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"Rien n'est plus proche du Vrai … que le Faux"

Japon : «Le corps vieillit…

Japon : «Le corps vieillit, pas le regard»

Par Rafaële Brillaud, à Kyoto — 13 mai 2019 à 18:29

Au Japon, une personne sur trois a 65 ans ou plus. L’archipel grisonne mais innove par la même occasion. Contraint et forcé, il invente une nouvelle société. Et bouscule notre regard sur le troisième âge. Aujourd’hui, «l’instinct de vie» des personnes âgées dévoilée en photo par un livreur de bentos.

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Au début, ce fut le choc. Les odeurs qui agrippent le nez dès que la porte s’ouvre. Celles du renfermé, des ordures, de la pisse. Des souvenirs de vie qui s’effilochent en vrac sur le sol ou les étagères. Parfois même les sacs-poubelles qui s’amassent au rez-de-chaussée, l’habitant qui se réfugie à l’étage. Et, partout, l’immense solitude qui envahit les lieux. Atsushi Fukushima a pris peur. Etudiant en photographie de l’université des arts d’Osaka, il n’avait aucun projet en tête, il recherchait juste un petit boulot pour financer ses cours. Il avait opté pour la livraison de bentos (boîtes repas) aux personnes âgées. «A l’époque, il y a quinze ans, on commençait à parler du vieillissement de la société japonaise. J’avais envie de voir à quoi ça ressemblait»,dit-il sobrement. De toute évidence, il ne s’attendait pas à voir ça.

Ses photos, exposées dans le cadre de KG+, le off du festival Kyotographie à Kyoto, dévoilent des scènes de vie ou de survie que l’archipel ne montre pas. Une porte s’entrouvre. Un homme gît à terre, les cheveux étoilés de flocons de duvet. Une femme reçoit un baiser de son chat sur le front. Des bentos vides. Des pieds sur un lit. L’une fait un joli sourire édenté. L’autre tourne le dos. De vieux clichés noir et blanc. Des papiers classés, entassés. Des existences entières ratatinées dans des logements surannés et des corps flétris…

Atsushi Fukushima aurait bien tourné les talons. «Mais je devais rentrer chez les gens pour donner les bentos, rester un peu pour pouvoir écrire un court rapport sur leur situation.» Alors il a franchi les seuils un à un, jour après jour. Il a commencé à discuter. Ecouter. «Rien ne m’est jamais arrivé», lui a dit un vieil homme. «A quoi bon», lui a rétorqué un autre devant son repas. Pendant six mois, Atsushi Fukushima n’est pas allé plus loin. Puis son patron lui a suggéré de réagir en photographe, de témoigner. Il s’est donc fait livreur de bentos avec un appareil en bandoulière. Mais pendant six autres mois, il n’a pas pris une photo.

Quand il a commencé à appuyer sur le déclencheur, ses clients amusés ont pris la pose. Le livreur a aussi volé des clichés. «A quoi bon demander l’autorisation, le lendemain ils avaient tout oublié…» Avec ce travail mené patiemment sur dix ans, le photographe basé à Kanagawa vient de remporter le prix KG+. Ses clichés semblent s’appesantir sur une triste réalité. L’auteur de 38 ans affirme qu’il n’en est rien. «Le corps vieillit, pas le regard. Ces gens me regardaient avec des yeux vifs. Ils m’ont transmis tant de choses ! Je suis arrivé avec un préjugé, celui de prendre en photo des gens seuls, solitaires, abandonnés. Mais les êtres humains sont coriaces. Même à terre, couchées dans des journaux, ces personnes mangeaient leurs bentos, elles voulaient vivre ! Ces images sont positives. J’ai découvert avec elles la beauté de l’instinct de vie.»

Rafaële Brillaud à Kyoto

Japon : les défis de l’ère Reiwa

Le 4 mai 2019 à 10h43

Editorial. Expansionnisme chinois, désengagement américain, tensions nord-coréennes, réformes sociétales… autant d’enjeux majeurs auxquels doit faire face le gouvernement japonais mais aussi la nouvelle institution impériale.

Le nouvel empereur du Japon, Naruhito, et son épouse, Masako, lors de son premier discours public, le 4 mai, au palais impérial de Tokyo.

Le nouvel empereur du Japon, Naruhito, et son épouse, Masako, lors de son premier discours public, le 4 mai, au palais impérial de Tokyo. / Fumine Tsutabayashi / AP

Editorial du « Monde ». Vendredi 3 mai, pour les 72 ans de la Constitution pacifiste japonaise, le premier ministre, Shinzo Abe, a renouvelé son engagement de réviser la Loi fondamentale d’ici à 2020, afin d’affranchir le Japon des contraintes de l’article 9 par lequel il renonce à la guerre, à la menace ou à l’usage de la force comme moyens de règlement des conflits internationaux. Il souhaite aussi que son pays puisse participer à la défense d’un allié menacé.

Intervenant deux jours après le sacre d’un nouvel empereur, ce rappel des ambitions du camp conservateur au pouvoir de faire du Japon un pays « normal » interroge sur les surprises que réserve l’ère Reiwa, inaugurée le 1er mai. Les ères constituent, sauf accident, des temps longs, jalonnés d’événements ou de crises marquants, comme le furent pour l’ère Heisei l’éclatement de la bulle économique et la catastrophe de Fukushima, susceptibles de modifier plus ou moins brutalement le cap de cette nation insulaire de 125 millions d’habitants.

 Lire aussi : Au Japon, l’ère Heisei s’est achevée : récit de trente ans de désillusions

Dans l’ère qui s’ouvre, le Japon devra certainement compter avec le formidable expansionnisme chinois, le désengagement américain, et, qui sait, les missiles nord-coréens – autant de menaces qui favorisent les projets nationalistes de l’actuel gouvernement. Face aux « nouvelles routes de la soie » chinoises, ambition planétaire d’un genre nouveau, Tokyo s’active pour promouvoir une région Indo-Pacifique libre et ouverte, respectueuse de l’Etat de droit, de la liberté de navigation et de la transparence.

