blog de serge

"Rien n'est plus proche du Vrai ... que le Faux"

Parasite de mer

Ce parasite de la mer ressemble à un délicieux morceau de sushi

07.10.2021 12:15

 

Tokyo, 7 octobre, AZERTAC

N’ajustez pas votre écran et n’attrapez pas la sauce soja. Ce que vous voyez devant vous est un animal marin réel, vivant et respirant, actuellement exposé dans un aquarium japonais – une créature qui ressemble exactement à un morceau de sushi au saumon.
Cette ressemblance de la créature marine en a fait l’un des résidents les plus populaires d’Aquamarine Fukushima, un grand aquarium sur la côte est du Japon.
La superstar en forme de nigiri appartient probablement au genre Rocinela, qui comprend plus de 40 espèces, selon une employée de l’aquarium Mai Hibino. Alors que de nombreux isopodes mangent des animaux morts ou en décomposition, les isopodes Rocinela ont tendance à être des parasites qui habitent le dos ou les organes internes d’autres créatures marines.
« La plupart des membres du genre semblent ternes et bruns, mais il est possible que le célèbre isopode à sushi de Fukushima ait pris plus qu’un simple repas de l’un de ses anciens hôtes. Parce qu’ils sont parasites, nous pensons que la couleur du poisson dont il se nourrissait a peut-être été transférée à l’isopode », a estimé Hibino.
Les pêcheurs ont attrapé l’isopode particulier dans un filet près de la ville côtière de Rausu, à Hokkaido, l’île la plus septentrionale du Japon. La créature a été pêchée à 800-1200mètres de profondeurs, selon Hibino.

Les couleuvres obscures

Les couleuvres obscures, élément naturel de mesure de la radioactivité à Fukushima

Habitantes des zones désertées de Fukushima, les couleuvres obscures permettent aux scientifiques de mesurer les niveaux de radioactivité, dix ans après la catastrophe de la centrale nucléaire.

[L'industrie c'est fou] Les couleuvres obscures, élément naturel de mesure de la radioactivité à Fukushima

Les couleuvres obscures, cobayes des scientifiques

Des chercheurs de l’Université de Géorgie ont sollicité des couleuvres obscures, une espèce de la région de Fukushima ayant la particularité de se déplacer sur une très courte distance : seulement 65 mètres par an ! En évoluant sur un périmètre restreint, ces couleuvres donnent un aperçu fidèle des niveaux de contamination sur un endroit précis. Environ 80 % de la radioactivité qu’elles accumulent provient du contact direct avec le sol, les arbres et les plantes et 20 % des proies contaminées qu’elles ingurgitent.

Une couleuvre obscure. Crédit : Université de Géorgie.

Neuf couleuvres obscures ont été étudiées. Elles ont été équipées d’un capteur GPS et d’un dosimètre pour mesurer la radioactivité. Les résultats de l’étude, menée pendant un mois sur ces serpents, ont été publiés dans la revue zoologique Ichthyology & Herpetology en juillet 2021. « Parce que les serpents ne bougent pas beaucoup et qu’ils passent leur temps dans une zone locale particulière, le niveau de rayonnement et de contaminants dans l’environnement est reflété par le niveau de contaminants dans le serpent lui-même », explique Hannah Gerke, auteure principale de l’étude.

Les résultats de l’étude

L’étude a révélé que les serpents vivant dans la zone d’exclusion de Fukushima présentaient des niveaux de césium 22 fois supérieurs à ceux vivant en dehors de cette zone. Le césium 134 et le césium 137 sont des éléments radioactifs qui ont la particularité d’être présents dans le sol et donc de contaminer les serpents. Les scientifiques ont également constaté de fortes variations de niveaux de rayonnement, notamment entre des endroits proches. Les serpents de l’étude avaient été lâchés à 24 kilomètres de la centrale nucléaire.

Un point rassurant : les scientifiques ont constaté une baisse du niveau de radioactivité par rapport au taux recensé après l’accident. Cette baisse s’explique notamment par la désintégration naturelle des éléments radioactifs au cours du temps. Pour rappel, la catastrophe de Fukushima, provoquée par un séisme de magnitude 9,1, avait obligé 150 000 personnes à fuir la ville en 2011.

Habitantes des zones désertées de Fukushima, les couleuvres obscures permettent aux scientifiques de mesurer les niveaux de radioactivité, dix ans après la catastrophe de la centrale nucléaire.

l’AIEA à Fukushima

Japon: l’AIEA à Fukushima pour évaluer le plan de rejet en mer des eaux contaminées

Quelque 1,27 million de tonnes d'eau contaminée sont stockées dans plus d'un millier de citernes sur le site de la centrale de Fukushima.
Quelque 1,27 million de tonnes d’eau contaminée sont stockées dans plus d’un millier de citernes sur le site de la centrale de Fukushima. AP – Tomohiro Ohsumi

Le Japon a décidé de rejeter dans l’océan Pacifique plus d’un million de tonnes d’eau contaminée à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima. L’opération doit débuter en 2023 sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Une délégation de l’agence de Vienne est arrivée a Tokyo pour évaluer avec les autorités japonaises leur plan de déversement.

Avec notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a intégré des experts chinois et sud-coréens dans le groupe de travail chargé de vérifier la transparence et la sécurité du projet japonais. Le Japon va rejeter dans l’océan Pacifique plus d’un million de tonnes d’eaux issues du refroidissement des réacteurs endommagés de la centrale de Fukushima et des eaux souterraines qui s’infiltrent dans les sous-sols des bâtiments des réacteurs.

L’eau sera acheminée au moyen d’un conduit sous-marin de 2,5 m de diamètre avançant d’environ un kilomètre dans l’océan, a annoncé fin août l’opérateur Tepco, précisant que la construction de celui-ci devrait commencer d’ici mars prochain.

Le tritium impossible à éliminer

Chaque jour, le volume de cette eau augmente d’environ 140 tonnes. Des systèmes de retraitement permettent d’éliminer tous les radionucléides qu’elle contient, sauf un : le tritium. L’agence de Vienne veut s’assurer que l’eau filtrée sera diluée pour que le niveau de tritium qu’elle contient soit abaissé.

