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Fukushima: Les producteurs..

Les producteurs de Fukushima à la reconquête des consommateurs japonais et étrangers

Société Gastronomie Région

Nojima Tsuyoshi [Profil]

La préfecture de Fukushima est célèbre pour son agriculture, mais dix ans après l’accident nucléaire, les peurs concernant l’innocuité des produits cultivés de la région sont toujours bien présentes, au grand dam des agriculteurs. Confrontés à des défis de taille, ils multiplient les efforts et initiatives pour regagner la confiance des consommateurs, notamment des acheteurs étrangers.

De la confiance à la méfiance

Région d’Aizu, préfecture de Fukushima. L’hiver est une période où il y a beaucoup à faire pour les nombreux producteurs de saké. Dans la ville de Kitakata, dans la brasserie Yamatogawa chargée d’histoire, des volutes de vapeur s’élèvent dans l’air froid, à partir d’un lot de riz fraîchement cuit. Sans perdre un instant, un jeune employé retire les grains ramollis par la haute température. Étape suivante : le brassage. Avec le temps, c’est ce même riz qui donnera un saké ginjô délicatement parfumé, riche en arômes. (Voir notre article : Comment reconnaître les types de saké japonais et leurs caractéristiques)

À la brasserie de saké Yamatogawa Shuzô, un employé retire d’une cuve de riz fraîchement cuit.
À la brasserie de saké Yamatogawa, un employé retire d’une cuve le riz fraîchement cuit.

Pour faire du bon saké, il faut de l’eau pure de qualité et de grandes quantités de riz, deux atouts dont se vantait la préfecture de Fukushima. Cependant, cette réputation a été grande écornée depuis l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi. Encore à l’heure actuelle, des pays du monde entier restent méfiants, évitant avec soin d’importer des produits en provenance de la région, voire du Japon tout entier. Dix ans ont passé depuis la triple catastrophe du Grand tremblement de terre de l’Est du Japon, du tsunami et de la centrale, mais loin de s’estomper, ces craintes continuent de jeter une ombre sur les nombreuses communautés de cette préfecture.

Les producteurs d’Aizu, par exemple, ont une situation géographique particulière, qui les dessert grandement. Ils sont situés à 120 kilomètres environ de la centrale de Fukushima Dai-ichi, donc légèrement plus près du site que Yamagata, l’agglomération principale de la préfecture voisine du même nom, et un peu plus loin que Sendai, la ville la plus peuplée du Tôhoku (nord-est du pays), dans la préfecture de Miyagi. Cependant, leur situation dans les limites de la préfecture de Fukushima leur a valu des restrictions à l’importation et une mauvaise image auprès des consommateurs.

Satô Kazunori, président de la brasserie Yamatogawa Shuzô
Satô Kazunori, président de la brasserie Yamatogawa

Une région toujours aussi fière de son saké

Satô Kazunori dirige la brasserie Yamatogawa, riche de 230 ans d’histoire. « Il y a dix brasseries ici, rien qu’à Kitakata » s’exclame-t-il fièrement, vantant la réputation de haut lieu de production de saké de la région. « C’est plutôt pas mal pour une ville d’à peine 40 000 habitants » ajoute-t-il.

Il se remémore l’histoire d’un homme qui a quitté sa région natale d’Osaka pour Aizu, attiré par la pureté de ces eaux, l’abondance de son riz et la fraîcheur de son climat ; les trois éléments indispensables à un saké de qualité. Le nom Yamatogawa, qui signifie « fleuve Yamato », rend hommage aux origines de la brasserie, située près du cours d’eau du même nom, qui traverse les préfectures de Nara et d’Osaka.

L’eau de la région est faible en minéraux, conférant au saké de Yamatogawa une onctuosité et une douceur telles qu’elles rappellent les onna-zake, « sakés féminins » de Kyoto ou encore de Fushimi.

La brasserie Yamatogawa produit son propre riz, d’une qualité digne de grands sakés, sur un terrain à proximité.
La brasserie Yamatogawa produit son propre riz, d’une qualité digne de grands sakés, sur un terrain à proximité.

Satô Kazunori explique que sa brasserie n’a pas pu exporter ses produits à l’étranger pendant environ un an après la catastrophe de mars 2011, un coup dur pour l’entreprise puisque les ventes réalisées à Taïwan représentaient 10 % de son chiffre d’affaires. « Nous étions particulièrement présents dans des villes comme Taipei et Kaohsiung et nous envisagions de nous implanter dans d’autres villes de la région quand tout s’est écroulé » ajoute-t-il.

Un assortissement de sakés de la brasserie Yamatogawa proposés sur le marché taïwanais
Un assortissement de sakés de la brasserie Yamatogawa proposés sur le marché taïwanais.

Mais contre vents et marées la brasserie Yamatogawa a tenu bon et a continué à produire un saké de qualité, remportant huit médailles d’or consécutives lors des prix du saké de l’Institut National de Recherche sur la Production du Saké (NRIB). Forte de cette réussite, la brasserie Yamatogawa a même été citée en modèle pour les autres producteurs de Fukushima. Si les ventes ont bien repris à Taïwan, Satô Kazunori reconnaît que regagner la confiance n’a pas été chose aisée. « Je ne compte plus le nombre de fois où nous nous sommes rendus sur place pour des événements, nous confrontant à chaque fois aux stigmates qui collaient à la peau de la préfecture de Fukushima » se remémore-t-il. « Le potentiel de développement dans le monde est grand, et c’est d’autant plus vrai pour Taïwan. La concurrence est rude, mais il y a des raisons d’être confiants ».

Mangez des pommes de Fukushima !

Malheureusement, tous les producteurs de denrées alimentaires de la préfecture Fukushima ne se sont pas si bien remis de l’après-mars 2011. Littéralement coupés des marchés étrangers, de nombreux producteurs de fruits ont essuyé de lourdes pertes.

Abe Hidenori, le propriétaire de la société Abe Fruit, place une pomme sur une lampe spéciale. Le fruit se pare d’une couleur rouge flamboyant. Ce dispositif très simple indique la teneur en sucre de la pomme sans avoir à la couper. Le fruit est délicieux, aussi sucré qu’un ananas mûri au soleil.

Abe Hidenori vérifie la teneur en sucre de ses fruits.
Abe Hidenori vérifie la teneur en sucre de ses fruits.

