À la suite du terrible accident de Fukushima, les autorités japonaises avait décidé de mener d’importants travaux de décontamination dans la région impactée. Or, ce projet est aujourd’hui en majeure partie terminé. Que faut-il savoir à propos de ces travaux d’une ampleur inédite ?
Sommaire
Un chantier titanesque
Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9,1 suivi d’un terrible tsunamiavait causé l’arrêt total du système de refroidissement principal de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Japon). S’en était suivi une fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 ainsi que la surchauffe de la piscine de désactivation du réacteur 4. Ce terrible accident, qui a causé plus de 18 000 décès, a également beaucoup impacté l’environnement, et ce bien au-delà du Japon.
Il faut savoir que les autorités japonaises ont ensuite décidé de mener d’importants travaux de décontamination des sols dans la région de Fukushima. Or, cet incroyable chantier concerne une zone de plus de 9 000 km² ! Dans une publication parue dans la revue SOIL le 12 décembre 2019, le chercheur français Olivier Evrard (CNRS/CEA) expose la synthèse d’une soixantaine de publications scientifiques sur le sujet. L’objectif ? Donner un aperçu des stratégies de décontamination utilisées, ainsi que de leur efficacité.
Rappelons que lors de la catastrophe, du césium radioactif avait été émis en grande quantité. Or, l’un des isotopes du césium (137Cs) présente une demi-vie de 30 ans et celui-ci représente la plus grande menace pour la population à moyen et long terme. Effectivement, en l’absence de décontamination, ce césium pourrait rester environ 300 ans dans l’environnement ! Néanmoins après sept années de travaux, les concentrations en césium dans les zones traitées ont été réduites de 80%.
Les travaux de décontamination ont principalement concerné les paysages agricoles ainsi que les zones résidentielles.
Crédits : CEA
Une décontamination difficile et coûteuse
Selon la synthèse, ces résultats encourageants sont le fruit d’une technique retenue par les autorités japonaises. Cette dernière avait pour but d’assainir les terres cultivées. Il s’agit d’un décapage de la couche superficielle du sol sur une épaisseur de 5 cm. Au passage, ces travaux ont coûté environ 24 milliards d’euros à l’état nippon.
Néanmoins, comment ne pas évoquer l’importante quantité de déchets qu’il incombe de transporter, stocker et traiter ? Au début de l’année 2019, les autorités avaient comptabilisé pas moins de 20 millions de mètres cubes de déchets issus des travaux de décontamination. Ceux-ci seront stockés durant des années à proximité de la centrale mais devraient ensuite être envoyés ailleurs. Il est question de sites de stockage définitifs en dehors de la préfecture de Fukushima, et ce à l’horizon 2050.
Les forêts n’ont pas été traitées
Il faut savoir que la décontamination a principalement concerné les paysages agricoles ainsi que les zones résidentielles. Malheureusement, les forêts n’ont pas été traitées, alors que ces dernières représentent 75 % des surfaces situées au sein du panache radioactif ! Les raisons évoquées par les autorités concernent principalement les coûts astronomiques d’une telle entreprise.
Et pourtant, les conséquences pour les hommes et l’environnement sont loin d’être négligeables. En effet, les forêts représentent désormais un réservoir important de césium radioactif qui pourrait être “redistribué” à l’avenir, à travers les paysages. Plusieurs événements peuvent être à l’origine de cette redistribution : érosion des sols, crues, glissements de terrain, ainsi que les typhons. La crainte des chercheurs concerne notamment l’éventualité que les zones assainies soient à nouveau contaminées.
Comment Apple parvient à convaincre les grands groupes de passer des PC aux Mac
Longtemps réservé aux métiers créatifs ou aux cadres, l’ordinateur d’Apple commence à se faire une plus grande place dans les entreprises face aux PC sous Windows.
Equiper ses salariés d’ordinateurs d’Apple, les fameux Mac, a longtemps été l’apanage des métiers de la création, de l’édition ou encore de la communication. Mais dans l’écrasante majorité des cas, c’est Windows de Microsoft qui domine le marché professionnel. Pourtant, la marque à la pomme multiplie les efforts pour se faire une plus grande place dans l’entreprise malgré des tarifs bien plus élevés à l’achat que les PC classiques.
Son premier fait d’arme a été de convaincre la direction d’IBM qui a longtemps été son ennemi juré dans le marché des ordinateurs. Mais cela fait bien longtemps que le groupe américain ne fabrique plus de hardware, sa branche PC ayant été vendue au chinois Lenovo.
Reste que « Big Blue » a déployé depuis 2016 plus de 100.000 Mac en interne. Un développement motivé par une raison claire: selon IBM, les Macs se révèlent finalement moins coûteux pour la DSI (direction informatique) que les PC du point de vue des coûts d’entretien et de maintenance.
Et c’est sur ce point qu’Apple entend insister (et le faire savoir). Apple a ainsi commandé une étude au cabinet Forrester Research menée auprès de sept grandes entreprises internationales montrant que, sur trois ans, le coût moyen d’un Mac est inférieur de 628 dollars à celui d’un PC en termes de support et de coûts opérationnels. Il serait également inférieur de 50 dollars en coûts matériel et logiciel, malgré un surcoût à l’achat de 500 dollars.
Un coût d’usage moins élevé
Un constat validé par la Coopérative informatique des agents d’assurance Aviva qui a entamé une réflexion sur son parc d’ordinateurs en 2012. « Le déploiement des Mac a débuté en 2012 avec à date 2.800 iMac et 1.200 MacBook Air déployés, soit le plus grand parc de Mac déployé en entreprise en France », nous explique Frédéric Monnier, directeur général délégué.
« Nous nous sommes questionnés sur le coût de la licence Windows, sur l’assurance software et sur les coûts de déploiements. La solution Mac est moins chère malgré un prix d’acquisition du device plus élevé. Il faut en effet prendre en compte la pérennité de la qualité des machines ». La conclusion semble nette puisque « finalement, le Mac est moins cher à l’utilisation et on gagne plus à la revente : 40% du prix du neuf ».