Popularité renforcée

Dans ce contexte changeant, le nouvel empereur, Naruhito, dépourvu de prérogatives politiques mais nimbé de l’aura du sacré, agit comme un contrepoids : tout indique qu’il restera fidèle aux postures pacifistes et humanistes de ses parents, aussi bien vis-à-vis des victimes du passé militariste du Japon que de celles des désastres naturels et industriels qui l’ont frappé. Akihito et son épouse ont incarné jusqu’à l’abnégation la modestie et le dévouement – dans une ère qui fut, à ses débuts, marquée par l’hubris d’un pays aveuglé par sa réussite économique.

En devenant le premier empereur depuis deux siècles à abdiquer, le nouvel « empereur émérite », selon la formule officielle, a encore renforcé sa popularité – et celle de l’institution impériale. Mais celle-ci est aussi un symbole de conservatisme : une unique femme était présente à la cérémonie d’intronisation de Naruhito – la seule du gouvernement Abe, ce qui en dit beaucoup sur l’état désastreux de la parité. En 2018, l’Archipel figurait à la 110e place mondiale (sur 149 pays) pour l’égalité hommes-femmes, selon le World Economic Forum.

Abdication d’Akihito : un empereur du Japon pas comme les autres 

Malgré Fukushima, le Japon n’a pas vu émerger de mouvement écologique digne de ce nom. La contestation ne s’y exprime qu’à la marge, en dépit des inégalités qui montent. Le pays est à la traîne sur le mariage pour tous, et très réticent à adapter sa politique d’asile aux défis du monde d’aujourd’hui – n’ayant accepté que 42 personnes l’an dernier sur 10 000 demandes, le double il est vrai de 2017. L’immigration y reste très limitée – et tributaire des besoins des entreprises. Enfin, les modalités d’application de la peine de mort, ou encore les rigueurs de son système judiciaire, dont l’ex-patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a pu faire les frais, continuent d’être dénoncés par les ONG de défense des droits de l’homme.

Certes, la classe politique japonaise a été épargnée par le populisme et les extrémismes. Mais ce conservatisme persistant est un corset qui empêche le pays de se réinventer.

Les mensonges du pouvoir

1er Mai à la Pitié-Salpêtrière: les mensonges du pouvoir

2 MAI 2019 PAR DAN ISRAEL

Pendant une soirée et une matinée, plusieurs membres du gouvernement et la direction de l’AP-HP ont assuré que l’hôpital parisien avait été « attaqué » par des manifestants violents. Il n’en a rien été : quelques dizaines de personnes se sont réfugiées au pied des immeubles de l’établissement pour échapper aux lacrymogènes et aux charges policières, avec l’autorisation de sa directrice. Aucun manifestant n’a été menaçant, aucun n’a dégradé les locaux. En revanche, certains ont été frappés par des policiers.

Que s’est-il passé dans l’enceinte de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, ce mercredi 1er mai ? En fait, rien. Ou fort peu : quelques manifestants sont entrés dans l’enceinte de l’établissement après avoir cassé le cadenas qui maintenait fermé un portail grillagé. Après presque 24 heures d’une agitation alimentée par le gouvernement et les dirigeants des hôpitaux publics franciliens (AP-HP), les accusations visant des manifestants qui auraient « attaqué » l’hôpital en marge de la manifestation se sont écroulées dans l’après-midi de jeudi.

Les nombreux témoignages recueillis par Mediapart et plusieurs autres médias, ainsi que des vidéos, puis une réponse officielle de l’AP-HP, ont permis de dégonfler totalement les faits allégués. Faits qui ont pourtant valu à 32 personnes d’être interpellées pour« intrusion et dégradation à l’intérieur de l’hôpital », selon la préfecture de police, et d’être placées en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences », selon le parquet de Paris. Aucun manifestant n’a été finalement poursuivi.

Et pour cause : les quelques dizaines de personnes présentes dans l’enceinte de l’hôpital ne sont entrées dans aucun bâtiment, elles n’ont rien dégradé ou volé. Elles essayaient d’abord de se soustraire aux très intenses nuages de gaz lacrymogènes qui noyaient la manifestation, quelques mètres plus loin, ou à une charge policière. Elles ont ensuite tenté d’échapper aux policiers, dont une bonne partie se déplaçant à moto, qui les avaient pris en tenaille au pied des bâtiments de l’hôpital. C’est là que certains manifestants ont, vers 16 h 30, tenté d’entrer dans ce qui s’est avéré être le service de réanimation chirurgicale. Mais devant les protestations des soignants, ils ont vite renoncé, sans manifester d’agressivité. Certains d’entre eux ont ensuite été frappés par des policiers.

Mediapart s’est entretenu avec Gaël, un informaticien de 30 ans, interpellé durant cet épisode et libéré 23 heures plus tard, après une nuit en cellule au palais de justice de l’île de la Cité, sans qu’aucune charge ait été retenue contre lui. « Lorsque j’ai fait ma déposition, à 4 heures du matin, les policiers étaient blasés et m’ont dit qu’il n’avaient rien contre moi ou les autres personnes placées en garde à vue, raconte-t-il. J’ai passé pratiquement une journée en garde à vue pour rien. Quand je vois la façon dont cela a été utilisé par des responsables politiques ou des médias, je trouve cela très choquant. »

La très étrange séquence qui vient de s’achever a démarré mercredi en fin d’après-midi, peu après la fin de la manifestation. France Inter relaie pour la première fois le témoignage d’un interne de la Pitié, qui relate la tentative d’intrusion dans le service de réanimation où il était présent. Très rapidement, Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP, manifeste sur Twitter son « plein soutien aux équipes de la Pitié-Salpêtrière qui ont fait face à une bande de manifestants/casseurs dans une tentative d’intrusion violente ». Il annonce qu’une plainte sera déposée.

Dans la nuit, il affirme ensuite sur BFMTV que des images de vidéosurveillance « absolument édifiantes » existent et qu’elles seront transmises aux enquêteurs. Puis, dans un mail envoyé à 23 h 28 à tous les agents de l’APH-HP, il dénonce « des “manifestants” qui […] ont tenté une intrusion par la force dans le service de réanimation chirurgicale », et salue les équipes soignantes et leur « sang-froid qui force le respect ». « On n’ose imaginer ce qui aurait pu se passer sans leur remarquable courage », assure-t-il.

