"Rien n'est plus proche du Vrai ... que le Faux"

Auteur/autrice : serge angeles Page 31 of 32

Fukushima: les imparables leçons…

Nucléaire: les imparables leçons de la catastrophe de Fukushima

PAR

Deux voix venues du Japon secouent la torpeur pronucléaire de la France, en ce septième anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Écouter Naoto Kan, ancien premier ministre devenu anti-atome, et lire Masao Yoshida, le directeur défunt de la centrale, c’est comprendre l’impuissance des gouvernements face à une catastrophe nucléaire.

Vente de réacteurs EPR à l’Inde, soutien à celui voulu par la Grande-Bretagne à Hinkley Point, torpillage de l’objectif de réduction à 50 % de la part d’électricité d’origine nucléaire : le soutien de l’État à l’atome est plus marqué que jamais.

C’est dans ce contexte particulier que deux voix venues du Japon perturbent l’apparent consensus officiel. L’une est articulée par un dirigeant politique de premier plan, auréolé de son retournement contre le nucléaire à la suite de la catastrophe de Fukushima. C’est celle de Naoto Kan, premier ministre en fonctions lorsqu’un tremblement de terre et un tsunami ravagent son pays et déclenchent l’une des pires crises nucléaires de l’Histoire à la centrale de Fukushima Daichii, en mars 2011. Aujourd’hui député à la Diète, élu du parti démocrate du Japon (PDJ), il soutient une proposition de loi favorable à la sortie du nucléaire alors que l’actuel chef du gouvernement, Shinzo Abe, veut au contraire relancer les réacteurs à l’arrêt.

À l’occasion du septième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, il est en visite en France pour alerter sur les dangers de l’atome. « Ce que je veux dire aux Français, c’est que le risque est énorme, explique-t-il à Mediapart. S’il y a un accident dans une centrale nucléaire, vous risquez d’avoir un tiers de votre territoire, ou peut-être la moitié, qui devienne inutilisable, invivable pendant des dizaines d’années. Je crois que vous devez être conscients de cela, que vous devez sortir du nucléaire, consommer moins d’électricité et, surtout, faire confiance aux énergies renouvelables. Prenez conscience de ce risque, il est énorme. »

Pendant près d’une semaine, il a multiplié les interventions publiques : discours devant des militant·e·s de La France insoumise – qui organise une votation citoyenne sur le sujet –, allocutions à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, déplacement devant le chantier de l’EPR à Flamanville et à La Hague, où sont stockés les déchets radioactifs français. Sa venue suscite l’intérêt des médias, où certain·e·s le décrivent en « rock star »de l’antinucléaire.

Naoto Kan, pendant sa visite à Rikuzentakata, frappée par le séisme et le tsunami, le 2 avril 2011 (Reuters/Damir Sagolj).Naoto Kan, pendant sa visite à Rikuzentakata, frappée par le séisme et le tsunami, le 2 avril 2011 (Reuters/Damir Sagolj).

L’autre voix est bien plus discrète, et s’exprime dans un livre sobrement intitulé Un récit de Fukushima. Elle est posthume. C’est celle de Masao Yoshida, directeur de la centrale Fukushima Daiichi au moment de la catastrophe. Il est mort en juillet 2013 d’un cancer de l’œsophage. Mais deux chercheurs français, Franck Guarnieri et Sébastien Travadel, ont fait traduire et éditer pour la première fois en français de larges extraits de son audition auprès de la commission d’enquête alors mise sur pied par Naoto Kan.

À les entendre tous les deux aujourd’hui, avec le décalage de registre de parole et des années, deux visions s’affrontent sur la responsabilité face à la catastrophe. Interrogé pendant près d’une heure par Mediapart sur ses décisions pendant et après la catastrophe en 2011, Naoto Kan, physicien de formation, décrit à plusieurs reprises son incapacité à évaluer seul la gravité de la situation. Pourquoi son gouvernement a-t-il autorisé un seuil d’exposition de la population de 20 millisievert (mSv), considéré comme dangereux par certain·e·s expert·e·s en radioprotection, ouvrant la voie au retour chez eux des déplacé·e·s de Fukushima ? « Attention, ce n’est pas moi qui ai décidé que ce seuil de 20 mSv était le bon, nous répond-il, ce n’est pas du tout quelque chose que des hommes politiques peuvent décider comme cela. Ce sont les experts qui ont décidé. Ce sont des compromis de discussions entre experts médicaux et nucléaires. On a fait une cote à 20 mSv qui semble à peu près acceptable par toutes les parties. Moi, personnellement, je n’ai aucun avis là-dessus. »

Il rapporte à ce sujet une autre anecdote, effrayante a posteriori : « Au sein du ministère de l’économie et de l’industrie, il y avait l’Agence de sûreté nucléaire [devenue depuis l’Autorité régulatrice du nucléaire – ndlr], formée d’experts. En cas de crise, un dispositif se met en place, avec une commission de sûreté nucléaire, sous la responsabilité directe du premier ministre, assisté par des membres de l’agence. Au moment où l’accident s’est produit, le responsable de cette agence du Miti est venu me voir, et je lui ai posé trois questions : quelle est la situation actuelle ? Comment ça va évoluer ? Quelles mesures pouvons-nous prendre pour remédier à cette situation ? Mais les réponses qu’il m’a données étaient tellement confuses et absconses que je me suis dit : “Qu’est-ce que ça veut dire ? Soit c’est moi qui ne comprends pas. Soit c’est lui qui n’est pas tout à fait compétent et ne me donne pas les explications qu’il faut.” Je lui ai donc demandé : “Pourquoi je ne comprends pas vos explications ?” Il a été obligé de me dire qu’il ne connaissait rien au nucléaire et qu’il était diplômé de l’université de Tokyo en sciences économiques. C’est normal que le ministère de l’économie nomme un économiste pour s’occuper d’industrie nucléaire. Mais c’était très gênant qu’il soit à la direction d’une agence en principe formée d’experts qui devaient m’aider à prendre des décisions. Cela montre que tout l’organigramme du gouvernement japonais était fondé sur la supposition qu’il n’y aurait pas d’accident majeur dans l’industrie nucléaire. Ils n’avaient jamais pensé à la possibilité d’un accident majeur. Il est normal qu’un ministre ne soit pas au courant, mais que le responsable de la sécurité, chargé d’édicter les règles, ne le soit pas, là ça pose un gros problème. »Quelques mois plus tard, une commission parlementaire lance une enquête sur la conduite des autorités pendant la catastrophe. « On a compris à ce moment-là, et c’est écrit dans le rapport de la commission, qu’au lieu de servir de soutien aux politiques qui, par définition, ne connaissent pas bien le nucléaire, l’Agence de sûreté nucléaire avait été en fait la courroie de transmission des opérateurs », poursuit Naoto Kan.

