Depuis le confinement, entré en vigueur le 17 mars, les Français sont invités à rester chez eux et ne plus se déplacer. Depuis cette date, finis les embouteillages et rues noires de monde. A Lyon, Nantes, Rouen, Grenoble et même Paris, des drones ont pu capturer des vues saisissantes.
Elles ont été partagées en masse sur les réseaux sociaux, ces vues de villes désertées partout en France, depuis l’entrée en vigueur du confinement le 17 mars afin de contenir la pandémie de coronavirus. Avec ces restrictions de déplacement, les piétons, automobilistes, transporteurs sont invités à rester chez eux, à télétravailler quand ils le peuvent. La conséquence visuelle c’est cette place de la Concorde fantomatique à Paris, les quais du Rhône sans promeneurs à Lyon, aucun touriste à Reims ou Rouen et des plages désertées à Saint-Malo. Découvrez ci-dessous les images tournées par drone, par des professionnels et des confrères de la presse quotidienne régionale.
Quelque 160 000 personnes ont été évacuées suite à l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, après le tremblement de terre et le tsunami qui frappèrent le Japon le 11 mars 2011, il y a neuf ans. Mitate Lab., un programme de recherche international de 5 ans accueilli par l’université Nihon de Tokyo et auquel participent le CNRS et le CEA, vient d’être mis en place pour étudier la réouverture de la zone d’évacuation.
Le 26 mars, la flamme olympique aurait dû passer par la zone évacuée autourde Fukushima suite aux tremblement de terre et tsunami du 11 mars 2011 et à l’accident de la centrale nucléaire qui en a découlé. Ce n’est que partie remise, les Jeux ayant été reportés au plus tard à l’été 2021. Un symbole fort pour les premiers Jeux olympiques organisés au Japon depuis cette catastrophe. « Cette initiative illustre parfaitement notre projet, assure Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine au CNRS et co-responsable du projet Mitate Lab (1). Car la question sous-jacente à notre travail est: comment administre-t-on un désastre dans la société industrielle actuelle qui rentabilise jusqu’au risque lui-même ?«
Le projet Mitate Lab. a été créé au premier janvier 2020, afin d’étudier la réouverture de la zone d’évacuation qui entoure la centrale accidentée. Le gouvernement japonais a en effet levé dès 2017 l’ordre d’évacuation dans la plupart des 12 communes de la zone, appelant la population à revenir. Une vingtaine de scientifiques, principalement français et japonais, mais aussi américains, de divers domaines rassemblent donc « toute une série de compétences complémentaires pour comprendre ce qui se passe dans cette situation unique« , explique Olivier Evrard, l’autre co-responsable du programme, géochimiste au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (2).
Une coopération internationale
Car c’est la première fois dans le monde qu’une zone d’évacuation est rouverte après une telle catastrophe. Il s’agit donc d’analyser ce qui s’y passe sous les aspects les plus divers: physiques, chimiques, biologiques, humains (droit, sociologie, urbanisme, anthropologie, etc.). « Cet environnement doit être abordé dans toute sa complexité « , insiste la sociologue. « Croiser nos recherches sur les contaminants avec le travail de Cécile Asanuma-Brice et de son équipe sur les effets sociaux relatifs à la réouverture à l’habitat est intéressant pour comprendre ce que les gens reprennent comme pratiques et pourquoi. Cela permet également d’évaluer l’évolution des taux de contamination des endroits où le retour est promu et d’évaluer les solutions proposées« , confirme Olivier Evrard.
« Mitate Lab. officialise des collaborations effectives depuis l’accident de Fukushima et nous permet de réunir sous le même toit toutes les équipes des divers domaines de la recherche qui travaillent sur le sujet en France et au Japon« , détaille Cécile Asanuma-Brice. C’est le rôle des international research projects, cet outil de coopération internationale destiné à consolider des collaborations déjà établies à travers des échanges scientifiques de courte ou moyenne durée pour des réunions de travail, des activités de recherche communes (y compris des recherches de terrain), l’encadrement d’étudiants ou l’organisation de séminaires entre des laboratoires du CNRS et des laboratoires d’au plus deux pays. Soutenu par l’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS, cet international research project, accueilli par l’université de Nihon, réunit le CEA, le CNRS avec divers organismes de recherche japonais dont l’université de Fukushima, le NIES, et l’université préfectorale de Kyôto, pour une première période de 5 ans. « Au-delà des moyens financiers obtenus (3), Mitate Lab. nous permet de consolider notre réseau dans une réelle pluridisciplinarité et nous donne l’assise nécessaire pour postuler à d’autres financements français et japonais. »
Un sujet pluridisciplinaire
Installée au Japon depuis vingt ans, Cécile Asanuma-Brice a vécu personnellement la catastrophe de Fukushima. Au cours de ces dix dernières années, elle se rend tous les mois dans les différentes communes de la préfecture touchées par le désastre. Elle y a mené de nombreux entretiens, tant auprès des populations durant les différentes phases de leur refuge (logements provisoires, refuge, retour) que des institutions en charge de la gestion de la catastrophe. Son analyse se concentre sur les politiques d’habitat qui permettent le contrôle des mouvements de population dans ou hors de la zone touchée par le désastre. Une étude « qualitative » qui s’appuie sur une première évaluation quantitative (étude démographique de la population rentrante et sortante, nature de la relance économique, structure des services présents en activité, etc.). « C’est un travail à la pince à épiler« , plaisante la chercheuse qui effectue également un travail d’analyse de la presse au quotidien depuis 2011 et des publications scientifiques japonaises « auxquelles peu de scientifiques ont accès« , grâce à sa parfaite maîtrise de la langue japonaise.
Ainsi, sur les 12 communes de la zone d’évacuation, seulement deux d’entre elles, excentrées par rapport aux retombées principales de contamination, enregistrent un retour de 80 % de leur population. La majorité des autres communes enregistrent moins de 30 % de retour. « Pour le moment, ceux qui rentrent sont principalement des personnes âgées pour qui il est impensable de recommencer à zéro dans un appartement de ville. Certains fermiers, dont le logement est inhabitable après tant d’années, ont des difficultés à revenir car on ne leur propose que des logements publics collectifs. Malgré les incitations financières, les familles avec enfants refusent de rentrer, car les infrastructures – écoles, hôpitaux – ne fonctionnent pas ou qu’au ralenti, et en raison du niveau de radioactivité encore élevé à certains endroits du territoire. », résume Cécile Asanuma-Brice.