►À lire aussi : Japon: dix ans après l’accident nucléaire, Fukushima peine encore à se relever

Le Japon promet de rejeter l’eau traitée à partir de 2023 de façon très progressive : en trente ou quarante ans, soit la durée prévue du démantèlement de la centrale.

Une pratique courante

L’agence de Vienne explique que les centrales de la plupart des autres pays rejettent, chaque semaine, en mer ou dans des fleuves de l’eau chargée en tritium. La Chine, Taïwan, la Corée du Sud en déversent aussi mais critiquent la décision japonaise.

À la centrale de Fukushima, les capacités de stockage de l’eau dans plus d’un millier de réservoirs vont atteindre leur limite. L’opérateur Tepco dépense chaque année près de 800 millions d’euros pour maintenir et surveiller le stockage de l’eau.

FUKUSHIMA

10 ans après

3 septembre 2021

10ème témoignage de Fonzy, 10 ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Merci à elle de continuer à nous donner de ses nouvelles ! La vigilance, même si elle est moins assidue, est toujours de mise.

 

Bonjour,

Voilà plusieurs années que je gardais le silence. Je vais bien, j’habite toujours au même endroit, à 280 km de la centrale de Fukushima Daiichi.

Depuis l’accident de la centrale, 10 ans se sont écoulés. Je dois vous avouer qu’il est difficile d’être toujours en vigilance, ou en état d’alerte tout le temps. Petit à petit, je laisse tomber des restrictions que je m’étais imposées. Il y a quand même des choses que je continue, par exemple :

 

– Port du masque

En 2011, je portais un masque N95 chaque fois que j’allais à Tokyo, même en été quand il faisait 35 C. Etant donné que le masque N95 coûte cher, je porte un masque « normal » depuis 2012, et je continue encore aujourd’hui. En ce moment, le masque est presque obligatoire même dans mon voisinage à cause du Covid 19.

 

– Plus de champignons

Shiitake, champignon de Paris, pleurotes,… enfin toutes sortes de champignons sont disparus de la table. De temps en temps, le Shiitake me manque, mais ce ne sera pas mortel de ne pas manger de champignons. Par contre, consommer des champignons pourrait l’être…

 

– Acheter des produits du sud-ouest du Japon

J’achète normalement des légumes qui sont produits au-delà de 500 km depuis la centrale Daiichi. Idem pour les fruits. Autrement dit, j’achète un brocoli de Kyoto, mais pas de laitue de Chiba (250 km). Avant, j’évitais des produits du sud de Nagano (300 km de Daiichi) ou de Gifu (400 km de Daiichi), mais maintenant j’achète de temps en temps des fruits qui y sont produits.

 

– Manger le moins souvent possible dans un restaurant 

Au cours des premières années, je ne mangeais presque jamais au restaurant. Quand j’étais obligée de participer à une soirée avec des collègues, je m’efforçais de ne rien manger, car on disait que les produits de Fukushima (qui ne devaient pas dépasser la limite de 100 Bq/kg) étaient utilisés dans la restauration. A partir de 2015 ou 16, je commençais à dîner une fois tous les deux ou trois mois dans des restaurants que j’ai bien choisis et qui nous servaient des produits de Kyushu ou Shikoku, des régions qui se trouvent dans le Sud-Ouest du Japon.

 

– Eviter la pluie

Avant j’aimais me promener sans parapluie sous la pluie, surtout avec une pluie fine. Après Fukushima, dès que je sens une goutte, j’ouvre mon parapluie. J’ai toujours mon parapluie quand il risque de pleuvoir plus tard dans la journée. Donc je fais toujours très attention à la météo.

 

 Maintenant je vous dis ce que je ne fais plus.

– Eau minérale

Jusqu’en mars 2021, nous ne buvons que de l’eau minérale, nous n’utilisons que de l’eau minérale pour faire de la soupe, du pot-au-feu, bref tout ce qui est à manger chez nous. Toutefois, les bouteilles d’eau sont lourdes, il faut aller au supermarché assez souvent pour acheter un carton de six bouteilles que nous consommons assez rapidement. Ce n’est pas gratuit non plus… Nous avons donc décidé de ne plus utiliser d’eau minérale pour faire la cuisine. Nous continuons toujours à boire l’eau minérale dont la radioactivité est mesurée.

 

 

Eau minérale : le césium et l’iode sont mesurés par le spectromètre gamma (Photo Fonzy). La bouteille de gauche coûte 0,6 euros, la bouteille de droite 2,15 euros.

– Poisson

Pendant au moins huit ans après l’accident, nous n’avons pas mangé de poisson. Toutefois, mon partenaire a eu un cancer du côlon en 2019, et après, il a préféré plutôt manger « légèrement », du coup nous avons repris l’habitude de manger du poisson. J’achète la plupart du temps du poisson venant du Sud-Ouest du Japon, mais de temps en temps du poisson pêché dans un port près de chez nous, car ils sont beaucoup plus frais. J’évite tout de même des poissons des bas-fonds tels que sole ou turbot.

 

– Compteur Geiger

Je me suis souvent promenée avec mon compteur Geiger en 2011, et un peu moins en 2012, et maintenant … je ne sais plus où il est, peut-être dans un tiroir, mais ça fait des années que je ne le vois plus. Je me demande si mes amis qui en avaient un l’utilisent toujours.

 

– Manifestations anti-nucléaires

Pendant deux ou trois années après Fukushima, il y a eu de nombreuses manifestations antinucléaires organisées non seulement à Tokyo mais aussi un peu partout au Japon. On a crié devant le siège social de Tepco, devant le Parlement, dans les rues, on était très nombreux à un moment donné. Il y avait des militants qui faisaient des mobilisations antinucléaires tous les vendredis soirs devant le Parlement. Cela a été un succès pendant quelque temps. Moi aussi j’y ai participé souvent, surtout en 2011 et en 2012. Toutefois ils ont arrêté définitivement leur mouvement en mars 2021 car il y avait, selon eux, beaucoup moins de participants dernièrement et qu’ils n’avaient plus de budget pour continuer. Maintenant les manifestations anti-nucléaires se font très rares, bien qu’il y en ait toujours qui se mobilisent de temps en temps. Il me semble que nous ne sommes pas très manifs, les Japonais. On verra…

 

– Convaincre les autres

J’avais beau parler à mes amis et à mes parents des risques de contamination et des dangers des centrales nucléaires, il était quasiment impossible de les convaincre à s’intéresser à ce genre de problèmes.