« Tout le monde a fui et personne n’est venu »

Face à la complexité technique du fonctionnement des réacteurs et à la difficulté de comprendre quelle décision prendre, Naoto Kan avoue son impuissance : « Pendant toute cette période, ce que je peux dire de mon expérience, c’est que je n’ai jamais eu en temps utile les infos que je voulais avoir. Ce n’est pas la faute des experts, c’est la faute du temps. » Il a démissionné de son poste de premier ministre fin août 2011, sous le feu des critiques pour sa gestion de la catastrophe de Fukushima, jugée calamiteuse par l’opposition.

Une rumeur l’a accusé d’avoir interdit de communiquer sur la fusion des cœurs de trois réacteurs de la centrale de Fukushima, l’accident le plus grave pour une centrale, pour ne pas effrayer la population. « Mais je n’ai pas su quand la fusion a eu lieu, affirme-t-il aujourd’hui. On a appris il y a deux mois que c’était le président de Tepco [l’opérateur de la centrale – ndlr] qui avait interdit qu’on utilise ce mot. Il l’a reconnu il y a trois mois. »

N’a-t-il pas été possible au chef du gouvernement d’être informé correctement de ce qui se passait dans la centrale accidentée ? « Ceux qui savent tout, c’est Tepco, répond-il. Je ne peux apprendre les choses que par eux, selon leur bon vouloir. Ils connaissent toutes les données de la centrale. Je n’ai aucun moyen de savoir par moi-même. » Aujourd’hui encore, les témoignages du président et du directeur général de Tepco devant la commission d’enquête gouvernementale restent confidentiels, à leur demande. « Donc pour le moment, il y a encore des informations secrètes, explique Naoto Kan. J’ai témoigné et tout a été publié. Tous les autres participants ont donné leur accord mais les deux principaux dirigeants de Tepco, non. C’est bien sûr un grand problème. »

À l’inverse, dans un récit bouleversant de précision devant la commission d’enquête parlementaire, Masao Yoshida, l’ancien directeur de la centrale de Fukushima, dénonce l’irresponsabilité des politiques : « Le tsunami de mars a fait 23 000 victimes. Qui les a tuées ? C’est un séisme de magnitude 9 qui les a tuées. On brandit notre responsabilité. Mais pourquoi n’avait-on pas pris les dispositions pour que ces personnes ne meurent pas ? Au lieu de se poser ces questions, la discussion fait un bond et se concentre sur le seul point de la responsabilité de Tepco. Je ne trouve pas ça normal. S’il s’agit de mesures fondamentales pour protéger la vie et les biens des Japonais, il faudrait que la cellule de gestion de crise du premier ministre prenne les mesures qui s’imposent avec les autorités locales. Mais l’État ne fait rien. Il se contente de remettre en question l’organisation des centrales nucléaires (…). Bien sûr protéger une centrale nucléaire est important, mais si on n’a pas de plan d’ensemble, on ne peut pas parler de véritables mesures de protection. Je trouve que l’État a une vision biaisée, concernant les séismes et les tsunamis. »

Que nous apprend son récit ? La terreur d’avoir à prendre des décisions face à une catastrophe en train de se produire, sans avoir, lui non plus, les éléments nécessaires à la prise de décision. Quarante et une minutes après le début du séisme, les premières vagues du tsunami atteignent Fukushima Daiichi. Elles mesurent environ 8 mètres de haut. Dix minutes plus tard, déferlent des vagues estimées à plus de 15 mètres de haut. Jusque-là, la NHK, la télé japonaise, n’avait annoncé que des vagues de 5 mètres. La centrale a été conçue pour résister à un tsunami de 6,10 mètres de haut.

Un quartier déserté de la ville balnéaire de Namie, évacuée pendant la catastrophe nucléaire de Fukushima, le 28 février 2017 (Reuters).Un quartier déserté de la ville balnéaire de Namie, évacuée pendant la catastrophe nucléaire de Fukushima, le 28 février 2017 (Reuters).

La perte des circuits électriques rend très difficile l’action de refroidissement des réacteurs et empêche le suivi de ce qui s’y passe par les outils dédiés. Les ingénieurs doivent agir dans le noir, parfois littéralement : il n’y a plus de lumière dans la salle des commandes et les pilotes ne voient plus leurs instruments. Enfermés dans le bâtiment antisismique, sans images de l’extérieur, le directeur et ses collaborateurs ne comprennent que le tsunami est passé que lorsqu’ils voient que l’alimentation en courant électrique a cessé et que les générateurs de vapeur ne fonctionnent plus.

« Nous étions tous tellement terrassés que nous sommes restés sans voix (…), tout en accomplissant ces tâches administratives, émotionnellement nous étions anéantis. »Dans cette situation extrême, les procédures et manuels de gestion de crise deviennent inutiles. L’« imaginaire collectif » des opérateurs de la centrale a été « balayé », analysent Franck Guarnieri et Sébastien Travadel. Ils font l’expérience de l’effondrement de leur cadre institutionnel, expliquent les deux chercheurs. Aucune procédure ne prévoit ce qui se passe, les autorités politiques ne savent pas quoi faire, le directeur de la centrale est quasiment coupé du monde. « La centrale s’est libérée des hommes, écrivent-ils. Il ne s’agit plus ici de l’exploiter, de la contrôler, de la maintenir, mais bien de la combattre. Un combat à mort. »

Des décisions ultratechniques, complexes et dangereuses doivent être prises dans un état de bouleversement émotionnel. Le directeur décide d’injecter de l’eau de mer dans les réacteurs pour empêcher qu’ils ne s’emballent. Masao Yoshida explique : « Je n’en avais pas entendu parler parce que nulle part au monde on ne l’avait jamais fait. » Mais la situation se complique terriblement et, au bout d’un moment, ce sont trois réacteurs que les équipes doivent gérer en même temps. « Je vous assure, personne n’a jamais eu à faire face à trois tranches nucléaires à la fois, et pour être franc, je pense que cela n’arrivera probablement plus jamais. Je n’ai même pas envie d’y repenser. »

Le 13 mars, au troisième jour depuis l’accident, le réacteur 3 explose : « Au début, tout juste après l’explosion, quand les tout premiers rapports sont arrivés du terrain et que j’ai su qu’il y avait une quarantaine de disparus, j’ai vraiment eu l’intention de me donner la mort. Si c’était vrai. S’il y avait quarante morts, j’étais décidé à me faire hara-kiri. » Mais finalement, personne n’y a perdu la vie et l’équipe poursuit son travail. Au bout d’un moment, les sous-traitants sont renvoyés chez eux. Seuls restent le directeur et une cinquantaine de personnes – contre environ 5 000 avant l’accident.