De nombreuses questions
Olivier Evrard travaille, lui, principalement sur l’érosion des sols et les transferts de contaminants dans les cours d’eau, qui sont principalement déclenchés au Japon par les typhons et d’autres événements pluvieux intenses. Il s’appuie pour cela sur le suivi de substances radioactives, naturelles ou artificielles, mais aussi sur la mesure d’autres traceurs comme l’ADN des plantes ou la couleur des sols. « La région de Fukushima est montagneuse et forestière: elle est très exposée aux typhons et aux processus d’érosion, indique le scientifique. Or les zones habitées et cultivées ont été décontaminées, mais pas les forêts ni la montagne. Il y a donc des phénomènes de redistribution des dépôts de contamination initiaux, des montagnes vers les parties basses habitées, que nous voulons continuer à étudier. » Et le retour de la population complexifie la situation. « Les activités des populations qui sont revenues ont un impact sur le transfert de la radioactivité résiduelle: les sols décontaminés sont-ils toujours aussi fertiles, que vont planter les agriculteurs, quelles sont les pratiques à éviter et à privilégier pour limiter la diffusion des contaminants ?« .
Les réponses seront également utiles pour mieux gérer les conséquences d’éventuels accidents industriels, où les mêmes problématiques de redistribution de la contamination se retrouvent. En attendant, la crise du coronavirus retarde les recherches sur le terrain: « Pour les prélèvements du printemps, nous avons les relais sur place pour permettre de faire face à la crise sanitaire actuelle, mais nous rendre sur place à temps pour étudier les conséquences de la prochaine saison des typhons, c’est-à-dire en novembre, serait très important« , espère Olivier Evrard.
Notes: (1) Mesure irradiation tolérance humaine via tolérance environnementale. En japonais, mitate signifie « construire par le regard ». Ce programme, accueilli par l’université Nihon de Tokyo, réunit le CNRS, le CEA, le NIES, l’université de Fukushima et l’université préfectorale de Kyôto. (2) CNRS/CEA/Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. (3) Le montant classique pour un international research project est de 15 000 euros par an sur 5 ans.
Avec près de 100 morts, le Japon est frappé à son tour par le nouveau coronavirus. Si l’Etat d’urgence a été proclamé mardi dans sept préfectures dont celles de Tokyo, les autorités comptent surtout sur le respect des consignes par sa population.
Le Japon a fini par déclarer mardi l’état d’urgence face à la pandémie de coronavirus après une récente accélération du nombre de cas dans le pays, un dispositif qui n’impose toutefois pas des mesures de confinement aussi strictes qu’ailleurs. Jusqu’ici le Japon ressemblait presque à un îlot de normalité au milieu d’un océan de confinement, mis en place à travers le monde pour contenir la propagation fulgurante du Covid-19, apparu fin décembre en Chine.
Vidéo : les étudiants ont trouvé une astuce pour les remises de diplôme
Ryo Saeba @Ryo_Saeba_3
La majorité des cérémonies de fin d’année ou de remise de diplômes ont été annulés au Japon à cause du Coronavirus mais dans cette université, ils ont trouvé une astuce pour faire la cérémonie de remise de diplôme
Mais depuis deux semaines l’archipel connaît une accélération de la pandémie, avec un total de 99 morts, faisant craindre une prochaine saturation des hôpitaux. Le Premier ministre Shinzo Abe a déclaré mardi l’état d’urgence jusqu’au 6 mai dans sept préfectures: Tokyo et ses régions limitrophes (Kanagawa, Saitama et Chiba), Osaka et Hyogo (ouest) et Fukuoka (sud-ouest).
Au total, plus de 50 millions de personnes sont concernées, soit 40% de la population du pays. « Face à une situation qui peut gravement affecter la vie de chacun et l’économie, j’ai décidé de déclarer l’état d’urgence », a annoncé mardi M. Abe, confirmant son intention exprimée la veille.
« Nous lèverons cette mesure dès que nous serons certains qu’elle n’est plus nécessaire », a-t-il ajouté.
M. Abe a rappelé que ce dispositif n’entraînerait « pas de confinement comme observé à l’étranger » et que l’objectif était de « maîtriser la propagation du virus tout en maintenant les services socio-économiques essentiels, comme les transports en commun ».
Car l’état d’urgence japonais ne permet pas d’imposer un confinement comme dans d’autres pays, ni de sanctionner les récalcitrants. Il offre principalement aux gouverneurs régionaux la possibilité d’insister auprès des habitants pour qu’ils restent chez eux, ainsi que de demander la fermeture temporaire de commerces non essentiels.
Les autorités comptent donc sur le civisme des citoyens, d’ailleurs très majoritairement favorables à l’état d’urgence, selon un sondage de la chaîne privée TBS publié lundi. « Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement a attendu aussi longtemps » pour prendre cette mesure, a témoigné Mitsuo Oshiyama, une habitante de Tokyo de 76 ans interrogée par l’AFP.
« Tout va dépendre de vos actions », a lancé mardi M. Abe à l’adresse de ses concitoyens. « Selon les experts, si nous faisons tous des efforts pour réduire nos contacts de 70% à 80%, le nombre d’infections se réduira au bout de deux semaines », a-t-il affirmé.
« Cela pourra causer des désagréments dans la vie quotidienne, mais j’appelle chacun à coopérer parce que des vies sont en jeu », a renchéri la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, qui avait déjà appelé ses administrés à restreindre leurs déplacements depuis fin mars.
Vidéo : le clip pour alerter des risques de la propagation du coronavirus
Ryo Saeba @Ryo_Saeba_3
Vidéo de prévention du gouvernement japonais contre la propagation du #coronavirus#新型コロナウイルス
Avec l’état d’urgence les autorités pourront aussi réquisitionner des terrains ou bâtiments pour installer des structures médicales, ou encore fermer des établissements scolaires qui ne le seraient pas encore.