A l’usage, les gains sont également importants, le responsable souligne : « on a conservé 60 mois le premier parc de Mac installés, la performance est restée la même dans le temps, même après les mises à jour. En termes de productivité, c’est top, il n’y pas d’écrans bleus sur Mac ! On a évalué que le Mac est plus fiable, d’ailleurs nous constatons cette fiabilité notamment au niveau du démarrage des machines, 10 fois plus rapide dans le temps par rapport à un PC Windows XP ».
De quoi également générer des économies au niveau de la maintenance: « Nous avons ainsi divisé par deux l’équipe de maintenance à travers une baisse de la demande auprès du prestataire externe » ajoute Frédéric Monnier. « Cela n’a pas entraîné de destruction d’emplois mais les ressources ont pu être réaffectées à d’autres missions postes ».
Le cloud a tout changé
Reste l’épineuse question du logiciel. Si le Mac est longtemps resté aux portes des entreprises c’est parce que la plupart des progiciels (logiciels professionnels) étaient d’abord pensés et optimisés pour Windows. Mais le cloud a tout changé. Les applications sont désormais hébergées à l’extérieur de l’entreprise, ne dépendent plus du système d’exploitation de la machine et les ordinateurs y accèdent via Internet. « Nous avons investi dans l’applicatif en 2015 avec des solutions de comptabilité ou de messagerie (en 2012) dans le cloud. Toutes nos données sont dans le cloud ou en mode Saas (software as a service, NDLR) », explique le responsable.
Quant à la sécurité, si les machines d’Apple ont longtemps été épargnées par les pirates, ce n’est plus le cas aujourd’hui. « PC ou Mac, aujourd’hui, c’est pareil. On utilise les mêmes applicatifs de protection et de même niveau de sécurité, il n’y pas de bénéfice particulier », confirme Frédéric Monnier.
Si le Mac peut se révéler moins cher à l’usage, il constitue également parfois un argument pour attirer les jeunes diplômés. Notamment dans certains métiers dans les technologies (développeurs, codeurs…), où les entreprises ont du mal à recruter. C’est la politique choisie par EngieIT. « 60% des étudiants font toutes leurs études sur Mac. Dans un contexte d’attractivité des talents, il était important pour Engie d’avoir une réponse à cela », souligne Stéphane Hamy, Directeur du workplace chez Engie IT.
Un argument pour attirer les jeunes talents
« Mais il n’y a pas que les millennials qui sont visés par cette réponse. En effet, il existe de nombreuses personnes en entreprise qui seraient plus à l’aise par l’utilisation d’un Mac au travail. Il faut donc s’adapter à cette diversification des usages », poursuit le responsable. « Nous avons donc voulu laisser le choix au collaborateur. Chaque entité du groupe décide ou pas de laisser le choix aux salariés. Nous avons tous à gagner à laisser le choix au collaborateur de choisir l’environnement de travail dans lequel il se sent le plus à l’aise et avec lequel il sera de fait plus performant. »
Clairement, ici le point n’est pas économique « mais l’image que l’on donne est très différente », ajoute Stéphane Hamy. « Sécurité, performances, coût : ce ne sont pas ces arguments qui ont poussé à ce choix. Mais bien la volonté d’offrir un choix à chacun de nos collaborateurs mais aussi pour séduire les jeunes recrues ».
Pour autant, comme chez Aviva, la question de la durée de vie des Mac et de la revente des machines ont pesé. « On fait des économies sur la partie support et sur la valeur résiduelle du Mac après 4 ans. On atteint un équilibre économique. Nous voulions arrêter d’investir dans l’obsolescence et c’est clair que la durée de vie des Mac est plus longue ».
Politique zéro carbone
Dernier argument qui a convaincu la direction d’EngieIT, l’écologie. Car Apple s’attache à faire des efforts en la matière: « Nous avons été également sensibles à la politique zéro carbone des Mac, l’utilisation d’aluminium recyclé pour fabriquer entièrement les châssis des Mac, l’absence de matériaux toxiques…, c’est un argument de choix ».
Apple entend donc bien faire passer le message et mettre en avant, chose très rare, ces témoignages. Reste que la firme à la pomme reste encore très discrète sur sa part de marché réelle dans les entreprises face au mastodonte Microsoft.
Un article de Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, publié sur le site Japosphère le 25 novembre 2019.
Typhons, inondations, séismes : le nucléaire, un mode de production énergétique mal adapté aux catastrophes naturelles
Les conséquences du typhon 19 qui a longé la moitié nord-est de la principale île japonaise sont toujours présentes un mois après l’événement climatique. Les rivières en crue ont été à l’origine de nombreuses inondations mortelles. Les fortes précipitations ont lavé les sols des montagnes de Fukushima pour ramasser les nucléides encore présents, dans les vallées pour partie habitées.
Seule sous le ciel limpide d’automne, ma voiture se laisse guider par la voirie en direction du village d’Iitate. Tardivement évacué après le tremblement de terre de magnitude 9 à l’origine d’un tsunami de 15 à 30 m de hauteur générant l’arrêt du système de refroidissement et la fonte des cœurs de 3 des 6 réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima dai ichi, le village a été rouvert à l’habitat en avril 2017. De hameaux en hameaux, je traverse un paysage de nouveau parsemé de bâches bleues sensées retenir les glissements de terrain suite au passage du typhon n°19.