Connue sous le nom de Kôtoku, cette variété est particulièrement prisée des consommateurs. Abe Hidenori nous explique que lorsqu’il a repris le verger de son père, il ne comptait qu’un seul arbre Kôtoku. En greffant avec soin des boutures sur d’autres arbres, cet arbre fut peu à peu rejoint par d’autres, jusqu’à ce que les pommes Kôtoku deviennent la variété principale de son verger. Plutôt que les circuits traditionnels de vente, il a choisi de proposer ses pommes directement en ligne. Bien lui a pris puisque plus de 90 % de ses clients sont des acheteurs réguliers.

Cependant, la culture de pommes Kôtoku requiert des soins particuliers, insiste Abe Hidenori, pour pouvoir atteindre une telle teneur en sucre et de l’expérience pour connaître le bon moment pour les récolter. Comme la plupart des fruits à haute teneur en fructose, ces pommes sont plus petites que les variétés standard, mais sa marge est deux fois plus importante que sur la variété Shinano Sweets, un autre type de pomme haut de gamme qu’il cultive dans son verger.

Les pommes Kôtoku n’ont pas tardé à se faire une place sur les étals étrangers. En 2019, Abe Hidenori a exporté 100 kg de ces pommes vers la Thaïlande, où grands magasins et clients fortunés se les sont littéralement arrachés. Abe Hidenori y croit et veut en exporter 350 kg cette année, même s’il appréhende un peu de partir à la conquête de nouveaux marchés étrangers. « Les pommes se vendent cher mais cela demande beaucoup de travail, vous savez. Comme les autres fruits, les pommes peuvent être sujettes aux maladies et aux parasites comme les insectes. Sans parler de la pression que nous avons sur les épaules pour respecter les normes de qualité élevées » explique Abe Hidenori.

Abe Hidenori, avec une de ses pommes Kôtoku dans la main
Abe Hidenori, avec une de ses pommes Kôtoku dans la main

Des inquiétudes persistantes venant de l’étranger

Lorsqu’il s’est tourné vers des marchés lucratifs comme ceux de pays asiatiques, Abe Hidenori a fait certifier son verger Asia Good Agriculture Practice (ASIAGAP ou Bonnes pratiques agricoles en Asie), anticipant la levée prochaine par la Corée du Sud et par Taïwan des sanctions à l’exportation des fruits de Fukushima. Il espère que le succès de ses fruits sur des marchés étrangers exigeants comme les marchés asiatiques renforcera l’identité de marque de ses produits au Japon. Toutefois, il y a encore fort à faire pour redorer l’image de la préfecture à l’étranger; Abe Hidenori en est bien conscient. Encore maintenant, le simple fait de mentionner le nom de Fukushima peut dissuader certains acheteurs. « Quand ils pensent à Fukushima, ils voient des ouvriers en combinaison de protection » explique-t-il. « Les trois premières années après l’accident ont été extrêmement dures mais peu à peu la situation s’est améliorée ».

Dix ans ont passé depuis l’accident à la centrale en mars 2011, mais les opinions négatives sur les produits de la préfecture persistent. Nul ne sait quand les clients d’Asie, et du monde entier, feront à nouveau confiance à 100 %, aux produits de Fukushima. Cependant, Abe Hidenori et les autres producteurs sont prêts à retrousser leurs manches et à relever le défi pour faire ce qu’ils ont toujours fait : promouvoir avec confiance et fierté leurs produits.

Pour les exportations des produits agricoles et halieutiques de Fukushima, le retour de Taïwan est capital. Les fruits ont été particulièrement touchés, notamment les pêches. Avant la catastrophe, Taïwan en importait pas moins de 70 tonnes par an. Mais les producteurs de la préfecture gardent espoir et font confiance à la bonne réputation dont jouissent les produits agricoles et les nombreux restaurants japonais sur place. Ils attendent avec impatience la levée des restrictions en vigueur.

Attirer des consommateurs grâce à la bière

Katô Farm est un bon exemple de nouvelle approche pour raviver l’intérêt des consommateurs pour les produits locaux. Située dans la ville de Minami-Sôma, près de la centrale de Fukushima Dai-ichi même, elle servira à la production du houblon, entre autres, à partir duquel sera produite une bière locale. Katô Kôji et sa femme Emi ont récemment ouvert Yellow Beer Works, dans les environs de la capitale de la préfecture. Les clients peuvent par exemple y déguster la Zasô Ale, une bière fruitée artisanale de style américain.

Katô Emi en train de servir des clients à son bar, le Yellow Beer Works.
Katô Emi en train de servir des clients à son bar, le Yellow Beer Works.

Les producteurs de bière artisanale sont peu nombreux dans la préfecture. Les deux jeunes entrepreneurs, qui cultivent également du riz à Minami-Sôma, ont vu que cette activité avait un avenir prometteur. Pari gagné puisque depuis l’ouverture de leur bar dans le quartier d’Ôzasô, qu’ils habitent la région ou non, ils sont nombreux à se presser pour goûter à leur bière artisanale, fraîchement versée ou embouteillée. Le couple d’associés reconnaît que la totalité des ingrédients ne provient pas de Minami-Sôma, mais ils sont unanimes sur le fait que le goût, lui, est 100 % local. « La levure mélangée au houblon donne une infinité de saveurs possibles » explique Katô Emi. « Chaque lot est donc différent, garantissant une expérience nouvelle à chaque fois ».

De nombreuses bière pression présentent une couleur trouble.
De nombreuses bière pression présentent une couleur trouble.

En 2009, la vie de ce jeune couple bascule. Katô Kôji et Emi décident de délaisser la ville pour s’installer à la campagne avec leurs quatre enfants. Ils commencent alors une nouvelle vie et deviennent agriculteurs. Cependant, deux ans plus tard, ils se voient contraints d’adopter une nouvelle approche de l’agriculture, prenant en compte à la fois le vieillissement de la population agricole et les perceptions négatives des produits de Fukushima.