Un premier cas dans le monde du sumo
Le monde fermé du sumo a confirmé vendredi un premier cas de coronavirus en son sein, un coup dur pour ce sport ancestral dont un tournoi a déjà dû se faire à huis clos et d’autres ont été reportés.
Un lutteur de rang inférieur, fiévreux la semaine dernière, a subi un test qui s’est révélé positif, a précisé à l’AFP la fédération japonaise de sumo en refusant de préciser l’identité de l’homme ni l’écurie à laquelle il appartient.
Aucun autre lutteur ni responsable ne présente de symptômes, a ajouté la fédération, en indiquant que les personnes appartenant à la confrérie du lutteur infecté resteraient chez elles ou à l’écurie et suivraient les conseils des personnels de santé.
Japon. Fukushima : visite au cœur de la centrale, neuf ans après le tsunami et à quatre mois des JO
Salle de contrôle de réacteurs, mur de glace souterrain, citernes d’eau contaminée : j’ai passé plusieurs heures dans l’enceinte de la centrale de Fukushima, neuf ans après le terrible accident provoqué par le tsunami du 11 mars 2011. Voici l’état des lieux du site, juste avant les Jeux olympiques de Tokyo qui doivent commencer le 24 juillet.
La salle de contrôle de la centrale nucléaire de Fukushima, telle qu’elle se présente le 3 février 2020. | KAZUHIRO NOGI / AFP
Ouest-France Karyn NISHIMURA( AFP).Modifié le Publié le
Vus de loin, du haut d’un talus, les bâtiments des réacteurs un à quatre, les plus abîmés des six du site, semblent à peu près reconstitués. Trois avaient été ravagés par des explosions d’hydrogène. Mais, de près, ils sont encore en bien piteux état, des monceaux de détritus ici et là, des pans de murs éventrés. Au Japon, la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, aujourd’hui encore, montre ses plaies, ses ruines, ses dangers. Neuf ans après le terrible accident provoqué par le tsunami du 11 mars 2011, voici l’état des lieux du site…
Pour accéder aux salles de contrôle, il faut revêtir l’équipement « zone jaune », la zone intermédiaire en termes de risques (combinaison, trois paires de gants, trois paires de chaussettes, des bottes, un masque intégral, un casque) afin de se protéger non pas des rayonnements, ils traversent tout, mais des poussières radioactives.
Il faut enjamber des détritus, se faufiler via des escaliers improvisés, avant d’atteindre cet espace où s’est jouée une partie du drame. Les équipements de contrôle, vert kaki, qui datent des années 1970, sont toujours là, hors service.
Au mur, restent les séquelles : des nombres écrits au crayon à papier, certains rayés et remplacés par d’autres, plus élevés. Ce sont des calculs de paramètres effectués par les techniciens alors sur place, plongés dans le noir, avec une simple lampe de poche, explique un responsable de Tepco.
Ils n’ont rien pu faire pour empêcher la fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3.
Le combustible fondu gît toujours dans l’enceinte de confinement. On y a envoyé des robots en repérage. L’extraction, tâche extrêmement délicate, devrait être testée grandeur nature à compter de 2021. On n’en verra pas le bout avant 2040/50 au mieux.
Au mur, des nombres écrits au crayon à papier, certains rayés et remplacés par d’autres, plus élevés. Ce sont des calculs de paramètres effectués par les techniciens alors sur place, plongés dans le noir, avec une simple lampe de poche. | KAZUHIRO NOGI / AFP
Mur de glace souterrain
L’eau souterraine venue de la montagne alentour, qui s’engouffre dans les installations et génère des quantités massives de liquide radioactif, a longtemps été un souci majeur.
Désormais, le problème est atténué, en partie grâce à la construction d’un mur d’enceinte souterrain, en gelant le sol sur une épaisseur de plus d’un mètre et une profondeur de 30 mètres. Tout le monde nous disait que ce serait très compliqué, compte tenu de la longueur du périmètre à geler, mais finalement nous y sommes parvenus grâce à des techniques utilisées au Japon lors du percement de tunnels : à mesure que le tunnelier progresse, le pourtour du tunnel est dans un premier temps gelé pour éviter qu’il ne s’effondre, explique sur place un ingénieur de Tepco.
Des pompes en amont du mur permettent aussi de réduire la quantité d’eau qui vient le heurter.
Néanmoins, en raison des pluies et de l’eau de refroidissement des réacteurs, sont chaque jour encore générés 170 m3 de liquide extrêmement radioactif qu’il faut décontaminer et qui reste un problème.
Le calvaire de l’eau contaminée
Cette eau contaminée est passée dans un dispositif de filtrage, ALPS, qui permet d’en réduire le niveau de radioactivité en retirant la majeure partie d’une soixantaine de radionucléides.
Toutefois, les premières générations d’ALPS n’étaient pas aussi puissantes que la plus récente. In fine, 80 % du million de m3 d’eau traitée stockée dans un millier de citernes sur le site doivent être de nouveau filtrés.
À la fin du processus, il restera une faible teneur en divers éléments radioactifs mais un ratio plus important de tritium, lequel ne peut pas être retiré avec les techniques actuelles.
Cette eau, qu’en faire ? Les organisations écologistes comme Greenpeace insistent pour qu’elle soit stockée à long terme et qu’on développe des modalités de filtrage plus performantes mais les autorités japonaises ont déjà exclu cette option.
Officiellement, il ne reste plus que deux solutions sur la table : l’évaporation dans l’air, ou la dilution et le rejet dans l’océan Pacifique voisin. C’est cette seconde option qui est privilégiée. Elle est approuvée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et révulse les pêcheurs et agriculteurs de la région.
5 000 travailleurs par jour
La centrale Fukushima Daiichi est peuplée chaque jour de quelque 4 000 à 5 000 travailleurs, en majorité des sous-traitants de Tepco en plus de salariés de cette compagnie. Ils étaient 8 000 au moment de la difficile construction du mur souterrain.