Typhon et anthropocène
Car c’est ainsi que nous décomptons les typhons ici. Pas de tensions inutiles sur des prénoms, trop souvent féminins, donnés par des sociétés à tel point anthropocentrées qu’elles avalent l’ensemble des phénomènes atmosphériques en y projetant les relans d’une nouvelle chasse aux sorcières. Non, les typhons ne sont pas nés avec ce que certains nomment « anthropocène » et d’autres « capitalocène », rejetant l’assimilation de tous les humains au même rang dans la responsabilité que nous avons face à la destruction de notre monde. Celui qui a su comprendre que la vie humaine n’était qu’une parmi d’autres vies animales, végétales, minérales voir d’autres encore si l’on en croit de récentes recherches sur l’ADN des plantes ou la mémoire de l’eau[1], celui (aujourd’hui majoritairement composé des «minorités indigènes»: aborigènes, papous, indiens des deux Amériques, pygmées, etc. – sans tomber dans la caricature du «bon sauvage») qui sait que la vie des uns dépend de celle des autres des composants de cet écosystème, ne peut, à moins d’une volonté autodestructrice originelle, fonder le système qui maintient son économie sur la continuité de la destruction des éléments composant l’univers nécessaire à sa vie. Dans cet écosystème, les entités autres qu’humaines, parce qu’elles existent pleinement, avec des fonctionnements qui leur sont propres, n’ont guère besoin que l’homo sapiens capitalis les prénomme, même s’il est nécessaire de les appréhender comme un des composants de cet univers dont nous sommes.
Au Japon, deux saisons de typhons balaient le territoire depuis tous temps, en raison d’un climat subtropical sur les trois-quarts du pays. La première saison connaît son pic en juin et la seconde en septembre. Les données sont minutieusement recensées sur le site japonais de la Meteorological Agency[2]. On y apprend qu’en 1958, 31 typhons sont passés sur l’archipel, record battu en 1967 avec 39 typhons en un an, 36 en 1971, 30 en 1978,… Rien, dans ces données, ne nous permet de conclure à l’accroissement du nombre des intempéries (24 typhons en novembre de cette année). Ce qui est en cause, est donc moins le nombre de typhons que leur intensité, en raison du réchauffement des eaux marines. Ainsi, les typhons se chargent énergétiquement lors de leur passage au dessus des océans. Sur-dynamisés, leur violence s’intensifie générant des dégâts matériels et humains conséquents, ici comme ailleurs.
Les dégâts des typhons 15 et 19
Le typhon n°15 avait principalement touché la région de Chiba en raison de vents extrêmement forts, avec une vitesse atteignant 207 km/h le 9 octobre à 4h30 du matin. Les précipitations qui accompagnent les bourrasques finissent d’achever le travail destructeur entamé par le cyclone. Les conséquences furent essentiellement matérielles, soit de nombreux toits envolés, mais les habitants de la presqu’île au sud de Chiba eurent à subir des coupures de courant électrique durant plus d’un mois. Un mois… Ce fut le temps nécessaire pour qu’un nouveau typhon, tout aussi destructeur, s’approche des côtes du Honshu (principale île de l’archipel japonais).
Le passage du typhon n°19 en octobre dernier, s’est, quant à lui, essentiellement traduit par de très fortes précipitations générant des inondations sans précédent dans les zones construites à proximité de rivières sorties de leur lit. Le rez de chaussée de 87400 habitations[3]a été enseveli sous des masses d’eau boueuse des rivières en crue. Le bilan de 93 morts a été particulièrement rude dans les départements de Kanagawa (16 morts), Miyagi (19 morts) et Fukushima (31 morts). Le nombre total de réfugiés, au 14 octobre était de 2367 personnes selon les données du Cabinet office.
Les répercussions du typhon 19 dans la région de Fukushima
Les regards se sont rapidement tournés vers Fukushima, soit la préfecture la plus gravement touchée par cet aléa, certes naturel, mais qui n’aura pas été sans effet sur les pollutions humaines déjà présentes. Ainsi, selon le ministère de l’environnement, pas moins de 91 sacs de terre contaminée ont été emportés par les flots.
Alors que les barrages sont encore en état d’alerte plus d’un mois après, les craintes concernant une nouvelle contamination des vallées en raison du lavage des sols par le ruissellement des eaux en provenance des forêts non décontaminées des montagnes se confirment. Le Dr Shinzô KIMURA, professeur à l’université médicale de Dokkyo et spécialiste des radiations, appelle à la prise de mesures particulières contre la contamination de la population suite à la nouvelle répartition des nucléïdes engendrée par les eaux de pluies. Ainsi, la mesure de sable charrié par les précipitations dans les vallées habitées de la ville de Minami Sôma (arrondissement de Kodaka) révèle des taux de 3000 à 5000 Bq[4]de césium/kg[5]. Dans le même arrondissement, un habitant, M. Shirahige (69 ans) a mesuré du sable en provenance de l’éboulement de la falaise qui jouxte son domicile. Les résultats dépassent les 11 000Bq/kg, taux nettement supérieur à la norme des déchets radioactifs fixée à 8000 Bq/kg après l’accident de Fukushima.
Par ailleurs, les travaux de remblayage et de digues construites après le passage du tsunami pour parer la population d’autres inondations éventuelles, ayant engendré de nouvelles zones d’érosion sont mis en cause. Bien qu’ils aient permis aux entrepreneurs de reconstruire sur des zones qui avaient été submergées par le tsunami, les points fragilisés par le détournement des rivières ont cédé sous la pression des eaux. Ainsi, les habitants du département d’Iwate (ville de Yamada) ont vu leurs habitations « neuves », reconstruites après le séisme de 2011, de nouveau ensevelies sous les flots.
Huit ans et demi après la catastrophe de mars 2011, les conséquences environnementales sont toujours bien présentes.
Et si la France était exposée ?