Le lendemain matin sur France Info, il persiste : « Il aurait pu se produire un drame dont je n’ose même pas imaginer les conséquences », s’est-il ému, dénonçant des « débordements gravissimes » et « inédits », et estimant que l’établissement est passé « au bord de la catastrophe ». Dans la matinée et au même micro, Marie-Anne Ruder, directrice de la Pitié-Salpêtrière, déclarait qu’il « est extrêmement choquant qu’un hôpital public [puisse] être une cible pour des casseurs ».

Tweet de Christophe Castaner, le 1er Mai.
Tweet de Christophe Castaner, le 1er Mai.

Ces dénonciations ont tout aussi rapidement trouvé un écho au gouvernement. Dès mercredi à 21 heures, après une visite sur place, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner tweete qu’à la Pitié, « on a attaqué un hôpital » et qu’« on a agressé son personnel soignant ». Il assure même que « nos forces de l’ordre sont intervenues pour sauver le service de réanimation ». Dans la foulée, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher dénonce le fait qu’« une cinquantaine de manifestants s’introduisent avec violence dans un service de réanimation ». François de Rugy, son collègue au ministère de la transition écologique déplore lui aussi une « tentative d’intrusion violente dans un hôpital », qui « n’a plus rien à voir avec le fait de manifester ».

Le lendemain matin, c’est la ministre de la santé Agnès Buzyn qui s’émeut sur Europe 1d’une intrusion « inqualifiable ». Elle salue « le personnel hospitalier [qui] a été très courageux et a eu le bon réflexe de protéger avant tout les patients ». Pour clore la séquence d’indignation gouvernementale, le premier ministre Édouard Philippe martèle que « vouloir s’introduire dans un hôpital de cette façon n’est pas excusable ». D’autres responsables politiques s’indignent également, comme le député européen LR Philippe Juvin, médecin lui-même, qui s’époumone contre des « casseurs qui envahissaient le service de réanimation ».

Quelques heures plus tard, une vidéo fera apparaître toutes ces déclarations dramatisées à souhait pour ce qu’elles sont : de la communication, très loin de la réalité des événements. En début d’après-midi jeudi, Nejeh Ben Farhat, l’un des membres du service hospitalier, publie sur sa page Facebook six minutes de vidéo retraçant toute la scène, vue de l’intérieur, derrière la fameuse porte que les manifestants ont voulu franchir. L’homme est un gilet jaune revendiqué, et est déjà apparu comme tel sur le plateau de RT, la chaîne financée par le gouvernement russe.

Voici un extrait de sa vidéo :

Vidéo Salpetrière – Nejeh Ben Farhat © Mediapart

Dans la séquence, on voit clairement les manifestants courir pour échapper aux policiers qui arrivent, grimper le petit escalier menant à la plateforme donnant sur la porte du service, qui ne ferme manifestement pas. Les soignants s’accrochent à la porte afin que les manifestants ne puissent pas l’ouvrir, et leur crient de ne pas entrer. Les manifestants n’insistent pas, puis les soignants ouvrent eux-mêmes le passage, pour aller discuter avec eux, au moment où un policier arrive sur la scène. Un homme âgé tente alors de se faufiler, et est repoussé. Fin de la séquence.

Dans la matinée, déjà, deux soignants avaient assuré qu’ils ne s’étaient en fait jamais sentis menacés, face à un groupe de journalistes très pressés de leur faire dire qu’ils avaient mal vécu la scène. Gwenaëlle Bellocq a expliqué qu’ils ne s’étaient « pas sentis plus agressés que ça » et « pas sentis en danger plus que ça ». Et l’un de ses collègues a rappelé que l’épisode n’avait pas duré plus de « deux ou trois minutes », sans « débordement », et qu’il n’y avait « pas de réel traumatisme » pour l’équipe.

Ce membre de l’équipe a aussi signalé que rien n’avait été volé dans l’hôpital, contrairement à une rumeur lancée le matin même sur BFMTV par l’un des médecins présents dans le service. « Dans d’autres services de l’hôpital, il y a eu d’autres exactions, avait indiqué le médecin. Dans le même bâtiment, on a eu à déplorer deux heures plus tard la perte de l’ensemble du matériel vandalisé au service informatique du service de chirurgie digestive. » Sur Europe 1, Agnès Buzyn avait ensuite dit : « On me rapporte un certain nombre d’exactions notamment sur du matériel informatique qui aurait été volé. » Rien de tel en fait, comme l’a reconnu le service de communication de l’AP-HP auprès de Mediapart.

Des manifestants plaqués à terre, ou frappés par les policiers

Deux épisodes distincts ont bien eu lieu : dans la nuit de mardi à mercredi, à la suite d’une effraction à l’institut de cardiologie, l’hôpital a relevé « des dégradations importantes sur les murs et sur les mobiliers ». Par ailleurs, « dans le courant de l’après-midi [de jeudi], un vidéoprojecteur se situant dans la salle de staff du service de chirurgie digestive a été arraché de son socle et dérobé ». Mais, indique l’AP-HP, « à ce stade aucun lien ne peut être fait entre ces deux constatations et l’intrusion des manifestants ». Une infirmière de l’hôpital complète auprès de Mediapart : « Le vidéoprojecteur était dans une salle fermée à clé, et c’est la troisième fois qu’on le dérobe cette année. » Pour cette infirmière, « écouter le récit qui a été fait à distance de ces événements était très étonnant : pour mes collègues et moi, il était clair dès le départ que les choses ne s’étaient pas du tout passées comme ça ! ».

Les événements du 1er mai à la Pitié-Salpêtrière démarrent en fait vers 16 heures sur le boulevard de l’Hôpital, qui longe une partie de l’hôpitla. Comme nous l’avons racontédans notre compte-rendu de manifestation, l’ambiance est très tendue entre les policiers et certains manifestants. Un nuage de lacrymogène couvre le défilé et plusieurs charges policières s’enchaînent. Certains manifestants secouent alors fortement le portail de l’établissement, qui est une entrée annexe desservant le restaurant universitaire, et qui n’est pas signalée comme une entrée vers l’hôpital. Le cadenas cède, les grilles s’ouvrent, et plusieurs dizaines de personnes s’engouffrent sur la longue voie goudronnée qui relie plusieurs immeubles de l’établissement. 