Il est d’autant plus instructif d’entendre ces deux voix aujourd’hui en parallèle que Naoto Kan et Masao Yoshida se sont fait face lors de l’accident. Et se sont affrontés, indirectement. Quand le directeur de la centrale décide d’injecter de l’eau de mer pour refroidir les réacteurs, le vice-président de Tepco, depuis le bureau du premier ministre, lui ordonne d’arrêter. L’ingénieur raconte comment il a sciemment désobéi et menti à ses supérieurs.

Au deuxième jour de l’accident, Naoto Kan se rend sur la centrale, pour une visite qui ne dure pas même une heure. Sa rencontre avec le responsable de l’installation semble tragiquement inutile. « Tout de suite, il m’a demandé d’un ton assez sévère ce qu’il en était, se souvient Yoshida, l’ambiance était telle qu’il était difficile de parler. J’ai bien dit que la situation était difficile sur le terrain, mais j’ai conscience que je n’ai pas suffisamment expliqué en quoi. En fait, nous ne pouvions pas parler librement. Le premier ministre posait des questions surprenantes, auxquelles on essayait simplement de répondre. » Quel type de questions ? Par exemple, comment un simple tsunami pouvait-il paralyser une centrale nucléaire.

Lors de sa visite, Naoto Kan ne voit qu’une salle de réunion du bâtiment antisismique. Il ne pénètre pas dans la cellule de crise. Au plus fort de la crise, lors d’un entretien par téléconférence, Naoto Kan demandera plus tard aux opérateurs « de sacrifier » leurs vies. À l’intérieur de la centrale, la solitude des équipes est insondable. Yoshida réclame aux autorités locales que les réseaux de pompiers leur livrent de l’eau. Mais « tout le monde a fui et personne n’est venu ».  

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Au fil des heures, les relations se tendent entre l’intérieur de la centrale et les autorités extérieures. Les deux chercheurs chargés de l’édition du témoignage de Yoshida proposent une audacieuse interprétation de ce conflit : « C’est peut-être précisément l’éveil de ces conflits et leur mode de résolution qui a permis au collectif sur site de reprendre la maîtrise de ses installations. »Les multiples et légitimes critiques à l’encontre de Tepco ont laissé dans l’ombre le courage et les souffrances des opérateurs, qui sont restés jusqu’au bout aux commandes de la centrale. Naoto Kan en est aujourd’hui l’héritier paradoxal. Son récit rejoint celui de l’ingénieur défunt sur un point essentiel : l’impuissance humaine et le désespoir face à une catastrophe nucléaire.

« Dix jours après l’accident, j’ai demandé au président de la commission de sécurité nucléaire de faire une simulation pour le cas le pire : qu’est-ce qui pourrait se passer ?, se rappelle-t-il aujourd’hui. Ça lui a pris une semaine. Pour le cas où la centrale deviendrait vraiment incontrôlable, il aurait fallu évacuer une zone jusqu’à 250 km de la centrale. Tokyo était concernée. 50 millions d’habitants devaient être chassés de chez eux, et ne pourraient pas y revenir pendant plusieurs dizaines d’années. Et quand j’ai vu qu’une simple centrale représentait un risque si important, ce jour-là, j’ai complètement changé d’avis. On ne peut pas envisager une industrie avec des risques aussi énormes. 50 millions d’habitants, c’est 40 % de la population japonaise. Le centre du pays serait devenu complètement inutilisable. Pire que quand le Japon a perdu la guerre. Ce jour-là, quand j’ai compris que ce risque était présent, j’ai changé à jamais. »

Les faits et gestes de Naoto Kan sont critiquables. Le bilan de son exercice du pouvoir doit être envisagé avec distance. Mais son alerte possède la simplicité formelle du rescapé d’un désastre. Les mots de son témoignage sont lourds de sens. Ils engagent la responsabilité de celles et ceux qui les écoutent, à commencer par, espérons-le, le gouvernement et le chef de l’État français.

Fukushima: Sept ans de malheur …

Sept ans de malheur nucléaire à Fukushima

(Image satellite mars 2011)

Si vous voulez aller vers des choses positives, je vous y encourage. Cultivez vos passions, mangez sainement, évitez les personnes toxiques, soyez optimistes, profitez des petits bonheurs de chaque jour, faites-vous plaisir. Mais si vous n’êtes pas en forme en ce moment, ne lisez pas cet article, ne fréquentez pas ce blog, car il donne la vérité toute crue sur Fukushima et le nucléaire en général, des choses dont on entend peu parler malgré leur gravité. En créant ce blog il y a sept ans, je ne visais pas autre chose que de présenter des infos qui ont du mal à circuler. Car elles dérangent, elles ne vont pas dans le sens que l’on aimerait, elles font mal, elles interrogent, elles remettent en question des connaissances que l’on croyait acquises. Car le nucléaire, qui a été présenté à l’origine comme la solution à tous les problèmes de la terre, est un enfer. Un enfer pour les populations civiles qui ont subi le feu nucléaire en 1945, un enfer pour les gens contaminés dans et autour des mines d’uranium, un enfer pour les populations malades sur d’immenses territoires suite aux essais atmosphériques et aux catastrophes nucléaires, sans que l’OMS ne s’en occupe, un enfer pour les gens qui ont des cancers à cause du fait qu’ils vivent près d’une centrale nucléaire prétendument propre, un enfer pour les milliers de travailleurs de Tepco qui « gèrent » au mieux les ruines de la centrale de Fukushima Daiichi, un enfer pour les réfugiés nucléaires que le gouvernement japonais incite à revenir vivre dans des territoires contaminés.

Voilà sept ans que la catastrophe de Fukushima a eu lieu, sept ans de malheurs que les auteurs de ce blog vous ont contés. Et pourtant, la catastrophe ne fait que commencer. Car la pollution nucléaire se compte en centaines, en milliers, en millions d’années selon les radionucléides. Il faudra faire avec désormais. C’est pourquoi, si l’on veut penser un tant soit peu aux générations futures, il est important de sortir du nucléaire pour arrêter de produire des déchets dont on ne sait que faire et surtout, avant qu’une nouvelle catastrophe, possiblement fatale pour l’avenir de l’humanité, ne se produise.