Les deux tremblements de terre de la semaine passée, au moment où le gouvernement français venait de commander à EDF un rapport sur la production énergétique, ont rappelé que la France n’était pas étrangère à la possibilité de séismes sur son territoire. Si le séisme de Strasbourg, plus réduit, semble avoir été déclenché par des forages géothermiques en profondeur (qui peuvent être arrêtés ?), la réplique qui a suivi le séisme de la Drôme, nettement plus conséquent (magnitude 5.4), tend à prouver qu’il s’agit bien là des conséquences des forces de la nature. L’arrêt de la centrale de Cruas, durant une quinzaine de jours a été nécessaire afin d’en vérifier sa sécurité. Si certains semblent effrontément assurés de la robustesse des centrales nucléaires face aux séismes, l’augmentation des inondations de plus en plus nombreuses et importantes, notamment dans le sud de la France, conséquentes du réchauffement climatique et des aménagements urbains inappropriés (augmentation des surfaces bitumées, enterrement des cours d’eau, barrages, etc.), nécessitent néanmoins que l’on s’interroge de façon responsable sur ce mode de production énergétique obsolète tant du point de vue de son niveau de sécurité que de sa balance économique, douloureusement déficitaire.
À Fukushima, la décontamination des terres les plus irradiées progresse
En six ans, les Japonais ont, par décapage, enlevé 80 % du césium qui s’est déposé sur 25 % de la zone de contamination intensive autour de la centrale de Fukushima, essentiellement les champs cultivés et les maisons d’habitation. Mais reste la forêt qui, bien que fermée au public, est un réservoir à césium.
Les faits
Aperçu d’une zone décontaminée utilisée pour l’entreposage temporaire de terres contaminées. O. Evrard-P. Laceby-A.Nakao/ C.E.A.
À la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi en 2011, les autorités japonaises ont commencé en 2013 à décontaminer, plus exactement à scalper, la couche superficielle du sol (5 cm) de la région touchée par le panache radioactif. Cette surface, grande comme la Corse, mesure 9 000 km2, et comprend les onze municipalités évacuées de la « zone spéciale de décontamination » et les 40 communes non évacuées, la « zone de suivi intensif de décontamination ».
Dans ce contexte, qu’est devenu le césium 137, l’un des isotopes du césium, principal radionucléide émis lors de l’accident ? C’est ce qu’ont cherché à savoir Oliver Evrard, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA/CNRS/UVSQ), et ses collègues Patrick Laceby (Alberta Environment and Parks) et Atsushi Nakao (Université de Kyoto) en faisant la synthèse de pas moins de 60 études internationales réalisées sur ce sujet.
Résultat : « L’accident de Fukushima nous donne de précieuses indications sur l’efficacité des techniques de décontamination, indique Olivier Evrard. En effet le décapage sur les terres cultivées des 5 premiers centimètres de sol permet de réduire les concentrations en césium d’environ 80 %. Ce qui est plutôt efficace», observe le géochimiste.
Ce sol est remplacé par du granite broyé qu’on mélange avec la sous-couche de façon à pouvoir y planter du riz dans les rizières ou semer du sarrasin, des légumes ou des fleurs sur les parcelles de pleine terre. Simple, cette technique engendre néanmoins une grande quantité de déchets, difficiles à traiter, à transporter et à stocker pendant plusieurs décennies à proximité de la centrale, avant de les envoyer vers des sites de stockage définitif qui devraient être trouvés en dehors de la préfecture de Fukushima à l’horizon 2050.
Ces travaux ont généré environ 20 millions de mètres cubes de déchets, soit environ 200 000 gros camions semi-remorque, et coûté 24 milliards d’euros.
Détecter les éventuelles recontamination
Ces activités de nettoyage ont concerné principalement les plaines agricoles côtières et les zones habitées. En revanche, pour l’heure, les forêts n’ont pas été prises en compte. Or elles couvrent 75 % du territoire touché par le nuage radioactif, une zone montagneuse située entre la plaine côtière et les sommets culminant à 900-1 000 m. Leur nettoyage coûtera très cher : 128 milliards d’euros.
« Ces forêts constituent donc un réservoir potentiel, à long terme, de radiocésium, qui peut être redistribué à travers les paysages suite à l’érosion des sols, aux glissements de terrain et aux crues, comme lors des typhons comme en octobre dernier », précise Olivier Evrard. « D’où l’importance de suivre le transfert de la contamination radioactive à l’échelle des bassins-versants côtiers et, éventuellement, de détecter une recontamination des zones assainies en cas de débordement des cours d’eau », explique Atsushi Nakao.
Chercheurs et décontaminateurs n’en sont donc encore qu’à mi-chemin. Bonne nouvelle cependant : cette recherche est prolongée pour 5 ans, au travers du projet franco-japonais Mitate porté par le CNRS et le CEA. Déjà, ce dernier a mis au point un procédé à petite échelle dit de « flottation » pour séparer les particules de terre chargées en césium (projet Demeterres).
La mise en place du traité de libre-échange entre le Japon et l’UE fait craindre que des produits contaminés à proximité de Fukushima arrivent dans les assiettes des Européens. Enquête.
Survenue à dix mille kilomètres de Paris, la catastrophe nucléaire de Fukushima, en mars 2011, ne semblait pas présenter de conséquences directes pour les consommateurs européens à l’époque. Cette lointaine appréhension est désormais devenue une réalité tangible: les produits de Fukushima sont aujourd’hui dans nos assiettes à notre insu et cela n’est pas près de cesser avec l’entrée en vigueur en février dernier de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Japon, le JEFTA.
Levée des contrôles de radioactivité
Aurait-on pu imaginer, il y a huit ans, qu’au nom du dogme du libre-échange, les certificats de contrôle de radioactivité sur les produits agricoles et alimentaires en provenance de cette zone durablement contaminée ne seraient plus obligatoires pour entrer sur le marché européen? Depuis 2017, c’est chose faite pour le riz. En novembre 2019, les restrictions ont été levées pour le soja et les produits de la pêche notamment. En cette fin d’année 2019, la Commission européenne s’apprête à lever quasiment tous les contrôles sur le niveau de radioactivité des denrées alimentaires de Fukushima. Il n’y aura bientôt plus de traçabilité pour ces produits boudés en premier lieu par les Japonais eux-mêmes mais aussi par leurs voisins asiatiques, notamment par la Corée du Sud(1), ainsi que par les Etats-Unis. Des tests ont en effet montré une contamination au césium 134 et 137. Un comble au vu des exigences tatillonnes habituelles de l’UE en matière de fromages crus et autres spécialités locales européennes !