Le syndicaliste toulousain Stéphane Borras a raconté l’épisode dès jeudi matin sur son blog hébergé par Mediapart, et notre journaliste François Bonnet, présent sur place, confirme ce déroulé. Wladimir Garcin-Berson, journaliste au Figaroa fait un récit identique sur Twitter. « C’était le chaos, il s’agissait clairement pour tout le monde de s’abriter des gaz et d’éviter les charges de policiers. Personne n’avait en tête d’aller casser dans l’hôpital, et certains d’entre nous n’étaient même pas sûrs d’être à l’intérieur de la Pitié », explique à Mediapart Julien, un des manifestants qui a pénétré dans l’enceinte de la Pitié. Pour sa part, Louis souligne que, comme lui, « pas mal de personnes présentes, de tous les âges, n’avaient jamais manifesté dans ces conditions » et que beaucoup « ont paniqué, tout simplement, et voulaient fuir »« Nous fuyions les lacrymos, sans réellement voir ou comprendre où nous allions. Ces moments étaient chaotiques, la confusion la plus totale régnait », confirme un troisième parisien qui a confié son témoignage à Mediapart.

Des soignants sont présents au pied des bâtiments, et distribuent du sérum physiologique pour apaiser les yeux gênés par les gaz lacrymogènes. « Plusieurs de mes collègues sont même allés chercher des gens à terre sur le boulevardtrès lourdement touchés par les lacrymos, raconte l’infirmière déjà citée. Ils ont dû les amener aux urgences, dont une issue est toute proche. » Environ une trentaine de manifestants et plusieurs policiers ont été admis à ce moment-là.

Julien, entré lorsque les grilles étaient déjà ouvertes, pointe un fait passé inaperçu jusqu’alors : « La directrice de l’hôpital Marie-Anne Ruder est venue à notre rencontre et nous a autorisés à rester dans l’enceinte de son établissement, assure-t-il, formel. Elle a indiqué qu’elle laisserait les grilles ouvertes le temps que les choses se calment sur le boulevard. Moi et deux autres gilets jaunes l’avons remerciée. Nous sommes restés sur place environ une demi-heure. » La version de la directrice est différente. À France Info, elle a expliqué avoir « essayé de discuter avec eux, pour leur faire part du fait que c’était un hôpital et qu’on ne pouvait pas y rentrer de cette façon-là », et avoir jugé que « la discussion n’était pas possible, avec une certaine agressivité et violence verbale de la part de certaines des personnes qui étaient là ».

Des policiers à moto dans l'enceinte de la Pitié-Salpêtrière.

Des policiers à moto dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière.

La tentative d’entrer à l’intérieur du bâtiment de l’hôpital intervient peu avant 16 h 30, lorsque de nombreux policiers font irruption dans l’enceinte, pour évacuer les manifestants. Certains sont à pied, d’autres directement en moto, et leur comportement est agressif, comme le montrent plusieurs vidéos. Celle-cimontre deux policiers coiffés d’un casque de moto frapper une personne à terre. D’autres, relayées par le journaliste David Dufresne, donnent à voir l’ambiance extrêmement lourde qui régnait alors.

« Dans notre dos, nous étions chargés par les policiers à pied, et nous avons essayé de traverser le terrain de l’hôpital pour sortir dans une rue parallèle, mais des motards nous ont alors foncé dessus », explique à Mediapart Mehdi. Il raconte à nouveau la « panique »qui saisit les manifestants, qui s’égayent partout et essayent de se cacher. Lui suit le mouvement et se retrouve au pied de l’escalier donnant sur la fameuse porte. Voyant que l’issue est fermée, il se résigne à faire face aux policiers. Et il raconte avoir été alors insulté et frappé à de très nombreuses reprises. Selon son récit, un policier, après lui avoir donné trois coups de matraque, l’a envoyé vers ses collègues pour qu’ils le frappent, en leur disant : « Punissez-le. » Un « On va te crever » lui aurait été adressé au milieu des coups, parmi d’autres insultes. Il indique avoir de nombreuses contusions sur le corps, qu’il a prises en photo. (L’intégralité de son récit glaçant, rédigé dans la foulée de l’incident, est disponible sous notre onglet « Prolonger ».)

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Gaël, le jeune homme mis en garde à vue, était aux côtés de son ami Mehdi. Lui aussi a fait face aux policiers, mais n’a pas été frappé. « C’est un policier à pied qui m’a pris en charge au pied de l’escalier. Il m’a dit qu’il allait m’évacuer et me ramener sur le boulevard, très calmement, décrit-il. Mais un groupe de policiers à moto a surgi, en criant et en disant à tout le monde de se mettre à terre, en plaquant certaines personnes au sol. Celui qui m’accompagnait n’avait pas trop l’air d’accord, mais j’ai finalement été interpellé et conduit en bus en cellule. J’ai appris en discutant avec les policiers avant mon audition que j’étais accusé de “détérioration en bande organisée”, mais je suis finalement sorti sans aucune poursuite. »

Interrogée jeudi dans l’après-midi sur ce sujet au Sénat, Agnès Buzyn a donné la nouvelle ligne officielle du gouvernement, tout en prudence : « L’enquête clarifiera les responsabilités, la volonté d’agression ou pas. Je n’irai pas plus loin puisque l’enquête est en cours. » Difficile en tout cas de ne pas trouver dans cet épisode un fort écho de ce qu’il s’était passé en juin 2016 autour de l’hôpital Necker, en plein mouvement de contestation contre la loi sur le travail. Il y a trois ans, une série de vitres de l’hôpital avaient été brisées lors d’une manifestation. Le premier ministre Manuel Valls avait décrit un hôpital « dévasté », alors que la plupart des dégâts avaient été causés par des projectiles lancés par des manifestants en direction des policiers, postés juste devant l’hôpital. 