Malgré les nombreux défis auxquels ils sont confrontés, le couple ne se laisse pas abattre, loin de là. « Tout notre riz fait l’objet de contrôles afin que nous puissions le proposer à nos clients en toute confiance » explique Katô Kôji. « Mais malgré cela, il me faut quand même accepter que tout le monde ne veuille pas en acheter ». Pour lui, les mesures de Taïwan ne traduisent en rien une critique de la qualité des produits de Fukushima. Elles sont seulement le résultat d’une politique qui joue la carte de la prudence à l’excès. « Je ne pense pas que cela changera avant dix ou vingt ans. En attendant, nous poursuivrons nos efforts pour regagner la confiance de nos clients. Lorsque les touristes étrangers reviendront à Fukushima, je serai là et je les attendrai avec une bonne bière pression ».

Un vent nouveau

Si les consommateurs japonais n’hésitent plus autant qu’avant à acheter des produits provenant de Fukushima, certaines opinions persistent. Avant la catastrophe, le prix du bœuf de haute qualité de Fukushima rivalisait presque avec celui des célèbres variétés de wagyû, plus connues et provenant d’autres régions. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Cet écart jadis insignifiant est passé à 200 yens par kilogramme, montrant à quel point la préfecture de Fukushima continue de se battre. Le riz et d’autres produits de base, contenant des ingrédients cultivés dans la préfecture ne sont pas épargnés.

Le producteur de fruits Abe Hidenori et le couple de brasseurs Katô sont de bons exemples qui redonnent du baume au cœur aux habitants de la préfecture et redorent l’image de la préfecture de Fukushima. Regagner la pleine confiance des consommateurs ne se fera pas du jour au lendemain, notamment à Taïwan, où les interdictions à l’exportation doivent encore être levées. Il est nécessaire pour les acheteurs, dans et hors de l’Archipel, à regarder par-delà le nom de la préfecture de Fukushima et à récompenser le dévouement et le travail acharnés des producteurs pour regagner la confiance de tous ces dix dernières années.

(Photo de titre : des pommes de la variété Kôtoku fraichement cueillies. Toutes les photos : © Senba Osamu)

 

Fukushima: Au fil de l’eau;

Au fil de l’eau. Que faire de l’eau contaminée de la centrale de Fukushima ?

Catherine Pottier s’entretient avec Jean-Christophe Gariel, directeur général adjoint à l’IRSN, l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, en charge du pôle santé et environnement.

 
12 mai 2021. Fukushima, Japon. Des manifestants protestent contre la proposition de la compagnie d\'électricité de Tokyo (TEPCO) qui a annoncé qu\'elle allait rejeter dans l\'océan Pacifique plus d\'1 million de tonnes d\'eau contaminée.
12 mai 2021. Fukushima, Japon. Des manifestants protestent contre la proposition de la compagnie d’électricité de Tokyo (TEPCO) qui a annoncé qu’elle allait rejeter dans l’océan Pacifique plus d’1 million de tonnes d’eau contaminée. (DAVID MAREUIL / ANADOLU AGENCY VIA AFP)
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Il y a tout juste un mois, la compagnie d’électricité de Tokyo (TEPCO) a annoncé qu’elle allait rejeter dans l’océan Pacifique plus d’1 million de tonnes d’eau contaminée.

L’opération devrait débuter en 2023 et se poursuivre pendant toute la durée du démantèlement du site, autrement dit entre 30 et 40 ans. Colère des voisins chinois et coréens, mais aussi des communautés de pêcheurs et des organisations écologistes. Le Japon affirme que l’eau contaminée sera traitée avant d’être rejetée à la mer, sauf qu’elle contiendra encore certaines molécules radioactives, notamment le tritium (l’un des isotopes de l’hydrogène) qui ne peut pas être retiré.

Le tritium est un isotope radioactif de l’hydrogène qui a une faible radiotoxicité. L’impératif est d’être très vigilant sur la quantité de tritium rejeté à la mer.

Jean-Christophe Gariel, directeur général adjoint à l’IRSN

 

Tritium mais aussi strontium 90, cobalt 60, carbone 14…  

Jean Christophe Gariel reconnaît que tous ces radionucléides sont présents dans l’eau de Fukushima Daiichi. 70% de l’eau présente sur le site présentent des niveaux supérieurs aux valeurs réglementaires. Cette eau va donc devoir être à nouveau filtrée jusqu’à ce que ces taux de nucléides reviennent à des niveaux réglementaires.

 

Une pratique courante dans l’industrie nucléaire  

Tous les réacteurs nucléaires en opération dans le monde conduisent à des rejets de radioactivité dans l’eau et dans l’atmosphère. Ces rejets sont encadrés et surveillés et la France n’échappe pas à la règle. Les rejets provenant du démantèlement de Fukushima, ceux issus des eaux traitées de la centrale, (autrement dit des eaux contenant du tritium), seront à des niveaux inférieurs ou égaux à ceux qui prévalaient lorsque les réacteurs de Fukushima Daiichi étaient en fonctionnement normal avant l’accident de 2011.  

L’organisation écologiste Greenpeace avait proposé d’augmenter la capacité de stockage durable sur le site nippon mais la solution n’a pas été retenue par les autorités japonaises. Au total, cinq options ont été examinées pour se débarrasser de ces eaux contaminées : 
Le rejet en mer, le rejet dans l’atmosphère, l’injection dans le sous-sol, le rejet de l’hydrogène dans l’atmosphère après une opération d’électrolyse (séparation de l’oxygène et de l’hydrogène), et enfin la solidification suivi d’un entreposage sous-terrain.

La possibilité d’agrandir le stockage a aussi été étudiée par les autorités japonaises mais elles ont estimé que la capacité sur le site existant était insuffisante et que l’exploitation d’un autre site poserait d’énormes problèmes de transport pour l’acheminement quotidien des 140 tonnes d’eau contaminée.        

 

Image prise par un drone le 27 avril 2021 montrant le stockage provisoire de nombreux sacs de conteneurs flexibles, contenant du sol contaminé de Fukushima. Ils sont placés dans la ville d\'Okuma, préfecture de Fukushima. 
Image prise par un drone le 27 avril 2021 montrant le stockage provisoire de nombreux sacs de conteneurs flexibles, contenant du sol contaminé de Fukushima. Ils sont placés dans la ville d’Okuma, préfecture de Fukushima.  (KOJI ITO / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP)

 

 

Fukushima: Le gouvernement japonais poursuivi…

 
Le gouvernement japonais poursuivi par des pêcheurs sud-coréens pour le rejet prévu d’eau contaminée à Fukushima
 

 

Le dossier du tribunal demande 10 millions de wons (8850 $) par jour au gouvernement japonais et à Tokyo Electric Power Company Holdings (TEPCO) en raison de l’impact environnemental du plan de déversement de l’eau. Les pêcheurs craignent de gagner 50% de moins en commissions sur les ventes en consignation après le rejet du liquide contaminé.