Pierre Fetet

Le nombre de cancers de la thyroïde augmente sans cesse

La seule enquête épidémiologique existante au Japon en rapport avec la catastrophe nucléaire de Fukushima concerne un diagnostic réalisé pour environ 380 000 jeunes, mineurs au moment de la catastrophe. Avant 2011, l’incidence du cancer de la thyroïde des enfants au Japon était de 0,35 cas par an pour 100 000 enfants ; un seul nouveau cas de cancer de la thyroïde de l’enfant chaque année devait donc advenir dans la préfecture de Fukushima. Or, à ce jour, 160 cas de cancer thyroïdien sont confirmés et 35 enfants sont en attente d’une opération. Malgré ce résultat significatif, l’Université de Médecine de Fukushima affirme que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’a pas eu d’influence sur l’augmentation des cancers de la thyroïde des enfants. Cherchez l’erreur.

Répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde

Pour en savoir plus, je vous encourage à lire l’étude réalisée par le Dr Alex Rosen, médecin, président de l’IPPNW-Allemagne (International Physicians for the Prevention of Nuclear War) et publiée le 7 mars 2018

Lien vers la traduction française de l’étude détaillée,

éditée dans le site de Georges Magnier, Vivre après Fukushima

La pollution due aux rejets de mars 2011 s’est répandue sur des centaines de km²

On retrouve autour de la centrale et jusqu’à des centaines de kilomètres de la centrale du combustible usé prisonnier de billes de verre microscopiques. Les plus petites de ces particules, insolubles, sont très légères et peuvent voyager avec le vent. On peut donc les inhaler. Une fois logées dans des poumons, elles sont piégées à vie et peuvent alors provoquer des cancers.

On ne connaît pas bien le processus de création de ces microbilles qui ont été rejetées dans l’atmosphère en mars 2011, mais elles existent et posent un véritable problème sanitaire. Mais les autorités ne tiennent pas compte de cette pollution. L’incitation au retour des populations dans les territoires contaminés n’est basée que sur la dose ambiante et jamais sur la pollution effective du sol ou les matières en suspension dans l’atmosphère. D’où l’intérêt des mesures des taux de radioactivité par les citoyens eux-mêmes.

Pour en apprendre davantage sur les billes de verre au césium, il faut lire l’article de Cécile Brice publié dans son blog Japosphère le 7 mars 2018 :

Billes de césium à Fukushima, incertitude scientifique contre certitude politique

Nous avions déjà évoqué cette information en février 2016 avec cet article :

Un nouveau produit dérivé de la fusion des cœurs a été découvert au loin de la centrale de Fukushima Daiichi

A propos de la pollution et des doses mesurées différemment par les autorités et la population, je vous invite à vous reporter au site Nos Voisins Lointains 3.11 qui suit de près ce dossier et publie les cartes citoyennes :

Le public devrait-il être autorisé à voir la carte de la radio-contamination ?

Dernière carte de la pollution radioactive effeectuée par des citoyens pour Tomioka

Fukushima : quand les médias …

Fukushima : quand les médias francophones passent à côté des 7 ans de la catastrophe au Japon

Jean-François Heimburger
Jean-François Heimburger

Le Japon a-t-il bien tiré les leçons de la catastrophe du 11 mars 2008 ? (Source : South China Morning Post)Le Japon a-t-il bien tiré les leçons de la catastrophe du 11 mars 2008 ? (Source : South China Morning Post)

Mokutô. Dimanche 11 mars 2018 à 14 h 46, un peu partout au Japon, les habitants se sont recueillis à travers cette « prière silencieuse », pour consoler et calmer l’âme des victimes de la catastrophe de l’est du Japon. Sept ans auparavant, un séisme s’était produit au large des côtes nord-est de l’Archipel, engendrant un tsunami qui a dévasté plusieurs centaines de kilomètres de littoral et emporté la vie de milliers d’habitants. Ce phénomène a également provoqué un accident grave à la centrale nucléaire de Fukushima 1.

Les conséquences humaines sont très lourdes. Le séisme et le tsunami ont provoqué la mort ou la disparition de 18 434 personnes selon la police, principalement dans trois départements : 58 % à Miyagi, 31 % à Iwate et 10 % à Fukushima. Depuis, d’après l’Agence de reconstruction, 3 647 personnes sont également décédées indirectement, suite à l’aggravation de blessures ou de maladies, et 73 349 habitants étaient toujours évacués en février dernier, dans des logements provisoires, chez des proches ou dans des établissements hospitaliers.

Les médias japonais ont largement couvert les événements organisés ce dimanche. Ils ont traité des commémorations dans tout le pays, mais aussi de la situation de la reconstruction dans les zones sinistrées, de la vie des personnes évacuées ou encore de la prévention des catastrophes. Si des informations sur les conséquences de l’accident nucléaire et les quelques manifestations ont également été diffusées au Japon, c’est principalement sur ce sujet que les médias francophones ont concentré leur intérêt. En témoigne le terme de « catastrophe de Fukushima », majoritairement employé pour parler, improprement, des dégâts provoqués par le séisme et le tsunami. Précisons qu’au Japon, les médias utilisent à juste titre les termes de « Higashinihon daishinsai », c’est-à-dire de « catastrophe sismique de l’est du Japon », et de « Genpatsu jiko », « accident nucléaire ».
Regardons de près le contenu des informations francophones. Trois dépêches de l’Agence France Presse ont été diffusées et reprises ce 11 mars par les sites de presse en ligne. Un article (« Le Japon se souvient sept ans après le tsunami et la catastrophe nucléaire« ) portait sur la commémoration et la catastrophe en général. Deux autres articles (« Japon : la situation à la centrale de Fukushima 7 ans après le tsunami » et « Au Japon, des particuliers surveillent la radioactivité« ) avaient pour thème les conséquences de l’accident nucléaire. Le premier était près de deux fois plus court que chacun des deux autres.
Ne pas avoir diffusé ce jour-là un article plus consistant sur les conséquences de la catastrophe, sur les difficultés économiques et sociales dans toutes les régions sinistrées, sur les leçons tirées ou non, ou encore sur l’état de la préparation de la population à faire face à de futurs désastres, tout cela interroge. D’autant plus au regard de l’importance de l’Agence France Presse dans le paysage médiatique, cet organisme nourrissant largement les nombreuses rédactions francophones.
La diffusion de ces articles par les sites de presse en ligne est par ailleurs révélatrice du traitement déséquilibré des informations. Ils ont ainsi été nettement plus nombreux à diffuser l’article sur la situation à la centrale nucléaire que le premier sur le souvenir.
À part ces dépêches, certaines rédactions ont également publié ces derniers jours des articles et reportages propres, pour la plupart consacrés en priorité à la question du nucléaire. Celle-ci est évidemment importante. Mais pourquoi ne pas avoir accordé de la place aux autres sujets ? Pense-t-on que cela intéresse moins les lecteurs francophones ? Y a-t-il d’autres raisons ?
Par Jean-François Heimburger