 

Voilà. Je fais ce qui me semble possible de faire sans trop de stress. Penser toujours à Fukushima, c’est possible, mais maintenant il faudrait plus d’imagination, car on n’en parle plus. Je remercie ceux qui continuent à penser à Fukushima malgré tant de distance géographique et tant d’années écoulées. Merci pour votre solidarité.

 

Fonzy

 

Les eaux de Fukushima

Centrale nucléaire de Fukushima: les eaux de refroidissement seront acheminées à 1km des côtes

L’opérateur Tepco a annoncé le dispositif imaginé pour rejet les 1,27 million de tonnes d’eau contaminé loin des côtes de Fukushima. La construction commencera en mars prochain.

Les eaux sont stockées dans des grandes cuves autour de la centrale de Fukushima Daiichi. REUTERS/Kyodo
Les eaux sont stockées dans des grandes cuves autour de la centrale de Fukushima Daiichi. REUTERS/Kyodo

L’heure est venue. L’opérateur de la centrale accidentée de Fukushima Daiichi (nord-est du Japon) va bientôt rejeter dans l’océan plus d’un million de tonnes d’eau souillée par la catastrophe nucléaire.

Le gouvernement japonais a décidé en avril de reverser à la mer à partir de 2023 cette eau issue de pluies, des nappes souterraines ou des injections nécessaires pour refroidir les cœurs des réacteurs nucléaires entrés en fusion après le gigantesque tsunami du 11 mars 2011. Cette décision mettait fin à sept années de débats sur la meilleure manière de se débarrasser de quelque 1,27 million de tonnes d’eau contaminée – de quoi remplir 500 piscines olympiques -, stockée dans plus d’un millier de citernes sur le site de la centrale.

L’eau destinée à être relâchée dans cette opération a été filtrée à plusieurs reprises pour être débarrassée de la plupart de ses substances radioactives (radionucléides). Seul le tritium, isotope radioactif de l’hydrogène, ne peut être éliminé avec les techniques actuelles mais les autorités ont prévu de diluer considérablement l’eau, pour en faire baisser la teneur.

Cette solution est très contestée par les pêcheurs et agriculteurs de Fukushima, qui redoutent que cela n’affecte encore davantage l’image de leurs produits auprès des consommateurs. La Chine et la Corée du Sud avaient protesté. L’Agence internationale de l’énergie atomique avait, elle, salué la décision du gouvernement japonais.

L’eau sera acheminée au moyen d’un tunnel sous-marin d’un kilomètre de long sur un diamètre de 2,5 m, a annoncé ce mercredi Tepco, l’opérateur de la centrale, précisant que la construction de celui-ci devrait commencer d’ici mars prochain. Le recours à ce dispositif devrait éviter que l’eau souillée ne revienne vers la côte avant d’être diluée, a estimé Akira Ono, directeur de la filiale de Tepco chargée du démantèlement de la centrale, qui a en outre annoncé vouloir « expliquer en détail les mesures de sécurité » et celles prises « pour éviter les atteintes à la réputation » de la pêche et des autres activités de la région.

Dans un communiqué, Tepco s’est déclaré prêt à payer des compensations à ces atteintes engendrées par le rejet de l’eau. L’opérateur s’est aussi dit ouvert à des inspections de l’AIEA.

Les sangliers de Fukushima

Fukushima : des sangliers se sont reproduits avec des cochons abandonnés

En sondant le génome de plusieurs sangliers, des chercheurs ont découvert que des hybridations entre ces animaux et des cochons domestiques se sont produites.

 
Fukushima : des sangliers se sont reproduits avec des cochons abandonnés30.000 cochons ont été laissés sur place après la catastrophe de Fukushima.PIXABAY

 

Après le désastre qui a frappé Fukushima au Japon, sangliers et cochons domestiques ont été amenés à se côtoyer. Dans une étude publiée le 30 juin 2021 dans la revue Biological Sciences, des chercheurs de l’Université de Fukushima expliquent que ces animaux ont réussi à s’hybrider.

30.000 cochons abandonnés à Fukushima

C’était le 11 mars 2011 à Fukushima : un séisme, suivi d’un puissant tsunami, conduisait à un accident nucléaire majeur. Des matières radioactives ont alors été dispersées et l’environnement a été contaminé. En réponse, le gouvernement nippon a organisé une évacuation des habitations sur 1.150 km2 autour de la centrale nucléaire. Ce genre de désertion n’est pas sans conséquence sur la biodiversité. Ainsi, après la catastrophe de Tchernobyl, la faune sauvage y a été plus florissante que jamais. « L’abandon par l’Homme d’une si grande zone à Fukushima a peut-être fourni des conditions favorables à une augmentation rapide des espèces sauvages qui ont pu bénéficier de paysages officiellement anthropocentriques,expliquent les auteurs de la nouvelle étude. Parallèlement, les catastrophes naturelles et l’abandon forcé des communautés agricoles de Fukushima ont entraîné la libération de bétail domestiqué dans les mêmes paysages, et on sait que le bétail porcin en fuite peut s’adapter à la vie sauvage et se reproduire avec ses parents sauvages« . Les chercheurs se sont donc intéressés ici aux sangliers japonais (Sus scrofa leucomystax) présents dans la zone évacuée de Fukushima. Ces derniers ont bénéficié d’un coup d’une immense zone de vie sans être dérangés par la population locale. Mais comme précédemment indiqué, ils ont aussi dû faire face à l’invasion de 30.000 cochons domestiques (Sus scrofa domesticus), laissés sur place par les agriculteurs locaux.