«Insister pour rejeter l’eau dans la mer, alors qu’il existe d’autres moyens sûrs de la manipuler, est un acte illégal contre les pêcheurs et les habitants non seulement du Japon mais aussi des pays voisins». l’un des plaignants a déclaré jeudi devant le tribunal du district de Jeju.

On ne sait pas jusqu’où l’affaire ira dans le système judiciaire, car les associations de pêcheurs acceptent qu’un juge puisse statuer sur le gouvernement japonais et que ses actions sont protégées par «Immunité souveraine». Cependant, les groupes espèrent que le tribunal accordera une exception sur la situation, car ils estiment qu’il s’agit d’un crime grave, après l’avoir comparé à un «Crime contre l’humanité».

Le procès intervient quelques semaines après la participation de navires de pêche sud-coréens à un rassemblement, avec 800 personnes naviguant au large d’Incheon pour manifester contre le déversement de plus d’un million de tonnes d’eau contaminée. Les bateaux affichent des slogans indiquant « Retirer la décision du Japon » et «Condamner l’attaque nucléaire irresponsable» pour exprimer leur inquiétude et leur opposition aux actions du Japon.

Le gouvernement japonais et TEPCO sont actuellement sur le point de commencer à libérer l’eau contaminée en 2023 malgré les objections des pays voisins, notamment la Corée du Sud et la Chine.

S’exprimant le 7 mai, le ministère chinois des Affaires étrangères a condamné les responsables japonais pour avoir agi comme «Autruches» et choisir de « enterrer [their] la tête dans le sable » au lieu d’admettre que libérer l’eau pourrait «Mettre en danger l’environnement marin mondial.»

Le Japon a défendu à plusieurs reprises sa décision de rejeter l’eau radioactive prétendument traitée dans l’océan, affirmant qu’elle « inévitable » et se conforme aux conseils d’experts d’un «Rejet dans l’environnement contrôlé.»

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Fukushima: Le Japon commencera…

Le Japon commencera à libérer de l’eau radioactive de Fukushima dans 2 ans

 
 
dimanche, mai 9, 2021

Le Japon a déclaré mardi qu’il avait décidé de rejeter progressivement dans l’océan des tonnes d’eaux usées traitées de la centrale nucléaire en ruine de Fukushima Daiichi, la décrivant comme la meilleure option d’élimination malgré l’opposition farouche des équipages de pêche nationaux et les inquiétudes des gouvernements à l’étranger.

Le plan de commencer à libérer de l’eau dans deux ans a été approuvé lors d’une réunion du cabinet mardi matin.

L’élimination des eaux usées a pris beaucoup de temps retardé par l’opposition publique et les problèmes de sécurité. Mais l’espace utilisé pour stocker l’eau devrait s’épuiser l’année prochaine, et le Premier ministre Yoshihide Suga a déclaré lors de la réunion du cabinet de mardi que l’évacuation des eaux usées de l’usine est “un problème qui ne peut être évité”.

Le gouvernement “prendra toutes les mesures nécessaires pour garantir absolument la sécurité de l’eau traitée et lutter contre la désinformation”, a-t-il déclaré, notant que le gouvernement se réunira à nouveau dans une semaine pour décider des détails de la mise en œuvre du plan.

Certains militants ont refusé les assurances du gouvernement. Greenpeace Japon a dénoncé la décision, dire dans une déclaration qui “ignore les droits de l’homme et le droit maritime international”. Kazue Suzuki, un militant pour le climat et l’énergie pour l’organisation, a déclaré que le gouvernement japonais avait «écarté les risques de radiation».

“Plutôt que d’utiliser la meilleure technologie disponible pour minimiser les risques de radiation en stockant et en traitant l’eau sur le long terme”, ajoute le communiqué, “ils ont opté pour l’option la moins chère, le rejet d’eau dans l’océan Pacifique”.

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La crise de Fukushima il a été déclenché en mars 2011 par un tremblement de terre et un tsunami massifs qui ont dévasté le nord-est du Japon et tué plus de 19 000 personnes. La fusion ultérieure de trois des six réacteurs de la centrale a été la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl. Des dizaines de milliers de personnes ont fui les environs de l’usine ou ont été évacuées, dans de nombreux cas ne reviens jamais.

 

Dix ans après, le nettoyage est loin d’être terminé dans l’installation pour personnes handicapées, qui est exploitée par la Tokyo Electric Power Company. Pour éviter que les trois cœurs de réacteur endommagés ne fusionnent, de l’eau de refroidissement y est pompée en continu. L’eau est ensuite envoyée à travers un système de filtration puissant capable d’éliminer toutes les matières radioactives à l’exception du tritium, un isotope de l’hydrogène que les experts considèrent comme non nocif pour la santé humaine à petites doses.

Il y a actuellement environ 1,25 million de tonnes d’eaux usées stockées dans plus de 1 000 réservoirs sur le site de l’usine. L’eau continue de s’accumuler à un rythme d’environ 170 tonnes par jour, et il est prévu que le rejet de toute l’eau prendra des décennies.

En 2019, le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie a proposé de se débarrasser des eaux usées en les rejetant progressivement dans l’océan ou en les évaporant. L’Agence internationale de l’énergie atomique il a dit l’année dernière que les deux options étaient “techniquement réalisables”. Les centrales nucléaires du monde entier rejettent régulièrement dans la mer des eaux usées traitées contenant du tritium.

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Mais le plan du gouvernement japonais se heurte à une forte opposition de la part des responsables locaux et des équipes de pêche, qui disent qu’il augmenterait les craintes des consommateurs quant à la sécurité des fruits de mer de Fukushima. Les niveaux de capture dans la région représentent déjà une petite fraction de ce qu’ils étaient avant la catastrophe.

Après avoir rencontré M. Suga la semaine dernière, Hiroshi Kishi, chef de la Fédération nationale des pêches, a déclaré aux journalistes que son groupe était toujours opposé à la libération des océans. Pays voisins aussi, dont la Chine et la Corée du Sud exprimé sa préoccupation.