Fukushima : « Une catastrophe nucléaire peut créer l’apocalypse

Fukushima : « Une catastrophe nucléaire peut créer l’apocalypse dans la moitié d’un pays », prévient l’ex-Premier ministre japonais

Naoto Kan, l’ancien Premier ministre japonais qui avait géré la catastrophe de Fukushima en 2011 a indiqué lundi sur franceinfo que « l’erreur humaine est possible n’importe où ».

Naoto Kan, Premier minisitre du Japon de 2010 à 2011, sur franceinfo le 12 mars 2018.Naoto Kan, Premier minisitre du Japon de 2010 à 2011, sur franceinfo le 12 mars 2018. (RADIO FRANCE)

Sept ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011, l’ancien Premier ministre du Japon alors en poste, est en déplacement lundi 12 mars en France. Naoto Kan entame une tournée qui passera de l’Assemblée nationale, à Flamanville (Manche), jusqu’au Parlement européen. Devenu fervent militant anti-nucléaire, l’ex-chef du gouvernement japonais est revenu lundi sur cette catastrophe sur franceinfo.

franceinfo : Malgré la catastrophe, le Japon est-il passé près du pire ?

Naoto Kan : Si la radioactivité avait continué à s’étendre, si on n’avait pas pu contrôler certains éléments, on aurait dû évacuer une zone de 250 kilomètres autour de Fukushima. La population de Tokyo aurait dû être évacué pendant une période de 30 à 50 ans. Grâce à beaucoup de petits coups de chance, au vent, aux efforts des employés de la centrale et des pompiers, le drame a pu être évité. Si ce scénario du pire avait été réalisé, il aurait fallu évacuer 50 millions d’habitants, soit 40% de la population japonaise. Cela aurait été pire qu’en cas de défaite dans une grande guerre. L’apocalypse du Japon. Dans la mesure où on a évité cela, on peut dire qu’on a eu de la chance.

Quel regard portez-vous sur le nucléaire aujourd’hui ? Vous dites avoir fait un virage à 180 degrés, pourquoi ?

Jusqu’au 11 mars 2011, j’avais confiance en la technologie japonaise. Je pensais qu’il n’arriverait jamais au Japon une catastrophe comme Tchernobyl [en 1986 en Ukraine], que nos ingénieurs étaient tout à fait compétents et que la technologie était au point. Avec Fukushima, j’ai vu qu’une catastrophe nucléaire pouvait créer l’apocalypse dans la moitié d’un pays. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il faut absolument changer notre politique énergétique, faire une transition énergétique, du jour au lendemain comme certains pays d’Europe. J’essaye de faire en sorte que le Japon change de voie. Des pays comme la France doivent également changer. Même d’un point de vue économique, la transition énergétique peut créer de l’emploi et de la richesse. C’est le moment ou jamais. Le risque est beaucoup trop grand, on ne peut plus prendre ce risque. Ce n’est pas possible.

Au Japon aussi on redémarre des réacteurs nucléaires ?

Actuellement il n’y a que cinq réacteurs sur 54 qui fonctionnent au Japon. La population japonaise est vraiment contre les centrales, il y a des mouvements, des procès, des collectivités locales qui freinent par tous les moyens possibles. Dans les sept ans suivant l’accident de Fukushima, peu de centrales ont fonctionné et pourtant l’économie est prospère. C’est la preuve qu’on n’a pas besoin des centrales. Un pays peut se porter très bien sans nucléaire. Le Premier ministre Shinzo Abe n’en a relancé que cinq, il a du mal à en relancer plus, et il n’y arrivera pas.

En France nous avons 58 réacteurs, mais avec moins de risques de tsunami et de séisme qu’au Japon. Pensez-vous que nous courons tout de même un risque ?

Il y a eu des accidents comme Tchernobyl ou Three Mile Island [en 1974 aux États-Unis], et c’était des erreurs humaine. L’erreur humaine est possible n’importe où. La question n’est pas de savoir si on risque un accident de tel ou tel type. Le risque est beaucoup trop grand pour être pris, les conséquences sont beaucoup trop grandes. Quand une centrale explose, c’est trop tard, trop grand. On a les énergies renouvelables pour remplacer le nucléaire. On va dans le sens de l’histoire en les adoptant. Je suis très optimiste pour l’avenir.

Japon : Fukushima, sept ans..

Japon : Fukushima, sept ans après la catastrophe

Il y a sept ans au Japon, un puissant tremblement de terre suivi d’un tsunami provoquait la catastrophe nucléaire de Fukushima. Tous les 11 mars, le pays se fige pour honorer ses plus de 20 000 morts

14h46 ce dimanche, comme tous les ans à cette heure, la vie s’arrête au Japon. En mémoire des milliers de personnes disparues au cours d’une des plus grandes catastrophes qu’aie connue le pays. Il y a sept ans, un séisme de 9 sur l’échelle de Richter provoque un puissant tsunami. La côte nord-est du Japon est balayée par des vagues géantes. Plus de 20 000 personnes périssent noyées. La centrale nucléaire de Fukushima, construite en bord de mer, ne résiste pas. Ses réacteurs entrent en fusion.

Les mesures de Tepco contestées

160 000 personnes sont évacuées pour fuir les radiations. Les déplacés peinent à rentrer en dépit de la levée des interdictions. Dans la centrale, les travaux de décontamination continuent. Pour empêcher l’écoulement d’eau irradiée, l’exploitant Tepco a construit un mur de terre gelée. Le dispositif est contesté, tout comme l’édification d’un mur de 12,5 m de haut en bordure de littoral. Un mur à 13 milliards de dollars qui ne permet pas de panser les plaies de cette région meurtrie.

Les fantômes du Tsunami

Retours à Fukushima, sept ans après

Deux ouvrages racontent la « grande catastrophe » qu’a connue le Japon en 2011. L’un décrit l’apocalypse à travers le regard de survivants, l’autre livre le témoignage du dirigeant de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi.