Ils y exercent des fonctions très diverses, allant de la construction des citernes au retrait de combustible usagé d’un bassin de stockage par des grues télécommandées. Certains sont là pour gérer une incroyable logistique de combinaisons de plastique, gants, chaussettes, bottes, casques ou masques.
Coronavirus : Le flexi-confinement plonge le Japon dans la confusion
Le gouvernement est tiraillé entre sa volonté de préserver au maximum l’activité économique et son souci de freiner l’épidémie de coronavirus sur le territoire. Les entreprises demandent des consignes claires et un plan de compensation financière.
Le 7 avril dernier, les Tokyoïtes qui se pressent au carrefour de Shibuya n’ont pas l’air de se préoccuper de l’état d’urgence qui a été décrété la veille par le gouvernement. (Rodrigo Reyes Marin/ZUMA Press/Z)
Publié le 9 avr. 2020 à 15h23 Mis à jour le 9 avr. 2020 à 15h55
Va-t-on travailler ou pas ? C’est la question que se posent désormais chaque matin des millions d’employés japonais confrontés à une stratégie gouvernementale extrêmement confuse. Tiraillé entre sa volonté de préserver au maximum l’activité économique et son souci de freiner l’épidémie de coronavirus sur le territoire, le gouvernement de Shinzo Abe multiplie les consignes contradictoires et exaspère les acteurs économiques comme les collectivités locales.
Officiellement, le Japon, qui n’a recensé que 5.002 cas d’infections au covid-19, a déclaré, mardi, l’état d’urgence dans sept préfectures du pays, abritant 45 % de la population totale. Dans ces régions, les habitants sont censés rester au maximum chez eux et éviter les interactions en dehors de leurs foyers. Mais le gouvernement central a, par ailleurs, demandé à plusieurs secteurs de maintenir au maximum une activité normale afin de ne pas faire plonger l’archipel dans une brutale crise économique . Selon Goldman Sachs, le PIB nippon risque de chuter de 25 % sur le deuxième trimestre en glissement trimestriel.
Salons de coiffure essentiels
De nombreuses usines, des commerces ou des services, fermés dans les autres pays ayant opté pour le confinement, sont pour l’instant encouragés, par l’exécutif, à poursuivre le travail. C’est le cas notamment des restaurants, des bains publics ou encore des pressings. « Nous considérons que les salons de coiffure et les magasins de bricolage sont essentiels à la vie quotidienne », a ainsi martelé, mercredi, Yasutoshi Nishimura, le ministre de l’Economie, devant les gouverneurs de préfecture plutôt abasourdis.
La loi sur l’état d’urgence précise que ce sont les autorités locales qui définissent au final quelles sont les activités économiques essentielles ou non sur leur territoire. Mais leur pouvoir est limité car elles ne peuvent pas forcer les fermetures d’entreprises ou imposer la moindre pénalité contre les contrevenants. Et leur message est désormais brouillé par celui du gouvernement central, qui semble donne la priorité à la sauvegarde de la croissanceplutôt qu’à l’endiguement de l’épidémie.
Multiplication des cas à Tokyo
A Tokyo, Yasutoshi Nishimura, qui est également à la tête du comité national de réponse à la crise sanitaire, a notamment contredit publiquement la gouverneure Yuriko Koike en lui demandant de reporter de deux semaines ses consignes de fermeture des commerces de la mégapole. Très remontée, l’élue devrait prendre la parole vendredi pour lister exactement les secteurs d’activité qui sont appelés à fermer dès ce week-end pour au moins un mois. Elle s’inquiète, elle, de la multiplication rapide des cas dans la mégapole et des premiers signes de saturation dans les hôpitaux.
Prisonnières de cette confusion, les entreprises exigent des consignes claires et réclament un plan de soutien pour compenser les pertes de revenus qu’engendreraient les fermetures. Le grand plan de relance annoncé, cette semaine, par l’exécutif ne prévoit pas pour l’instant cet accompagnement crucial, qui seul motiverait les sociétés à accepter le confinement.
Covid-19: l’état d’urgence déclaré pour 7 régions du Japon dont Tokyo
AFP
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MISE À JOUR
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a déclaré mardi l’état d’urgence, d’une durée initiale d’un mois, pour Tokyo et six autres régions de l’archipel face à une récente accélération du nombre de cas de Covid-19 dans le pays.
L’état d’urgence ne permet pas d’imposer un confinement strict comme dans d’autres pays, mais offre aux gouverneurs régionaux concernés la possibilité d’insister auprès des habitants pour qu’ils restent chez eux, ainsi que de demander la fermeture temporaire de commerces non essentiels.
« Face à une situation qui peut gravement affecter la vie de chacun et l’économie, j’ai décidé de déclarer l’état d’urgence », a annoncé M. Abe devant un comité parlementaire.
« Nous lèverons cette mesure dès que nous serons certains qu’elle n’est plus nécessaire », a-t-il ajouté.
Les préfectures concernées sont la capitale Tokyo et les trois régions de sa grande banlieue: la région de la grande métropole de l’ouest Osaka et sa voisine Hyogo, ainsi que celle de Fukuoka, dans l’île de Kyushu (sud-ouest).
Quelque 50 millions de personnes sont ainsi concernées, soit environ 40 % de la population du pays.
Le premier ministre, qui avait déjà annoncé lundi son intention de déclarer l’état d’urgence, a tenu à rappeler que ce dispositif n’entraînera « pas de confinement comme observé à l’étranger » et que l’objectif était de « maîtriser la propagation du virus tout en maintenant les services socio-économiques essentiels, comme les transports en commun ».
Les autorités comptent essentiellement sur la bonne volonté des citoyens, lesquels sont d’ailleurs très majoritairement favorables à l’état d’urgence, selon un sondage de la chaîne privée TBS publié lundi.
« Il est nécessaire de demander l’entière coopération de tous », a martelé M. Abe, ajoutant que « selon les experts, si nous faisons tous des efforts pour réduire nos contacts de 70 % à 80 %, le nombre d’infections se réduira au bout de deux semaines ».