Hormis un homme ayant cassé des vitres avec un marteau, et un autre en attaquant une à coups de pied, aucune volonté délibérée de casse n’avait été relevée. Ce qui n’a en rien empêché Martin Hirsch, dans son mail du 1er mai 2019 à ses équipes, de considérer que la tentative d’intrusion dans les locaux de la Pitié, finalement bien anodine, correspond, « après le caillassage de l’hôpital Necker », à « la deuxième fois qu’une agression violente prend pour cible un hôpital ». En revanche, ni le directeur de l’AP-HP, ni les membres du gouvernement ne semblent s’émouvoir que des forces de l’ordre puissent charger des manifestants jusque dans un hôpital.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.


Fukushima: …épreuves des JO 2020

Lors des JO 2020 de Tokyo, des épreuves pourraient avoir lieu à Fukushima

S.TA. Publié le jeudi 02 mai 2019 à 09h18 – Mis à jour le jeudi 02 mai 2019 à 09h26

C’est avec surprise que le professeur Bruno Bernard, expert en commerce international et docteur honoris causa de la Caucasus University (Géorgie) a découvert que le Japon comptait organiser certaines épreuves des prochains JO à Fukushima.

Pour rappel, la zone a été victime d’un accident nucléaire consécutif à un tsunami en 2011. C’est par le biais d’une interview de la télévision coréenne sur la pêche que Bruno Bernard a entendu parlé de cette histoire. « Nous devions parler de la pèche en mer de Fukushima et des 1 200 000 000 m3 d´eaux radioactives rejetées lentement dans l´océan et son impact sur les poissons destinés à la Corée ou ailleurs? L´OMC a donné raison en seconde instance à la Corée qui refuse les produits de la mer venant du Japon. », explique le professeur Bernard.

C’est à la fin de l’interview que la question est arrivée. « Ils m’ont expliqué qu’afin de montrer à son peuple et au monde que la région Fukushima est sûr le Premier ministre du Japon, Abe souhaitait que lors des Jeux Olympiques qui se dérouleront à Tokyo en 2020, certains matchs du sport comme le baseball et le softball aient lieu à Fukushima. Avec on le suppose au menu des cantines olympiques du poisson frais? », explique encore Bruno Bernard. La télévision coréenne voulait savoir ce que l’on pense en Europe de cette idée alors que « le problème de l’exposition aux rayonnements n’a pas encore été complètement résolu » ajoute le professeur. 

Curieux d’en savoir plus, Bruno Bernard a contacté plusieurs fédérations sportives en Belgique « Ces instances ont découvert via ma question que certaines épreuves se dérouleraient sur place et sont tombés des nues. », conclut-il.

S.Ta.

Fukushima: retour forcé

A Fukushima, le drame du retour forcé

MIS EN AVANT

A Fukushima, la vie doit impérativement reprendre ses droits. Ainsi, en a décidé le gouvernement Nippon. C’est pour cela, qu’il a déjà obligé 23 % de la population réfugiée après la catastrophe du 11 mars 2011, à rentrer dans les communes de l’ancienne zone d’évacuation. Pour parfaire l’image et la communication, de nombreux événements sportifs se dérouleront dans cette zone.

En effet, en septembre 2019, l’un des matchs de la Coupe du monde de rugby, se tiendra au nord de Fukushima. En 2020, Fukushima accueillera le relais d’ouverture des Jeux olympiques qui se dérouleront au Japon.

La vie peut et doit reprendre ses droits, c’est le message que les autorités internationales de gestion du nucléaire japonais veulent faire passer pour plusieurs raisons.

La première raison est hélas classique. La prise en charge de l’évacuation des habitants cela coûte très cher, trop cher pour les organismes qui s’en occupent. C’est la raison pour laquelle le seuil de radioactivité jugé “raisonnable” pour le citoyen moyen, est passé de 1 à 20 msv/an depuis la catastrophe. Cette réouverture d’une partie de la zone d’évacuation reste un sujet extrêmement polémiques. Cependant, il ne faut pas oublier qu’en toile de fond, le gouvernement continu dans la trajectoire des directives annoncées qui accompagnent sa politique de relance d’une partie du parc nucléaire soit 9 des 54 réacteurs actifs avant l’accident.

Face à cela, le relogement des habitants pèse de moins en moins lourd. Cela se traduit en premier lieu, par la fermeture des cités de logements provisoires dans l’ensemble des trois départements touchés par la catastrophe. Dans le même temps, il est procédé au relogement d’une partie des habitants dans des cités de logements collectifs.

A cela, il faut ajouter des mesures “incitatives”, comme la coupure des aides financières aux réfugiés. L’évacuation contrainte et mal accompagnée se traduit par des situations souvent dramatiques. Les associations chargées du suivi sanitaire des habitants sont de moins en moins nombreuses. Elles ne peuvent que constater, la fermeture des cités de logements provisoires et le retour des évacués de l’accident nucléaire dans des territoires encore pollués.

Cependant, malgré cela, la réticence est grande. Ainsi, dans la ville de Namie, la dernière à avoir été rouverte, et l’une des plus controversées en raison du taux de contamination encore extrêmement élevé, seule 6,1 % de la population initiale est rentrée. En moyenne, sur l’ensemble des territoires rouverts à l’habitat, seulement 23 % de la population est rentrée.

Ils ne sont pas nombreux, à avoir pu investir dans la construction d’un nouveau logement ailleurs. La grande majorité de la population, est relogée dans des logements collectifs publics construits à cet effet. Or, les habitants de cette région étaient pour la plupart d’entre eux, issus de la campagne et vivaient dans des fermes avant la catastrophe, d’où des difficultés d’adaptations importantes, y compris économique. Par exemple, ils doivent maintenant assurer l’achat d’une alimentation qu’ils produisaient avant.

Les personnes, souvent âgées, qui ne peuvent pas rentrer, ont dû accepter d’être relogées en logement collectif. Une situation, qui vire parfois au cauchemar, car même s’ils ne veulent pas, ils sont contraints de payer le loyer de ce nouveau logement et les charges qui leur incombent.

Parmi les 2 267 décès classés comme induits par le désastre nucléaire, 200 personnes seraient décédées du fait de la mauvaise gestion du refuge.