LE MONDE | | Par Pierre Le Hir

Livres. Le 11 mars, le Japon a commémoré le septième anniversaire de la « grande catastrophe » de 2011. Une double catastrophe comme on le sait. D’abord, le séisme de magnitude 9, le plus violent jamais mesuré dans l’Archipel, suivi d’un tsunami – une vague culminant à trente-six mètres de hauteur –, qui dévastèrent la côte est de l’île de Honshu, faisant, selon le dernier bilan officiel, 18 500 morts et disparus. Ensuite, l’accident, le plus grave de l’histoire de l’atome civil après celui de Tchernobyl en 1986, qui mit en pièces la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, où les cœurs de trois réacteurs entrèrent en fusion, recrachant des nuages de particules radioactives qui ont contaminé la région pour des décennies.

Deux ouvrages, en librairie le 7 mars, nous ramènent aujourd’hui sur les lieux de la tragédie, le premier parmi les corps et les esprits broyés par le cataclysme, le second dans les entrailles de la centrale nucléaire en perdition. Deux livres d’une facture très différente mais qui, l’un et l’autre, plongent le lecteur dans l’effroi.

C’est à la première catastrophe, le « super-tsunami », « O-tsunami » en japonais, que s’attache le récit du journaliste Richard Lloyd Parry, correspondant du Times à Tokyo. Les Fantômes du tsunami, fruit de six ans d’enquête, a pour épicentre l’école primaire d’un village où périrent soixante-quatorze enfants et dix de leurs enseignants. Le matin de ce vendredi-là, ils avaient quitté leurs proches sur la formule rituelle « itte kimasu », « je pars et je reviendrai », et s’étaient vu répondre « itte rasshai », « pars pour revenir ». Aucun ne tint promesse, emporté par une déferlante en forme d’« animal affamé ».

Témoignages pudiques et réalisme cruMêlant témoignages intimes empreints de pudeur et descriptions d’un réalisme cru, l’auteur rapporte des scènes cauchemardesques. Un grand-père remuant la boue…

 

Fukushima catastrophe pas gérable

Fukushima 7 ans après : « C’est une catastrophe inédite qui par définition n’est pas gérable »

L’ingénieur en physique nucléaire, Bruno Chareyron, a reconnu dimanche sur franceinfo que les scientifiques sont démunis sept ans après la catastrophe de Fukushima au Japon.

La centrale nucléaire accidentée de Fukushima (Japon), le 11 mars 2018.La centrale nucléaire accidentée de Fukushima (Japon), le 11 mars 2018. (AFP)

Sept ans après le tsunami qui a provoqué l’une des plus graves catastrophes nucléaires de l’histoire à Fukushima au Japon, la situation est toujours critique« La catastrophe de Tchernobyl a montré une épidémie de cancers de la thyroïde chez les jeunes enfants », a rappelé dimanche 11 mars sur franceinfo, Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Criirad). « Au moment de Fukushima, ça n’a pas été intégré correctement, parce que la population japonaise, n’a pas bénéficié d’une distribution de pastilles d’iode pour protéger la thyroïde », a-t-il analysé. « Que ce soit d’un point de vue sanitaire, financier, environnemental, c’est vraiment une catastrophe inédite et qui par définition n’est pas gérable », a-t-il estimé.

franceinfo : De nouvelles techniques sont développées pour limiter les contaminations comme des murs de glace et des robots. Malgré ces progrès techniques, est-ce que les scientifiques sont démunis face à l’ampleur du problème à Fukushima ?

Bruno Chareyron : Bien sûr, les scientifiques sont démunis, tout le monde est démuni face à l’ampleur du problème. Il y a trois cœurs de réacteurs nucléaires qui ont fondu. C’est une situation totalement inédite. Il faut penser à l’enfer radioactif dans lequel évoluent les travailleurs à Fukushima et qui tentent en permanence de maîtriser la situation. Depuis le début de la catastrophe, on parle de 40 à 50 000 travailleurs qui évoluent sur ce site très radioactif. Il faut penser à eux, à leur santé, au stress qu’ils subissent en permanence. Il faut avoir à l’esprit les enjeux économiques. Un institut japonais a évalué à plus de 500 milliards de dollars le coût de cette catastrophe et c’est probablement un coût qui est sous-évalué. Que ce soit d’un point de vue sanitaire, financier, environnemental, c’est vraiment une catastrophe inédite et qui par définition n’est pas gérable.

A-t-on retenu les leçons depuis Tchernobyl, notamment au niveau des techniques mises en place pour combattre ce type de catastrophes ?

Les techniques et les savoirs ont évolué, mais malheureusement, on n’a pas tenu compte de ce qu’on a appris au moment de Tchernobyl. La catastrophe de Tchernobyl a montré une épidémie de cancers de la thyroïde chez les jeunes enfants. Au moment de Fukushima, ça n’a pas été intégré correctement, parce que la population japonaise, n’a pas bénéficié d’une distribution de pastilles d’iode pour protéger la thyroïde. Par ailleurs, l’eau est un vrai problème à Fukushima. Les matières hautement radioactives de ces trois cœurs de réacteurs qui ont fondu sont en contact avec les eaux souterraines. Tepco [l’opérateur japonais de la centrale accidentée de Fukushima], doit en permanence réinjecter de l’eau pour refroidir les réacteurs et cette eau rencontre l’eau des nappes phréatiques qui se contaminent. Tepco a accumulé plus d’un million de mètres cube d’eaux contaminées et personne ne sait comment les gérer à long terme. Actuellement, il y a une forte pression pour qu’une partie de ces eaux soient rejetée directement dans l’océan.

Quelles sont les conséquences de cette catastrophe au-delà du Japon ?

Les conséquences en termes de contamination radioactive. C’est ce que nous avons détecté en France avec le passage des masses d’air contaminées en 2011. Les conséquences les plus importantes, ce sont pour les personnes qui vivent encore dans les territoires contaminés et qui n’ont pas été évacuées ainsi que pour les personnes que le gouvernement japonais, en quelque sorte, force à revenir sur des zones qu’il n’est pas possible de décontaminer. Depuis le début de la catastrophe, le gouvernement japonais avec la complicité d’autres institutions internationales, essaie de minimiser l’ampleur de la catastrophe. C’est absolument inacceptable d’un point de vue éthique. Par rapport à la faune et à la flore, il y a des conséquences comme l’instabilité génomique, de petits mammifères qui vivent sur les sols contaminés, voient leur bagage génétique altéré, modifié et transmettent ensuite aux générations suivantes des anomalies génétiques. Au Japon, des études faites sur les singes, les oiseaux, les papillons, montrent des altérations, des difformités, des retards de croissance dans la région de Fukushima. Sur la faune, la flore, et sur l’homme, les conséquences de ce type de catastrophe nucléaire sont loin d’être complètement appréhendées.