Un héritage génétique qui se « dilue »

Des croisements ont eu lieu entre les deux sous-espèces. Les chercheurs ont voulu en évaluer les conséquences en effectuant des analyses ADN poussées. Les résultats obtenus ont donc confirmé les hybridations récentes entre cochons et sangliers japonais. « 31 individus, identifiés morphologiquement comme des sangliers, dans la préfecture de Fukushima, avaient une ascendance porcine« , souligne l’étude. Cependant, l’héritage porcin s’est dilué au cours des années. Les gènes apportés par les cochons vont donc se perdre de génération en génération notamment parce que des spécimens hybrides se sont ensuite reproduits avec des sangliers. En outre, « malgré une force invasive aussi soudaine et importante de la part des porcs« , les données obtenues par les chercheurs « suggèrent probablement que la plupart des porcs ne se sont pas adaptés dans la nature« .

Fukushima dix ans après

5 juillet 2021

Fukushima dix ans après

À l’occasion du 10ème anniversaire du début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, Cécile Asanuma-Brice, sociologue et chercheuse au CNRS, a édité un livre intitulé « Fukushima dix ans après. Sociologie d’un désastre » aux Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme. Cet ouvrage revient sur l’accident initial et sa gestion impossible, sur les réactions des citoyens, des associations et des chercheurs face aux décisions du gouvernement, sur la mise en place de la politique de relogement des personnes évacuées, sur les conséquences sanitaires, puis sur l’incitation au retour et les « vertiges » de la reconstruction. Cécile Asanuma-Brice dresse un panorama de la société japonaise face à la contamination radioactive et ses conséquences. C’est un bilan sans concession, avec un retour faible des populations dans les territoires contaminés en dépit des mesures incitatives et toujours des ONG actives qui œuvrent pour les réfugiés ou les habitants des zones qui restent contaminées. Ce livre est passionnant, il contient des informations inédites pour le lecteur francophone et restera une référence pour comprendre l’après-catastrophe. Et pour ceux qui n’auraient pas encore lu son livre, voici un petit entretien avec l’auteure en guise d’introduction.

Que faisiez-vous le 11 mars 2011 au moment où a débuté la catastrophe ? À l’époque, étiez-vous consciente du risque nucléaire ?

Le 11 mars 2011 je me trouvais dans le bureau de représentation du CNRS en Asie du Nord-Est où je travaillais, dans le quartier d’Ebisu à Tôkyô. J’ai donc ressenti le choc du tremblement de terre et de ses nombreuses répliques au même titre que toutes les personnes qui se trouvaient présentes au moment des faits. Je raconte ce moment dans l’introduction de mon livre, en repassant un à un les divers épisodes jusqu’à l’annonce qui nous est faite de la probable fonte des cœurs de un, puis deux,  puis trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi. Comme de nombreux autres japonais, nous avions pris la décision de nous réfugier alors plus au sud du Japon, jusqu’à ce que l’Ambassade de France demande à l’ensemble de ses ressortissants d’évacuer Tôkyô pour se réfugier plus au sud ou rentrer en France avec des avions affrétés pour l’occasion.

A l’époque, mon travail de recherche était centré sur la transformation des banlieues tokyoïtes par les organismes de logements publics et je ne m’intéressais donc pas à la question nucléaire. Sur le plan personnel, j’avais en tête plusieurs reportages sur les conséquences des essais nucléaires français à Mururoa, ou l’expérience d’un voyage en Australie en 1995, alors que le président français Jacques Chirac avait décidé la reprise des essais nucléaires français dans la région, générant l’ire des australiens. Cela dit, le nucléaire n’était pas, à proprement parler, un sujet sur lequel je concentrais mon travail de recherche.

 

Selon vous, l’ex Premier ministre Naoto Kan doit-il être considéré comme un héros tel que décrit dans le film « Fukushima, le couvercle du soleil » ou bien a-t-il simplement été un Premier ministre ordinaire ?

Je n’ai pas de jugements à porter sur des personnes qui ont été confrontées à la gestion de telles situations. Il a certainement fait ce qu’il a estimé être le mieux de son fait. La situation a montré des dysfonctionnements conséquents dans la structure organisationnelle en charge de la gestion du nucléaire au plus haut niveau, et il en a payé le prix fort assez rapidement.

Cela dit, il a également pris des décisions, conseillé qu’il était par des groupes d’experts nationaux et internationaux, que je ne partage pas. Parmi elles, l’évacuation à petits pas et bien trop tardive de certaines régions comme le village Iitate qui a conduit à de véritables drames humains. La décision de relever la norme acceptable pour la population à 20 msv/an, une recommandation de la CIPR, est un autre choix qui me semble fort discutable, en ce qu’il permet aujourd’hui la réouverture totale de la zone évacuée et ça n’est pas sans poser problèmes puisque cela s’accompagne, entre autres, de la levée des indemnités au refuge.

 

Est-ce que les institutions internationales (AIEA, CIPR, …) se sont adaptées aux décisions du gouvernement japonais ou bien c’est l’inverse ? (cf. p. 159 de votre livre)

Non, les institutions internationales n’ont pas à s’adapter aux décisions d’un gouvernement, leur rôle étant de produire des recommandations, ce qu’elles ont fait. C’est au gouvernement de suivre ou non ces recommandations. Ce fonctionnement n’est pas particulier à la situation japonaise.

 

D’après vous, quelles sont les raisons de l’élection du pronucléaire Shinzo Abe en 2012 alors que le Japon venait de subir une catastrophe nucléaire ?

Je reviens sur ce point dans mon ouvrage pour expliquer, chiffres à l’appui, comment c’est en fait l’abstention aux élections qui a mené Shinzo Abe au pouvoir puisqu’il a été élu à deux reprises avec le plus fort taux d’abstention aux élections depuis la seconde guerre mondiale. Le message était donc clair. Les japonais avaient perdu toute confiance dans une représentation politique et ils l’ont montré en ne se rendant pas aux urnes le jour venu.

 

Avez-vous le sentiment que les journalistes japonais sont muselés depuis la loi sur le secret d’état émise par le gouvernement Abe en 2014 ?

Certainement plus qu’avant. D’une part ils n’ont pas accès à l’ensemble des documents puisque qu’une partie est censurée. D’autre part, certains journalistes ont été limogés quand d’autres ont subi des harcèlements sur leur lieu de travail. La liberté de parole sur ces questions est toujours très vacillantes car les tensions sont très fortes et les intérêts industriels nationaux et internationaux en arrière fond pèsent beaucoup dans le débat. Aussi, les écarts ne sont pas permis.