En réponse à la décision du Japon, le Département d’État américain a déclaré dans un communiqué: “Dans cette situation unique et difficile, le Japon a pesé les options et les effets, a fait preuve de transparence quant à sa décision et semble avoir adopté une approche approfondie. normes de sûreté nucléaire mondialement acceptées. “

 

« Une autre voie pour l’Yonne »

Départementales 2021

Le binôme Xavier Courtois-Cloria Jaolaza veut porter « Une autre voie pour l’Yonne »

Le binôme Xavier Courtois-Cloria Jaolaza veut porter "Une autre voie pour l’Yonne"
De gauche à droite : la suppléante Aurore Leblond, adjointe à Magny, Xavier Courtois conseiller sortant candidat à sa succession, sa binôme Cloria Jaolaza, élue municipale et communautaire, et Jérôme Huchard, conseiller municipal d’opposition à Avallon (liste Mon parti c’est Avallon)
 
Respectivement conseiller départemental sortant et élue au Pays avallonnais, Xavier Courtois et Cloria Jaolaza veulent « ouvrir la voie à un renouveau de la politique dans l’Yonne », en se présentant sur le canton d’Avallon aux élections départementales de juin 2021.

Conseiller sortant, président de la Com-com du Serein, et maire de Massangis, Xavier Courtois (ex-LR) a progressivement pris ses distances avec la majorité départementale et avec Les Républicains, qu’il juge « en proie à une droitisation ».

Sa binôme, Cloria Jaolaza, élue à Joux-la-Ville et au Pays avallonnais se revendique sans étiquette. Déléguée régionale de la Fédération des jeunes élus de France, elle est aussi candidate à l’élection régionale sur la liste de la majorité présidentielle et veut militer pour la protection de l’enfance et l’accompagnement du handicap.

« Bousculer les politiques là depuis des années »

Ils seront entourés de Jérôme Huchard, conseiller municipal d’opposition à Avallon et Aurore Leblond, adjointe à Magny qui veulent tous deux s’investir pour le territoire au-delà des clivages.

« Nous sommes dans la logique de répondre aux besoins. Le contexte implique que l’on sorte des logiques partisanes, nous y croyons foncièrement et voulons porter un renouveau de la politique locale, qui soit aussi générationnel pour bousculer les politiques qui sont là depuis des années. »

Départementales 2021 : retrouvez la présentation des cantons de l’Yonne

Maëlle Hamma
maelle.hamma@centrefrance.com

« N’apprenez pas des autruches »:

 
«  N’apprenez pas des autruches  »: Pékin dit à Tokyo de ne pas s’enfoncer la tête dans le sable au-dessus de la rangée d’eaux usées de Fukushima
 

S’exprimant vendredi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Wang Wenbin a réitéré la position de la Chine selon laquelle le rejet des eaux usées nucléaires dans la mer concerne tous les pays et pas seulement le Japon.

Wang a déclaré que la communauté internationale a généralement exprimé de fortes inquiétudes quant à l’impact possible des actions du Japon, mais que le gouvernement du pays n’a pas encore fait de commentaire et ignore ses responsabilités internationales.

Nous conseillons au Japon de ne pas apprendre des autruches, pensant que tout ira bien si vous vous enfoncez la tête dans le sable.

«Nous exhortons une fois de plus le gouvernement japonais à faire face aux graves préoccupations de la communauté internationale et à mettre un terme aux erreurs qui mettent en danger l’environnement marin mondial et la santé publique internationale,» il a déclaré.

La Chine s’est montrée très opposée au projet du Japon de rejeter les eaux usées nucléaires dans l’océan, craignant que l’eau ne soit toujours contaminée malgré des années de traitement. Pékin a fait pression pour une action internationale, notant que «ce ne sont certainement pas les tâches ménagères du Japon. Si les eaux usées nucléaires ne sont pas polluées, pourquoi le Japon ne les garde-t-il pas pour lui-même? »

Le Japon prévoit de rejeter dans la mer des eaux usées prétendument traitées dans environ deux ans, mais la sécurité de l’eau est remise en question depuis le premier jour. L’année dernière, Greenpeace a rapporté que les eaux usées de l’usine étaient plus dangereuses que ce que le gouvernement japonais avait suggéré. L’organisation affirme que l’eau prétendument traitée contient encore «Niveaux dangereux de carbone 14», une substance radioactive qui a le «Potentiel d’endommager l’ADN humain.» L’eau est également connue pour contenir du tritium radioactif, qui est censé être inoffensif.

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Covid-19: le laboratoire P4

Réservé aux abonnés

Covid-19: le laboratoire P4 de Wuhan revient au cœur de la polémique

DÉCRYPTAGE – Le laboratoire a progressivement échappé au contrôle des scientifiques français qui devaient superviser le travail des chercheurs chinois.

 
 
 
 
 
Vue aérienne du laboratoire P4, sur le campus de l’Institut de virologie de Wuhan en Chine, le 13 mai 2020. HECTOR RETAMAL/AFP

 

Longtemps écartée par l’OMS qui la jugeait «hautement improbable», étouffée par les autorités chinoises qui ont tenté de réécrire l’histoire de la pandémie, desservie, voir décrédibilisée par le fait qu’elle a été défendue par l’Administration Trump, l’hypothèse d’un accident de laboratoire refait surface. La France est d’autant plus concernée que c’est elle qui a exporté le P4 de Wuhan, un laboratoire de très haute sécurité biologique, destiné à l’étude des virus pathogènes les plus dangereux. Un joyau de la technologie française, qu’on réserve d’ordinaire à ses amis.

Depuis le début, cette coopération très sensible avec les autorités chinoises a créé des tensions dans l’Hexagone. C’est en 2004 que Jacques Chirac et le président chinois Hu Jintao décident une coopération destinée à lutter contre les maladies infectieuses émergentes. Un an plus tôt, la Chine avait beaucoup souffert du Sras, le syndrome respiratoire aigu sévère. «Certains pensaient qu’il fallait absolument aider les Chinois

 

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Fukushima: la prédiction

L’ingénieur qui avait prédit Fukushima voit venir d’autres désastres

Les mesures de sécurités de Tepco sont, selon lui, nettement insuffisantes.

 
Des policiers en combinaison de protection, non loin du réacteur de Fukushima, le 14 avril 2011. | STR/AFP
Des policiers en combinaison de protection, non loin du réacteur de Fukushima, le 14 avril 2011. | STR/AFP

«Un désastre créé par l’homme.» C’est ainsi que le rapport d’enquête mandaté par le Parlement japonais avait décrit, un an après le drame, la catastrophe de Fukushima Daiichi.

