nucléaire était un problème à court terme ; en effet, l’iode 131 ayant une demi-vie de 8 jours, on n’en verrait plus la trace au bout d’environ 80 jours. Ce qui permettait à Thierry Charles (IRSN) d’affirmer aux médias sans sourciller que les Japonais évacués allaient pouvoir revenir chez eux au bout de trois mois (Le Monde, 11 avril 2011).

On a facile à comprendre pourquoi l’industrie nucléaire civile et militaire ne communique pas sur l’ensemble des radionucléides : il faut laisser les masses dans l’ignorance… Pas de recherche des radioéléments, pas d’étude épidémiologique, pas de problème ! 

Dernièrement, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a demandé au gouvernement nippon « de se débarrasser de l’eau stockée à Fukushima » (Reuters, 13 novembre 2018), c’est-à-dire en rejetant le poison dans le Pacifique. Près d’un million de tonnes d’eau contaminée sur le site de la centrale de Fukushima 8 ans après le début de la catastrophe, ça fait tache ! Cette injonction de l’organisme international fait ainsi l’affaire du gouvernement de Shinzō Abe car, au niveau de la com’, les JO de 2020 doivent être nickel. 

Et pourtant, le problème est loin d’être réglé. L’eau contaminée, dont le traitement est très difficile – on se rappelle qu’Areva s’était fait jeter par Tepco en 2014 pour incompétence en la matière – contient une infinité de radioéléments qu’on ne sait pas ou qu’on ne veut pas éliminer (comme le tritium). Seuls une soixantaine de radionucléides ont été plus ou moins bien extraits de cette soupe mortelle qui peut encore en contenir plus d’une centaine. 

J’édite ce billet d’une part pour que personne ne reste dans l’ignorance de ce que s’apprêtent à accomplir Tepco et le gouvernement japonais, de concert avec l’AIEA, et d’autre part pour rappeler qu’un accident nucléaire grave provoque généralement un nuage radioactif composé de centaines de radionucléides. Pour la prochaine catastrophe, personne ne pourra plus ignorer non plus la longue liste de ces éléments que nous allons plus ou moins inhaler et ingérer, sous la forme de nanoparticules, selon la distance où nous serons du point de rejet. Et si la contamination est trop élevée, on change les normes : en Europe, c’est le vieux traité Euratom qui fixe à huis clos les niveaux de radioactivité autorisés dans les aliments en cas de catastrophe nucléaire. 

J’ai retrouvé une partie de cette liste de radionucléides (Cf. illustration en haut de page) dans un rapport du CEA de 1980, « Irradiation externe pendant et après le passage d’un nuage radioactif », publié quelques mois avant un accident de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (qu’EDF avait tenu secret à l’époque). Ce rapport mentionne les 276 radionucléides qui semblent être les plus importants (sic) lors d’un rejet radioactif d’une installation nucléaire. Mais, comme le cérium 144 dont on peine à connaître l’impact sanitaire, la plupart de ces éléments ne sont pas suffisamment étudiés.

Bien évidemment, comme me l’a suggéré un lecteur, il faudrait retirer de cette liste les produits de fission de très courtes et courtes périodes (Cf. tableau ci-dessous) car, si les rejets se produisent plusieurs heures après l’accident comme à Fukushima, ils ont alors complètement disparu. Toutefois, les premiers liquidateurs de Tchernobyl, pompiers et employés de la centrale qui ont éteint les incendies des toits des réacteurs, ont été exposés à une grande partie du cocktail du tableau. A chaque accident sa spécificité. A noter enfin qu’en cas d’explosion atomique de nature militaire, l’ensemble des produits de fission sont aussi présents dans les retombées de court terme, notamment quand les explosions ont lieu à très basse altitude, voire au sol, comme lors des premiers tests de bombe H dans le Pacifique, d’où l’irradiation massive des équipages des 992 thoniers japonais qui pêchaient autour de Bikini.

Pierre Fetet

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

En enlevant les produits de fission de très courtes et courtes périodes, il reste encore 113 radionucléides.

La CRIIRAD reçoit bientôt Naoto KAN

La CRIIRAD reçoit bientôt le 1er Ministre qui affronta Fukushima

La rencontre aura lieu à Valence le 18 février 2019. Alors que les Présidents de la France se sont montrés arrogants et hautains quant à Fukushima, Mr Naoto Kan, qui a dû gérer la catastrophe en temps réel, consacre maintenant sa vie à la sortie du nucléaire. Il a demandé à rencontrer la CRIIRAD.

Il faut revoir l’émission « Cellule de Crise » du 20 février 2017, De Paris à Fukushima : Les secrets d’une catastrophe, pour comprendre toute l’arrogance de la France nucléaire, représentée par Sarkozy, lors de la catastrophe de Fukushima. Ce documentaire montre une France nucléaire qui s’est couverte de ridicule.

L’année passée Mr Naoto Kan est venu en France, mais il n’a été reçu ni à l’Elysée, ni à Matignon, comme si les dirigeants français n’avaient rien à apprendre de la gestion d’une catastrophe nucléaire.

Maintenant d’aucuns tentent de manipuler le mouvement des « gilets jaunes » pour lancer un débat contre la prolifération des éoliennes, avec comme argument majeur l’intermittence de la production éolienne. Ce à quoi, j’ai répondu en commentaire aujourd’hui sur le site LeFigaro:

« Quand une centrale nucléaire française jalousera la soudaine notoriété de Fukushima ou de Tchernobyl, ce sera comme au Japon: non pas un arrêt intermittent, mais un arrêt brutal du nucléaire ! Les allemands ont tiré les leçons, mais la France nucléaire est suffisante et préfère attendre SA propre catastrophe nucléaire made in France, pour décider l’abandon du nucléaire. »

En France, les sociétés McPhy et H2Gen participent (surtout à l’étranger) à des réalisations de « power to gas » qui consistent à utiliser les surplus d’électricité gracieusement offerts par l’éolien et le photovoltaïque (quand la production est excédentaire par rapport à la consommation) pour stocker l’énergie ainsi produite sous la forme d’hydrogène. Mais voilà, la France est tellement engluée dans le nucléaire que des pépites comme ces 2 sociétés ont des revenus minables au regard de ce qu’il devrait être si la France avait pris la juste mesure de transition énergétique.

Annonce de la CRIIRAD à ses adhérents

Rencontre de Mr Naoto Kan avec la CRIIRAD
le 18 février 2019

Projection/débat à 20h, cinéma Le Navire à Valence

Rencontre avec la CRIIRAD

Mr Naoto Kan était premier Ministre du Japon au moment du tsunami de mars 2011 et de l’explosion des réacteurs de la centrale de Fukushima Daichi. Il doit alors faire face à une situation inédite, extrêmement complexe et que d’aucuns estimaient improbable.

Il a manifesté le désir de rencontrer la CRIIRAD et de visiter notre laboratoire. C’est ainsi que nous le recevrons, dans l’après-midi du 18 février 2019. Une conférence de presse sera organisée à l’issue, toujours à la CRIIRAD.

Mr Kan sera accompagné des distributeurs du film « Le couvercle du soleil » et du journaliste Kolin Kobayashi, correspondant du journal « Days Japan ». Michèle Rivasi participera également à cette rencontre.

Naoto Kan, 1er Ministre du Japon en 2011
Naoto Kan, 1er Ministre du Japon en 2011

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