 

© Cécile Asanuma-Brice

© Cécile Asanuma-Brice

 

Comment arrivez-vous à concilier une conscience antinucléaire et une objectivité scientifique ?

Je ne suis pas sûre que ce soit en ces termes que la question se pose. Je ne suis pas activiste, c’est à dire que je ne suis pas partie d’une opinion pré-fondée, un dogme qui me précèderait et que j’essaierai de défendre. Le processus scientifique est inverse, ce sont mes recherches sur le sujet qui m’amènent à me rendre à l’évidence. Il ne s’agit donc que de bon sens. J’ai commencé à rechercher sur cette thématique du nucléaire après Fukushima parce que je me suis rendue compte de dysfonctionnements très graves qui mettaient en danger la vie humaine et qui ne pouvaient être pris à la légère. J’ai donc décidé de réorienter l’ensemble de mes recherches sur le sujet et c’est en menant mon travail de sociologue/anthropologue/urbaniste que ma pensée s’est construite et continue de s’enrichir au cours des découvertes.

 

La société japonaise a-t-elle fondamentalement changé depuis 2011 ?

La conscience de la société japonaise vis à vis de sa représentation politique s’est considérablement dégradée et si l’on considère le taux d’abstention aux élections diverses, la perte de confiance n’a pas été rétablie depuis 2011. La gestion de la crise du coronavirus, l’insistance dans l’organisation des Jeux Olympiques jugée déraisonnable par la majorité de la population de tous bords, la forte opposition de la population contre les rejets dans l’océan des eaux contaminées stockées autour de la centrale ont été trois étapes importantes qui ont scellé l’incapacité de la classe politique à faire front pour instaurer la protection de ses administrés sans pour autant que ces sacrifices semblent pouvoir apporter quelque aisance économique supplémentaire que ce soit. Aussi, ces évènements ont engendré une défiance croissante de la population face à l’incompétence de ses politiques. Le 15 mai 2021, la cote de popularité du premier ministre Suda a ainsi chuté à 33% selon les enquêtes d’opinion.

Par ailleurs, il y a une opposition ferme et durable de la population contre la relance du nucléaire sur leur territoire. Cela se traduit très concrètement, non plus par des manifestations dans la rue comme ce fut le cas durant de longues années, mais par des recours en justice à chaque tentative de redémarrage d’un nouveau réacteur.

 

Comment voyez-vous l’avenir énergétique du Japon ?

De fait, le gouvernement japonais a du mal à redémarrer son parc nucléaire bien qu’il prévoit toujours de faire monter sa part de nucléaire à 22% de bouquet énergétique. Il est peu probable qu’il y parvienne. Certes quelques centrales à charbon ont été redémarrées et beaucoup de gaz en provenance de Russie a été acheté, mais le gros de l’effort, et c’est très visible ici, se trouve dans l’investissement sur le photovoltaïque. Moins sur l’éolien, bien qu’il fut le premier des énergies renouvelables à attirer l’attention, mais divers problèmes techniques l’ont rendu moins populaire que le photovoltaïque qui lui s’est véritablement envolé. On en voit absolument partout dès que l’on s’éloigne un peu de la ville. Et puis les grandes entreprises en charge de l’énergie (qui sont également celles qui détiennent le parc nucléaire, mais aussi tous les produits relatifs à la consommation énergétique (automobiles, domotique, etc.) : Mitsubishi, Toshiba, Hitachi, etc. ont développé des plans d’investissements massifs dans l’hydrogène. Aucune réflexion n’est sérieusement menée sur la diminution de la consommation énergétique. La balance de notre modèle économique étant basé sur la consommation, toutes les mesures écologiques établies correspondent en fait au développement d’une nouvelle consommation. Par ailleurs, ces gros industriels étant peu soucieux de l’environnement, les panneaux de photovoltaïques recouvrent majoritairement des surfaces végétales en campagne (anciens champs ou forêts) et non les toits terrasses des méga centres commerciaux en périphérie ou des immeubles commerciaux du cœur urbain.

 

[Propos recueillis par Pierre Fetet]

Photo d’entête : © Cécile Asanuma-Brice

 

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Le 11 mars 2011, au large des côtes de l’île japonaise de Honshu, un séisme de magnitude 9,1, doublé d’un tsunami, provoque plusieurs explosions et la fonte de trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi. Dix ans après, les conséquences sociales de la gestion de l’accident sont en cause. Les nombreuses victimes, dont la vie a été profondément bouleversée par la tragédie, peinent à retrouver une vie normale. Cécile Asanuma-Brice, chercheuse au CNRS et résidente permanente au Japon, revient sur le déroulé d’un désastre qui se prolonge jusqu’à nos jours. L’ouvrage mêle témoignages et analyse scientifique des politiques d’administration de la catastrophe : refuge, incitation au retour, actions citoyennes, décontamination, répercussions sanitaires, communication du risque et résilience. Autant d’enjeux cruciaux pour une reconstruction en débat.

Polémique à Fukushima !

Rejet d’eau radioactive : polémique à Fukushima !

 
 
 

L’eau rejetée a été traitée afin que le niveau d’éléments radioactifs soient situés en-dessous du seuil des normes de sécurité. Filtrée plusieurs fois, l’eau voit ainsi ses radionucléides disparaître. Or, le tritium est toujours là et ce dernier ne peut pas être supprimé avec les méthodes modernes.

Rejet dans l’océan : quelle eau est concernée ?

C’est environ 1,25 million de tonnes d’eau qui sont présentes actuellement à Fukushima. Cette quantité d’eau se situe dans environ un millier de citernes, situées à proximité de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Cette eau vient des précipitations, des nappes souterraines ainsi que des injections permettant aux cœurs des réacteurs nucléaires qui sont entrés en fusion de subir un refroidissement.

Le filtrage de l’eau qui va être libérée s’effectue grâce à différentes installations. La plus importante est celle qui permet de supprimer ce qu’on appelle les nucléides. Il s’agit de l’Advanced Liquid Processing System. Cette dernière permet de supprimer l’eau de la majorité de ses éléments radioactifs (les fameux radionucléides). Pour ce qui est du tritium, il reste en place. En effet, ce radionucléide ne peut pas être détruit avec les méthodes modernes. Le tritium n’est nocif pour l’organisme qu’à doses extrêmement conséquentes si on se fit aux dires des professionnels. Effectivement, sa désintégration atteint 50 % après douze ans (ce qui correspond à une à deux semaines dans l’organisme). Il produit alors de faibles rayonnements bêta.