La pandémie de Covid-19 demeure limitée pour l’heure dans l’archipel, mais les cas sont en nette hausse depuis fin mars, faisant craindre une saturation des hôpitaux, ce qui a poussé le gouvernement de M. Abe à intensifier son action.
Selon le dernier bilan du ministère japonais de la Santé, le pays totalisait lundi plus de 3.900 cas d’infection depuis le début de la crise, pour 80 morts.
L’état d’urgence devrait porter un rude coup supplémentaire à l’économie du pays, alors que Tokyo et sa grande banlieue pèsent environ un tiers du Produit intérieur brut (PIB) national.
Par conséquent M. Abe avait aussi annoncé dès lundi un plan d’aide record de 108.000 milliards de yens (915 milliards d’euros) pour contrer les effets de la crise sanitaire sur les entreprises et les ménages japonais.
Ce plan, qui doit encore être formellement approuvé par le gouvernement et le Parlement, comprendra notamment des allocations financières pour les ménages les plus modestes ainsi que pour les petites et moyennes entreprises les plus touchées par la crise.
LE JAPON CESSE D’EXPOSER LA FLAMME OLYMPIQUE
La flamme olympique va cesser d’être exposée au public à Fukushima, a annoncé le comité d’organisation des JO de Tokyo mardi, au lendemain de l’annonce par le gouvernement du Japon de son intention de déclarer l’état d’urgence dans sept régions devant la multiplication de cas de coronavirus.
AFP
La flamme des JO-2020, initialement prévus cet été à Tokyo et reportés d’un an à cause de la situation de crise mondiale engendrée par la pandémie de nouveau coronavirus, était exposée depuis la semaine dernière à Fukushima, au nord-est de Honshu, l’île principale de l’archipel. Un lieu hautement symbolique, neuf ans après le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire l’ayant frappé en mars 2011.
« À l’origine, nous voulions maintenir son exposition publique jusqu’à fin avril. Mais devant les récents développements, nous avons décidé de l’éteindre », a déclaré le porte-parole du comité d’organisation des JO de Tokyo, qui n’a pas voulu dévoiler l’endroit où elle allait être entreposée.
Arrivée le 20 mars en provenance de Grèce où elle avait été allumée, elle devait partir le 26 mars de Fukushima pour un parcours et relais à travers le Japon jusqu’à son arrivée à Tokyo le 24 juillet, jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux.
Coronavirus: le Japon cesse d’exposer la flamme olympique
La flamme olympique va cesser d’être exposée au public à Fukushima, a annoncé le comité d’organisation des JO de Tokyo mardi, au lendemain de l’annonce par le gouvernement du Japon de son intention de déclarer l’état d’urgence dans sept régions devant la multiplication de cas de coronavirus.
Philip FONG – AFP/Archives
La flamme olympique va cesser d’être exposée au public à Fukushima, a annoncé le comité d’organisation des JO de Tokyo mardi, au lendemain de l’annonce par le gouvernement du Japon de son intention de déclarer l’état d’urgence dans sept régions devant la multiplication de cas de coronavirus.
La flamme des JO-2020, initialement prévus cet été à Tokyo et reportés d’un an à cause de la situation de crise mondiale engendrée par la pandémie de nouveau coronavirus, était exposée depuis la semaine dernière à Fukushima, au nord-est de Honshu, l’île principale de l’archipel. Un lieu hautement symbolique, neuf ans après le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire l’ayant frappé en mars 2011.
« A l’origine, nous voulions maintenir son exposition publique jusqu’à fin avril. Mais devant les récents développements, nous avons décidé de l’éteindre », a déclaré le porte-parole du comité d’organisation des JO de Tokyo, qui n’a pas voulu dévoiler l’endroit où elle allait être entreposée.
Arrivée le 20 mars en provenance de Grèce où elle avait été allumée, elle devait partir le 26 mars de Fukushima pour un parcours et relais à travers le Japon jusqu’à son arrivée à Tokyo le 24 juillet, jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux.
En mars 2011, des milliers de Japonais se sont retrouvés confinés dans un rayon entre 20 et 30 km autour de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi. Aujourd’hui, en tant que confinés, on peut se rendre compte de ce qu’ont vécu ces gens pris au piège de l’évènement que personne n’avait prévu. Et, puisqu’aujourd’hui on a le temps et l’expérience, profitons-en pour réfléchir à ce que signifie être confiné en cas de catastrophe nucléaire.
Il y a des parallèles intéressants entre ces deux maux invisibles et insidieux, les virus et les radionucléides qui se répandent dans l’environnement. Des analogies, des différences et des interactions.
Demi-vie (1)
La « demi-vie » du virus du Covid 19 est de quelques jours au plus, comparé à ce qu’on trouve à Tchernobyl et Fukushima, le Césium 137 a une demi-vie de l’ordre de 30 ans, le Plutonium de l’ordre de 24 000 ans, et il faut encore beaucoup plus longtemps pour en être totalement débarrassé. Certains déchets radioactifs durent des centaines de milliers d’années. En cas de pollution radioactive, se laver les mains sera utile mais ne suffira pas, surtout si l’air est pollué par l’iode radioactif, entre autres poisons ! Et la contamination se fera aussi par ingestion.
La détection de la radioactivité, du moins quand la contamination est forte, est facile à détecter avec des instruments bien au point et souvent portatifs, alors qu’à chaque nouvelle mutation d’un virus, il nous faut refaire les tests et les vaccins, ce dont nous rendons compte en ce moment. C’est bien le seul point ou la gestion de l’épidémie marque un petit point sur l’atome…
Prévention
Il n’y a pas de vaccin contre la radioactivité, ni les hommes, ni les autres êtres vivants ne développent d’immunité pour se protéger ni de ces rayons, ni de ces particules radioactives ! Les pilules d’iodes ingérées plusieurs heures avant le passage du nuage radioactif peuvent limiter les dégâts dus à l’iode dans les premiers jours, mais il faudrait que tout le monde les ait reçues avant la catastrophe, et il y a bien d’autres dangers que l’iode 131 !
Confinés ou évacués ?