Comment en est-on arrivé là ? Échaudée par l’opposition soulevée en Europe par les autres traités de libre-échange, la Commission européenne a décidé de contourner les parlements nationaux des États membres de l’UE en ce qui concerne le JEFTA. C’est ainsi que seuls le Parlement européen et la Diète japonaise ont été appelés à se prononcer en décembre 2018 sur le JEFTA. Cet accord a été signé en juillet 2018 après avoir été négocié en catimini entre les deux parties à compter de 2013. La Commission européenne a décidé d’éliminer progressivement les tarifs douaniers et d’assouplir les restrictions sur les importations afin de créer une zone de libre-échange de 635 millions de personnes. Ces échanges représentent environ un tiers du PIB mondial.
La levée des contrôles de radioactivité signifie que les supermarchés français, qui commercialisent déjà de nombreux produits japonais, pourront désormais vendre en toute légalité, dès 2020, beaucoup plus de produits contaminés de Fukushima, y compris des aliments pour bébé, des céréales pour le petit-déjeuner, de la viande, en plus du riz, du poisson et des crustacés de cette zone. Tout cela en échange de l’abaissement des tarifs douaniers sur des produits européens notamment agricoles, tels que nos fromages, foie gras, champagne, cognac et vins.
Pour la députée européenne Michèle Rivasi(2), «si les contrôles sont levés, vous n’aurez plus moyen de connaître la quantité de césium dans votre riz ou dans votre poisson. À l’heure actuelle, 100 Becquerels par kilo de radioactivité sont admissibles, même dans les céréales pour enfants, et 50 Becquerels pour les aliments pour bébés. Ce chiffre devrait être zéro. Je demande que les autorités japonaises testent également le strontium et le tritium, qui sont hautement cancérigènes et qui ne sont même pas recherchés actuellement ». A titre d’exemple, le strontium 90 remplace le calcium et se fixe sur les os et les dents des individus qui en ont ingéré.
Autre cauchemar : le Japon a annoncé – au grand dam de la Corée du sud et de la Chine – son intention de rejeter, peut-être dès 2020, 1 million de tonnes d’eaux radioactives ayant servi à refroidir les réacteurs endommagés, en arguant que le pays allait atteindre ses limites de capacité de stockage en 2022.
Particulièrement dangereux pour les enfants et les bébés
Pour rappel, les autorités japonaises n’autorisent pas les inspecteurs européens indépendants à effectuer des tests sur les eaux contaminées des réservoirs de Fukushima. TEPCO, la Tokyo Electric Power Company, opérateur de la centrale nucléaire, affirme que ces dernières ne présentent aucun danger pour la santé. Des documents internes à TEPCO révélés par Greenpeace ont toutefois montré que des quantités variables de 62 radionucléides n’en ont pas été retirées, notamment du strontium 90, de l’iode, du césium et du cobalt. « On sait également que ces eaux contiennent de l’uranium, du plutonium et de l’américium 241», indique Michèle Rivasi. Cela est d’autant plus alarmant que le nettoyage de la centrale de Fukushima est un processus sans fin et que, par conséquent, toutes les espèces marines à proximité des zones sinistrées vont inexorablement être contaminées pour les siècles à venir et cela sans limite dans le temps car la centrale nucléaire de Fukushima est irréparable. Le plutonium 239 a, par exemple, une durée de vie de 24 000 ans ! Pour Bertrand Pouvreau, spécialiste de biologie marine, la radioactivité affecte principalement les algues et les mollusques bivalves tels que les huîtres et les moules. «Les poissons plats tels que la sole, la limande ou la plie, de même que ceux situés au bout de la chaîne alimentaire, comme le thon, sont également touchés. La consommation d’aliments contaminés par la radioactivité est particulièrement dangereuse pour les bébés et les enfants car leurs cellules se reproduisent beaucoup plus rapidement que chez les adultes. Les cancers frappent dans la moelle osseuse et le système lymphatique »(3).
Les Japonais disent merci à l’Union européenne
Les poissons et autres produits de la pêche récoltés près des côtes de Fukushima apparaîtront bientôt sur les étals de nos poissonneries, mais ils seront également présents dans les petits pots pour bébés, dans les plats cuisinés et les conserves, dans les farines animales destinées à la pisciculture, ainsi que dans les croquettes et conserves pour animaux domestiques. Le soja exempt de droits de douane sera destiné à nourrir les bovins européens. De la même manière, les produits à base de riz de Fukushima, désormais dispensés de tests sanitaires, seront largement utilisés dans la production d’aliments pour bébés.
Dans un environnement régional où les consommateurs locaux, tout comme le reste du monde, continuent de se méfier des produits alimentaires en provenance de Fukushima, les autorités japonaises ont trouvé un sauveur improbable grâce au JEFTA qui met à leur disposition un nouveau marché fort de 500 millions de consommateurs européens. Dans le cadre de ce traité de libre-échange, les Japonais vont pouvoir se débarrasser en toute légalité de leurs produits contaminés par la radioactivité dont ils ne veulent pas sur leur marché intérieur et se procurer sans tarifs douaniers des denrées alimentaires saines en provenance de nos régions. Comme il paraît curieux d’échanger de succulentes huîtres de Marennes-Oléron contre des produits de la mer radioactifs venant de l’autre bout du monde. Et qu’en est-il de la fameuse empreinte carbone? A noter également qu’en vertu de l’accord commercial JEFTA, les Japonais ont désormais accès au marché européen pour vendre leurs automobiles et leurs motos sur lesquels les tarifs douaniers seront progressivement éliminés pour atteindre 0 dans 7 ans !