L’opération devrait débuter dans deux ans et risque de prendre … plusieurs décennies ! Le gouvernement du pays a annoncé qu’il va prendre les mesures adéquates afin que la réputation de la zone ne soit pas touchée.

Quelle est la raison de ce choix dix ans après ?

Un choix rapide devait être fait par rapport à l’eau « tritée » puisque l’eau poursuit actuellement son accumulation. Si on se fit au groupe Tepco (il s’agit de l’opérateur de la centrale), les restrictions des possibilités de stockage à Fukushima pourraient être atteintes à partir de l’automne de l’année prochaine.

Début 2020, des spécialistes mandatés par le pouvoir avait recommandé une solution de dilution continue dans l’océan. Un autre choix portait sur une technique d’évaporation dans l’air. Les experts ont également rappelé que le rejet en mer d’eau tritiée n’est pas une méthode inédite car déjà utilisée au Japon et dans d’autres centrales dans le monde.

L’Agence internationale de l’énergie atomique a également affirmé que cette option était liée à des méthodes parfaitement définies à l’international. Ainsi, le choix du Japon a reçu beaucoup de soutiens, dont celui de l’AIEA, qui s’est même proposé pour donner un soutien technique à Fukushima.

Une décision critiquée à Fukushima

Le choix du rejet d’eau est pourtant loin de faire l’unanimité dans le monde. Ainsi, la célèbre association Greenpeace a vivement critiquée le gouvernement japonais en affirmant qu’il laissait de côté les personnes vivant à Fukushima. L’ONG parle d’une décision totalement injustifiée et d’une contamination volontaire de l’océan Pacifique. Parallèlement à ces déclarations, Greenpeace affirme que l’eau de Fukushima possède une multitude d’éléments radioactifs, cela étant notamment le cas du carbone 14. Le danger ? Ces éléments pourraient avoir un impact sur la chaîne alimentaire et dégrader l’ADN s’il y a des taux trop conséquents sur le long terme. Ainsi, les associations environnementales recommandent d’opter pour un stockage d’eau plus long afin que les techniques de filtration soient plus performantes pour une décontamination totale.

Enfin, il faut savoir qu’il y a un véritable consensus parmi les experts par rapport aux conséquences sur la santé (d’un rejet en mer de l’eau tritiée). Certains affirment qu’il est ridicule. Or, il n’y a pas de risque zéro risque et c’est pourquoi la méthode du rejet d’eau est autant critiquée et controversée.

TOKYO: ÉTAT D’URGENCE…

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Akihabara

TOKYO PLONGÉE DANS LE NOIR POUR SON ÉTAT D’URGENCE DU PRINTEMPS 2021

 

En raison d’une recrudescence d’infections dues au Covid-19 🦠, l’état d’urgence au Japon est une nouvelle fois entré en vigueur au printemps 🌸 2021 et dans les régions les plus touchées : à Tokyo, Kyoto, Osaka, Hyogo, Aichi, Fukuoka, Hokkaido, Okayama et Hiroshima (de fin avril / début mai au 20 juin).

Cela implique, entre autres, des sorties limitées, la mise en place du télétravail autant que possible et la fermeture à 20h des établissements de restauration et de divertissements (dont les pachinko et les karaoké), où l’on sert de l’alcool le soir. La gouverneure de Tokyo va plus loin et demande également aux enseignes d’éteindre leurs néons à l’heure du couvre-feu, pour inciter la population à rentrer chez elle.

 

Nous avons parcouru à la nuit tombée, donc en début de soirée au vu de l’horaire de coucher de soleil au Japon, les quartiers nocturnes habituellement les plus animés de la capitale afin de prendre le pouls de la mégapole durant cet état d’urgence (l’un des plus stricts depuis le début de la pandémie il y a plus d’un an).

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Shinjuku Omoide Yokocho

Shinjuku : le quartier central de Tokyo

Nous commençons par nous rendre à Nishi-Shinjuku, à l’ouest de la gare JR de Shinjuku. Tout juste après le quartier électronique se trouve celui des affaires, reconnaissable à ses innombrables tours de verre. Les larges avenues, bien éclairées autour de 19h, ne laissent déjà plus voir âme qui vive. Quelques rares salarymen empruntent le chemin du retour et il n’y a déjà presque plus de circulation. Le silence général des rues est seulement brisé par les mini-vans banalisés qui diffusent par leurs hauts-parleurs les spots sonores des mesures anti-Covid pour inciter à rentrer chez soi au plus vite.

En levant les yeux, on se rend compte que les immeubles de bureaux n’ont plus que quelques étages éclairés, voire qu’ils sont complètement éteints comme la Cocoon Tower et la tour Sompo. Le siège du gouvernement métropolitain de Tokyo (Tocho), l’un des symboles du quartier, ne semble également plus occupé, son bel observatoire gratuit et ouvert jusqu’à 23h en temps normal est fermé pendant l’état d’urgence. Les quelques business hôtels 🏨 ouverts montrent quant à eux un léger frémissement d’activité.

 

Nous rejoignons ensuite Kabukicho à l’est de la gare, en passant par Omoide Yokocho. Ce dédale de ruelles intemporelles, rempli de gargotes aux bonnes odeurs de grillades, se révèle bien calme. Entre l’absence de touristes depuis plus d’un an et avec le couvre-feu annoncé à 20h, les échoppes ont de toute façon presque toutes baissé leur rideau de fer.

On arrive enfin sur Kabukicho, le quartier incontournable pour sortir le soir à Shinjuku. Ici, on retrouve un peu de mondesans que cela ne soit la frénésie « sulfureuse » qu’on lui connaît. L’état d’urgence est plus ou moins bien respecté, que ce soit par les quelques établissements encore ouverts ou par les passants plutôt jeunes qui déambulent de manière décontractée sans trop se soucier de l’heure. Malgré tout, ce n’est pas aussi animé et éclairé que d’habitude, bien loin de là. Beaucoup d’enseignes ont en effet fermé plus tôt et éteint leurs devantures.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, carrefour de Shibuya 2

Shibuya : le rendez-vous de la jeunesse en soirée

On prend la ligne JR Yamanote pour un court trajet jusqu’à Shibuya, une autre adresse de Tokyo réputée pour sa vie nocturne. Les rames de train 🚅 peu bondées offrent facilement des places assises pour tous les passagers.