Dix ans après l’incident nucléaire le plus important depuis Tchernobyl, un ancien ingénieur nucléaire estime que le pays n’est pas à l’abri d’une nouvelle catastrophe.

En 2005, Toshio Kimura, un ingénieur pour la Tokyo Electric Power Company (Tepco), qui gère une partie du parc nucléaire nippon avait, après avoir quitté l’entreprise, prévenu que «si Fukushima était frappé par un tsunami, les pompes supposées utiliser l’eau de mer comme refroidissement seraient perdues», raconte le journaliste Jake Adelstein dans le Daily Beast. C’est très précisément ce qui causera la fusion de trois des quatre réacteurs de la centrale, six ans plus tard.

Bombes à retardement

Toshio Kimura a récemment publié un livre intitulé Comment l’énergie nucléaire va tuer la nation, dans lequel il estime que les leçons de Fukushima n’ont pas été retenues et que Tepco a continué de mentir et de couvrir ses défauts de sécurité, transformant nombre de centrales japonaises en bombes à retardement.

En 2012, le rapport parlementaire avait attribué la catastrophe de Fukushima Daiichi non seulement au tsunami qui avait ravagé la côte, mais aussi à «une multitude d’erreurs et de négligences volontaires qui ont laissé la centrale de Fukushima non préparée à l’accident».

En avril 2021, l’Autorité de régulation nucléaire japonaise (NRA) a interdit à Tepco de rouvrir la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Située à 250 kilomètres de Tokyo, cette unité est la plus puissante du monde et sujette à de larges failles de sécurité.

Les inspecteurs ont identifié une quinzaine d’entrées non autorisées et des «équipements anti-terroristes défectueux». La NRA a donc donné une notation «rouge» à la centrale, le pire des quatre niveaux de sécurité. C’est la première fois qu’une centrale japonaise reçoit cette note.

La situation est telle qu’en mars, Junichiro Koizumi et Naoto Kan, deux ex-Premiers ministres de partis rivaux, ont tenu une conférence de presse commune afin de réclamer l’arrêt total du recours à l’énergie nucléaire.


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« Aizu » : à Fukushima…

Aizu

Photo d'en-tête : Matthias Evangelista

« Aizu » : à Fukushima, la renaissance de la communauté des snowboarders

On a beaucoup entendu le témoignage des surfeurs suite à la catastrophe de Fukushima. Mais peu de gens savent que la région où s’est déroulée la terrible catastrophe nucléaire compte aussi un paradis de la poudreuse : Aizu. Dix ans après le quatrième plus grand tremblement de terre de l’histoire et le tsunami qui firent d’une des plus belles régions du japon une zone martyre, à l’heure où le Japon vient d’annoncer qu’il allait rejeter dans l’océan Pacifique l’eau contaminée de Fukushima, les riders prennent la parole dans ce très beau film de 15 minutes. A sa manière, le réalisateur Mattias Evangelista raconte l’histoire de la catastrophe à travers les yeux des snowboarders locaux, Futa et Hiroki, et montre comment le snowboard, le surf et le skateboard sont au cœur d’une communauté incroyablement résiliente.

Aizu, c’est « la dernière frontière du ski au Japon », un spot encore préservé, situé à 90 minutes seulement de la gare de Tokyo. Un « Awesome Powder Paradise » réputé pour son fort enneigement et surtout pour sa neige ultra légère. Il y a encore dix ans, ce petit paradis, niché à l’intérieur de la mer du Japon, cachait une dizaine de stations de ski disséminées autour du Mont Bandai, où les meilleurs riders de la région se retrouvaient. Parmi eux, Futa et Hiroki, deux amis d’enfances. C’est leur quotidien que suit la caméra de Mattias Evangelista dans « Aizu », un petit film de 15 minutes.

Entre rides en forêt, entraînements au dojo, et initiation à la glisse de la jeune génération, Futa et Hiroki se souviennent du 11 mars 2011, jour fatal où la centrale nucléaire de Tohoku est submergée par le tsunami généré par un violent séisme sous-marin. Le bilan est de 22 500 morts et disparus. Mais l’espoir n’est pas mort, et la communauté des snowboarders, très imprégnée de culture samouraïs, semble plus forte que jamais. L’espoir, la résilience et l’esprit communautaire peuvent surmonter une catastrophe, racontent les riders.

Déconfinement: l’interview

Le président, qui nous a reçus à l’Elysée le 28 avril, annonce qu'il prendra «dès le début du mois de juin grâce au retour à une vie aussi normale que possible» son «bâton de pèlerin» pour aller «prendre le pouls du pays». PhotoPQR/Centre France La Montagne/Thierry LindauerLe président, qui nous a reçus à l’Elysée le 28 avril, annonce qu'il prendra «dès le début du mois de juin grâce au retour à une vie aussi normale que possible» son «bâton de pèlerin» pour aller «prendre le pouls du pays». PhotoPQR/Centre France La Montagne/Thierry Lindauer 

Interview Emmanuel Macron 28 avril

Le 31 mars, vous avez annoncé un retour progressif à la normale à partir de mi-mai. Quel est votre calendrier ?

« L’étape zéro, c’était la réouverture des écoles le 26 avril. Nous avons assumé cette priorité éducative et cette stratégie de vivre avec le virus, y compris face à haut niveau d’incidence, supérieur à celui de nos voisins. Nous ouvrirons ensuite en quatre étapes. Le 3 mai, fin des attestations et des restrictions de déplacement. Le 19 mai, couvre-feu repoussé à 21h et réouverture des commerces, des terrasses et des musées, salles de cinémas et théâtres avec des jauges limitées. Dès le 19 mai, il nous faut retrouver notre art de vivre à la française, en restant prudents et responsables : notre convivialité, notre culture, le sport… Le 9 juin, couvre-feu à 23h et ouverture des cafés, restaurants et salles de sport. Enfin le 30 juin, fin du couvre-feu (voir infographie). »

L’idée de déconfiner par territoire est donc abandonnée ?