Fukushima, affaire classée ?

Sept ans après : Fukushima, affaire classée ?

Sept ans après : Fukushima, affaire classée ?Sur le site de Fukushima, en janvier 2018. BEHROUZ MEHRI/AFP

Retour sur la catastrophe nucléaire qui a touché le Japon en 2011 à travers le témoignage du directeur de la centrale Fukushima Daiichi.

Sept années après l’accident de Fukushima (survenu le 11 mars 2011), tout ou presque a été dit sur ses causes. Pourtant, les conclusions des experts ne prêtent que peu d’attention au récit de Masao Yoshida, alors directeur de la centrale et décédé en 2013.

Qui sait quelles décisions il a dû prendre pour éviter le pire entre le 11 et le 15 mars 2011 ? Son témoignage, disponible en français, remet en cause à lui seul les fondements de la sûreté nucléaire.

Une catastrophe « Made in Japan »

L’accident a été rapidement qualifié par la communauté internationale et par les Japonais eux-mêmes comme un accident « Made in Japan » , dans le sens où il relève d’un double particularisme : les aléas naturels caractéristiques du Japon (les séismes et les tsunamis) et la culture nipponne dans sa collusion avérée, ou pas, entre les industriels et le pouvoir politique.

La gestion de l’accident, tout à la fois par l’industriel Tepco et par le gouvernement nippon, a été très durement jugée pour son inefficacité. De graves défaillances dans l’intervention des opérateurs, qui n’ont pu éviter la fusion des réacteurs et les explosions qui s’en sont suivies. Tout au plus reconnaît-on une certaine forme d’héroïsme des acteurs de terrain.

L’étiquette « Made in Japan » souligne la faillite d’un système sociotechnique qui se serait tenu bien trop loin des bonnes pratiques de la filière et des normes internationales, celles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ainsi, le caractère inéluctable de l’accident et la spécificité de ses causes en feraient étonnamment un cas à part. Sa dimension extraordinaire lui permet d’ailleurs de rejoindre dans l’histoire un autre accident « anormal », celui de Tchernobyl (dû à l’incurie soviétique), confortant de facto l’utopie d’une filière nucléaire « hautement fiable et sûre ».

Les enquêtes et expertises ont été nombreuses : une commission d’enquête gouvernementale et une commission d’enquête parlementaire japonaises, les investigations de l’AIEA, de la NRC américaine, de l’OCDE par l’intermédiaire de l’AEN…

Les analyses ont principalement porté sur les conséquences du séisme et du tsunami sur l’installation industrielle, sur la gestion de la crise par l’exploitant et les autorités, sur les modalités de coopération entre les acteurs sur site et hors site (les services de secours et les moyens externes de Tepco). Des dizaines de milliers de pages de rapports ont été rendues publiques. Au final, les autorités concluent unanimement que le seul respect des normes de l’AIEA suffit à garantir la sûreté nucléaire.

Que dire alors des auditions des parties prenantes, plus de mille, demeurées pour la plupart confidentielles ? Ceci n’est pas sans poser un problème au fonctionnement de la démocratie : accepterait-on, en France, que les auditions d’une quelconque commission d’enquête parlementaire ne soient pas rendues totalement publiques ?

Au Japon, il faudra attendre septembre 2014 pour que l’audition du directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, Masao Yoshida, à la suite de propos diffamatoires dans la presse, soit enfin révélée. Il s’agit d’un document de plus de quatre cents pages rendant compte de près de vingt-huit heures d’audition.

Un récit pour réécrire l’histoire

L’audition de Yoshida a été traduite en français à l’initiative du Centre de recherche sur les risques et les crises (CRC) de Mines ParisTech. Cette tâche aurait dû incomber à un exploitant de la filière ; cela n’a pas été le cas, au motif certainement que tout avait déjà été dit et résolu par les rapports d’enquête.

La lecture du récit nous ouvre pourtant un nouvel horizon pour penser la gestion d’un tel accident. Naturellement, les enquêteurs qui interrogent Yoshida déroulent une grille préétablie, qui n’a d’autres buts que de valider des hypothèses dont l’ambition est de relier des faits à des justifications purement techniciennes.

Face à cela, Yoshida répond selon un tout autre point de vue. Il place au cœur de ses décisions et de ses actions le rapport devenu violent des hommes – les siens et lui-même – à la technique, plus précisément à des machines (les réacteurs) qui se sont libérées soudainement de l’emprise de l’exploitant.

Dès lors, il ne s’agissait plus de gérer une crise, d’appliquer une procédure, de dérouler un plan A, voire un plan B… d’autant que l’extrême violence de la situation a tout fait voler en éclat. Durant quelques jours, la centrale est devenue une île plongée dans l’obscurité(faute d’électricité et de diesels de secours) et le dénuement quasi total.

En grande partie livrés à eux-mêmes, les opérateurs se sont en quelque sorte retrouvés dans la situation du chasseur primitif qui à tout moment peut devenir la proie. Dans la chaleur étouffante de leur tenue de protection, terrorisés par les répliques sismiques, les intervenants sont à l’écoute du moindre bruit, ils traquent tout indice visuel à défaut de données télémesurées, ils tâtonnent dans les méandres d’un site dévasté et parviennent tant bien que mal à se préserver de la contamination radioactive pour poursuivre leur activité.

Yoshida nous livre ses peurs, ses doutes, ses croyances. Il sublime l’engagement de ses collaborateurs, œuvrant de l’intérieur (au sein de la centrale). Il fustige par contre l’absence et l’incompétence des autres, de tous les autres, ceux de l’extérieur (le siège de Tepco, les forces de secours, le gouvernement, l’autorité de contrôle…).

L’intensité émotionnelle de son témoignage, teintée de tragi-comédie, interpelle, bouscule. Elle fait voler en éclat des rationalités par trop gestionnaires, qui appauvrissent la complexité des situations jusqu’à mépriser ce qui fait humanité. D’autant plus que les travailleurs se retrouvent face à leur propre fin, et bien plus encore, celles de leurs frères d’armes, de leur famille et de tout autre attachement social et identitaire.