Crédit photo : ofrtp japon fukushima

Hakihito: La cérémonie d’abdication

La cérémonie d’abdication de l’empereur du Japon aura lieu ce mardi

Ce mardi en fin de journée, l’empereur du Japon Akihito abdiquera, mettant un terme à l’ère Heisei, longue de trois décennies. Son fils, le prince héritier Naruhito, montera ensuite sur le trône.

Mardi matin, l’empereur s’est rendu dans les sanctuaires du Palais impérial pour rendre hommage à la déesse du soleil, aux âmes de ses ancêtres et à diverses déités.

L’empereur a lu un texte composé en japonais ancien pour leur annoncer la cérémonie d’abdication à venir.

Celle-ci aura lieu au Palais impérial en début de soirée. Le premier ministre transmettra à l’empereur les vœux du public. L’empereur prononcera ensuite ses dernières paroles à l’attention de la population dans l’exercice de ses fonctions. Ce sera la première fois en plus de 200 ans qu’un empereur abdique.

Dans un discours inhabituel il y a trois ans, l’empereur Akihito avait exprimé la crainte que son âge avancé ne rende difficile pour lui la poursuite de ses activités officielles. Ces paroles avaient été perçues comme le désir de se retirer.

Mais aucun cadre légal n’était en place pour qu’il puisse le faire et la Constitution interdit à l’empereur d’avoir une quelconque influence politique.

Pourtant, de nombreux Japonais ont exprimé leur sympathie et le Parlement a promulgué une loi pour lui permettre d’abdiquer.

L’empereur Akihito est monté sur le trône à l’âge de 55 ans, après le décès de son père. C’est le premier empereur intronisé sous la Constitution de l’après-guerre qui définit son rôle comme « symbole de l’État ».

Hakihito: Le dernier discours

L’empereur du Japon remercie le peuple pour son soutien

L’empereur Akihito s’apprête à abdiquer, tournant la page de 30 années passées sous l’ère Heisei. Une cérémonie organisée pour marquer l’occasion a eu lieu au Palais impérial.

Le premier ministre nippon Shinzo Abe s’est exprimé au nom de tout le peuple japonais.

M. Abe a déclaré : « En ce jour d’abdication de votre majesté, nous nous souvenons des années durant lesquelles votre altesse s’est toujours tenue aux côtés du peuple pour partager ses joies et ses souffrances. Nous renouvelons l’expression de notre plus profond respect et de notre gratitude à l’égard de votre majesté. »

Le premier ministre a ajouté : « Nous garderons à l’esprit les actions de votre majesté et continuerons à faire notre possible pour que le Japon reste un pays en paix, plein d’espoir et dont nous pouvons être fiers. Nous souhaitons longévité et bonne santé à l’empereur et l’impératrice. »

L’empereur Akihito a ensuite prononcé son dernier discours en tant que tel.

Il a déclaré : « Aujourd’hui, je remplis mes obligations d’empereur pour la dernière fois. Je voudrais exprimer ma plus profonde gratitude pour les mots prononcés au nom du peuple japonais par le premier ministre Shinzo Abe. »

« Depuis ma montée sur le trône il y a 30 ans, j’ai rempli mes obligations en tant qu’empereur avec un sens profond de confiance et de respect pour le peuple et je me considère chanceux d’avoir pu le faire. Je remercie sincèrement les personnes qui m’ont soutenu dans mon rôle de symbole de l’État » a-t-il poursuivi.

L’empereur a ajouté : « Nous souhaitons sincèrement, l’impératrice et moi-même, que la nouvelle ère Reiwa, qui commencera demain, soit une ère de stabilité et de prospérité, et je prie de tout mon cœur pour la paix et le bonheur de tous les Japonais et des gens du monde entier. »

C’est la première fois en plus de 200 ans qu’un empereur abdique. Alors que la cérémonie se terminait, l’empereur s’est tourné vers le public et s’est incliné.

Il y a trois ans, l’empereur Akihito avait exprimé la crainte que son âge avancé ne rende difficile pour lui la poursuite de ses activités officielles. La Diète avait alors voté une loi spécialement pour l’autoriser à se retirer.

Il est le premier empereur intronisé sous la Constitution de l’après-guerre qui définit son rôle comme « symbole de l’État ».

Son fils, le prince héritier Naruhito montera sur le trône mercredi. Il deviendra le 126ème empereur du Japon.

Japon : le Takizakura …/

Japon : le Takizakura, cerisier géant de plus de 1000 ans, est en fleurs

Au Japon, dans la préfécture de Fukushima, se trouve un arbre millénaire devenu un symbole de résilience pour la région. Voici le Miharu Takizakura.Par Harold Paris – Publié le 24 avril 2019 à 10:30 – Mis à jour le 24 avril 2019 à 18:34

Il est régulièrement considéré comme l’arbre préféré au Japon. Le Miharu Takizakura (cascade de cerises de Miharu en Japonais) est actuellement en fleurs dans la région de Miharu, préfecture de Fukushima, au nord du pays… et les photographes enthousiastes nous livrent des images de toute beauté.

Photo : Shutterstock

Cet arbre magnifique de la famille des cerisiers pleureurs serait âgé de plus de mille ans. Sa période de floraison se situe sur la deuxième partie du mois d’avril.

Classé trésor national depuis 1922, il culmine à 12 mètres de haut avec un tour de tronc de 9,5 mètres. Une fois en fleurs, le Miharu Takizakura déploie son envergure de 22 mètres et offre un spectacle magnifique à ceux qui savent l’apprécier.- Publicité –

Des touristes se regroupent pour admirer le Miharu Takizakura. – Photo : Shutterstock

Un cerisier géant hors norme qui a notamment survécu au séisme qui a frappé la région en 2011 et était à l’origine de la catastrophe qui a mené à l’accident nucléaire de Fukushima. La résilience et la robustesse du Miharu Takizakura en a fait un symbole de renaissance perpétuelle de la région, comme le précise Mr Japanization.