« J’ai bon espoir que la France entière pourra passer à l’étape du 19 mai. Les mesures seront nationales, mais nous pourrons actionner des « freins d’urgence » sanitaires dans les territoires où le virus circulerait trop. A l’heure actuelle, il y a huit départements dans lesquels l’incidence dépasse 400 cas pour 100 000 habitants. »

Selon quels critères ces freins seront-ils déclenchés ?

« Ils s’appliqueront dans une métropole ou un département en fonction de trois critères : le taux d’incidence qui dépasserait à nouveau 400 infections pour 100 000 habitants, une augmentation très brutale de ce taux et une menace de saturation des services de réanimation. Si cela se produit, le gouvernement, en concertation avec les préfets et les collectivités locales, bloquera les réouvertures. »

En octobre, vous aviez fixé le seuil de déconfinement à 5 000 cas par jour, il est aujourd’hui à plus de 30 000. Les conditions sont-elles vraiment réunies pour gagner ce nouveau pari ?

« Je n’ai jamais fait de pari sur la santé et la sécurité de nos concitoyens. J’assume d’avoir fait des choix, mais ce ne sont pas des paris. Cela sous-entendrait que ce serait aventureux. Non. Nous avons été éclairés par la science et nous avons fait le choix de mettre l’humain avant tout. Dans l’humain, il n’y a pas que la gestion sanitaire mais aussi tout ce qui fait la vie des femmes et des hommes. La vie de la Nation ne se réduit pas à l’évolution des courbes.

Je suis obligé de regarder la conséquence de la fermeture d’une école, quand un enfant n’aura pas un repas par jour ; ou encore la conséquence quand on demande à un commerce de fermer plusieurs semaines. Je sais leur détresse aujourd’hui. Nous devons prendre tout cela en compte. »

Qu’est-ce qui a changé ?

« La grande différence avec le mois d’octobre, c’est qu’aujourd’hui, nous avons un vaccin qui donne une perspective de sortie durable de la crise. Nous avons vu l’efficacité du couvre-feu -, croisée avec l’arrivée du vaccin en janvier. C’est un vrai changement dans la gestion de l’épidémie. »

Assouplirez-vous le télétravail ?

« Le télétravail sera assoupli à partir du 9 juin, en lien avec les partenaires sociaux au niveau des entreprises. De manière plus large, ce que je vous ai présenté aujourd’hui est un projet qui fera l’objet, à partir de lundi, d’une grande phase de concertation à trois niveaux : avec les parlementaires, avec l’ensemble des partenaires sociaux et des professionnels et avec les élus des territoires. A l’issue, le plan sera présenté en détail par le Premier ministre au cours de la semaine du 10 mai. »

Comment le pass sanitaire fonctionnera-t-il ? N’y a-t-il pas de risque d’une société sanitaire à deux vitesses avec les vaccinés et les autres ?

« Je tiens beaucoup à l’unité de la Nation. Sur le plan sanitaire, chaque innovation a été accessible à tous. Les tests sont gratuits en France. Très peu de pays sont dans ce cas. Nous n’avons laissé personne au bord de la route. La République et l’Etat Providence ont été au rendez-vous. Le « quoiqu’il en coûte », c’est aussi ça. Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis. Par contre, dans des lieux où se brassent les foules, comme les stades, festivals, foires ou expositions, il serait absurde de ne pas l’utiliser. Comme il en va de nos libertés publiques, le Parlement se saisira de la question. Le débat doit être ouvert. Ce pass, qui sera papier ou numérique, via l’application TousantiCovid, permettra de montrer qu’on est vacciné ou testé négatif dans les deux jours qui précèdent. C’est juste et ça ne fracturera pas le pays. Ce sera un outil supplémentaire pour assurer la protection des Français.»

Est-ce que la formule que vous nous présentez permettra de ne plus avoir recours à des confinements ?

« C’est mon souhait le plus fort, et cela ne date pas d’aujourd’hui.. Mais est-ce que je peux vous dire, les yeux dans les yeux, qu’on ne sera plus jamais débordé par ce virus ? C’est impossible. Il semble que les vaccins dont nous disposons sont efficaces face aux variants, mais vous voyez bien que nous en découvrons de nouvelles formes chaque semaine. Il faut donc rester vigilant. Maintenant, notre combat, c’est de vacciner le plus vite possible pour augmenter notre immunité collective. Il faut le faire évidemment en Europe, mais également en aidant l’Afrique et les pays les plus pauvres. Ce n’est pas simplement de la solidarité, c’est aussi de l’efficacité. »

C’est-à-dire ?

« Le seul moyen d’éviter que de nouveaux variants émergent, c’est de permettre à tous les pays du monde d’aller vers une stratégie d’éradication du virus. C’est pour cela que nous sommes en train de devenir, nous, Européens, le continent leader de la production de vaccins. On est parti moins vite que nos amis américains, mais nous sommes en train de rattraper ce retard à marche forcée. Nous

allons produire 250 millions de doses sur notre sol cette année. Nous, Européens, nous en avons d’ores et déjà commandé 2,5 milliards pour cette année. Nous en produirons plus de 2 milliards sur 2022-2023 pour faire les éventuels rappels de vaccination dont on aura peut-être besoin, mais aussi aider tous nos partenaires à vacciner leurs populations et écraser le virus dans leur pays. »

Voyez-vous la fin de la crise sanitaire en 2021 ?

« Je ne sais pas. S’il n’y a pas de nouveaux variants non maîtrisés, oui. Là où je suis plus optimiste, c’est que nos meilleurs scientifiques et industriels disent que nous serions en capacité, en 80 à 100 jours, de fournir un vaccin permettant d’y répondre. Mais peut-être aurons-nous à vivre avec le virus pendant des années et à nous refaire vacciner chaque année. »

Envisagez-vous dès maintenant d’ouvrir la vaccination à tous?

« Pas tout de suite. On peut optimiser le fonctionnement de nos 1700 centres de vaccination. On va continuer à prioriser par âge parce que c’est le plus efficace. La vaccination des plus vulnérables fait baisser la pression sur les services hospitaliers. Mais nous avons des doses en stock. Nous allons donc ouvrir à compter du 1er mai la vaccination à tous les plus de 18 ans qui ont une surcharge pondérale sérieuse (indice de masse corporelle supérieur à 30). J’invite les 2,3 millions de Français concernés à se rendre dans les centres de vaccination dès ce week-end. »

Y aura-t-il un bac normal cette année ?