En cas de catastrophe nucléaire, certains seront évacués d’urgence, d’autres seront confinés « temporairement » dans de mauvaises conditions, puisque toute l’alimentation dans une zone étendue sera contaminée et que les transports seront limités. Il faut savoir que le traité Euratom a prévu de relever « temporairement » les normes des doses « acceptables » dans la nourriture et l’eau à des niveaux qu’on peut qualifier de criminel, souvent plus élevé que ceux des deux autres catastrophes les plus connues (voir encart ci-dessous). Perdre son logement et absorber du poison sans pouvoir se protéger réellement pour une durée inconnue, ce n’est pas comparable à ce que nous vivons actuellement dans une pandémie.
L’après
A Fukushima les évacués ne peuvent (et beaucoup ne veulent) toujours pas rentrer chez eux après 9 ans. Le but du gouvernement japonais, en organisant les Jeux Olympiques, était d’effacer la tache sur l’honneur du Japon créée par l’accident de Fukushima, de forcer les évacués à rentrer chez eux dans des zones encore dangereuses, là où les normes admises (20 mSv/an) correspondent à celles des travailleurs des centrales nucléaires, à proposer de la nourriture soi-disant propre provenant de la région de Fukushima pour faire croire que tout cela c’est terminé, et relancer le commerce. Les faibles doses de radioactivité n’entrainent pas un risque nul, mais un risque plus faible (2). C’est un peu comme la cigarette, si vous fumez une cigarette tous les deux jours, le risque est plus faible que si vous fumiez un paquet par jour. Mais il est quand-même plus élevé que si vous ne fumez pas du tout.Autour de Tchernobyl les problèmes de santé continuent aussi plus de trente ans après. L’échelle de temps entre les deux catastrophes n’est pas comparable, même si nous devons nous attendre à des vagues en retour du virus dans les années à venir.
Quand la catastrophe est là, c’est déjà trop tard. Il faut se mobiliser avant ; il faut se mobiliser pour faire évoluer les normes de sûreté nucléaire, les normes de radioprotection. Mais pour l’instant, il faut souligner qu’a contrario, la France a retenu des normes moins protectrices : c’est une référence de 20 millisieverts qui a été retenue et non pas 1 millisievert pour la gestion post accidentelle. C’est-à-dire que, sur un territoire donné, on laissera vivre des gens avec des doses vingt fois plus fortes que ce qu’on acceptait jusqu’ici. Et récemment l’Europe a validé des normes sur la contamination des aliments en cas d’accident nucléaire qui sont extrêmement élevées du point de vue de la CRIIRAD.
La radioactivité ne se décontamine pas comme les virus qui se désactivent après quelques jours et qui ne résistent pas à un nettoyage sérieux, à la portée de tous. Au Japon la « décontamination » de la région a consisté, entre autres, à mettre en sac des milliers de tonnes de terre qui contiennent entre autres du césium 137, qui va encore irradier pendant jusqu’à presque 300 ans (dix fois la demi-vie). Les autorités japonaises n’ont rien trouvé de mieux que de disperser ces terres pour en faire des remblais dans tout le pays. Faible dose signifie faible probabilité de choper un problème de santé. Faible mais pas nulle, donc à l’échelle d’un pays, c’est un sérieux problème, des malades par milliers certainement. Et ce n’est qu’un exemple de l’extrême difficulté de décontaminer la radioactivité. Lors du démantèlement des centrales, les industriels voudraient bien recycler les métaux irradiés dans la filière métallurgique existante, en disant que si c’est dilué, le danger est négligeable… Mais en réalité, il n’est pas nul !
Retour à la normale ?
Dans la période anormale que nous vivons actuellement, nous avons le ferme espoir que cela ne durera pas, que les infrastructures, les usines, les terres agricoles, l’air et l’eau, la nature (3) seront parfaitement utilisables dès que le coronavirus ne bloquera plus les activités sociales et économiques, que la médecine aura de meilleures armes pour le neutraliser et prévenir les futures vagues en retour. Le but actuel est de mettre l’économie sous cloche, en sachant que tout peut redémarrer ! Je n’ose pas imaginer l’état psychique d’une population soumise au danger d’un accident nucléaire grave, qui n’offre aucun futur prévisible, sauf la faillite généralisée de l’économie et de l’État. Pour en avoir une idée, il nous faut relire « La Supplication », de Svetlana Aleksievitch (4), qui montre la réalité vécue par la population lors de la « gestion » de la catastrophe de Tchernobyl ; un vrai reportage de guerre. Malgré tout, nous devons beaucoup à l’intervention énergique de l’URSS et à ses centaines de milliers de volontaires désignés comme « liquidateurs », et envoyés au casse-pipe. Je doute qu’un État Européen actuel puisse gérer ce genre de situation, pire que la situation actuelle…
Le temps long
Dans le cas d’une catastrophe nucléaire, nous serons confinés ou évacués sans aucune certitude de retour à la normale dans un temps prévisible, qui pourrait se compter en dizaines d’années, voire en siècles. Les deux catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima se sont passées dans des zones moyennement peuplées. Être évacué, c’est abandonner son logement et presque tout ce qui s’y trouve; une partie sera définitivement irrécupérable. Imaginons une catastrophe à Tihange, près de Liège et Namur, à Cattenom à 25 km de Luxembourg, à Nogent sur Seine, à 90 km en amont de Paris. Comment évacuer ces villes, et pour aller où ? La ville de Fukushima, à 62 km de la centrale, n’a échappé à la contamination que grâce à la bonne direction des vents, en tous cas au début. Le premier ministre Japonais a un moment craint de devoir évacuer Tokyo. Les vents ont soufflé plutôt vers la mer. Ce qui n’empêche que des particules chaudes ont aussi atterri à Tokyo. Peu, mais trop !