Le libre-échange avant tout
Devant tant d’aberrations, en décembre, la députée Michèle Rivasi a essayé de faire voter in extremis une objection au parlement européen afin que la Commission européenne daigne prendre le problème en considération, mais les Japonais font le forcing afin que les contrôles de radioactivité soient levés au plus vite. Le gouvernement de Shinzo Abe est tellement déterminé à commercialiser la production alimentaire de la préfecture de Fukushima et des régions environnantes qu’il souhaite que les athlètes du village olympique de Tokyo soient nourris avec de la nourriture produite à Fukushima. L’objection de Mme Rivasi a été rejetée le 3 décembre par la commission environnement et santé publique du parlement européen. Elle a déclaré à ce sujet : « Pour certains de mes collègues, l’accord de libre-échange avec le Japon est bien plus pertinent que des mesures additionnelles de précaution ».
Malgré la gravité de la situation, en France force est de constater qu’il n’y a eu aucun débat. Même pas sur la nécessité d’un étiquetage obligatoire. Au Royaume-Uni, le candidat conservateur Neil Parish, ancien président du Comité de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales, a déclaré au Daily Telegraph: «Nous n’avons pas besoin de ces échanges commerciaux. Si les Japonais ne mangent pas ces denrées, pourquoi le ferions-nous? Les scientifiques peuvent bien déclarer qu’il n’y a pas de risques, les gens ont le droit de savoir ce qu’ils mangent ». Il se prononce dès à présent en faveur d’un étiquetage obligatoire sur les produits de Fukushima. Quoi qu’il en soit, les consommateurs européens n’ont, pour l’heure, d’autre choix que de s’en remettre au bon vouloir de la Commission européenne. Mais au vu des immenses enjeux financiers, n’est-il pas illusoire de croire que celle-ci consentira à exiger du Japon des contrôles de radioactivité sur les produits contaminés ? Si l’exécutif européen se refuse même à imposer un étiquetage obligatoire, il ne restera plus au consommateur que la solution de se procurer un compteur Geiger à ses frais pour tester lui-même le contenu de son assiette…ou bien de faire entendre sa voix pour demander au plus vite la tenue d’un référendum sur cette question !
Forte radioactivité près du départ de la flamme olympique à Fukushima
(Tokyo) L’organisation de défense de l’environnement Greenpeace a affirmé mercredi avoir détecté des « points chauds » de radiations dans la région de Fukushima, près du lieu de départ du périple à travers le Japon de la flamme olympique.
Publié le 05 décembre 2019 à 17h00
AGENCE FRANCE-PRESSE
Le ministère japonais de l’Environnement a de son côté indiqué que la zone dans son ensemble était sûre tout en précisant être en discussions avec les collectivités locales pour une surveillance de la région avant l’ouverture des Jeux olympiques le 24 juillet.
Greenpeace a demandé de nouvelles mesures des radiations et des efforts supplémentaires de nettoyage, précisant que ses enquêtes avaient révélé des zones de taux élevés de radiation près du J-Village, un complexe sportif situé à une vingtaine de kilomètres de la centrale nucléaire dévastée en 2011 par un tsunami.
Le gouvernement japonais souhaite utiliser les Jeux olympiques pour afficher le relèvement de la région après le triple désastre –m tremblement de terre de magnitude 9, tsunami, catastrophe nucléaire – et a l’intention d’utiliser le J-Village comme point de départ du trajet japonais de la flamme olympique en mars.
Conçu à l’origine comme centre d’entraînement sportif pour athlètes, le J-Village a servi pendant des années de centre opérationnel de lutte contre les conséquences de la catastrophe nucléaire de 2011 et de nettoyage de la centrale.
Il avait repris son rôle de centre sportif en avril.
Greenpeace dit y avoir détecté en certains endroits des taux de radiation de 1,7 microsievert par heure à un mètre au-dessus du sol. Un chiffre à comparer au taux admis par les normes de sécurité nationales japonaises de 0,23 microsievert par heure et un taux usuel à Tokyo d’environ 0,04 microsievert par heure.
Au niveau du sol, ces « points chauds » affichaient 71 microsieverts par heure, a affirmé Greenpeace.
Cependant, le site internet du J-Village affichait un taux à l’entrée du centre de 0,111 microsievert par heure mercredi, tandis qu’un de ses terrains affichait 0,085 microsievert par heure.
Tokyo Electric Power, opérateur de la centrale de Fukushima, a dit avoir nettoyé mardi ces points après en avoir reçu l’ordre du ministère de l’Environnement.
Greenpeace a précisé avoir transmis ses au gouvernement japonais et aux organisateurs locaux et internationaux des Jeux olympiques. L’ONG publiera un rapport sur le sujet l’an prochain.
Le Japon envisage de commencer à évacuer en 2021 les débris de combustible fondu de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, ravagée par un tsunami le 11 mars 2011, a annoncé le gouvernement lundi.
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Le retrait des débris est considéré comme le défi le plus important des opérations de démantèlement de la centrale, menées par Tokyo Electric Power.
La centrale Fukushima Daiichi, située à quelque 220 kilomètres au nord-est de Tokyo, avait été inondée par un gigantesque tsunami consécutif à un puissant séisme au large. L’alimentation électrique des circuits de refroidissement avait été coupée, entraînant la fusion des cœurs de trois des six réacteurs du site, puis de violentes explosions en raison de l’accumulation d’hydrogène par réaction chimique dans le bâtiment couvrant les unités et où se trouvent les piscines.
Le gouvernement prévoit toujours d’achever le démantèlement de la centrale dans les 30 à 40 ans après la catastrophe, ce dont doutent certains experts.