À la sortie « Hachiko«  de la gare de Shibuya, toujours en travaux d’agrandissements, on est tout de suite surpris par la faible luminosité du célèbre carrefour. Le Time Square de Tokyo se montre vraiment métamorphosé, sans ses écrans géants tous éteints et qui plongent le croisement de Shibuya dans une pénombre verticale inédite, éclairé seulement les lampadaires plantés au sol le long des trottoirs. Le changement se fait également ressentir par l’ouïe : finies la musique tonitruante et les annonces publicitaires qui tournent en continu. On reste réellement stupéfaits par l’absence du bruit et de la vie qui caractérisaient normalement l’un des plus grands carrefours au monde.

Le reste de la balade reste dans le même ton, l’artère Center Gai se montre quasi-déserte et sans brouhaha, loin de son agitation habituelle. On croise juste quelques enseignes encore ouvertes et des promeneurs téméraires. On pousse l’exploration en allant du côté de Chuo-gai, au sud de la gare de Shibuya et le constat est encore plus flagrant : une légère sensation de malaise nous envahit devant ce quartier devenu fantôme.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Ikebukuro est 4

Ikebukuro : le quartier tendance du nord de la capitale

On remonte en direction du nord pour Ikebukuro et sa gare, la troisième la plus empruntée du pays et bien plus calme que d’ordinaire. On emprunte la sortie est, la plus populaire, et déjà nous observons les gratte-ciels en face, habillés de néons et de grands panneaux publicitaires complètement éteints.

Nous nous dirigeons vers l’avenue Sunshine 60-dori et ses multiples enseignes de loisirs en tous genres. Non seulement il n’y a aucun passant, mais la totalité de ses magasins, de ses restaurants et les trois salles de jeux géantes (Adores, Round One, SEGA) sont fermés. La tour Sunshine 60 que l’on aperçoit entre deux bâtiments ne semble pas non plus très vivante avec la majorité des étages non allumés.

On continue sur Mikuni-koji, une petite ruelle rétro de l’époque Showa fréquentée pour ses izakaya ouverts très tard en soirée, mais là encore les établissements sont plongés dans le noir, sans aucun client à la ronde.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Asakusa Senso-ji

Asakusa : le quartier touristique par excellence

On continue notre circuit à l’est de la ville vers Asakusa, véritable lieu de pèlerinage pour les touristes du monde entier, à commencer par les Japonais eux-mêmes. Les abords faiblement fréquentés de l’entrée du Senso-ji laissent deviner la quiétude qui va régner tout au long de la visite du temple. En effet, la grande porte vermillon Kaminari-mon se trouve cette fois-ci bien seule et ce ne sont pas les magasins de l’avenue Nakamise-dori, fermés de jour comme de nuit depuis le 25 avril, qui vont troubler le calme ambiant.

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On arpente donc la rue commerçante très rapidement sans le slalom habituel au milieu de la foule, pour retrouver la deuxième porte imposante baptisée Hozo-mon et sa sublime pagode à 5 étages érigée à côté. Le pot jokoro, où l’on met des bâtons d’encens à brûler, est éteint et les portes du bâtiment principal Hondo sont closes, ainsi que les arcades de shoppingadjacentes au temple. De là, on lève les yeux pour observer la Tokyo SkyTree toujours illuminée, mais pas autant qu’en temps normal. La sensation procurée de profiter au calme du quartier traditionnel d’Asakusa n’est finalement pas désagréable, tant qu’elle ne s’inscrit pas dans la durée bien entendu.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Ueno Ameyoko 2

Ueno : le marché populaire d’Ameyoko

Au sein du quartier voisin d’Ueno, on rejoint le marché permanent d’Ameya Yokocho, une sortie nocturne réputée pour les prix intéressants de ses échoppes et l’ambiance conviviale de ses terrasses en extérieur. Les nombreux restaurateurs respectent globalement les mesures restrictives avec une fin de service à partir de 20h, où les derniers clients terminent leur repas.

La ruelle se vide rapidement de ses passants pour laisser la place aux camionnettes des commerçants qui remballent leurs marchandises. Il n’est pas 21h que les poubelles apparaissent déjà sur les trottoirs devant les rideaux de fer baissés.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Ikebukuro est 3

Akihabara : la mecque des otaku

Un peu plus au sud, toujours sur la Yamanote, on retrouve Akihabara, célèbre quartier orienté vers la pop-culture japonaise telle que les mangas, le cosplay, ses innombrables salles de jeux d’arcade et ses maid cafe. On prend la sortie « Electric Town« , habituellement la plus animée, mais qui ce soir se révèle bien moins bondée.

Les grands magasins sur les avenues, par exemple l’incontournable Akihabara Radio Kaikan, tout comme les boutiques lilliputiennes du centre commercial Radio Center, spécialisées dans la vente de matériel électronique, sont fermés. Le temple des otaku, Akiba Culture Zone, montre également portes closes.

Sur l’artère principale, un faible flot de voitures 🚙 et de piétons nous permet de marcher sans encombre. Les trottoirs sont surtout occupés par quelques rabatteuses en soubrette qui tentent en vain d’attirer le peu de passants dans leur maid café. On passe devant quelques salles de jeux qui sont malgré tout ouvertes mais les possibilités offertes pour rester dans le quartier ne sont pas bien grandes.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Marunouchi gare de Tokyo

Marunouchi : le quartier impérial de la gare de Tokyo

On change d’ambiance pour rejoindre le quartier plus chic de Marunouchi. Sur le parvis de la sublime gare de Tokyo, avec son édifice historique en briques rouges qui contraste élégamment avec les gratte-ciels modernes côté Yaesu, seul le compteur du nombre de jours restants avant le début des Jeux Olympiques 🏅 affiche un éclairage criard.