Au bout de quatre jours d’une lutte acharnée, le pire (l’explosion des réacteurs de Daiichi et les très probables « sur-accidents » des centrales de Daini et Onagawa toutes proches) a été évité de bien peu, presque miraculeusement.

Face à une catastrophe non advenue, qu’avons-nous appris ? Presque rien…

Au-delà des marges de sécurité

Bien évidemment, le réexamen des normes de sûreté (les « stress tests ») est utile, comme l’est la construction d’un noyau dur (sorte de ligne Maginot, dressée en rempart contre les agressions externes) ou l’installation de coûteux diesels de secours (les grands oubliés du nucléaire français avant Fukushima, censés fournir de l’électricité aux équipements de sûreté en cas de défaillance des alimentations électriques).

Ces dispositions augmentent sans aucun doute les marges de sécurité. Mais qu’en est-il au-delà ?

La création des « forces spéciales » du nucléaire (la FARN, Force d’action rapide du nucléaire d’EDF) illustre bien cet enjeu. Elles se tiennent prêtes à intervenir pour restaurer – et non liquider – les installations, dans le respect de la loi en matière d’exposition aux radiations… Que feront-elles si la radioactivité dépasse les seuils fixés par le législateur ? Pourra-t-on compter sur leur engagement, comme celui de Yoshida et les siens, tout à la fois héros et victimes sacrifiées d’autorité ou par libre consentement, pour éviter l’apocalypse ?

Franck Guarnieri, Directeur du Centre de recherche sur les risques et les crises, Mines ParisTech

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Fukushima : sept ans après, …

Fukushima : sept ans après, l’amer retour en terre radioactive

Le 9 mars 2018

 

Le 11 mars 2011, un séisme et un tsunami dévastateurs frappaient le Japon. Une catastrophe nucléaire majeure débutait avec la fusion de trois réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, exploitée par TEPCO. Sept ans après, la catastrophe continue de se dérouler sous nos yeux, entraînant à la fois une contamination de l’environnement et des souffrances humaines intolérables.

Des taux de radioactivité élevés

 

Suite à l’accident nucléaire de Fukushima, des dizaines de milliers de personnes ont dû quitter leurs terres et leurs maisons et se réfugier dans d’autres territoires japonais afin d’éviter l’exposition à des niveaux de radiations trop élevées. On dénombrait 120 000 déplacés en 2016. Le gouvernement japonais souhaite désormais le retour rapide des personnes déplacées dans leurs territoires d’origine.

Pourtant, les dernières mesures de radioactivité menées par les experts en radioprotection de Greenpeace dans la zone d’exclusion de Namie, à une trentaine de kilomètres de la centrale de Fukushima, montrent que le retour des populations ne saurait être à l’ordre du jour dans cette zone avant de très nombreuses années. La décontamination des zones habitées est partielle. Les zones de forêts à proximité par exemple ne peuvent être décontaminées ce qui ne permet pas un retour à la vie normale.

Le 1er mars dernier, Greenpeace a mis en ligne une analyse des résultats de la campagne de mesureeffectuée dans la région de Namie. Bien que le contenu de ce rapport soit très technique, c’est avant tout des vies et des terres des déplacés qui en est le principal sujet.

« On a volé leur ville aux enfants »

La ville de Namie, dans la préfecture de Fukushima, a été évacuée à la suite de l’accident nucléaire. Elle est encore fortement contaminée. © Christian Åslund / Greenpeace

C’est par exemple l’histoire de Mme Kanno et de ses voisins, résidente de Tsushima, dans la région de Namie, et de personnes déplacées depuis sept ans. Contrainte de vivre à plusieurs centaines de kilomètres de Fukushima, où se trouve sa maison, cette survivante de l’accident nucléaire continue de témoigner.A l’occasion d’une visite avec une équipe de Greenpeace, de retour dans la ville qu’elle a dû quitter, elle tente de contenir ses larmes : « On a volé leur ville aux enfants, les habitants ont perdu leurs moyens de subsistance à cause de l’accident nucléaire. Je trouve cela profondément triste et déplorable. J’espère que personne n’aura jamais à vivre ce que nous avons vécu. »

Je me demande sincèrement si, dans le monde, nous devrions continuer à produire de l’électricité générant des déchets radioactifs que personne ne sait gérer.

MME MIZUE KANNO, SURVIVANTE ET ÉVACUÉE DE FUKUSHIMA

Les cyclones

Les cyclones

Les cyclones

Chaque année, environ 80 tempêtes tropicales ou cyclones se forment sur le globe au-dessus des eaux tropicales. Qu’est-ce qu’un cyclone ? Une tempête tropicale ?
Un typhon ? Comment naissent ces phénomènes cycloniques ? Comment prévoit-on leur apparition, puis surveille-t-on leur évolution ?
Notre dossier pour tout comprendre.
Animation : le super typhon Haiyan près des Philippines – novembre 2013

Qu’est-ce qu’un cyclone ?

Chaque année, les régions tropicales sont le siège de violentes perturbations atmosphériques communément appelées « cyclones« . Ces phénomènes tourbillonnaires, de pressioncentrale très basse, tournent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère sud et dans le sens contraire dans l’hémisphère nord. Ils s’étendent sur 500 à 1 000 km et leur centre, appelé œil du cyclone, est bien visible sur les images satellitaires. D’un diamètre généralement de 30 à 60 km (parfois jusqu’à 150 km), cet œil est une zone d’accalmie (pas de pluie, vent faible).

À la différence des dépressions tempérées, les cyclones tropicaux sont des dépressions isolées, sans aucun système frontal.

Infographie - Cyclone dans l'hémisphère Nord

La zone autour de l’œil est constituée de cumulonimbus dont le sommet atteint 12 à 15 km d’altitude. Ce « mur » de nuages produit les effets les plus dévastateurs : les vents y soufflent jusqu’à 300 km/h et les pluies y sont diluviennes (on a par exemple enregistré près de 2 m de précipitations  en 24 heures à La Réunion au passage d’un cyclone).

Les cyclones provoquent également des phénomènes maritimes très dangereux :
– une houle longue générée par le vent et qui se déplace plus rapidement que le cyclone, elle est parfois observée jusqu’à 1 000 km à l’avant du cyclone.

– une surélévation anormale du niveau de la mer, connue sous le nom de « marée de tempête », le phénomène le plus meurtrier associé aux cyclones.
Si la vitesse des vents autour du centre est impressionnante, le cyclone ne se déplace quant à lui qu’à 20 ou 30 km/h en moyenne.

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