Ce vélo électrique français en libre-service est le premier au monde conçu pour circuler à deux
29/11/2019 à 08h23
Ce vélo deux places du marché, le Double Pony sera lancé en 2020 à Angers, Bordeaux, Oxford ainsi qu’à Paris, si Pony remporte l’appel à projets en cours. – Pony
Pascal SAMAMA – journaliste
Avec l’interdiction de circuler à deux sur une trottinette, le le français Pony, spécialisé dans les deux-roues en libre service, a développé un vélo électrique doté de deux sièges. Grâce à ses deux batteries, son autonomie atteint 90 km avec une charge totale de 250 kilos.
Les trottinettes sur lesquelles on monte à deux, c’est désormais interdit. Mais le français Pony a trouvé le moyen de séduire les urbains qui veulent pouvoir continuer se déplacer à deux sur un seul engin. Ce spécialiste de la location en libre-service de deux-roues a créé le Double Pony, un vélo à assistance électrique conçu pour transporter -confortablement- un passager.
Le design n’est pas des plus élégants, mais l’engin est robuste. S’inspirant des mobylettes d’antan, il est équipé d’un « pouf » sur le porte-bagage ainsi que deux cale-pieds. Le passager peut soit enlacer le conducteur, soit se tenir aux poignées installées de parts et d’autres du cadre.
« Il permet aussi de transporter un bagage ou un animal de compagnie », assure Pony. L’engin est équipé de filets permettant d’installer deux sacs de chaque côté.
Un faible rayon de braquage
Malgré la charge qu’il peut supporter (180 kg à l’arrière, plus le poids du conducteur), le Double Pony n’est pas beaucoup plus long qu’un vélo classique (183 centimètres). Rien à voir avec un tandem. Son poids est en revanche conséquent (28 kilos). Selon ses concepteurs, son rayon de braquage reste suffisamment faible pour lui permettre de se faufiler dans la circulation. Quant à son autonomie, elle atteint 90 km grâce à deux batteries qui alimentent un moteur de 250 watts.
L’idée de l’entreprise est de proposer ce modèle pour les appels d’offres de vélos partagés à Paris et les déployer dès l’an prochain à Angers, Bordeaux. « Comme pour les vélos et les trottinettes Pony, il sera déployé selon notre modèle participatif », indique l’entreprise. « La flotte sera la propriété d’une multitude d’habitants ayant choisi d’acheter ce vélo deux-places pour 1550 euros. En contrepartie, ils récupéreront la moitié des recettes générées par chaque trajet », explique-t-il dans un communiqué.
Fukushima: l’énergie nucléaire suscite la «préoccupation», dit le pape
Le pape François et le Premier ministre japonais Shinzo Abe, le 25 novembre 2019 à Tokyo / POOL/AFP
Le pape François a évoqué lundi à Tokyo la «préoccupation» suscitée par l’usage de l’énergie atomique, et appelé à une mobilisation renforcée pour aider les victimes du séisme, du tsunami et de la catastrophe nucléaire de 2011 au Japon.
Au troisième jour de son voyage sur l’archipel nippon, François a écouté les témoignages de victimes du séisme sous-marin de magnitude 9,0 qui le 11 mars 2011 a soulevé dans le nord-est du pays une gigantesque vague dans laquelle plus de 18.500 personnes ont été emportées.
La vague a aussi heurté de plein fouet la centrale atomique de Fukushima, provoquant le pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986.
Le pape a remercié lundi ceux qui «se sont mobilisés immédiatement» après la catastrophe. «Une action qui ne doit pas se perdre avec le temps», a-t-il déclaré, rappelant les «50.000 personnes évacuées qui vivent actuellement dans des logements temporaires».
– «Futures sources d’énergie» –
Le pape François célèbre une messe au Tokyo Dome Stadium, le 25 novembre 2019 au Japon / AFP
Environ 470.000 habitants ont dû quitter leur foyer dans les premiers jours de la catastrophe, dont quelque 160.000 dans la zone des deux centrales nucléaires de Fukushima. A ceux du tsunami s’ajoutent plus de 3.700 décès reconnus par les autorités comme des morts résultant de la dégradation des conditions de vie des personnes évacuées.
Cette situation «implique, également, comme l’ont si bien signalé mes frères évêques du Japon, la préoccupation concernant la persistance de l’utilisation de l’énergie nucléaire», a ajouté le pape, rappelant qu’ils avaient «demandé la fermeture des centrales nucléaires».
En 2016, la Conférence des évêques du Japon avait lancé un appel au monde entier à «l’abolition» de la production d’énergie nucléaire.
Le pape arrive au Tokyo Dome, stade de baseball couvert, pour célébrer la messe devant 50.000 fidèles le 25 novembre 2019 / AFP
S’il est resté prudent sur ce sujet sensible, le pape a appelé néanmoins à «la prise de décisions courageuses et importantes concernant l’exploitation des ressources naturelles, et en particulier concernant les futures sources d’énergie».
– «Physiquement et mentalement détruit» –
Matsuki Kamoshita qui avait 8 ans au moment du triple désastre a raconté que son père retourné dans la région de Fukushima «a fini par cesser de travailler après avoir été physiquement et mentalement détruit».
Le pape salue les fidèles rassemblés au Tokyo Dome pour une messe le 25 novembre 2019 / AFP
Il a demandé au pape, qui l’a serré dans ses bras, de «prier pour que les gens à travers le monde entier travaillent à l’élimination de la menace que représente l’exposition aux radiations pour notre avenir».
Le Premier ministre Shinzo Abe et le nouvel empereur japonais Naruhito ont tous deux remercié le pape d’avoir rencontré les victimes du triple désastre.
Lors d’une rencontre privée avec l’empereur, l’Argentin Jorge Bergoglio lui a raconté qu’il se souvenait encore des larmes de ses parents en entendant parler des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki lorsqu’il avait neuf ans.
Le pape rencontre l’empereur Naruhito à Tokyo le 25 novembre 2019 / AFP
L’anecdote, rapportée par le palais, intervient au lendemain de la visite du pape dans ces deux villes martyres, où il a condamné avec force la «possession» même d’armes nucléaires.