Aujourd’hui, ce trésor naturel et local est visité chaque année par plus de 300 000 touristes, ce qui en fait l’une des sources principales de revenus pour la ville autrement plutôt orientée vers l’agriculture. Des ressources qui servent ensuite à protéger ce monument naturel témoin des siècles qui passent, ainsi que le parc où celui-ci se situe.

Photo : Shutterstock

L’écoulement du temps, les pires catastrophes, la main de l’homme… rien ne semble pouvoir gêner ce colosse en fleurs. Pourtant, son ennemi existe bel et bien : la météo. En janvier 2005, d’importantes chutes de neige ont amené plusieurs branches de cet arbre millénaire à se briser sous le poids. Les habitants de la région se sont alors attelés à retirer la neige mais aussi à concevoir des supports en bois pour aider l’arbre à supporter la charge qui pouvait s’accumuler sur ses branches.

Photo : Shutterstock
Photo : Shutterstock
Photo : Shutterstock

Magnifique, n’est-ce pas ?

Le Miharu Takizakura est illuminé. – Photo : Shutterstock
Photo : Shutterstock

Fukushima : Une opération risquée

Fukushima : le Japon commence à extraire le combustible nucléaire d’un réacteur endommagé

Fukushima : le Japon commence à extraire le combustible nucléaire d’un réacteur endommagé

SCIENCES 0 21 h 49 min 19 avril 2019

L’exploitant de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima a commencé à retirer le combustible nucléaire de l’un des réacteurs qui ont fondu après le séisme et le tsunami dévastateurs de 2011.

Une opération risquée

Un équipement télécommandé essaie actuellement de retirer des barres de combustible d’une piscine de stockage à l’intérieur du réacteur numéro trois.

Les travaux délicats sur le site contaminé devraient durer deux ans.

La prochaine phase de l’énorme nettoyage dans le réacteur 3 consistera à éliminer le combustible nucléaire en fusion qui reste profondément enfoui.

Une porte-parole de la Tokyo Electric Power Company (Tepco) a déclaré que l’opération de retrait du combustible avait été retardée par des débris sismiques à l’intérieur du bâtiment, ainsi que par d’autres problèmes techniques.

Les bâtiments du réacteur de la centrale de Fukushima Daiichi ont été endommagés par des explosions d’hydrogène causées par le séisme et le tsunami. Trois réacteurs ont fondu.

Plus de 500 bouteilles radioactives doivent être placées dans des fûts, qui sont ensuite remontés à la surface du compartiment inondé et transportés par camion vers une autre piscine d’eau pour le stockage.

Des gaz radioactifs peuvent être libérés si les bouteilles se brisent ou sont exposées à l’air.

Fukushima: aucun mort???

Est-il vrai que l’accident nucléaire de Fukushima n’a causé aucun mort ?

Par Olivier Monod 20 avril 2019 à 09:18

Vue aérienne de la centrale de Fukushima le 20 mars 2011.
Vue aérienne de la centrale de Fukushima le 20 mars 2011.Photo AFP

Depuis l’accident nucléaire de Fukushima, il y a sept ans, la question du bilan est la source de beaucoup de commentaires et d’interprétations

Question posée par Clément le 08/04/2019

Bonjour,

Le 11 mars 2011, un séisme suivi d’un tsunami entraînait un accident nucléaire à la centrale de Fukushima au Japon (explosions et rejets radioactifs). Depuis, tout et son contraire a été écrit sur le bilan humain de cette catastrophe.

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En 2016, Libération reprenait les chiffres de la police nationale japonaise sur le bilan global de la catastrophe : «15 894 personnes sont mortes et 2 561 sont toujours portées disparues. Plus de 6 100 autres ont été blessées. Sur les 470 000 personnes qui ont été évacuées à la suite du tsunami et des menaces radioactives, 174 000 résident toujours hors de chez elles dont 100 000 pour la seule préfecture de Fukushima.»

La même année, Capital évoquait les mêmes ordres de grandeurs mais semblait les attribuer au seul accident nucléaire : «Des villes entières rasées dans le nord-ouest du pays qui encore aujourd’hui demeurent inhabitables, près de 160 000 habitants délogés, plus de 15 000 morts, des risques de cancers avérés… cinq ans après la catastrophe nucléaire reste un traumatisme pour tous les Japonais.»

En 2017, Le Point évoquait «1 700 cancers mortels directement liés à la catastrophe nucléaire».

La Revue générale nucléaire affirmait, elle, que «l’accident de Fukushima n’est en rien responsable des 18 000 décès qu’on lui attribue : il n’en a fait aucun». Cette dernière affirmation étant à mettre en regard avec la tribune de 2014 publiée par Libération et signée par Cécile Asanuma-Brice, chercheuse associée au centre de recherche de la Maison franco-japonaise de Tokyo, qui dénonçait vivement cette «légende du zéro mort».

En fait, le bilan dépend de ce dont on parle. Victimes du séisme, du tsunami,  des radiations ? Victimes des travaux sur la centrale, de l’évacuation des populations ? Sans compter que le nombre de victimes change selon le périmètre géographique retenu : la seule préfecture de Fukushima ou toute la zone côtière touchée.

19 630 morts suite aux catastrophes

Interrogé par CheckNews, l’ambassade du Japon donne un bilan global de la catastrophe, sept ans après : au 1er mars 2018, il s’élève à 19 630 décès et 2 569 disparus. La préfecture de Fukushima, sur son site Internet, évoque, elle, 4 097 victimes sur son territoire. Ces bilans agrègent les victimes quelles que soient les causes. La majeure partie sont mortes en raison du tsunami et du séisme.

L’affirmation de la Revue générale nucléaire selon laquelle «l’accident de Fukushima n’est en rien responsable des 18 000 décès qu’on lui attribue et n’en a fait aucun» doit se comprendre en se limitant au seul accident nucléaire. Est-elle fondée?

Il faut considérer à la fois le personnel de la centrale, et la population.

Penchons-nous d’abord sur le cas des professionnels en poste sur site. Parmi les effectifs de la centrale, 16 travailleurs ont été blessés lors des explosions de la centrale entre le 12 et le 15 mars, mais aucun décès n’est à déplorer.