 

La façade de la gare, d’ordinaire rétro-éclairée, est cette fois-ci laissée dans le noir. L’éclairage urbain apporte un peu de lumière sur la place désertée par les voyageurs. On s’avance jusqu’à l’entrée de Naka-dori, mais rien ne change, toujours le même calme un peu pesant d’une avenue fantôme aux enseignes closes.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, carrefour de Ginza

Ginza : la vitrine des marques de luxe

On termine notre exploration nocturne avec le quartier de Ginza, dont les façades des grandes marques de luxe revêtent en général un habillage étincelant à la nuit tombée. Comme pour toutes les rues commerçantes de la capitale, les boutiques sont fermées, que ce soit les enseignes indépendantes ou bien les grands centres commerciaux, tels Ginza Six ou Mitsukoshi.

Le carrefour principal de Ginza, reconnaissable depuis près d’un siècle par le bâtiment en quart de cercle dans le style néoclassique du grand magasin Wako et plus récemment, par le magnifique bâtiment Ginza Place placé juste en face, manque de cachet avec les néons éteints. On est d’ailleurs plutôt aveuglés par les phares des taxis rangés en une longue file et qui attendent patiemment le retour de la clientèle.

 

Tokyo dans le noir sous état d'urgence, Shibuya

Un centre-ville déserté sous couvre-feu nocturne

Il n’est définitivement pas habituel de voir une capitale dynamique telle que Tokyo si endormie, loin de sa frénésie quotidienne de jour comme de nuit. L’objectif politique de Yuriko Koike, convaincre les locaux de rester chez eux plutôt que sortir le soir à plusieurs, semble être atteint dans le sens où la ville perd réellement de son intérêt lorsque les néons s’éteignent et que les enseignes cessent d’ouvrir.

Malgré tout, nous avons croisé des gens, globalement des jeunes adultes, qui refusent de se cloisonner 24h/24 chez eux et qui continuent de se rendre en soirée dans le centre-ville. Ils portent naturellement tous leur masque sanitaire 😷 et restent le plus possible en extérieur, surtout depuis l’arrivée du printemps. Les restaurateurs ouverts respectent plus ou moins l’heure du couvre-feu, tandis que d’autres ont, quant à eux, malheureusement et définitivement fermé leurs portes.

 

Cet état d’urgence ne doit pas durer dans le temps et l’on espère que la courbe des infections dues au Corona va finir par décroître durablement, même si le retard confondant de la vaccination japonaise n’incite pas à l’optimisme ces dernières semaines. Ce sentiment étrange et mitigé, où l’on apprécie la quiétude mais où l’on s’inquiète de l’absence de vie et d’allégresse autour de soi, pèse sur le moral. Nombreux sont ceux, parmi l’équipe de Kanpai comprise, qui attendent une relance de l’économie mais également un redémarrage du tourisme qui sera le signe que la situation s’améliore durablement.

Par Kanpai
 
Publié le 12 Mai 2021 – Dernière mise à jour le 28 Mai 2021Tokyo in the Dark During Spring 2021 State of Emergency

Le Japon joue sur les mots…

Commentaire : Le Japon joue sur les mots à propos des eaux contaminées de Fukushima

RCI 2021-05-29 19:48:19
 

L’ambassade du Japon en Chine a publié le 26 mai un article concernant le rejet dans l’océan de l’eau contaminée issue de la centrale à Fukushima, selon lequel il ne s’agit pas d’ « eaux usées radioactives », mais d’ « eaux traitées au moyen du système de filtrage ALPS ». Le Japon affirme que cette opération est conforme à la pratique internationale.

Face au tollé de la communauté internationale, le gouvernement japonais ne change pas d’avis et joue sur les mots. Cela nous rappelle l’histoire honteuse de ce pays pendant la Seconde Guerre mondiale.

A cette époque, le Japon a inventé pas mal de mots et expressions, dont le « mouvement rétrograde » pour ne pas dire la « défaite », l’ « approvisionnement local » pour dissimuler la barbarie des envahisseurs japonais lorsqu’ils pillaient des villages, faute d’approvisionnements. Ces jeux sur les mots et la dissimulation de la vérité font partie de l’ADN du gouvernement et de l’armée japonais depuis longtemps.

Et c’est la même chose sur le dossier du rejet des eaux contaminées de la centrale de Fukushima. Dans les médias japonais et les documents ouverts au public du gouvernement japonais, « les eaux usées nucléaires » est une expression couramment utilisée. Cependant, le Ministère japonais des Affaires étrangères change d’expressions, privilégiant l’expression « eaux traitées », lorsqu’il communique avec le monde extérieur. Son calcul consiste à faire passer les eaux lourdement contaminées issues de la centrale de Fukushima mais traitées selon certain système pour les eaux de refroidissement, qui peuvent être jetées dans l’océan comme ce que font les centrales de tous pays du monde.

Ce jeu sur les mots ne peut pas duper le monde. De nombreux experts ont souligné que les eaux usées de Fukushima avaient été contaminées par du combustible nucléaire, contenant une variété de radionucléides. Cela n’a rien à voir avec des eaux de refroidissement issues d’une centrale nucléaire qui fonctionne normalement sans accident.

La maison mère de la centrale de Fukushima, Tokyo Electric Power Company (TEPCO) avait affirmé qu’après le traitement, sauf le tritium, la majeure partie des nucléides pouvaient être éliminés. Cependant, la compagnie a annoncé en 2018 que les eaux traitées comprennent encore d’autres nucléides dépassant la norme. En février 2020, le rapport publié par le Japon montre que 73% des eaux traitées dépassent encore la norme et que la dilution ne change pas la présence du tritium dans les eaux contaminées.

Ce qui est ridicule, c’est que des politiciens japonais disent et redisent la sureté des eaux usées, débitant même des propos hilarants disant « cette eau est potable ». Mais si c’est le cas, pourquoi aucun d’entre eux n’en a bu une tasse devant le public? Pourquoi le Japon ne garde-il pas ces eaux sur son territoire? Il n’y a qu’une raison: cela coûte cher, il est pratique de les jeter dans la mer. Pourtant c’est un crime contre la mer, contre la Terre, contre l’humanité.

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