Devant les autorités politiques et civiles du Japon, François est d’ailleurs revenu lundi sur la question de l’arme atomique, en jugeant qu’elle devait être abordée «sur le plan multilatéral».
A la veille de son départ du pays, François avait donné aussi rendez-vous aux fidèles catholiques, en particulier les jeunes réunis dans la cathédrale Sainte-Marie. Se livrant à des plaisanteries et prodiguant de nombreux conseils, le pape a visiblement savouré ce moment, suscitant rires et applaudissements.
Il a toutefois abordé des sujets difficiles comme le harcèlement à l’école, très répandu au Japon, après avoir écouté le témoignage d’un jeune Philippin qui a pensé au suicide.
Dans le Tokyo Dome, stade de baseball couvert, François a été accueilli avec des cris de joie de plus de 50.000 fidèles. «Beaucoup de personnes se sentent perdues et inquiètes, sont accablées par trop d’exigences», a-t-il commenté dans une homélie traduite en japonais sur écrans géants.
«Toutes sortes de langues ont été parlées», s’est enthousiasmé Nguyen Truong Son, un jeune homme de 23 ans venu à la messe géante avec sa mère vietnamienne. «C’était formidable, des Japonais et non-Japonais étaient unis».
Prouver au monde que la nourriture de la région de Fukushima est saine malgré la catastrophe nucléaire de 2011, c’est le but du gouvernement japonais depuis des années. Mais va-t-on servir des mets de la région durant les JO l’an prochain ?
Cette question n’est pas tranchée pour le Japon, qui voit dans les Jeux Olympiques de Tokyo l’occasion d’afficher la renaissance du Nord-Est du pays affecté par le tsunami et la catastrophe nucléaire de mars 2011.
Les aliments qui seront fournis au village olympique et servis aux athlètes doivent respecter, quelle que soit leur région d’origine, des normes précises.
« La région de Fukushima a proposé des aliments émanant de 187 fournisseurs et se place en deuxième position des provinces en nombre de produits remplissant les critères, après la région septentrionale de Hokkaido », explique Shigeyuki Honma, directeur adjoint de la division de l’agriculture et des forêts pour la préfecture de Fukushima.
Concrètement, « Fukushima souhaite servir aux athlètes son riz, ses fruits (pêches, poires, pommes, fraises), du boeuf et des légumes. Mais le Comité (international olympique) doit encore décider », indique M. Honma.
Le gouvernement japonais impose une sévère limite de 100 becquerels par kilogramme (Bq/kg), bien en-deçà des normes habituelles dans l’Union européenne, de 1.250 Bq/kg, et aux Etats-Unis, de 1.200 Bq/kg.
– Menace sud-coréenne –
Selon les chiffres officiels, sur la seule année d’avril 2018 à mars dernier, 9,21 millions de sacs de riz ont été contrôlés, pas un seul dépassant les strictes normes de présence de césium radioactif. Idem pour 2.455 échantillons de fruits et légumes, 4.336 morceaux de viande et 6.187 poissons de mer.
Finalement, « seuls des poissons de rivière et champignons sauvages ont à 6 reprises en tout dépassé la norme », assure Kenji Kusano, directeur du Centre technologique agricole de la préfecture de Fukushima, situé à Koriyama.
Ce lieu a été désigné par le gouvernement comme le site principal de contrôle des produits alimentaires de la région.
Derrière les chiffres, la défiance de nombre de pays demeure.
La Chine, la Corée du Sud, Singapour, les Etats-Unis continuent d’interdire l’importation de tout ou partie des aliments originaires de la province de Fukushima.
La Corée du Sud, dont les relations avec le Japon sont au plus mal en raison de conflits historiques, a par anticipation protesté contre la possibilité de menus conçus à partir de produits de Fukushima pour les athlètes lors des JO.
Séoul étudie la possibilité d’effectuer des contrôles et même d’apporter ses propres aliments pour nourrir ses équipes sportives.
L’une des raisons de la défiance est que les contrôles sont faits sur ordre du gouvernement, qui a choisi l’organisme pour les conduire, souligne M. Kusano.
Même si les appareils de mesure sont contrôlés par l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA), aucune structure indépendante ne vient certifier les tests eux-mêmes.
« Généralement, les citoyens japonais font confiance au gouvernement et nous n’avons pas vu la nécessité de contrôles par des tiers indépendants. Mais je me rends compte avec votre question que c’est peut-être important du point de vue des étrangers », a répondu à l’AFP M. Kusano.
– Bout du tunnel –
Le Comité international Olympique (CIO) indique que la réflexion continue.
« Les menus et fournisseurs pour le village olympique sont en cours de discussions et rien n’est décidé. Comme pour les précédents jeux, le CIO travaille avec le Comité d’organisation et des nutritionnistes internationaux pour proposer des nourritures variées répondant aux différents besoins diététiques et culturels », se contente de répondre un porte-parole du CIO.
« L’une de nos stratégies est de soutenir la reconstruction de la région en achetant ses produits alimentaires. Nous envisageons donc sérieusement de le faire », a de son côté indiqué le comité Tokyo 2020, arguant que « le Japon a adopté un système de contrôle plus prudent encore que les normes internationales ».
En attendant que quelqu’un décide officiellement quelque chose, les agriculteurs et pêcheurs de la région patientent tant bien que mal.
Certains, comme le cultivateur de poires japonaises « nashi » Tomio Kusano à Iwaki, après 8 ans et demi, voient le bout du tunnel: sa production se vend bien au Japon, et le Vietnam lui en achète.
Mais les pêcheurs de la même région, eux, souffrent encore, faute d’avoir reconstitué leurs forces d’autrefois (main-d’oeuvre, matériel): « ils ne sont pas assez nombreux et les quantités de poissons prises ne représentent encore que 15% du total d’avant l’accident », indique Kyoichi Kamiyama, directeur du département radioactivité du Centre de recherche de la pêche et des milieux marins de la préfecture de Fukushima.