Nous voyons aussi que le nucléaire est sensible au changement climatique (besoin en eau froide pour refroidir les centrales), aux tsunamis, aux séismes mais aussi … aux épidémies. Il n’y a pas une grande réserve de personnel qualifié pour piloter une centrale, il ne faut pas que le virus se répande dans l’équipe, et le télétravail n’est pas une solution… Dans certaines centrales en France, ils ont vérifié l’état de santé de l’équipe, et les ont confiné, voire enfermés, dans la centrale avec des lits de camps et de la nourriture pour des mois : ils ont peur de devoir arrêter la centrale si trop d’entre eux tombent malades… Si trop d’ingénieurs nucléaires sont écartés, nous craignons que les gestionnaires de centrale y placent des personnes incompétentes…
Pour le moment nous avons un bon réseau de télécommunications, mais en plus du virus la panne électrique ou la panne des réseaux de communication (internet, télé, radio, téléphone, journaux), et même la distribution d’eau, ce sera vraiment ingérable et invivable pour les communautés isolées ! Un peu partout, y compris aux USA, la pandémie menace la gestion des centrales et pourrait les mettre à l’arrêt, ou empêcher leur maintenance périodique et le rechargement de combustible, ce qui revient aussi à, soit les arrêter, soit les rendre plus dangereuses. Bonne illustration du fait que, dans ce cas précis, le « tout nucléaire » pourrait nous renvoyer à la bougie, contrairement aux énergies renouvelables !
Faut-il redouter une épidémie chez les agents EDF ? Le plan pandémie, fondé sur des scénarios très pénalisants, permet de tourner dans les centrales avec 25 % des effectifs absents pendant douze semaines, ou avec 40 % d’absents pendant trois semaines. Sur l’antenne d’Europe 1, Jean-Bernard Lévy s’est voulu rassurant : « Nous assurons aussi en prévision, si nous avions un grand nombre de salariés malades, une rotation de façon à avoir toujours des équipes en réserve, donc je crois qu’on peut rassurer les salariés, rassurer les Français, nous avons tout ce qu’il faut pour continuer à fournir de l’électricité, à tout moment, à tous les Français, pendant cette période exceptionnelle.
Selon le philosophe Michel Foucault, jamais comme en période d’épidémie, le pouvoir politique n’est aussi puissant à faire disparaître la vie démocratique et les contre-pouvoirs. Quelles conséquences la crise du coronavirus ou la crise nucléaire pourraient-elles avoir sur notre vie privée et nos libertés ? (5) Nous voyons déjà des détournements opportunistes : limitation des droits des migrants, des femmes (tentatives de fermeture des plannings familiaux), des normes de protection de l’environnement aux USA, fermeture excessive des frontières… Voulons-nous : La fermeture des parlements et des autres lieux de contre-pouvoirs ? (6)
L’Union nationale ou la dérive autoritaire ?
Des mesures d’urgence, ou des lois d’exception, établies en dérogation du droit commun ? (7)
Le repli identitaire, ou une production et une consommation locale, et l’arrêt à long terme des excès de la mondialisation ?
Le mécanisme sera le même en cas de crise nucléaire, à part que :
Cela peut durer beaucoup plus longtemps.
Le nucléaire civil a été créé pour justifier le nucléaire militaire et l’alimenter en matériaux fissiles pour faire des bombes, la frontière entre les deux a toujours été occultée par le secret-défense. En cas de catastrophe, surtout dans les pays possédant l’arme nucléaire, la réputation du secteur nucléaire a justifié et justifiera tous les abus de droit et tous les dénis, comme en 1986 (8), au mépris de la santé de la population (9).
Et le pire qui puisse arriver, mais il nous faut envisager cette possibilité, ce serait un accident nucléaire sérieux en période d’épidémie. Les ressources médicales et les services de secours seraient soumis à un stress encore plus sévère et peut-être fatal, car nous devrions combattre sur deux fronts !
LA FLAMME SERA EXPOSÉE AU CENTRE NATIONAL D’ENTRAÎNEMENT DU J-VILLAGE À FUKUSHIMA PENDANT LE MOIS D’AVRIL. CONSIDÉRÉE COMME UN SYMBOLE DE LA RECONSTRUCTION DU PAYS APRÈS LE TREMBLEMENT DE TERRE ET LE TSUNAMI DE 2011, LA FLAMME OLYMPIQUE DE TOKYO 2020 DEVIENT UN NOUVEAU SYMBOLE ET UNE LUEUR D’ESPOIR POUR TOUS LES PAYS DU MONDE EN CES TEMPS TRÈS DIFFICILES.
Le président du Comité International Olympique, Thomas Bach, a déclaré que « la flamme olympique pourrait devenir la lumière au bout du tunnel dans lequel le monde se trouve actuellement ».
La flamme olympique de Tokyo 2020 a été allumée en Grèce et est arrivée au Japon le 20 mars à la base aérienne de l’armée japonaise (JASDF) de Matsushima, dans la préfecture de Miyagi. La flamme olympique sera exposée du 2 avril au 30 avril 2020, avec un accès limité au public.
Quelques 160 000 personnes ont été évacuées suite à l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, après le tremblement de terre et le tsunami qui frappèrent le Japon le 11 mars 2011, il y a neuf ans. Mitate Lab., un programme de recherche international de 5 ans accueilli par l’université Nihon de Tokyo et auquel participent le CNRS et le CEA, vient d’être mis en place pour étudier la réouverture de la zone d’évacuation.
Le 26 mars 2020, la flamme olympique aurait dû passer par la zone évacuée autour de Fukushima suite aux tremblement de terre et tsunami du 11 mars 2011 et à l’accident de la centrale nucléaire qui en a découlé. Ce n’est que partie remise, les Jeux ayant été reportés au plus tard à l’été 2021. Un symbole fort pour les premiers Jeux olympiques organisés au Japon depuis cette catastrophe. « Cette initiative illustre parfaitement notre projet, assure Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine au CNRS et co-responsable du projet Mitate Lab1. Car la question sous-jacente à notre travail est : comment administre-t-on un désastre dans la société industrielle actuelle qui rentabilise jusqu’au risque lui-même ? »
Le projet Mitate Lab. a été créé au premier janvier 2020, afin d’étudier la réouverture de la zone d’évacuation qui entoure la centrale accidentée. Le gouvernement japonais a en effet levé dès 2017 l’ordre d’évacuation dans la plupart des 12 communes de la zone, appelant la population à revenir. Une vingtaine de scientifiques, principalement français et japonais, mais aussi américains, de divers domaines rassemblent donc « toute une série de compétences complémentaires pour comprendre ce qui se passe dans cette situation unique », explique Olivier Evrard, également co-responsable du programme, géochimiste CEA au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement2.