Depuis, des milliers de personnes ont travaillé sur la zone, étant exposés aux rejets radioactifs. Encore aujourd’hui, 7 000 personnes travaillent tous les moissur la centrale. Interrogé par CheckNews, la société d’exploitation Tepco affirme «s’assurer qu’ils ne dépassent pas la dose limite d’exposition de 50 milliSiverts par an et 100 mSv sur cinq ans». Ces précautions n’ont pas pu être respectées pour les premières équipes sur place après l’accident. Selon les données de Tepco, 173 travailleurs ont reçu plus de 100 mSv et 6 plus de 250 mSv.

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Ces expositions ont-elles eu une incidence sur la santé des salariés ? Sur les quelque 50 000 travailleurs qui se sont relayés sur le site depuis 2011, 16 ont déposé un dossier de demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Cinq demandes ont été rejetées, six acceptées et les autres sont en cours d’étude. Un des six travailleurs dont la demande de compensation a été acceptée est décédé d’un cancer du poumon.

Par ailleurs, une dizaine de décès ont été observés parmi les travailleurs mais sans lien avec une exposition aux rayonnements ionisants (des arrêts cardiaques, des accidents ou autres).

En résumé pour les travailleurs dans la centrale : un mort et cinq malades ont été associés aux rayonnements, 10 morts ne sont pas associées aux rayonnements et 16 blessés en raison des explosions. 

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La population 

Qu’en est-il de la population? L’accident a eu deux conséquences : l’exposition à des radionucléides émis par la centrale, et l’évacuation des zones les plus touchées, qui a pu indirectement entraîner des décès. 

Sur le volet sanitaire, et l’éventuelle exposition des populations, les autorités japonaises effectuent un suivi de la population de Fukushima au travers de plusieurs enquêtes sur la santé de la population, sa santé mentale, la santé des femmes enceintes et enfin le suivi de la thyroïde, l’accident de Tchernobyl ayant démontré que cet organe était particulièrement à risque en cas d’exposition à des composés iodés radioactif.

«Dans la population générale, il n’y a pas de décès attribué à l’exposition aux rayonnements ionisants», explique Dominique Laurier, chef du service de recherche sur les effets biologiques et sanitaires des rayonnements ionisants de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

Si aucun décès n’est donc à déplorer, y a-t-il une recrudescence des cancers de la thyroïde? Une enquête a été lancée dès 2011, visant une population de 360 000 résidents âgés de 0 à 18 ans. Les résultats de ces enquêtes sont traduits et suivis par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur son site. La campagne de détection donne 165 cancers avérés sur 202 cas suspects. «Il s’agit de nodules détectés en l’absence de signes cliniques», précise Dominique Laurier.

Comment interpréter ces chiffres bruts ? Le cancer de la thyroïde est un défi pour les épidémiologistes car son incidence dépend beaucoup de la méthode de diagnostic utilisé. Pour faire simple, plus on en cherche, plus on en trouve. Et encore, son incidence peut fortement varier d’une région à l’autre.

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Les autorités japonaises ont lancé quatre campagnes de dépistage dans d’autres régions pour comparer les résultats. L’IRSN conclut qu’«il est encore prématuré de se prononcer sur une éventuelle augmentation des cancers de la thyroïde consécutive à l’accident» mais ajoute que «plusieurs éléments indiquent que la fréquence élevée de nodules tumoraux thyroïdiens observés dans la préfecture de Fukushima est liée à l’effet du dépistage plutôt qu’à un effet des rayonnements ionisants».

En résumé pour la population exposée : il n’y a pas eu de décès ni de maladie dont l’origine radioinduite ait été démontrée, pour le moment.

Les évacuations

Reste le bilan humain liés aux évacuations. Au total, 470 000 personnes ont été évacuées. 53 000 étaient toujours hors de chez eux en janvier 2018 dont 4 000 dans des bâtiments préfabriqués temporaires. Il faut différencier celles consécutives au séisme, au tsunami et donc à l’accident nucléaire.

La population évacuée en raison de l’accident nucléaire vient uniquement de la préfecture de Fukushima, qui comptait 164 865 évacués en mai 2012 et encore 43 214 en décembre 2018.

Les fuites de la centrale ont très vite entraîné l’évacuation de 70 000 personnes provenant du premier cercle de 20 kilomètres autour de la centrale évacué dès le début de la catastrophe. Ensuite des nouvelles zones d’évacuation volontaire ou obligatoire ont été tracées entraînant un nouveau mouvement de population, dont l’estimation varie selon les sources.

L’évacuation peut entraîner des baisses de qualité de vie et fragiliser les populations. Elle est particulièrement sensible dans les hôpitaux et les maisons de retraite médicalisées. Selon un suivi réalisé sur certains établissements le taux de mortalité était trois fois plus élevé les trois mois suivants la catastrophe.

Sur les trois premières années, un article de recherche estime à environ 1600 le nombre de décès attribuables à l’évacuation. En 2018, la chercheuse Cécile Asanuma-Brice parle de 2 211 le nombre de décès «en raison de la mauvaise gestion du refuge».

L’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest, qui suit les conséquences de la catastrophe, évoque en 2019 un bilan de «2 267 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation».

En effet, le taux de suicide a augmenté tout de suite après l’accident chez les hommes évacués et trois ans après l’attentat chez les femmes, selon un article de recherche de 2018.

Notes. Changes in suicide rates (per 100,000 people) in the evacuation and non-evacuation areas. The solid and dotted lines show the transition of suicide rates in the evacuation areas and non-evacuation areas, respectively. The light gray line shows the transition of the national average. The arrows indicate the occurrence of the nuclear disaster following the Great East Japan Earthquake.

Annualized suicide rate: Monthly suicide number/population × 100,000 × 12

Evacuation areas: Tamura, Minami-Soma, Kawamata, Hirono, Naraha, Tomioka, Kawauchi, Okuma, Futaba, Namie, Katsurao, and Iitate

Non-evacuation areas: Other municipalities in Fukushima Prefecture

La prise en compte de ces décès imputables aux déplacements de population (environ 2200, donc) est un des principaux arguments des opposants à la thèse selon laquelle l’accident nucléaire n’aurait fait aucun mort.

Cordialement,Olivier Monod

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