« En aucun cas, nous n’aurons des examens et des diplômes au rabais. Qu’il s’agisse du baccalauréat, des bac pro, des BTS ou des examens dans nos universités. Mais nous devons nous adapter. Pour le baccalauréat, certaines épreuves qui devaient se tenir en mars sont passées en contrôle continu du fait de l’épidémie. En revanche, les deux épreuves qui ont des examens terminaux, la philosophie et le grand oral, seront maintenues.

Et les autres examens ?

« Pour le bac pro, les épreuves terminales prévues pour juin seront maintenues. Idem pour les BTS, en juin, avec la part de stage et de contrôle continu prévue, mais nous mettrons en place une session exceptionnelle de rattrapage en juillet. Pour tout le reste du supérieur, les examens prévus se tiendront mais à chaque fois qu’il y aura des élèves malades, nous leur permettrons d’avoir des sessions de rattrapage. »

Comment sortir des aides et du « quoiqu’il en coûte », sans faire trop de dégâts sur des secteurs très fragilisés ?

« J’assume totalement le « quoi qu’il en coûte ». Nous avons eu raison de le faire. Durant la crise 2008-2010, la France a eu une récession deux fois moins forte qu’en Allemagne, mais a détruit 7 fois plus d’emplois. Là nous n’en détruisons pas plus, car on a protégé les emplois existants. Le chômage n’a pas explosé, ni les faillites. Les semaines à venir, il faut être très vigilant pour accompagner le redémarrage sans créer de fragilités économiques. Le dispositif d’activité partielle sera maintenu à

l’identique en mai et en juin. En mai, pour ceux qui commencent à rouvrir, il y aura les mêmes aides économiques qu’en avril. A partir du 1er juin, l’accompagnement se fera au prorata de la reprise d’activité. On aura une réponse adaptée par secteur. Ce sera du cousu main. Là encore, nous le ferons dans un cadre concerté avec les partenaires sociaux »

Les 750 milliards d’euros promis par l’Europe n’arriveront pas avant septembre. La France va exercer la présidence de la Commission européenne l’an prochain. Allez-vous prendre des initiatives pour fluidifier le système de décision européen ?

« Nos procédures sont trop lentes et trop bureaucratiques. Il y aura au cœur de la présidence française la volonté de réformer nos institutions pour les rendre plus efficaces et plus rapides. Mon travail dans les prochains mois, c’est aussi de tout faire pour simplifier les procédures en France. »

Comment ?

« Dès le début du mois de juin grâce au retour à une vie aussi normale que possible, je veux reprendre mon bâton de pèlerin et aller dans les territoires pour prendre le pouls du pays. »

Vous allez refaire un grand débat national ?

« Je veux, en lien avec les maires et forces vives de la Nation, inventer un deuxième temps de la relance. Il devra passer par une simplification drastique et une accélération des investissements. »

La crise sanitaire a révélé un certain déclassement industriel…

« Nous avons tenu pendant des décennies un discours patriotique, sans les moyens. S’il n’y a pas de recherche, s’il n’y a pas d’investissement pour créer des usines, il n’y a plus d’industrie. Depuis quatre ans, nous avons baissé le coût du capital et la fiscalité sur l’investissement productif. Heureusement que nous avons réduit les impôts, y compris en supprimant la part anti-production de l’ISF! Notre pays dissuadait l’investissement. Il dissuadait aussi le travail et c’est pour cela que j’ai baissé l’impôt sur le revenu, augmenté la prime d’activité. Ah, j’en ai entendu sur ces sujets de la part des patriotes aux petits pieds ! Ceux qui vous disent : ’il faut faire des usines en France’, mais vous expliquent que les gens qui réussissent doivent être taxés, alors que la France est déjà l’un des pays d’Europe où la fiscalité est la plus élevée. On a eu raison de stopper cette aberration qui conduisaitnos entrepreneurs à s’installer à l’étranger ; on aurait dû faire 10 ou 15 ans plus tôt. Nous avons malheureusement vécu à plein l’absurdité d’un modèle économique qui n’existait plus. On va mettre une décennie pour rebâtir le tissu industriel. »

Les Etats-Unis préparent un plan à 1000 milliards de dollars. Ils injectent plus d’argent que nous ?

« Il faut aussi, quand on se compare avec le plan Biden, prendre en compte tout notre modèle social, à commencer par les minimas sociaux et l’activité partielle. Quand on y ajoute le plan de relance, la France consacre 20% du PIB à la crise. Les mêmes proportions qu’aux Etats-Unis, qui n’ont pas notre système de solidarité. »

Joe Biden va taxer l’argent qui dort chez les plus riches. C’est une solution ?

« Cette dette Covid, il faudra la rembourser et nous devrons aussi assumer des investissements d’avenir et équilibrer le fonctionnement courant du pays. Mais tant je serai là, il n’y aura pas de hausses d’impôts en sortie de crise. Nous sommes déjà l’un des pays les plus taxés au monde. Il ne peut y avoir de souveraineté industrielle sans une baisse des impôts de production. Depuis quatre ans, nous avons baissé la contribution des classes populaires et moyennes (100€ de gain de pouvoir d’achat pour un salarié au Smic). La Nation doit reprendre le cours des réformes de modernisation. Ce processus ne peut pas s’arrêter. »

Vous allez donc réformer jusqu’au bout ?

« Jusqu’au dernier quart d’heure. Ces vingt dernières années, nous avons pris trop de retard. Réformer, transformer, investir, ce sont les conditions pour défendre notre modèle social, ce que nous sommes nous, Français. »

En décembre, vous avez laissé planer le doute sur votre candidature à un second mandat. Cette crise a-t-elle conforté ce doute ou l’a-t-elle fait reculer ?

« Je me couche avec mes doutes et je me réveille avec des convictions reforgées. Je serai bien intempestif à vous parler de mes ambitions personnelles. Dans la gestion d’un pays, il ne faut pas commettre de faute de temps. Nous avons une nouvelle décennie française à bâtir, qui sera la décennie de notre jeunesse. Si j’ai une ambition, c’est ça. C’est qu’on puisse ensemble, par cette grande concertation que je veux faire à l’été, tourner la page de ce moment de la vie de la Nation. Mon destin individuel n’existe pas si nous n’y arrivons pas, aucun destin individuel ne vaut en dehors d’un projet collectif. »

Source: UMIH et le Parisien

       

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