Une coopération internationale
Car c’est la première fois dans le monde qu’une zone d’évacuation est rouverte après une telle catastrophe. Il s’agit donc d’analyser ce qui s’y passe sous les aspects les plus divers : physiques, chimiques, biologiques, humains (droit, sociologie, urbanisme, anthropologie, etc.). « Cet environnement doit être abordé dans toute sa complexité », insiste la sociologue. « Croiser nos recherches sur les contaminants avec le travail de Cécile Asanuma-Brice et de son équipe sur les effets sociaux relatifs à la réouverture à l’habitat est intéressant pour comprendre ce que les gens reprennent comme pratiques et pourquoi. Cela permet également d’évaluer l’évolution des taux de contamination des endroits où le retour est promu et d’évaluer les solutions proposées », confirme Olivier Evrard.
« Mitate Lab. officialise des collaborations effectives depuis l’accident de Fukushima et nous permet de réunir sous le même toit toutes les équipes des divers domaines de la recherche qui travaillent sur le sujet en France et au Japon », détaille Cécile Asanuma-Brice. C’est le rôle des « international research projects », cet outil de coopération internationale destiné à consolider des collaborations déjà établies à travers des échanges scientifiques de courte ou moyenne durée pour des réunions de travail, des activités de recherche communes (y compris des recherches de terrain), l’encadrement d’étudiants ou l’organisation de séminaires entre des laboratoires du CNRS et des laboratoires d’au plus deux pays. Soutenu par l’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS, cet « international research project », accueilli par l’université de Nihon à Tokyo, réunit le CEA, le CNRS avec divers organismes de recherche japonais dont l’université de Fukushima, le NIES, et l’université préfectorale de Kyôto, pour une première période de 5 ans. « Au-delà des moyens financiers obtenus3, Mitate Lab. nous permet de consolider notre réseau dans une réelle pluridisciplinarité et nous donne l’assise nécessaire pour postuler à d’autres financements français et japonais ».
Un sujet pluridisciplinaire
Installée au Japon depuis vingt ans, Cécile Asanuma-Brice a vécu personnellement la catastrophe de Fukushima. Au cours de ces dix dernières années, elle se rend tous les mois dans les différentes communes de la préfecture touchées par le désastre. Elle y a mené de nombreux entretiens, tant auprès des populations durant les différentes phases de leur refuge (logements provisoires, refuge, retour) que des institutions en charge de la gestion de la catastrophe. Son analyse se concentre sur les politiques d’habitat qui permettent le contrôle des mouvements de population dans ou hors de la zone touchée par le désastre. Une étude « qualitative » qui s’appuie sur une première évaluation quantitative (étude démographique de la population rentrante et sortante, nature de la relance économique, structure des services présents en activité, etc.). « C’est un travail à la pince à épiler », plaisante la chercheuse qui effectue également un travail d’analyse de la presse au quotidien depuis 2011 et des publications scientifiques japonaises « auxquelles peu de scientifiques ont accès », grâce à par sa parfaite maîtrise de la langue japonaise.
Ainsi, sur les 12 communes de la zone d’évacuation, seulement deux d’entre elles, excentrées par rapport aux retombées principales de contamination, enregistrent un retour de 80 % de leur population. La majorité des autres communes enregistrent moins de 20 % de retour. « Pour le moment, ceux qui rentrent sont principalement des personnes âgées pour qui il est impensable de recommencer à zéro dans un appartement de ville. Les fermiers ont des difficultés à revenir car on ne leur propose que des logements publics collectifs. Malgré les incitations financières, les familles avec enfants refusent de rentrer, car les infrastructures – écoles, hôpitaux – ne fonctionnent pas, et en raison du niveau de radioactivité encore élevé à certains endroits du territoire. », résume Cécile Asanuma-Brice.
De nombreuses questions
Olivier Evrard travaille, lui, principalement sur l’érosion des sols et les transferts de contaminants dans les cours d’eau, qui sont principalement déclenchés au Japon par les typhons et d’autres événements pluvieux intenses. Il s’appuie pour cela sur le suivi de substances radioactives, naturelles ou artificielles, mais aussi sur la mesure d’autres traceurs comme l’ADN des plantes ou la couleur des sols. « La région de Fukushima est montagneuse et forestière : elle est très exposée aux typhons et aux processus d’érosion, indique le scientifique. Or les zones habitées et cultivées ont été décontaminées, mais pas les forêts ni la montagne. Il y a donc des phénomènes de redistribution des dépôts de contamination initiaux, des montagnes vers les parties basses habitées, que nous voulons continuer à étudier ». Et le retour de la population complexifie la situation. « Les activités des populations qui sont revenues ont un impact sur le transfert de la radioactivité résiduelle : les sols décontaminés sont-ils toujours aussi fertiles, que vont planter les agriculteurs, quelles sont les pratiques à éviter et à privilégier pour limiter la diffusion des contaminants ? ».
Les réponses seront également utiles pour mieux gérer les conséquences d’éventuels accidents industriels, où les mêmes problématiques de redistribution de la contamination se retrouvent. En attendant, la crise du Covid-19 retarde les recherches sur le terrain : « Pour les prélèvements du printemps, nous avons les relais sur place pour permettre de faire face à la crise sanitaire actuelle, mais nous rendre sur place à temps pour étudier les conséquences de la prochaine saison des typhons, c’est-à-dire en novembre, serait très important », espère Olivier Evrard.
1 Mesure irradiation tolérance humaine via tolérance environnementale. En japonais, mitate signifie « construire par le regard ». Ce programme, accueilli par l’université Nihon de Tokyo, réunit le CNRS, le CEA, le NIES, l’université de Fukushima et l’université préfectorale de Kyôto. 2 CNRS/CEA/Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. 3 Le montant classique pour un international research project est de 15 000 euros par an sur 5 ans.